‹ Chronique de 1831 à 1862, publiée avec des annotations et un index biographique par la princesse Radziwill, née Castellane (volume 2)Chapitre 15 sur 22 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

mais enfin il a répondu, et hier m'est arrivée une lettre de lui très cajolante. Voici la seule phrase politique : « Je suis de ceux qui doivent dire que la crise est finie; mais je suis aussi de ceux qui savent qu'il n'y a jamais rien de fait en ce monde, et qu'il faut recommencer chaque jour. Un effort continuel pour un succès toujours incomplet et incertain, voilà notre vie. Je l'accepte sans illusion, comme sans découragement. »

J'ajouterai un extrait d'une lettre de M. Royer-Collard, arrivée aussi hier soir : « Ce qui s'est passé est fort triste, le dénouement comme la crise. Voyez-y le Roi et Thiers vaincus par Guizot, et par contre-coup M. de Talleyrand dans ce qui lui reste de vie politique. Il est vrai que cette victoire n'a pas l'aspect et ne fait pas le bruit d'un triomphe ; elle est obscurcie par l'incertitude de la Chambre ; mais Guizot est savant dans l'intrigue et obstiné de toute la force de sa présomption, de toute l'ardeur de sa soif de domination personnelle : il ne s'arrêtera que vaincu lui-même par la force des choses, et je ne sais pas s'il y a quelque part aujourd'hui une telle force. Thiers a eu le plaisir de se faire attendre trente-six heures et de se séparer à la tribune ; mais il reste qu'il a reculé, et que c'est la peur que lui fait Guizot avec les petits doctrinaires qui l'a empêché d'entrer, malgré sa bonne volonté, dans le ministère Gérard-Molé ; jusqu'à nouvelle circonstance, il est absorbé dans la soumission, M. Mole est sorti de ce chaos avec un surcroît de considération, dont il vous doit, soyezen sûre, une partie : vous lui avez apparu plus d'une fois et vous l'avez secouru, il vous aime fort et a besoin de I. 21

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