‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 98 sur 191 · Voir chap* X · texte numérisé non relu

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position de son enrayure supérieure. Dans une tourelle placée derrière le dernier contrefort nord, est un escalier en pierre, à vis, fort étroit, qui dessert les deux premiers étages de la tour. Un autre escalier à vis^ contenu dans une tourelle pentagonale en encorbellement sur la façade centrale, donne accès sur la plate-forme. La base de cette tourelle est un des détails les plus délicats du monument. Elle est décorée de deux niches qui sont séparées et terminées par des colonnes torses à pyramidion orné et sont couronnées par un pignon en coquille, avec choux et fleurons. Le soubassement, garni d'une frise sculptée, porte un écusson effacé, accosté de feuillages et de salamandres et soutenu par des anges aux ailes déployées (i).

La tour du sud, également carrée, mais plus petite que celle du nord, est semblable dans la disposition de ses contreforts. Des bandeaux indiquent la hauteur des étages. Le deuxième était éclairé par une fenêtre ogivale garnie de redents, aujourd'hui bouchée. Sur la partie supérieure de cette tour, couronnée sans doute autrefois par un entablement dont on voit les assises, une flèche, carrée à sa base, est surmontée comme Tautre d*une aiguille octogonale.— Dans la partie centrale exhaussée de trois marches formant perron extérieur, la grande porte se termine en ogive à moulures toriqueset concaves, portant sur des colonnettes engagées avec chapiteau à feuillage et soubassement à base allongée. Un pilier trumeau divise l'entrée en deux ouvertures égales;, pentagonal à sa base, il supportait une niche ogivale couronnée par un dais, où devait se voir jadis la statue du patron, saint Germain d'Auxerre. Au-dessus , dans le tympan, un bas-relief représentait sans doute quelque acte de la vie du saint. Sur les deux linteaux, soulagés par deux arcs de décharge partant du trumeau du milieu, des traces d'inscription sont encore visibles. Une autre inscription curieuse de iSgi, dont nous avons déjà parlé, est gravée au burin sur une penture de droite. Au-dessus de cette porte, existait autrefois une grande fenêtre à trois ogives. Un pignon sans aucun caractère termine la façade.

Élévations latérales. — Les deux côtés de l'église étaient primitivement pareils au nord et au midi. Les différences actuelles tiennent à l'addition au côté septentrional de chapelles qui sont venues remplir le vide laissé entre les contreforts (2). Sept travées, autrefois éclairées par de petites fenêtres ogivales, sont séparées par sept contreforts, très-simples, à pile rectangulaire terminée par un petit pignon, se retraitant sur un glacis à larmier et contrebutant les arcs de la grande nef, au moyen d'un arc-boutant qui passe par-dessus le comble du bas-côté (3). Ce comble,

1 . Cette tour ne mesure pas moins de 90 pieds de haut; elle en a plus de i5o, si on compte du sommet de la flèche.

2. La sacristie et la chapelle de la Conception, dont nous parlerons plus ba8,^ale-

ment construites entre lescontreforts, fontplusou moins saillie sur la face méridionale.

^ T^n piUsirc. carre à son point de contact avec la nef, vient au^essous dechaquc

autrefois à une seule pente, a été converti en une série de petits combles à deux pentes prenant la forme des pignons des quatre chapelles et séparés par des chenaux, cause de fuites et de dégradations continuelles des voûtes de la petite nef. Trois des chapelles sont éclairées par de grandes fenêtres ogivales dont les meneaux forment^ en se ramifiant^ des portions de trèfles, des lobes et courbes diverses.

Entre les contreforts, au-dessus des chapelles, six grandes baies également garnies de meneaux laissent pénétrer le jour dans la nef. Sur la crête du mur court dans toute la longueur une corniche à moulures toriques et sculptées de feuillages, remaniée au xv* siècle dans les trois premières travées près de la tour. Au-dessus, se dresse le grand comble couvert d'ardoises, avec sa flèche en charpente de forme octogonale, percée à sa base de huit baies en ogive et terminée par une pyramide aiguë (i).

Dans une des chapelles est l'entrée latérale de Téglise dont le petit portail ne manque pas d'originalité et de finesse. A l'intérieur d*une sorte de cadre rectangulaire formé par des colonnettes et une corniche ouvragée, un tympan de courbe assez bizarre composé de portions d*arcs convexes et concaves et se détachant sur deux fenêtres qui épousent sa forme, se trouve inscrit au-dessus de la baie de la porte arquée en anse de panier. Dans ce tympan, au-dessus de l'archivolte de la porte décorée d'un rinceau de feuillages, un bouquet avec bague et choux supporte une nicheétroite et longue, aujourd'hui vide, accompagnée de deux autres fort petites. La travée se termine, comme les autres, par un pignon à la base duquel deux bêtes sont accroupies.

Reliée par une dernière travée, la chapelle de la Vierge, qui fait maintenant le fond de Téglise, est également garnie sur ses angles de contreforts saillants entre lesquels sont percées des fenêtres avec arc pleincintre. Au-dessus du couronnement qui s'élève à deux mètres environ de la terrasse de la nef, un comble en charpente, pentagonal à sa base, se termine en pyramide, mais reste de beaucoup au-dessous du grand comble de Téglise.

arc soutenir son extrémité. Les deux derniers contreforts, du côté du chevet, qui datent du xiiie siècle^ diffèrent des autres. Ils n'ont qu'un petit pilastre au devant duquel une colonne cylindrique isolée, ornée de base et chapiteau à feuillages d*un joli style, soutient Textrémité de Tare. Il est à remarquer que ces deux derniers contreforts ne sont pas dans le prolongement des arcs-doubleaux de la nef. Les premiers constructeurs ayant sans doute à respecter quelque bâtiment, comme cela arrivait souvent à cette époque, ont dû placer ces contreforts en biais, ce qui fait que, loin de soutenir les voûtes, ils ont été repoussés par elles et ont perdu leur aplomb.

I . G; grand comble, refoit au xve siècle, devait être bien compris et d'une belle exécution ; plusieurs fois remanié, il se compose aujourd'hui de huit fermes en chêne. Des entraits décorés de moulures et terminés à leur extrémité par des têtes de monstres, quelques poinçons, aiguilles, etc., ornés de sculptures, donnent l'idée de ta facture.

l'églisb saint-germain. igS

Des maisons, des échoppes logées entre les contreforts défigurent cette façade qui est celle de la place. Servitudes léguées par les siècles passés^ ces constructions sont destinées à tomber tôt ou tard et il est bien à souhaiter que Téglise parvienne à se dégager de ces appentis parasites qui sont pour elle, non-seulement au point de vue de l'aspect^ mais encore au point de vue de la conservation, un fâcheux et très-dangereux voisinage. Intérieur. — Ce qui frappe tout d*abord, quand on pénètre dans Téglise, c'est sa hardiesse, c'est sa forme élancée, c'est la hauteur de ses voûtes qui font paraître sa nef un peu étroite; ce sont aussi les remaniements et les consolidations plus ou moins apparentes nécessités par la vétusté et les souffrances de l'édifice. Sans nous attacher aux détails, indiquons au lecteur les principales lignes. Du seuil de la grande porte à la chapelle de la Vierge qui sert de perspective et dont Fornementation assez riche du XVII* siècle tranche un peu sur le style de l'église, on compte neuf travées. Huit seulement appartiennent à Tancienne église. Une grande croisée forme une travée plus large que les autres à la hauteur du chœur. Du bas de Féglise jusqu'à cette croisée, cinq travées se succèdent, supportées en général par des piliers (i) ou colonnes monostyles, aux chapiteaux ornés de larges feuilles^ cantonnés sur leur face d'une colonne formant, avec deux autres implantées au-dessus du chapiteau, un faisceau de trois colonnes couronnées par des chapiteaux à crochets et feuillages, recevant la retombée des arcs doubleaux et diagonaux de la nef. Les voûtes sont partagées en travées par des arcs doubleaux croisés de nervures se réunissant à des centres ornés de rosaces ou d'écussons effacés. Au-dessus des arcs latéraux en ogive aiguë, et au-dessous des fenêtres, un double bandeau se profile dans toute la longueur de l'église, interrompu seulement par les faisceaux de colonnes. Entre ces deux bandeaux règne une galerie étroite dont le plafond de pierre sert de terrasse extérieure. Cette galerie, qui est un des plus beaux ornements de l'église, s'éclaire sur la nef, dans chaque travée, par trois arcatures en ogive avec redents, portées tantôt par des colonnettes cylindriques ou par des colonnes torses^ tantôt par des piliers carrés ou des pilastres engagés, avec bases et chapiteaux à crochets et feuillages, suivant le goût de l'époque à laquelle remonte la construction ou la réparation.

Chaque travée est percée d'une fenêtre ogivale divisée en trois parties par deux meneaux en pierre aux moulures prismatiques se réunissant à la naissance de l'ogive et se terminant par des trilobés aigus ou des quatre-feuilles.Toutes ces parties hautes, refaites plusieurs fois au x v* et au XVI* siècle, ont perdu la pureté de leur caractère primitif, et des morceaux

1 • Plusieurs de ces piliers, du côté du nord, ont été remplacés, lors de travaux de consolidation, par de grosses colonnes flanquées de piliers carrés qui viennent pénétrer dans les voûtes des bas-côtés.

ig6 CHAPITRE XVI.

conservés des anciennes constructions ont été placés partout sans beaucoup d'art.

La travée de la grande croisée^ au devant de laquelle on monte une marche, est supportée par quatre gros piliers formés de faisceaux de colonnettes s'élevant avec hardiesse jusqu'à la naissance des arcs delà voûte. Entre ces piliers, au nord et au sud^ l'arc latéral est ogival, mais construit sur un triangle si petit qu'il paraît être plein-cintre. Ici^ la travée étant plus large, la galerie comporte cinq arcatures en ogive à colonnes cylindriques. Au-dessus, une grande fenêtre est partagée par un meneau en deux baies ogivales. Chacune d'elles en comprend deux autres séparées par une colonne à chapiteau avec œil de bœuf^ le tout surmonté d'une grande rose et encadré dans une ogive.

Les deux travées suivantes, oti nous laisserons les hommes spéciaux étudier en détail les restes de l'ancienne église, sont supportées par des piliers rectangulaires à très-petite base et à chapiteau feuillage^ cantonnés d'une colonnette aux angles et d'une colonne sur les deux faces latérales. Dans les bas -côtés, une colonne engagée dans le mur extérieur, au droit de chaque pilier, reçoit la retombée des arcs, souvent déformés, et dont plusieurs portent encore des bâtons en zig-zag qui accusent leur date ancienne.

Le mur du fond de Téglise a été ouvert pour la construction de la chapelledela Vierge, et une dernière travée a été ajoutée pour relier ce bâtiment. La travée médiane, reposant sur des piliers carrés flanqués de pilastres fort peu en harmonie avec le style de l'église, a son grand arc complètement déformé, et au-dessus, à la place de la croisée qui jadis ter* minait Téglise, unegrande page blanche attend un ornement (t).

Chapelle de la Conception. — La chapelle que l'on voit dans le bas-côté sud, avant la sacristie, et qui est aujourd'hui dédiée au Sacré- Coeur, remonte au xve siècle. C'est la fondation et le caveau mortuaire d'une ancienne famille de Dourdan. En 1484, par testament, Le^er Lucas, seigneur de Douaville, et sa femme « fondent une messe par semaine le mercredi 9, ordonnent « deux tombes être mises devant le crucifix » et donnent une rente de quatorze setiers de blé à prendre sur le moulin de Malassis, savoir 2 à la fabrique et 1 2 au sieur prieur ; plus i o sols aux marguiiliers le jour saint Etienne, à prendre sur terres et maisons des Maillets.

Suivant titres, k ur fils, Guillaume Lt/co^, procureur du roi à Dourdan, élu de Rochefort, c t Marie Hardy, sa femme, ont fait bâtir la chapelle de la Conception oh ils ont fait inhumer leurs père et mère fondateurs de ladite messe. Ils y sont inhumés eux-mêmes sous la grande tombeau sont écrits leurs no^ is et qualités, avec leurs armes, conformes à celles de la voûte, de 3 roses sans queue.

1. Toutes ces chos(;s se réparent tandis que nous écrivons ces lignes-

l'église SAINT' germain. 197

Le fils, Pierre Lucas, qui acquiert par son mariage avec Périne Boutet le privilège de Châlo-Saint-Mard , a sa sépulture sous la lampe du chœur de Saint-Pierre ; mais la fille Marie^Anne Lucas, épouse de Baldia^ar Gouin, prévôt de Corbreuse, vient avec toute sa descendance peupler de cercueils le caveau de la nouvelle chapelle de Saint-Germain. Marie Lucas, femme de Louis Davidy premier receveur des tailles de Dourdan, y est enterrée en i Syo. Après elle y descendent :

Geneviève^ épouse d* André Le Roux, receveur des tailles à Dourdan, mort à Potelet a pendant les grandes maladies ; »

David Le Roux, conseiller du roi et receveur, avec son fils Jean Le Roux;

André Le Roux, lieutenant des eaux et forêts avec sa femme, quatorze enfants et d'innombrables petits enfants;

Charlotte Le Roux, femme de Pierre Pélault, conseiller du roi ;

Ses deux filles, l'une femme de Jean Védye^ le lieutenant de l'élection; Tautre femme de Richard le ^Loistely le président, lieutenantgénéral à Dourdan; etc., etc.

La chapelle se remplit, les dalles ne peuvent plus suffire à contenir les noms et les titres, et le passage du bas-côté reçoit les pierres des derniers venus (i).

Chapelle de la Vierge. — L'Église ancienne, c'est-à-dire se terminant au maître-autel, était, au xvii* siècle, très-insuffisante pour la population de la paroisse. Les habitants, par acte d'assemblée du 19 juin 1689, résolurent, d'une commune voix, la construction d*un nouveau bâtiment derrière le chœur. Les marguilliers , autorisés à cet efiet, firent toutes les diligences nécessaires pour acheter, au chevet de Téglise, dans la rue d'Authon, les maisons des sieurs Besnard et Lasne, à titre de rente de bail d'héritage rachetable (2)^ et le lieutenant-général au bailliage^ Richard le Boistel , donna^ pour compléter le terrain^ remplacement de sa cuisine^ et obtint en retour, pour toute sa vie, une porte ouvrant de sa maison dans Téglise. Le plan, levé par le sieur Charpentier, inspecteur du roi aux travaux de Maintenon, et communiqué au P. de Crcil, chanoine régulier à Sainte-Geneviève, fut confié au sieur du Val, architecte, pour faire le dessin (3). Les publications d'adjudication aux enchères répétées au prône de toutes les villes de la contrée et même de plusieurs paroisses de Paris (4), les permissions de l'évéché retardées par la mort de l'évéque, causèrent des longueurs. Les marguilliers, trouvant les soumissionnaires trop exigeants, résolurent de faire construire eux-mêmes et commandèrent des sondages autour de la ville pour

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