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veux qu'a le Roi, et sur ce ([u'ils étaient noirs comme du jais, sans qu'il y en eût un blanc. « Cela paraît, en effet, merveilleux i> , dit M. de Talleyrand, qui demanda « si, par hasard, le Roi ne teignait pas ses cheveux? — Non, vraiment » , répliqua le Suédois, « il n'y a rien de factice dans cette belle couleur noire. — Alors, c'est en effet, bien extraordinaire « , dit iVI. de Talleyrand. — «Oui, sûrement " , reprit M. de Bjoerstjerna, « aussi l'homme qui , arrache, chaque matin, les cheveux blancs du Roi est fort adroit 55 . Il y a mille histoires de ce genre sur M. de Bjoerstjerna, qui cherche à donner crédit au dire populaire qui désigne les Suédois connue étant les Gascons du Nord. Samuel Rogers, le poète, a assurément beaucoup d'esprit, mais il est tourné à la malignité et parfois même à la méchanceté. Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi il ne parlait guère que pour dire du mal de son prochain, il répondit : « J'ai le son de voix si faible, que, dans le monde, je n'étais jamais ni entendu, ni écouté; cela m'impatientait. J'essayai alors de dire des méchancetés, et je fus écouté : tout le monde a des oreilles pour le mal qui se dit d'autrui » . Il passe sa vie chez lady HoUand, dont il se moque, et dont il se plaît à exagérer et à exciter les terreurs de la maladie et de la mort. Pendant le choléra, lady Holland était saisie d'inexprimables angoisses : elle songeait sans cesse à toutes les mesures de précaution, et, racontant à Samuel Rogers toutes celles qu'elle avait réunies autour d'elle, elle énumérait tous les remèdes qu'elle avait fait placer dans la chambre voisine : bains, appareils fumigatoires, couvertures de laine, sinapismes, drogues
de tous genres. « Vous tivez oublié l'essentiel 55 , dit M. Rojjers. — « El quoi donc? — Un cercueil ! . . . 5> Lady HoUand s'évanouit...
Le comte Pahlen revient de Paris, où il a vu le Roi, le soir, en famille, n'ayant pas d'uniforme pour une présentation en lèjjle; le Roi lui ayant dit qu'il voulait qu'il vînt à un des grands bals du Cliâteau, le Comte s'en excusa sur •le manque d'uniforme. « Ob ! qu'à cela ne tienne y> , reprit le Roi, « vous y viendrez en frac, m député de l'opposition! 5) En eifel, M. de Pahlen fut à ce bal (matériellement magnifique), et se vil, lui seul, avec un groupe de députés opposants, en frac, à travers le Corps diplomatique et ce qu'on appelle la Cour, en uniforme.
Le prince Eslerbazy nous a Aiit ses adieux bier. Il était visiblement ému en quittant M. de Talleyrand, qui ne l'était pas moins ; on ne se sépare pas de quelqu'un de l'âge deM.de Talleyrand sans une pensée d'inquiétude, et il y a, dans l'adieu que dit un vieillard, un retour sur lui-même qui n'écbappe pas aux assistants.
Le prince Esterhazy est généralement aimé et regretté ici, et avec raison ; son retour est vivement désiré ; la finesse de son esprit ne nuit en rien à la droiture de son caractère, la sûreté parfaite de son commerce est inappréciable, et, malgré un certain décousu dans ses façons et dans son maintien, il reste, toujours, un grand seigneur.
Londres, 18 mai 1834. — Cette semaine-ci, le Roi d'Angleterre a semblé mieux; le temps est moins cbaud; la grande excitation qu'il éprouvait a fait place, au con-
traire^ à une sorte d'afFaisseinent ; on lui a vu bien soukmîI dos larmes dans les yeux : c'est aussi du manque d'équilibre, mais de moins mauvais augure que la grande irritation qu'il témoignait la semaine passée.
Wohurn Ahhey, \\) mai 1834 (1). — Cette demeure-ei est, certainement, une des plus belles, des plus magnifiques, des plus grandes et des plus complètes de l'Angleterre. L'extérieur du château cependant est sans caractère, et sa situation basse, et même, je crois, un peu humide ; mais les Anglais détestent d'être vus et renoncent volontiers, à leur tour, à voir par-delà de l'enceinte la plus limitée; il y a rarement, des châteaux d'Angleterre, d'autre vue que celle de l'entourage le plus immédiat; aussi le mouvement des passants, des voyageurs, des paysans travaillant dans les champs, la perspective des villages, des lieux environnants, il ne faut pas espérer en jouir. De verts gazons, des fleurs dans le pourtour de la maison et des arbres superbes qui interceptent toute échappée de vue, voilà ce qu'ils aiment, et ce qu'on trouve ici presque partout; je ne connais jusqu'à présent que Windsor et Warwick qui fassent exception.
Les hôtes qui se trouvent à Woburn, en ce moment, sont à peu près les mêmes que ceux que j'y ai rencontrés, lors de mon premier séjour : lord et lady Grey et lady Georgina, leur fille; lord et lady Sefton, M. Ellice; lord
(1) Woburn Abbey est située dans le comté de Bedford ; il s'y trouve un magnifique château moderne, appartenant aux ducs de Bedford, bâti sur l'emplacement d'une abbaye de Cisterciens fondée en 1445.
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Ossulston; les maîtres de la maison, trois de leurs fils, une de leurs filles, M. de Talleyrand et moi.
Il y a, dans toutes ces personnes, des gens fort distingués, de l'esprit, de l'instruction, d'excellentes manières, mais j'ai déjà remarqué qu'à Woburn la réserve anglaise était poussée plus loin qu'ailleurs, et cela en dépit du langage presque hardi de la duchesse de Bedford, qui contraste avec la timidité silencieuse du Duc et du reste de la famille. Il y a, aussi, dans la pompe, l'étendue, la magnificence de la demeure, quelque chose qui jette du froid, de la raideur et du décousu dans la société ; d'ailleurs, le dimanche, quoiqu'on ne l'ait pas tenu rigoureusement puisqu'on a fait jouer M. de Talleyrand, est toujours plus sérieux que tout autre jour.
Woburn Ahhey, 20 mai 1834. — Le Chancelier est venu augmenter le nombre des visiteurs. En parlant des grandes existences aristocratiques du pays, il m'a dit que le duc de Devonshire avec ses cent quarante mille livres sterling de rente, ses châteaux et ses huit membres du Parlement, était, avant la réforme, aussi puissant que le Roi lui-même. Cet avant la réforme est bien l'aveu du coup porté, par cette réforme, à l'ancienne constitution du pays. J'en ai fait convenir lord Brougham, qui, tout en soutenant qu'elle était nécessaire, et ayant commencé sa phrase en disant qu'on n'avait fait que couper des ailes qui étaient tant soit peu trop longues, l'a finie en disant qu'ils avaient fait une révolution complète, mais sans effusion de sang. « Et notre grande journée révolutionnaire 5? ,
a-l-il dit encore avec une satisfaction apparente, « a été celle du mois de 1831 où nous avons dissous le Parlement qui avait osé repousser notre Bill; le peuple est impérissable, comme le sol, c'est donc à son profit qu'à la lonjjue doivent tourner toutes les modifications, et une aristocratie qui a duré cinq siècles a duré tout ce qu'elle pouvait durer! 55 Voilà la pensée dominante de sa conversation (jui m'a frappée, et d'autant plus, qu'elle avait commencé de sa part par une sorte d'hypocrisie qui s'est dissipée avant la mienne ; il avait commencé avec quelques ménagements pour mes préjugés aristocratiques que je lui ai rendus par de petits ménagements pour sa passion nivelante, (^inq minutes de tète-à-tète de |)lus, et nous serions arrivés, lui à 1()40, et moi à J ()()().
Londres^ :21 mai 1834. — On nous a montré un petit coin du j)arc de Woburn que je ne reconnaissais pas, et qui est joli dans le moment actuel de la floraison; cela se nomme The Thornenj, à cause de la multitude d'aubépines que renferme cet enclos agreste, au milieu duquel se trouve une chaumière ornée, fort jolie.
Lord Holland avait recommandé au duc de Bedford de nous conduire à Am|)tliill, qui lui appartient, et qui n'est qu'à sept milles de Woburn. Lady Holland tenait aussi à ce que nous y vissions un beau portrait d'elle qui la représente en Vierge du soleil ; il est beau, agréable et a dû être ressemblant.
La maison d'Ampthill est triste, humide, mal meublée, mal tenue, et en contraste avec un des plus jolis parcs
qu'on puisse voir. Le pays est joli, accidenté, riant et boisé.
Ampthill n'est pas sans quelques traditions. C'est là que s'est retirée Catherine d'Aragon après son divorce. Il ne reste plus rien de l'ancien château qui était sur le haut de la montagne, et non pas au fond de la vallée comme l'est la maison actuelle. Une croix gothique est placée là oîi était l'ancienne demeure, et sur le piédestal se trouvent quelques vers assez médiocres en souvenir des cruautés d'Henri l/ill; ces vers n'ont pas même le mérite d'être du temps. Une autre curiosité du lieu, c'est un certain nombre d'arbres tellement vieux, que du temps même de Croniwell, on ne les trouvait plus propres à la marine; ils ont entièrement perdu leur beauté et ressembleront bientôt à ce qu'on appelle des truisses en Touraine.
Lord Sefton remarquait hier devant lord Brougham que tous les défenseurs de la Reine Caroline d'Angleterre étaient parvenus aux plus hautes dignités du pays, lord Crey, lord Brougham, etc.. Ce qui m'a fait dire au Chancelier qu'il n'y avait donc plus d'inconvénient pour lui, à avouer qu'il avait défendu alors une bien mauvaise cause. Il n'a jamais voulu en convenir, et a cherché à nous persuader que si la Reine avait eu des amants, Bergami n'était pas du nombre. Il voulait nous faire croire que telle, du moins, était sa conviction, et, à l'appui de cette assertion, que personne, pas plus que lui-même je crois, ne prenait au sérieux, il nous a raconté que, pendant les trois dernières heures de la vie de la Reine, durant lesquelles le délire le plus marqué s'était emparé d'elle, elle avait beaucoup