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arriver et m'en aller par les appartements particuliers, et, par conséquent, ne pas attendre ma voiture. C'était le dernier jour de réception; j'y ai mené ma belle-fille, Mine de Valençay. Le palais, éclairé, est vraiment superbe; beaucoup de clioses ont très bon air; beaucoup d'autres font contraste, ilinsi, par exemple, les fracs isolés à travers la <jrande majorité des uniformes, quelques femmes fort parées, puis d'autres en bonnet de comptoir; point de désordre, mais aucune distinction de salles, de places ; on ne défile pas, c'est la Cour qui entre quand tout le monde est arrivé et qui fait le tour des daines, après quoi, les hommes seuls défilent; il y a un petit monsieur en uniforme qui précède et qui demande à chaque dame son nom, ce qui me parait pour les trois quarts et demi indispensable.
On a été très gracieux pour moi et je crois qu'on attachait du prix à ce que j'allasse un jour de grande réception qu'on peut bien appeler publique. On craignait que je ne voulusse me borner aux audiences particulières. C'eût été, ce me semble, de mauvais goût; peut-être aimerais-je mieux ne pas aller du tout, mais, quand on trouve bon de voir les gens en'particulier, il ne faut pas avoir l'air de s'en cacher et de les renier en public. Aussitôt vue, la Reine m'a elle-même dit de m'en aller, on m'a fait ouvrir la petite porte et je me suis sauvée, ravie d'être quitte de cette corvée !
Paris, 1 janvier 1835. — M. Mole est venu ine voir hier, il m'a dit bien des choses singulières, et entre autres,
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celle-ci, qu'il se croyait « la mission de purger le gouv-erncnient de l'iuflucnce doctrinaire ». Il a une terrible haine pour les doctrinaires; car il sait haïr. Il m'a même surprise k ce sujet et je me suis demandé s'il savait aussi bien aimer. Je suis restée embarrassée devant la réponse.
Paris, 8 Janvier 1835. — Madame Adélaïde m'ayant demandé de lui mener Pauline, je l'ai fait hier. Le Roi m'a fait dire de l'attendre ciiez sa sœur, ce qui fait que j'y ai passé trois heures. Le Roi venait d'apprendre la scène étrange qui a eu lieu parmi les amnistiés du Mont-Saint- Michel : le jour même de leur délivrance, tous les amnistiés républicains (les carlistes ont dit des prières et sont -i-etournés tranquillement dans la Vendée) ont chanté des chansons atroces, et ont fini par jurer sur leurs couteaux de table l'assassinat du Roi. Celui-ci avait sous les yeux les rapports de police et nous en a dit tous les détails.
Il a causé longtemps, et de toutes choses ; je dois dire avec beaucoup de bon sens, d'esj)rit, de lucidité et de prudence; comprenant parfaitement les destinées anglaises, jugeant bien l'Europe, parlant de son fils avec une grande raison. 11 m'a particulièrement dit deux choses qui m'ont frappée. La première, c'est que, sans avoir été entraîné aussi loin que son fils, il avait lui-même, cependant, donné dans de certaines erreurs dont la pratique l'avait guéri. Il est revenu sur la Révolution de Juillet, et a mis -du prix à s'en montrer étranger dans le principe, aussi m'a-t-il raconté que lors de la décoration de Juillet, ses ministres avaient voulu la lui faire porter, et qu'il s'y était refusé.
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disant qu'il ne la porterait jamais, n'y ayant eu aucune part que celle d'en arrêter les résultats destructeurs. Il a ajouté : « Madame, vous ne me l'avez jamais vu porter, cette décoration ! 55
Il est de plus en plus embarrassé pour son ambassadeur à Londres, car les nouvelles reçues hier matin même de Xaples prouvent que Sébastiani est hors d'état. Je crois que le Roi aimerait M. de Latour-Maubourg, mais celui-ci est malade et ne parle que de se retirer à la campagne. M. de Sainte-Aulaire arrivera dans trois ou quatre jours et je m'imagine que la chance tournera vers lui. Il a été question, entre le Roi et moi, de M. de Rigny pour Londres, mais le Roi dit à cela : « Le seul ministre possible aux Alïaires étrangères pour remplacer Rigny serait Mole, mais Guizot n'oserait pas rester avec lui à cause de la fureur de Broglie, et on ne croit pas pouvoir se passer de Guizot à la Chambre. » L'objection contre Sainte-Aulaire, c'est l'influence qu'exerce sur lui M. Decazes, qui est mauvaise en elle-même et à juste titre désagréable au Roi.
La lettre de M. de Talleyrand du 13 novembre a été enfin lue au Conseil hier, elle paraîtra dans le Moniteur d'aujourd'hui, et sa publication sera accompagnée d'une réponse très polie de M. de Rigny. On a seulement demandé le changement d'un mot qui a été accordé, parce qu'en réalité, il ne Aiit qu'éclaircir la pensée sans l'altérer. On a prié M. de Talleyrand de permettre qu'on mît : cet eswit de propagande , an lieu de certaines doctrines.
J'ai été hier soir au grand bal des Tuileries. M. le duc d'Orléans m'a encore attaquée sur les élections anglaises :
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il a une peur ctraiige qirellcs ne tournent au profit du Cabinet tory. Voici la seconde l'ois que nous avons maille à partir à ce sujet; hier, je cherchais à décliner la discussion, mais lui a voulu l'entamer, disant que « peut-être je le convertirais » . A quoi j'ai répondu : « J'en serais d'autant plus fière. Monseigneur, que ce serait vous convertir à votre propre cause. »
Il venait de relire la lettre de démission de M. deTalleyrand. Il a dit que c'était un chef-d'œuvre, un vrai document historique; qu'elle aurait ini «jrand retentissement au dehors; que rien ne pouvait être si noble, si simple, si bien pour le Roi que j)ersonne ici n'avait le courage de louer; mais (jue M. de Talleyrand s'y montrait terriblement conservatif, et que cela allait donner lieu à une «p-ande controverse dans les journaux. Je lui ai répondu : « Cela se peut. Monseigneur, mais qu'importe. Que M. de Talleyrand parle ou se taise, il est toujours attaqué par la mauvaise presse. A son âge, et quand on fait ses adieux au ])ublic, on a bien le droit de le faire de manière à se satisfaire soi-même et à se montrer tel qu'on est, tel qu'on a toujours été, un homme d'un bon esprit, ami de son pays et du bon ordre, et qui [dus est, un homme de sa caste, ce qui n'im|diquc |)as nécessairement un liomme à préjugés. Enfin, M. de Talleyrand, seul, dites-vous, a le courage ici de louer le Roi, et j)Our(puH? Parce qu'il est un gentilhomme, un grand seigneur, et par conséquent un conservatif. Il faudra toujours que la Royauté revienne à ceux-là; soyez-en bien sur. 55 11 a repris : « Oh ! au dehors, cette lettre sera extrêmement admirée. — Oui, Monseigneur, elle
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le sera au dehors, mais elle le sera aussi par tous les honnêtes gens du dedans, et Monseigneur me permettra de ne compter que ceux-là! j? Voilà encore un échantillon de mes conversations avec ce jeune Prince, qui ne manque ni d'intelligence, ni de courage, ni de grâce, mais dont le jugement est encore bien dépourvu de prudence et d'équilibre.
Le Roi qui, lui, est prudent par excellence, et de plus fort gracieux pour moi, est venu à moi et, en riant, m'a dit : « Avez-vous raconté à M. de Talleyrand notre longue conversation? — Sans doute, Sire; elle était trop riche et trop curieuse pour que je ne lui procurasse pas le plaisir d'en apprendre quelque chose. — Ah ! ah ! je suis sûr que vous n'aurez pas oublié mon anecdote sur la décoration de Juillet. — En effet, Sire, c'est la première chose que j'ai citée à M. de Talleyrand; je la conterai à mon fds, à mon petit-fils; je veux que mes descendants s'en souviennent pour répéter un jour ce que je dis sans cesse, c'est que le Roi a un grand esprit. 5' Il y a longtemps qu'on a dit que, lorsque la flatterie ne réussissait pas, c'était la faute du flatteur et non de la flatterie ; il me semble qu'hier, le flatteur n'était pas en défaut.
RocJiecotte, 12 mars 1835. — Nos lettres de Paris nous disent que le refus de M. Thiers de rester au ministère, avec le duc de Broglie, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, refus auquel le Roi ne veut pas entendre pour ne pas se trouver livré si uniquement aux doctrinaires, arrête de nouveau toute la machine. La
Chambre des députés commence à s'émouvoir, et il est impossible de bien apprécier où tout ceci précipite.
Il doit y avoir, à Saint-Roch, une quête pour les salles d'asile dirigées par Madame Adélaïde, c'est donc elle qui choisit les quêteuses. Elle a désigné Mnies de Flahaut et Thiers. La première, furieuse, dit-on, du j)endant, a refusé ; et cette petite difficulté a trouvé moyen de se faire remarquer à travers toutes les grandes impossibilités du moment.
Rochecotte, 14 mars 1835. — Les lettres d'hier ne laissent plus aucun doute sur le dénouement de la crise ministérielle.
C'est, à peu de chose près, la répétition du mois de novembre dernier : le maréchal Géiard fut alors remplacé par le maréchal Mortier ; aujourd'hui M. de Broglie remplace Mortier à la présidence et Rigny lui cède les Affaires étrangères, pour prendre l'intérim de la Guerre, jusqu'à l'arrivée de Maison, auquel on a envoyé un courrier. Si celui-ci accepte, l'ambassade de Pétersbourg serait à donner, mais on croit qu'il refusera. Alois Rigny restera-t-il définitivement à la Guerre ou ira-t-il à Naples en cédant la place à quelque général secondaire? C'est ce qu'on ignore encore. Ainsi, avec Broglie et Maison de plus et Rigny de moins, ou à peu près, chacun reste à son poste. C'était bien la peine de faire tant de bruit.
Voici ce qu'on mande relativement à M. Thiers, qui, d'abord, s'était refusé à entrer avec M. de Broglie. Il a été travaillé, tiraillé en tous sens, Mignet et Cousin pour le
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dissitatleF, Salvandy pour le faiie aceeplor. Pendant ce temps-là, une réimion nombreuse de députés s'assemblait chez M. Fulcliiron. Thiers, le sachant, a dit que si cette réunion le demandait, il accepterait; Salvandy d'y courir et de revenir avec une députation, pour obtenir le consentement de Thiers, qui, cette fois enfin, l'a donné pour ne pas être accusé de faire manquer la seule combinaison possible, et fort, d'ailleurs, d'une expression solennelle de la majorité parlementaire. On croit qu'il ne tardera pas, t'cpendant, à se repentir d'avoir cédé... La balance n'est plus en équilibre ; ils vont être deux contre un dans le Conseil. Il n'y a pas là condition de durée.
J'ai reçu une lettre de M. Mole qui me mande : « Voirs laissez ici un vide que rien ne peut ni ne saurait remplir; personne ne l'a senti et n'en a souffert comme je l'ai fait depuis quelques jours. J'ai l'espérance que vous m'auriez approuvé, j'ose dire que j'en suis sûr ; \ous êtes du très petit nombre pour lesquels je me pose la question avant d'atjir. Ce n'est plus pour des noms propres qu'on a lutté, c'est pour l'amnistie. L'amnistie pleine et entière était ma condition ; ceux qui se retiraient, pour s'imposer, ont j)rovoqué, à la Chambre, un hourra contre ; moi seul ai souten u qu'il tomberait devant la réalité. Quelques-uns, qui voulaient l'amnistie avec moi, ont cependant perdu coura'je, et„ en ce moment, l'ancien ministère va se reformer sous la présidence de M. de Brojjlie. Plusieurs de ses; membres montrent en cela peu de fierté, tous acce))tent une position que l'avenir jugera, ainsi que bien d'autres choses. «
RochecoUe, 16 mars 1835. — M. Royer-Collard m'écrit ceci, sur la dernière crise ministérielle : « C'est mardi 10 que le Roi a chargé Giiizot d'avertir M. de Broglie. Vous vous attendez à l'insolence d'un vainqueur? Point du tout. M. de Broglie, instruit par Guizot, avait déposé, non seulement son arrogance, mais cette dignité personnelle à laquelle il ne faut pas renoncer, même pour être président du Conseil. Il s'est aussi excusé fort humblement du passé, il a promis d'être sage à l'avenir. Tenez cela pour certain, l'orgueil Necker, qui est le type de l'orgueil Broglie, a fléchi. 5)
Plus loin, et à propos du papier signé par la soi-disant réunion Fulchiron chez Thiers, il y a ceci : « C'est sur cette pièce que Tiiiers a capitulé ; il rentre donc, mais séparé et dégagé des doctrinaires qu'il a humiliés. Il rentre au lieu que Guizot reste. Personne ne gagne, je crois, à ce replâtrage . »
Plus loin encore ceci : « Quand M. Mole est entré hier chez moi, je l'ai embrassé comme un naufragé sauvé. Il sort de là plus considéré, il s'est surpassé, w
Rochecotte, 23 mars 1835. — J'ai eu, hier soir, une très gracieuse réponse de la duchesse de Broglie à la lettre de félicitations que je lui avais adressée. Le triomphe politique se dissimule sous d'humbles citations bibliques; la bienveillance y domine, et, au foit, je suis contente d'elle, elle est une personne de mérite.
J'avais écrit aussi à M. Guizot, à l'occasion de la mort de son frère ; il a attendu la fin de son deuil pour répondre,