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a fini ses épanclieinents à Mme de Lieven en lui disant qu'aussitôt la Reine partie, il allait s'établir à Windsor, pour n'en pas sortir, et y vivre en ermite, jusqu'au retour de la Reine.
Le départ de cette Princesse, qui a lieu demain matin à Wolwich, sera vraiment magnifique, puisque, outre son vaisseau, les deux grands bateaux à vapeur et tout le Yacht Club, le Lord-maire, avec toutes les corporations de la Cité, dans leurs barges de gala, accompagneront la Reine, pour lui faire honneur, jusqu'à l'endroit de la rivière oîi la juridiction finit. On dit aussi qu'une flottille hollandaise doit venir à sa renconire.
Almacks, le célèbre Almacks (1), qui depuis vingt ans fait le désespoir du petit monde, l'objet de l'émulation et des désirs de tant de jeunes personnes de la province ; Almacks, qui donne ou refuse le brevet de la mode ; Almacks, gouvernement absolu par excellence, modèle du despotisme et du bon plaisir de six dames les plus exclusives de Londres; Almacks, comme toutes les institutions modernes, porte en lui le germe de sa destruction. Après le relâchement dans sa police intérieure, est venue une violation de ses privilèges, puisque le duc de Wellington a osé donner un bal le mercredi, jour sacré, voué exclusivement à Almacks ; et enfin la désunion et les conflits de juridiction s'étant élevés dans le Conseil des six, nous sommes menacés de voir crouler, avec la Constitution de
(1) Almacks éfait une académie mondaine, (|iii rassemblait le haut monde de Londres et était patronnée par six dames de la haute société. Le début il l'AImacks sacrait l'iiommc du monde.
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l'Elîil (H celle de l'Eglise, si ébranlées en ce moment, cet Almacks où les jeunes personnes trouvaient des maris, les femmes un théâtre pour leurs prétentions, les romanciers les scènes les plus piquantes de leurs récits, les étrangers leurs données sur la société, et tout le monde enfin un intérêt plus ou moins avouable pendant la saison par excellence.
C'est lady Jersey qu'on accuse d'avoir été l'esprit subversif. Les chefs d'accusation contre elle sont nombreux : s'être refusée à l'admission de nouvelles patronnesses, qui, plus jeunes et plus gaies que les anciennes, auraient ranimé la mode qui pâlit; avoir donné avec une facilité très coupable des billets à des gens peu élégants; avoir soustrait ses listes à l'investigation de ses collègues, et, après avoir elle-même introduit du pauvre monde à ces bals, les avoir décriés ; ne s'y être plus rendue elle-même, malgré sa qualité de patronnessc; avoir décidé le duc de Wellington à donner une fête un mercredi; avoir voulu forcer les autres patronnesses à remettre Almacks à un autre jour; et enfin, non contente d'avoir bouleversé ainsi toutes les traditions les plus sacrées de l'institution, d'avoir écrit un billet, ou ])lutot un manifeste arrogant et ridicule, à la spirituelle lady Couper, pour se plaindre qu'au mépris de ses intentions, Almacks eût eu lieu coucurremment avec le bal du duc de Wellington, et pour menacer le Comité de son indignation et de sa retraite ! On s'attend qu'à la première réunion de ces dames, il y aura un beau tapage féminin. J'avoue que s'il y avait là une tribune pour le public, j'y porterais ma curiosité.
Il faut convenir que lady Jersey porte raicuglement de sa vanité an delà de toutes les bornes : un manque complet d'esprit, une origine bourgeoise (1), des richesses mal gouvernées, un mari trop doux, une beauté plus conservée que parfaite, une santé inaltérable, une activité fatigante, lui ont persuadé qu'elle avait assez d'argent pour se passer toutes ses fantaisies, assez de beauté pour désespérer ou combler les désirs de tous les hommes qui l'environnent, assez d'esprit pour gouverner le monde, et assez d'autorité pour être toujours, partout et sans concurrence, la ])remièrc, dans la faveur des Princes, dans la confiance des hommes d'État, dans le cœur des jeunes gens, dans l'opinion même de ses rivales. Elle se croit une existence incontestable en supériorité, qui lendrait la modestie oiseuse et la fei"ait pai'aitre de l'hypocrisie; aussi elle s'en dispense parfaitement. Elle parle de sa beauté, qu'elle détaille avec complaisance, comme de celle de la fameuse Hélène des Troyens; son esprit, sa vertu, sa sensibilité, tout a son tour; sa piété même arrive correctement le dimanche et finit le lundi ; sans mesure, sans esprit, sans générosité, sans bienveillance, sans grâce, sans droiture, sans dignité, elle est moquée ou détestée, évitée ou redoutée ; à mon gré, une mauvaise personne pour le cœur, une sotte personne pour l'esprit, une daiigcicuse personue pour le caractère, une fatigante personne pour la société, mais au demeurant, comme on dit, la meilleure fille du monde.
(1) Lady Jersey était, par sa mère, petite-fille du banquier Robert Child.
Londres, C> juillet 18IÎ4. — Les démentis un peu rudes qui ont été échangés à la Chambre des Communes entre M. Littleton, secrétaire pour l'Irlande, et M. O'Connell, n'ont pas eu bien bonne grâce et ont mis l'indiscrétion du premier et le manque de délicatesse du second fort au jour! On s'attendait qu'après de pareilles scènes, il y aurait une petite explication armée entre les deux champions, et que M. Littleton donnerait sa démission ou serait congédié. Mais l'épidernic politique n'est ni bien fin ni bien sensible ; le calus se forme trop vite dans les habitudes parlementaires; l'ambition et l'intrigue détrônent prom])tement toute délicatesse, parfois tout honneur.
M. Stanley, dans réternelle question du clergé d'Irlande, a lait encore un grand discours avant-hier, et pour le coup en cassant les vitres, et en jetant le gant au ministère, dont il faisait naguère partie. C'était si naturel à prévoir que je me suis émerveillée de la niaiserie des ministres et de leurs amis, qui soutenaient, à perdre haleine, que M. Stanley resterait leur ami et leur défenseur, après sa retraite comme avant. Comme s'il n'y avait d'autres liens parmi les hommes politiques que celui d'une ambition commune !
Le ministre de Naples a cru devoir se rendre chez don Carlos près du(piel il a été appelé, mais bien décidé à ne |)as préjuger les intentions de sa Cour et à ne donner à don Carlos que le titre de « Monseigneur » ; mais, arrivé à Gloucester-Lodge, il a été solennellement introduit auprès du Prince, qui se tenait debout, au milieu de toute sa Cour, les Princesses à ses cotés, si noires, si laides, avec des
yeux si africains, que le pauvre vieux Ludoll" s'est trouble et qu'entendant tout le monde crier « le Roi « et voyant ces quatre terribles yeux noirs de bêtes féroces féminines se fixer sur lui avec fureur, il a cru que, s'il se bornait au «Monseigneur» , il verrait son heure dernière, ce qui lui a fait donner du Roi et de la Majesté à tour de bras, heureux d'être échappé sain et sauf de cette tanière !
La princesse de Lieven nous a fait passer une très agréable journée, hier, à la campagne. La société était de bonne humeur et de bon goût : la Princesse, lady Clanricarde, M. Dedel, le comte Pahlen, lord John Russell et moi. Le temps était superbe, à deux pluies d'orage près, que la compagnie a prises en bonne humeur. Nous avons dîné à Burford-Bridge, jolie petite auberge au pied de Box-Hill, que la chaleur ne nous a permis de gravir qu'à moitié. Nous avons aussi visité the Deepdene (1), campagne de M. Hope, qui mérite bien son nom : la végétation est belle, mais le lieu est bas et triste; la maison a des prétentions égyptiennes grotesques et laides.
Denbies (2)àM. Denison, où nous avons été ensuite, est admirabh» de position ; la vue est liche et variée, mais la maison est peu de chose, du moins à l'extérieur. Toul ce côté-là est assez pittoresque et même beancoup pour être si près d'une grande ville comme Londres. La partie sans contredit fut agréable, et le souvenir m'en plaîl.
(1) CpKo carnpafjnp appiirtir>n( encore à la Jamille Hope. La maison contient une galerie de tableaux remarquable. Le parc et le.s jardins à l'italienne sont parmi les plus beaux de l'Angleterre.
(2) Denbies appartient maintenant à M. (î. Cubitt. Cefle habitation est située près de Dorking dans le comté de Surrcy.
Londres^ 7 juillet J834. — Le duc de Cimibeilaiid annonce rinlenlion d'aller chez don Carlos, ce qui déplaît fort au Roi. Le duc de Gloucester en serait tenté aussi, mais il n'a pas voulu y aller sans prévenir le Roi, qui l'a prié d<' n'eu rien taire.
Voici exactement ce qui s'est passé enti-e l'iiifinit don Carlos et le duc de Wellington. L'Infant avait d'abord envoyé l'évéque de Léon au Duc, auquel il a paru un gros prèlre assez commuu, mais avec plus de bon sens que le resle de la compagnie. L'évéque a engagé le Duc à veniivoir son maître et à lui donner ses avis. Le Duc a décliné de donner des avis sur une position dont les détails et les ressources lui étaient inconnus, mais il n'a pas cru pouvoir refuser d'aller chez don Carlos. 11 y a été, et le singulier dialogue suivant s'est passé entre eux :
Don Carlos. — Me conseillez-vous d'aller, par mer, rejoindre Zumalacarreguy en Biscaye?
Dic DE Wellington. — Mais avez-vous les moyens de vous y transporter? [Point de réponse. ..) Avez-vous un port de mer à vous, où vous soyez sûr de pouvoir débarquer?
D. C. — Zumalacarreguy m'en prendra un.
I). DE W. — Mais, pour cela, il lui faudra quitter la Biscaye. Et d'ailleurs, n'oubliez pas que, d'après le Traité de la Quadruple Alliance, l'Angleterre ne vous laissera pas reprendre la route d'Espagne, puisqu'elle s'est engagée à vous expulser de ce pays.
I). C. — Eb bien ! j'irai par la France.
D. DE W . — Mais la France a pris les mêmes engagements.
1). C. — Que ferait donc la France si je la traversais?
D. DE W . — Elle vous arrêterait.
D. C. — Quel effet cela ferait-il auprès des autres puissances?
D. DE W. — Celui d'un Prince aux arrêts.
D. C. — Mais s'il y avait un changement de ministère, ici, on me rétablirait en Espagne.
D. DE W. — Beaucoup d'intrigants, et du plus haut rang, chercheront à vous le persuader, et je ne puis trop vous prémunir contre de semblables illusions. L'Angleterre a reconnu Isabelle II et ne peut plus revenir sur cette reconnaissance, ni sur les engagements pris par le traité. Je vous dis, peut-être, des choses désagréables, mais je crois que c'est le plus grand service à vous rendre. Je connais bien ce pays-ci; vous n'avez rien à en attendre. Je suis même étonné que vous l'ayez choisi pour votre résidence après le traité que mon gouvernement a signé. Vous seriez, ce me semble, à beaucoup d'égards, infiniment mieux en Allemagne. Je ne connais pas la force de votre parti en Espagne, ni ses chances de succès; mais je ne crois pas qu'il vous vienne jamais d'équitables et efficaces secours que de l'Espagne elle-même. «
Telle est cette conversation qui m'a paru très curieuse, parce qu'elle témoigne de l'étrange ignorance de l'un, et de la simple droiture de l'autre. Le Duc a été extrêmement frappé de l'espèce de crétinisme de ce malheureux Prince, qui n'a rien su, rien appris, rien compris; qui n'a ni dignité, ni courage, ni adresse, ni intelligence, et qui semble réellement être à la dernière marche de l'échelle
liiiinaino. On dit que les Princesses, les enfants, tous ceux enfin qui sont autour de lui, sont à peu près de la même sorte. Cela fait beaucoup de pitié.
Le duc de W ellington ne croit pas au million envoyé par M. de Blacas ; il pense que c'est plutôt le clergé espagnol qui aura envoyé quelque argent.
J'ai dit au Duc que j'avais vu beaucoup de personnes extrêmement curieuses de savoir quel titre il avait donné à don Carlos, lorsqu'il avait été cbez lui ; il m'a dit alors : « Vous voyez, |)ar ce que je viens de vous raconter, que je pourrais iaire imprimer la conversation que j'ai eue avec ce Prince : elle n'a rien de choquant pour personne. Du reste, cette curiosité me rappelle celle qu'avaient tous les Espagnols, pendant la guerre de la Péninsule, de savoir de quelle manière je qualifiais Joseph Bonaparte, lorsque je communiquais avec lui, ce qui m'arrivait souvent. Ses correspondances françaises étaient souvent interceptées, et on me les apportait; elles contenaient beaucoup d'informations qu'il ne fallait pas qu'il reçût, mais il s'y trouvait aussi des nouvelles de sa femme et de ses enfants dont je n'aurais pas voulu le priver, et que je lui faisais passer par les avant-postes français. J'écrivais alors au général français et je lui disais : a. Faites savoir au Roi « que sa femme, ou sa fille aînée, ou sa fille cadette, va « mieux, ou moins bien; qu'elles sont parties pour la « campagne « , ou autres choses semblables; je ne disais jamais Roi d'Espagne et j'adressais mes messages à des généraux français, mais non à des généraux espagnols joséphinos. Ainsi, il n'y avait, dans ce litre de Roi, aucune
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reconnaissance à inférer. C'était une politesse el voilà tout : elle ne pouvait tirer à conséquence. « Le Duc m'a laissé ainsi à mes propres conclusions sur la manière dont, en voyant don Carlos, il l'a nommé.
Tous ces pauvres Espagnols ont été hier au Grand Opéra, oii ils ont, comme de raison, e\cilé une grande curiosité!
On me mande, de Paris, (|u'on y est en enfantement d'un gouverneur d'Alger. Le maréchal Soult voudrait y envoyer un maréchal de France, d'autres veulent un personnage de l'ordre civil pour y placer le duc Decazes qui le demande à cor et à cri et auquel Thiers, notamment, l'a promis. C'est assez drôle, un favori de Louis XVIII se rabattre sur Alger ! Je me souviens d'un temps où on songeait aussi à le transporter fort loin, et où Alger, avec son dey, son esclavage et son cordon, aurait paru une assez bonne combinaison au Pavillon Marsan. Oh ! les drôleries, les singularités, les contrastes, les catastrophes, n'ont pas manqué dans les années que j'ai vues se succéder, et dont le nombre me paraît souvent doublé et triplé, quand je songe à l'immensité de faits accomplis, de destinées détruites, de bouleversements et de réédificalions qui les ont signalées.
Londres, 8 juillet 1834. — Le ministère anglais ne sait ni vivre ni mourir. Chaque jour démolit une partie de l'édifice ; il est impossible que le Cabinet ne se sente pas ébranlé dans ses fondements et cependant, contre toutes les traditions parlementaires, il reste en dépit des démen-
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lis, (les iiidist relions, des petites làclielés des uns, des petites trahisons des autres. Les faussetés royales même ne manquent pas; les conservateurs sont prêts à recueillir une succession que tout leur promet, mais dont ils aiment mieux hériter par voie de douceur que de l'arracher aux mourants. En attendant, rien ne se fait, rien ne se décide, et le public étonné regarde, attend et ne comprend pas. fiOrd Althorp annonce que M. Littleton a offert sa démission qui n'est point acceptée par lord Grey; celui-ci nie telle déclaration du Cabinet, que le duc de Richmond déclare avoir été prise, chose qu'il affirme, ajoute-t-il, avec la permission même du Roi. Cet incident singulieidevrait, naturellement, amener quelque solution grave, si les choses se passaient encore suivant les anciennes habitudes du Parlement, mais aujourd'hui, on ne s'attend plus qu'à quelque pauvre replâtrage entre les ministres. Pendant qu'on les voit ainsi marchander leur existence au dedans, on voit lord Palmerston trancher péremptoirement toutes les questions du dehors, refuser aux uns des explications, ne pas écouter celles des autres, ne céder aux avis de personne, inquiéter, irriter tout le monde ; ce n'est, assurément, pas le cas de dire avec Jean Huss, qui allant au supplice et voyant une pauvre vieille femme courir avec un zèle aveugle, et, pour la gloire de Dieu, jeter un fagot de plus sur le bûcher où il devait être brûlé, s'écria : « Sancta simplicitas ! »
A propos de lord Palmerston, et de sa réputation parmi ceux-là même qui ont un certain besoin de lui, je citerai le dire de lord William Russell, le plus tranquille et le I. Il
j)lus modéré dos liommcs. Mme de Lieven lui exprimant le désir de le voir bientôt ambassadeur à Pétersbourg : « Assurément, rien ne serait plus heureux et plus brillant pour ma carrière, et cependant, si lord Palmerston y pensait, je refuserais; car il ne lui faut pas des agents éclairés et véridiques, mais des gens qui sacrifient la vérité à ses préventions. Tout langage, toute opinion indépendante l'irrite, il ne songe alors qu'à se défaire de vous et à vous perdre. Ma manière de voir, à Lisbonne, n'ayant pas été la même que la sienne, il a cherché à nuire à la réputation de ma femme, et si, de Pétersbourg, je lui donnais d'autres renseignements que ceux qui lui conviennent, il dirait tout simplement que je suis acheté par la Russie et essayerait ainsi de me déshonorer. Un gentleman ne peut jamais, à la longue, consentir à traiter des affaires avec lui. «
Londres, 9 juillet 1834. — Paul Medeni nous disait, hier, que rien n'était si étrange que l'excès du goût du duc de Broglie, lorsqu'il était ministre, pour loid Granville. La préférence donnée à l'ambassadeur d'Angleterre, sur tout le reste du Corps diplomatique, dans les circonstances données, paraissait simple; cependant, cette préférence était non seulement exclusive, mais inquiète, jalouse, absorbante; elle était devenue ridicule, gênante et souvent nuisible.
Un autre fait qui n'a pas semblé moins étrange, c'est que, le lendemain du jour où M. de Broglie est sorti du ministère, faisant sa tournée d'ambassadeurs, et leur
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expliquant les motil's de sa retraite, il ajoutait à chacun, pour adoucir ce qu'il supposait, à tort, être un regret pour eux, que sa pensée et son système ne restaient pas moins personnifiés dans le Cabinet, par son élève, M. Duchâtel, qu'il y avait tait entrer, après l'avoir initié aux <}randes affaires qu'il ne quitterait plus désormais, et l'avoir formé à être un homme d'Etat de première distinction. Ce legs, si pompeusement annoncé, n'a pas semblé d'aussi grande importance aux héritiers qu'au testateur,
Londres, \0 juillet 1834-. — Le Times m'a appris, hier, qu'après avoir demandé l'ajournement de plusieurs lois à la Chambre des Lords, et avoir réuni un conseil fort prolongé, lord Grey et lord Althorp avaient remis leurs démissions au Roi qui les avait immédiatement acceptées (1).
Je suis partie, ne sachant rien de plus, et je suis allée avec la duchesse-comtesse de Sutherland et la comtesse Batthyâny, passer la matinée à Bromley-Hill, ravissante maison de campagne, oii lord Farnborough, ancien ami de M. Pitt, vit habituellement, uniquement occupé de cette charmante demeure, belle par sa situation, ses beaux ormes, ses fleurs, ses eaux superbes, son bon goût par-
(1) Le Cabinet de lord Grey était ainsi composé : Premier lord de la Trésorerie, le comte Grey. Lord Chancelier, lord Broiigham. Président du conseil privé, marquis Lansdowne. Sceau privé, comte Durliam. Chancelier de l'Kchiquier, lord Althorp. Intérieur, vicomte Melbourne. Affaires étrangères, vicomte Palmerston. Colonies, vicomte Goderick. Commerce, lord Auckland. Amirauté, sir James Grjiham. Postes, duc de Richmond. Irlande, M. Stanley. Trésorerie générale, lord John Russell. Contrôle, M. Charles Graut. Chancelier du duché de Lancastre, lord Holland.
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l'ail, el un soin exlicnie. Nous avojis ôlô ravis de ce eliarmanl élablissenient, et c'est avec regret que nous sommes rentrés dans la fumée et la politique de Londres.
On n'y savait rien de plus sur le grand événement du jour, si ce n'est le simple t'ait du message du Roi à lord Melbourne, sans qu'on eût encore rien appris sur ce qui s'était dit entre le Roi et lui. Nous avons été le soir chez lord Grey que nous avons trouvé en famille. Ses enfants m'ont paru abattus, sa femme en irritation, lin seul gai, simple, amical, avec ce maintien plein de noblesse el de candeur qui lui est propre, et qui a quelque cliose de fort loucbanl. Il nous a dit, très naturellement, qu'à travers une série de difficultés et de désagréments sans cesse renaissants depuis le début de la session, le dernier fait de l'imprudente bêtise de M. Liltleton, si faiblement expliquée par lord Allliorp aux Connuunes, rendait la démission de M. Littleton insuffisante, et la sienne el celle de lord Allhorp nécessaires.
Il m'a semblé, que, dans la famille de lord Grey, la grande baine était contre M. Stanley, dont la retraite, suivie d'un si rude discouis, a, de fait, porté au ministère un coup dont l'incident Littleton n'a été que la dernière crise. Les Communes, peu satisfaites de ce que leur a dit lord Althorp à ce sujet, se sont fractionnées en de trop fortes minorités pour n'avoir pas prouvé leur mécontentement, et c'est ce qui a fixé les longues incertitudes de lord Grey. 11 nous a semblé content de l'effet produit par l'explication qu'il venait de donner de toute sa conduite à la Chambre des Pairs.
M. Ward, son gendre, est venu lui porter des nouvelles de la Chambre des Communes, où il paraissait que les explications de lord Altliorp auraient été reçues assez froidemenl. L'impression } était qu'outre lord Grey et lord Althorp, MM. Abercromby, Grant et Spring-Rice s'étaient également retirés du ministère ; à quoi lord Grey a repris que cela n'était pas exact, qu'il n'y «ivait que lui et lord Altborp qui eussent réellement donné leurs démissions, et à telles enseignes, que le Chancelier, à la Chambre des Piiirs, niait même dit qu'il ne comptait point quitter, et qu'il ne rendrait les Sceaux que sur un ordre formel du Roi. A cela, je me suis permis de demander si la retraite du premier ministre n'entraînait pas, nécessairement, celle de tous les autres membres du Cabinet : « — En droit, oui, mais en fait, non; 55 m'a dit lord Grey, « mais vous avez raison, c'est l'usage habituel. A vrai dire, mon administration est dissoute ; cependant, ces Messieurs, individuellement, peuvent rester dans le nouveau Cabinet. » Sa réponse était évidemment gênée et embarrassée.
Nous avons été ensuite chez lord Holland ; il était infiniment plus abattu que lord Grey, Ibrt irrité de l'attaque que le duc de Wellington avait faite contre le Cabinet, au Parlement, et qu'il qualifiait de mauvais goût et de méchant esprit, il a dit que les Tories semblaient tout préparés à recueillir la succession, mais qu'il espérait que le discours du Chancelier les dégoûterait de la tâche en leur montrant les difficultés énormes; que, d'ailleurs, « on ne se mettait pas à table sans être invité à s'y placer » , et que, jusqu'à présent, le Roi n'avait point aj)pelé les Tories, qu'il avait
fait chercher lord Melbourne, mais que, néanmoins, il ignorait ce qui s'était dit entre eux.
Sur notre question de savoir si le Cabinet était entièrement ou seulement partiellement dissous, lord Holland a dit que le Roi devait se croire sans ministres, et que lui, lord Holland, quoique n'ayant pas donné sa démission, se regardait cependant comme out of office. Il règne sur cette question une incertitude qui prouve ratlachement de ces Messieurs à leurs places et la répugnance qu'ils éprouvent cà les quitter. Lord Melbourne est arrivé pendant que nous étions là, nous nous sommes retirés par discrétion, guère plus avancés à la fin de la journée qu'à son début.
11 paraît que rien ne s'éclaircit en Espagne. Le choléra y répand un effroi dont la Régente essaye de profiter pour se séquestrer dans un moment qu'on dit être embarrassant pour elle. Il est fâcheux pour cette Princesse de s'être déconsidérée aux yeux d'un public, dont il serait si désireux pour elle d'obtenir l'estime et la bienveillance. Le choléra et la retraite de la Reine jettent un grand décousu dans la marche des affaires et du gouvernement. On parle de changer le lieu de rassemblement des Cortès.
On assure que l'infant don Francesco, resté à Madrid avec sa femme, l'infante Carlotta, sœur de la Régente, mais brouillé avec elle, songe, à l'instigation de son épouse, à s'assurer la Régence, et même peut-être plus que cela. La guerre civile est toujours très vive dans le nord de l'Espagne; il est impossible de prévoir ce qu'un tel état de choses, dans la position particulière des acteurs principaux, pourra amener pour le midi de l'Europe.
Londres, \ J juUlel 1 834. — Le Roi, en faisant chercher, avant-hier, lord Melbourne, lui a parlé de son désir d'arriver à un ministère de coalition, et l'a prié de s'en occuper, mais lord Melbourne a dû, hier matin, écrire au Roi que pareille tache lui était impossible. En même temps, lord Brougham, qui ne cache pas son désir de rester aux affaires et de les diriger, a écrit aussi au Roi, pour lui dire que rien n'était })lus aisé que de reconstruire une nouvelle administration avec les débris de l'ancienne, et de continuer à gouverner dans le même système. Deux Tories principaux dans leur parti ont dit à Mme de Lieven que s'ils étaient appelés parle Roi, ils accepteraient, que leur plan était fait et à la (juestion de savoir s'ils ne s'effrayaient pas de dissoudre la Cbambre des Communes et d'en appeler une autre, ils ont dit qu'ils ne dissoudraient pas, parce qu'ils resteraient, à ce qu'ils croyaient, maîtres de la Chambre actuelle, toute mauvaise qu'elle est. Ils se sont aussi fort bien expliqués sur l'alliance avec la France, et particulièrement sur M. de Talleyrand, dont le système conservateui" leur inspire confiance, au point, disent-ils, que c'est le seul ambassadeur français qui puisse leur convenir.
Hier, à dîner, chez nous, il n'y avait que quelques débris du ministère déchu; on parlait assez librement de ce qui a amené la catastrophe, qu'il faut rattacher à une série de petites trahisons intestines, ou, comme disait lady Holland, à de grandea trahisom.
Lord Brougham, que lord Durliani qualifiait, avec raison peut-être, de fourbe et de fou, paraît être le grand cou-
pablc. 11 a entretenu une correspondance secrète avec le marquis de Wellesley, vice-Roi d'Irlande, pour l'engager à faire à lord Grey des rapports, qui, différents des précédents, devaient le déterminer à abandonner le « Bill de coercition» . D'un autre côté, la consultation demandée aux juges d'Irlande sur l'état du pays, et sur les mesures convenables à adopter, n'ayant pas été telle que la désirait le Chancelier, n'est jamais parvenue à lord Grey et paraît avoir été supprimée; les indiscrétions de M. Littleton, le manque d'énergie de lord Althorp, les difficultés des choses en elles-mêmes, tout cela réuni a fixé les irrésolutions de lord Grey, qui était décidé depuis longtemps à ne pas affronter la session prochaine du Parlement. Il voulait se retirer après celle-ci, mais en choisissant ses successeurs. Je crois qu'il est sincèrement aise d'être hors de la bagarre, mais qu'il regrette d'avoir quitté sur un terrain miné par la trahison et sans savoir en quelles mains va tomber le pouvoir. Il est plein de dignité, mais sa femme regrette avec irritation toutes les ressources que le ministère offrait pour établir ses enfants.
Lady Holland est abattue et regrette le bien-être que le duché de Lancastre procurait à son propre individu. Lord Holland parle de tout ceci avec un mélange de bonhomie, d'insouciance, de chagrin oX de gaieté, qui est rare, drôle et surprenant.
Personne ne sait, ne prévoit, ni ne présume même ce qui résultera de toute cette crise.
Le Roi est à Windsor, assez petitement entouré de parents légitimes et illégitimes qui n'ont ni ('S|)rit ni con-
sistance, qui ne sont, d'ailleurs, pas d'accord entre eux, et dont on ne saurait compter l'influence, ni dans un sens, ni dans l'autre. La présence de la Reine aurait eu plus d'importance, mais je suis heureuse de penser que par son éloignement elle échappe à toute responsabilité. Le Roi en avait la prévision, qu'il a plusieurs fois manifestée, et ellemême se consolait de le quitter par la pensée de ne pouvoir être accusée d'influencer à distance les décisions royales.
Londres, Vi juillet 1834. — Il est évident que, dans cette semaine, il y a eu des dupes de différents côtés. Les plus surpris, les plus déroutés sont sans doute les conservatifs : ils se sont toujours imaginé, et le public avec eux, que le Roi, trop faible pour renvoyer son ministère, serait cependant charmé d'en être débarrassé et saisirait avec empressement le premier joint pour rappeler les Tories, et cependant les heures et les jours se passent sans qu'on les demande .
J'ai dîné hier avec eux; ils avaient, évidemment, rap])aparence de gens désappointés et le duc de Wellington, qui était mon voisin à table, chez lady Jersey, en a causé tout librement avec moi. J'ai été parfaitement de son avis sur le résuhal inévitable de la conduite du Roi. Lord Grey était le dernier éclielon entre l'innovalion et la révolution, et le Roi laissant échapper une occasion naturelle et décente, sans remonter Téchelle, sautera infailliblement la dernière marche qui le sépare de l'abîme destiné à engloutir le sort de la Royauté, du pays; le retentissement d'un pareil événemeul sera incalculable en Kni'ope.
no CHRONIQUE
Quelqu'un qui dînait, hier, dans le camp opposé, m'a rapporté que les Whigs se croyaient sûrs que le Roi était venu en ville pour laisser lord Melbourne libre de composer un ministère à sa guise, puisqu'il avait refusé d'en former un de coalition. Ce qui confirmerait cette supposition, c'est que plusieurs membres influents des Communes ont rendez-vous ce matin, chez lord Melbourne. Il parait que la question est de savoir si on conservera ou si on abandonnera les clauses sévères du « Bill de coercition » sur l'Irlande. Lord Melbourne veut les conserver, mais alors il faut se passer de lord Althorp, qui ^semble cependant être le seul qui puisse diriger la Chambre des Communes. Il est probable que la journée actuelle dissipera tous les doutes, et que demain on aura une administration recomposée, ou du moins rajustée, replâtrée et d'avance frappée à mort. Ce que j'ai cru depuis longtemps et dit quelquefois, semble s'être vérifié.
Sir Herbert Tayloi-, le secrétaire particulier de George III et l'homme qui, jadis, avait inspiré une grande passion à la belle princesse Amélie, réputé insignifiant sous le feu Roi George III, cité et estimé sous George IV pour sa discrétion, remplit encoi-e les mêmes fonctions sous le Roi actuel. Je l'ai toujours soupçonné d'être un ami dévoué des Whigs et surtout de lord Palmerston. Il était le seul, à Windsor, auquel le Roi, dans ses jours de crise, ait pu parler, et par lequel d'ailleurs, toutes les communications aient pu passer; c'est a ses inspirations et à son travail sourd et cependant actif, et depuis longtemps préparé, (ju'on s'en prend maintenant de ce qui se passe.
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Les dires se délruiscnt en se succédant; l'esprit se fatigue d'une curiosité qui n'est ni satisfaite ni justifiée. On revient sur l'assurance que lord Melbourne aurait liberté entière de former un ministère à sa guise. On dit que le Roi, qui, décidément, n'a pas quitté Windsor, a envoyé sir Herbert Taylor chez sir Robert Peel.
On dit aussi dom Pedro mort et don Carlos parti. Enfin, la cité et les clubs sèment, à l'envi, pour passer le temps, je su])pose, les nouvelles les plus bizarres et les plus contradictoires. On finit par ne plus rien croire, par ne guère écouter et par attendre assez patiemment, dans une sorte de lassitude, que la gazette proclame, officiellement, le successeur du lourd et dangereux héritage du ministère.
Pendant ce temps, lord Grey va faire des dîners de gourmand à Greenwich ; il y porte le poids de sa déchéance et de la perfidie de ses amis, Mme de Lieven celui de son brillant exil, et M. de Talieyrand les liraillements d'une ambition encore vivace et d'une attention fatiguée. Lord Grey a fort bien dit, l'autre jour, en faisant ses adieux au Parlement, qu'à son âge de soixante-dix ans, on pouvait avec une certaine fraîcheur d'espiit conduire encore fort utilement les affaires, en tenijis ordinaire; mais qu'il fallait, à une péi'iode aussi critique que celle-ci, toute l'activité et l'énergie qui n'appartenaient qu'à la jeunesse.
Cette vérité, j'en ai fait l'application fort près de moi, et j'ai senti que, dans une carrière publique, il fallait surtout s'appliquer à choisir un bon terrain de retraite, à n'en pas perdre rà-j)roj)os, et à quitter ainsi la scène politique de bon air et de bonne grâce, afin d'emporter encore les
applaudissements des spectateurs et d'éviter leurs sifflets.
Londres^ \^ juillet \%^^. — On écrivait ce matin de Windsor à Londres, pour savoir des nouvelles. Le silence observé par le Roi était absolu, et dans les longues promenades avec sa sœur, la princesse Auguste, ou avec sa fille, lady Sophia Sidney, toute conversation politique était soigneusement évitée et la pluie, le beau temps, le voyage de la Reine, les seuls sujets traités.
Le voyage de la Reine a éprouvé quelques embarras. Lord Adolphus Fitzclarence, qui n'est pas, à ce qu'il semble, un marin fort habile, n'a pu trouver aisément son chemin; le yacht royal prenait d'ailleurs trop d'eau. Heureusement que le duc et la duchesse de Saxe-Wcimar, le prince et la princesse des Pays-Bas, ayant été sur un steamer hollandais à la rencontre de la Reine, celle-ci a pu j)asser à leur bord avec sa femme de chambre et se rendre directement à la Haye; la suite a eu de la peine à gagner Rotterdam.
Il est très heureux, à ce qu'il paraît, que la Reine ait pu éviter cette dernière ville, où l'irritation contre l'Angleterre est assez vive pour qu'on ait voulu y préparer un vilain charivari à la pauvre Reine. Il était convenu, ici, qu'elle ne verrait ni le Roi, ni la Reine des Pays-Bas, condition fortement imposée |).ir \v Roi d'Angleterre; on parlait cependant d'une rencontre fortuih' qni pouvait avoir lieu au château du Loo,
Sir Herbert Taylor ayant été le point de mire de bien (h's gens dans ces derniers jours, il en a été (pieslion dans
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Ijcaiicoup (le conversations, et j'ai appris ainsi que lorsqu'on le proposa pour secrétaire intime à Georges 111 devenu aveugle, on pensa en même temps en faire un Conseiller privé. George 111 se mit en grande colère contre une pareille idée, el, devant tous ses ministres, il dit à M. Taylor : Bememhei\, Sir, that y ou are lo he my peif, and my eye, but nolhing else; that ifyon shoa/d presmne^ but once, to rememher whal you hear, read or Write, tohuman opinion of'your own,orlo givean advic(\ we would part for ever. Kn etl'et, sous George 111 et plus tard sous George IV, M. Taylor n'a jamais été (pi'iMK^ sorte de mannequin, sans oreilles pour écoulei*, sans yeux pour voir, sans mémoire pour se souvenir. On dit qu'il n'en es( plusdenu'me maintenant, quoique les apparences soient loujours celles de la plus grande réserve et discrétion. Il m'a été dit, aussi, à cette occasion, que George 111, jusqu'au jour de sa cécité, ne s'était jamais servi de secrétaire, pas même pour l'aire les enveloppes ou cacheter ses lettres. Sa coi'respondance était aussi étendue que secrète : il savait toutes les nouvelles de la société, toutes les intrigues politiques, et quand il était mécontent de ses ministres, ou en méfiance de quelques-unes de leurs mesures, il lui est arrivé de consulter en cachette l'opposition. 11 n'était jamais pris au dépourvu; il connaissait l'opinion publique et joignait à beaucoup d'instruction beaucoup de tenue et de dignité.
Depuis avant-hier, le bruit s'est répandu que don Carlos avait quitté furtivement Londres, et qu'il avait déjà touché le sol français lorsqu'on le supposait indisposé à
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Gloiiccslcr-Lodge ; cependant, ce fait, qui est généralement admis, n'est point encore démontré. Ce qui en fait douter, c'est que M. de Miraflorès le soutient vrai, et se vante d'y avoir fait entraîner don Carlos par un agent à sa solde, qui aurait décide ce malheureux Prince à cette démarche, pour le livrer ainsi au premier poste espagnol, qui en ferait courte justice ; cette singulière et atroce vanterie, dans la bouche de tout autre, il faudrait la prendre au sérieux, mais M. de Miraflorès est aussi fat en politique qu'en galanterie, et il est très permis de douter de l'histoire en elle-même, ou bien de supposer que l'agent, censé avoir mystifié le Prince, n'a peut-être mystifié que le diplomate. Hier au soir, la convenance, l'intérêt, la curiosité, l'affection, enfin les bons et les mauvais sentiments, avaient conduit un nombre inaccoutumé de personnes à la soirée du dimanche, supposé être le dernier de lady Grey. On y disait, à mots couverts, mais de façon cependant à laisser bien peu de doutes, que lord Melbourne était revenu de Windsor premier ministre, et maitre de former, avec les éléments du premier Cabinet, une nouvelle administration dans laquelle lord Grey, seul, ne rentrerait pas. C'est monter en scène avec une vilaine couleur de trahison pour les uns ; c'est, pour l'autre, en sortir avec la triste figure d'une dupe ; c'est, de la part du Roi, préférer, par faiblesse, un replâtrage à quelques jours d'énergie, difficiles sans doute, mais dignes au moins, et certainement salutaires pour le pays. Les Tories ne lui pardonneront jamais d'avoir reculé, et la postérité le condamnera pour sa faiblesse.
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Il soinblail, hier au soir, (|ue (ont se lût tout à coup amoindri, affaissé et sali dans cette grande Angleterre; le Corps diplomatique se fractionnait en groupes d'expressions frappantes : la nouvelle Espagne, le nouveau Portugal, la Belgique à peine ébauchée, tout ce qui a besoin du désordre et de la faiblesse des grandes puissances pour se sauver des mauvaises conditions de son origine, regardaient lord Palmerston avec des regards d'angoisse qui, bientôt, et lorsqu'on a supposé qu'il restait aux affaires, se sont changés en regards d'auu)ur et de triomphe; le mépris, joint à la haine, contractait toutes les fibres de la princesse de Lieven; l'ambassadeur de France, qui n'est ni rétrograde, comme le Nord, ni proj)agandistc comme l'Angleterre, semblait plus soucieux qu'irrité, plus affligé qu'étonné, et connue arrivé au point oii, le rôle des honnêtes gens finissant, le sien devait se terminer, et où l'heure d'une retraite convenable et décente avait sonné. Les Anglais, eux-mêmes, paraissaient humiliés, et point dupes de l'apparence de modération sous laquelle on cherche à cacher sa faiblesse. En effet, le replâtrage actuel conduira, un peu plus lentement, mais par une décomposition aussi absolue, vers la destruction, qu'aurait pu le faire l'arrivée, de plein saut, au pouvoir, de lord Durham et de M. O'Connell.
Plus on scrute la conduite de lord Brougham dans tout ceci, et plus on est frappé de l'indélicatesse de sa nature ; le vieux et grave lord Harewood lui ayant demandé avanthier où on en était, et si le ministère se recomposait, le Chancelier lui a répondu : « Où nous en sommes? Et où
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voiiloz-ioiis que nous on soyons, loiscjuo, dans un uioment aussi critique que celui-ci, on a à traiter avec des hommes qui imaginent de venir vous parier de leur honneur? Comme si l'honneur avait quelque chose à faire dans un moment pareil. 5>
Si l'honneur ne le gêne pas, il paraît que le maintien de sa dignité ue le préoccupe guère nou plus, car hier dimanche, à travers les uiille agitations de tous, et malgré la règle établie pour les Chanceliers d'Angleterre, d'assister tous les dimanches à l'office divin (hms la chapelle du Temple, il a imaginé d'accompagner Muie Peter à la messe catholique cl de l'écouter dans le banc de cette belle dame, à laquelle il fait une cour non moins assidue que celle de sou collègue lord Palmerston.
On dit, ce matin, que pour se débarrasser de lord Durham, en lui donnant un os à ronger, on l'envoie vice- Roi en Irlande, et qu'en même temps, le ministère, renaissant de ses cendres, renoncera au Bill de coercition sur l'Irlande (1) ; si c'est le cas, on aura sacré M. O'Connell Roi d'Irlande le jour anniversaire de la prise de la Bastille. Décidément, le 14 juillet est le jour par excellence, dans les annales révolutionnaires de l'histoire moderne!
J'ai rencontré, tout à l'heure, un Pair conservatif, homme d'esprit et de cœur, qui m'a remuée fortement : de grosses larmes roulaient dans ses yeux; il déplorait l'abaissement de son pays, l'écroulement de ce vieux et grand édifice. Il prévoyait la terrible lutte qui, tout
(1) Ou Bill des dîmes.
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d'abord, peut s'engager entre les deux Chambres; le radicalisme qui, bon gré mal gré, va devenir le guide du ministère d'aujourd'hui et de tous ceux qui lui succéderont rapidement; le ministère du moment n'est, aux yeux de tout le monde, qu'un mort-né; aussi on est surpris que l'intelligente et bonne nature de lord Melbourne se soumette à une semblable comédie. Sa sœur cherchait à l'expliquer en disant qu'il fallait savoir se sacrifier pour sauver la patrie, mais Mme de Lieven lui a répondu en lui disant : « Ce n'est pas par des hommes qui se déshonorent que la patrie peut être sauvée, »
Les amis de lord Melbourne, qui le connaissent bien, prétendent que la paresse prendra le dessus au premier jour, et qu'après un Goddam bien vigoureux, il enverra tout paître. En effet, il est étrange devoir, dans le moment le plus critique du pays, l'homme le plus nonchalant de l'Angleterre appelé à en diriger les destinées.
Londres, 15 juillet 1834. — Lord Grey est venu me faire une longue visite. Nous avons parlé de la dernière crise, comme si c'était déjà de l'histoire ancienne, avec le même dégagement et la même sincérité. Il n'a que faiblement, et comme par acquit de conscience, combattu mes tristes prévisions; il défendait ses successeurs en masse, «t les abandonnait en détail, ou, du moins, il convenait de la difficulté de leur position et du mauvais vernis avec lequel ils reparaîtraient sur la scène. Il s'est tu lorsque je lui ai dit que l'opinion publique assignait à M. Littleton le
rôle de la bêtise, à lord Althorp celui de la faiblesse, au I. 12
Chancelier celui de la perfidie! Il a haussé les épaules, lorsque je lui ai cité un propos tenu par M. Ellice, son beau-frère, la veille, dans le salon de lady Grey; en effet, ce propos était étrange. Le voici : En répondant aux regrets que quelqu'un lui exprimait de la retraite de lord Grey : « Sûrement, dit-il, c'est fâcheux sous plusieurs rapports; mais cela ne pouvait tarder d'arriver, avec le -dégoût des affaires qui s'était emparé de lui; et, du moins, cela aura-t-il l'avantage de nous faire marcher dans une route plus large, de rendre nos allures plus franches et de nous tirer de ce juste milieu qui n'est plus possible maintenant. 5)
Lord Grey m'a répété plusieurs fois qu'il ne regrettait ni le pouvoir, ni les affaires; que, depuis quelques mois, il s'était senti affaibli, sans intérêt pour rien, ne faisant les choses qu'avec une extrême répugnance et lassitude. Il m'a avoué que ce qui l'avait le plus rempli d'amertume, c'était la conduite de plusieurs des siens, et surtout celle de lord Durham, dont la violence, la hauteur, l'ambition, l'intrigue, l'avaient d'autant plus fait souffrir que sa fille en était la première victime, et qu'il ne pouvait douter que la dernière fausse couche de lady Durham ne provînt de la brutalité de son mari. Il m'a dit que, malgré l'extrême effroi que ce caractère inspire, il était question de lui donner, dans le nouveau Cabinet, la place que lord Melbourne, passant à la Trésorerie, laissait vacante; l'ambition et la mauvaise activité de lord Durham le rendent tellement incommode à un ministère dont il ne fait pas partie, qu'on se demande s'il ne vaut pas mieux l'admettre dans
celui-ci, pour essayer, ])ar ce moyen, de neutraliser ses mauvaises dispositions. Lord Grey doutait pourtant qu'on s'y décidât, tant il est détesté par tous.
Lord Grey était sûr d'avoir décidé lord Althorp à passer sur tous les embarras de sa position et de lui faire reprendre sa place dans le Cabinet (I). Il dit que sans lord Althorp, on ne pourrait jamais gouverner la Chambre des Communes; il se flattait aussi de décider lord Lansdowne à rester en place, mais cela n'était pas certain. Enfin, dans sa persuasion, fondée ou non, que l'arrivée des tories ou celle des radicaux amènerait une révolution, il faisait sincèrement, et avec le plus jjrand zèle, tous ses efforts pour rajuster ce jnême misérable Cabinet par lequel il vient d'être trahi, ne sentant pas, ou ne voulant pas comprendre, que c'est, nécessairement, sous un très léger masque, du radicalisme, tout aussi bien que si on en était déjà à un ministère O'Connell ou Cobbett.
J'ai dîné à côté du Chancelier chez la duchesse-comtesse de Sutherland. Il était de fort bonne humeur et m'a proposé de boire à la date du jour, le 14 juillet. « Au dessert! V lui ai-je répondu, sachant bien que sa mobilité d'esprit lui ferait oublier son toast ; et, en effet, il n'y a
(1) Le nouveau Cabinet fut ainsi constitue : Premier lord de la Trésorerie, lord Melbourne. Chancelier, lord Brougham. Président du conseil, marquis Lansdowne. Affaires étrangères, vicomte Palmerston. Colonies, M. Spring Rice. Chancelier de l'Echiquier, lord Althorp. Amirauté, lori Auckland. Postes, marquis de Conyngham. Payeur général de l'Armée, lord John Russell. Irlande, M. Littleton. Chancelier du duché de Laucastre, lord Holland. Intérieur, vicomte Duncannon. Conseil du Contrôle, M. Charles Grant. Commerce, M. Poulett Thomson. Guerre, M. EUice. Sceau privé, lord Mulgrave. La plupart de ces ministres avaient fait partie du Cabinet précédent.
plus songe! J'aurais été, en tout cas, incapable de l'accepter, car cette date, déjà si malheureuse, ne s'est, certes, pas purifiée hier.
Le Chancelier m'a demandé si j'avais vu lord Grey, si je u'avais pas été fra[)pée de sa naïveté, qui est telle, me dit-il, qu'il ne sait rien cacher, rien dissimuler, rien contenir : c'est un enfant pour la candeur, pour rinq)révoyance, cédant à toutes les impressions du moment. « C'est une très noble nature, une âme bien pure » , ai-je répliqué. — « Oui, oui,^ assurément, >> a-t-il repris, « celle d'un charmant enfant, et cela me fait souvenir que M. Hure, un ami de M. Fox, de Fitz-Patrick et de Grey, n'appelait jamais celui-ci autrement que Bahy Greij. »
Don Carlos est décidément parti. Les uns disent qu'il s'est embarqué sur la Tamise, pendant qu'on le croyait à l'Opéra, et qu'il va débarquer sur un des points de l'Espagne où on lui suppose des intelligences; les autres prétendent, et ceci est la version de M. de Miraflorès, qu'il a passé par la France, que c'est M. Calomarde qui, de Paris, a mené toute cette intrigue, mais par l'instigation de lui, Miraflorès, pour faire tomber don Carlos dans lin piège. Tant il y a qu'il est parti, et que, quel que soit le résultat de son entreprise, elle ne saurait, en elle-même, être indifférente.
Londres, 16 juillet 1834. — Le successeur de lord Melbourne, au ministère de l'Intérieur, est connu; c'est lord Duncannon qui passe à cette place de la Direction des Eaux et Forêts, qu'il abandonne à sir John Cam-
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Hobhouse. Celui-ci est connu par ses relations avec lord Byron, ses voyages en Orient et ses opinions très libérales, moins cependant que celles de lord Duiicannon, qu'on dit être des plus vives. Il est donc l)ieii évident que le Cabinet a pris une couleur plus tranchée et plus avancée en tendance révolutionnaire.
Si, hier matin, le départ de Londres de don Carlos était hors de doute, le soir, son arrivée en Espagne était certaine. Les tories prétendent savoir qu'il est arrivé en Navarre, après avoir traversé toute la France; c'est aussi la version de M. de Miraflorès, qui r<>grette peut-être maintenant de s'être vanté de lui avoir tendu des pièges et de l'avoir entouré d'espions, qui devaient, disait-il, le livrer au premier poste espagnol ennemi; mais voici qu'au contraire, il est parvenu sain et sauf au milieu des siens, dont on assure qu'il a été très joyeusement reçu.
Le ministère anglais se disait, hier, instruit de son arrivée en Espagne, qui aurait eu lieu le î) : mais il prétend que don Carlos a débarqué dans un des ports de la Biscaye, et qu'il y est arrivé n'ayant avec lui qu'un seul Français; que ses partisans lui avaient fait grand accueiL On assure qu'il ne s'est rendu en Espagne que sur l'invitation des provinces du Nord, et sur la menace de celles-ci de se déclarer indépendantes de l'Espagiie et de se cons* tituer en République, si leur chef naturel ne se rendait pas au milieu d'elles. Il est évident qu'il fallait de grandes espérances d'une part, et de grandes craintes d'une autre, pour décider un homme aussi timide et aussi inhabile que don Carlos à courir de semblables hasards. Du reste, sa
conversation avec le dnc de Wellington, que j'ai rapportée plus haut, prouve que le projet d'aller en Espagne occu-» paît son esprit depuis plusieurs semaines.
Londres y 17 juillet 1834. — Les amis du nouveau ministère s'évertuent à assurer que le système d'alliance avec la France n'éprouvera aucune altération. Je le crois, mais j'aurais préféré, pour les deux pays, que cette alliance s'affermît sur un terrain de bon ordre, au lieu de ne se continuer que par des sympathies révolutionnaires. Celles-ci inquiètent, ajuste titre, le reste de l'Europe, et ])euvent amener des crises dans lesquelles il serait difficile de désigner d'avance les vainqueurs.
Nous sommes de plus en plus décidés à retourner en. France, aussitôt après la clôtuie du Parlement, peut-être même avant.
Notre avenir plus éloigné, je ne le prévois point encore, mais l'exemple de lord Grey est une preuve de plus que, pour bien finir, les grandes figures historiques doivent choisir elles-mêmes le terrain de leur retraite, et ne pas attendre qu'il leur soit imposé par les fautes ou par la perfidie d'autrui.
Nous avons reçu, hier, les deux premiers volumes d'un livre qui a pour titre : Monsieur de Tallej/rand. J'y ai à peine regardé, mais M. de Talleyrand Ta lu. Il dit que rien n'est si bête, si faux, si ennuyeux, si mal inventé, et qu'il ne donnerait pas cinq shellings pour que ce livre n'eût pas été publié. J'avoue que je suis moins philosophe et que dans des occasions de ce genre, qui sont si fré-
qiientes à une époque aussi libellique que la nôtre, je me souviens toujours d'un mot de La Bruyère, qui m'a beaucoup frappée par sa justesse. Il dit : « Il reste toujours quelque chose de l'excès de la calomnie, ainsi que de l'excès de la louange. i> En effet, le monde se partage entre les malveillants et les imbéciles, c'est ce qui fait qu'il y a toujours des gens pour croire l'invraisemblable, surtout quand il est hostile.
Londres, 18 juillet 1834, — La fatuité est, chez les hommes, le résultat d'une disposition qui s'étend d'un point à tous les autres. M. de Miraflorès, fort avantageux et pas mal ridicule auprès des femmes, n'est pas moins présom])tueux en politique ; il s'y lance en enfant perdu, et s'attribue, avec une simplicité toute naïve, des succès qu'il n'a dû qu'aux passions personnelles des autres, et que, d'ailleurs, les résultais définitifs ne se chargeront peut-être pas de justifier; c'est ainsi qu'il se proclame l'inventeur de la Quadruple Alliance dont l'idée première lui a été inspirée par lord Palmerstou. Maintenant que la rentrée de don Carlos sur le territoire espagnol renouvelle les difficultés, le petit Marquis, proprio motu et sans attendre les ordres de son gouvernement, fait, par une note, chef-d'œuvre de ridicule, véritable olla podrida, un appel à l'Angleterre et à la France, pour étendre les termes du traité dont on croyait l'objet accompli.
Les circonstances actuelles sont cependant fort différentes. Il y a trois mois, les deux prétendants, Miguel et Carlos, étaient, l'un et l'autre, acculés dans un petit coin
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de Portugal, et, par le fait, plus spécialement du ressort de l'Angleterre ; maintenant, c'est dans le Nord de l'Espagne qu'est don Carlos, près des frontières de France. L'Angleterre poussera-t-cllc ses passions révolutionnaires jusqu'à laisser entrer les armées françaises dans la Péninsule, et ne sera-ce pas pour lord Palmerston le signal de sa sortie du ministère? D'autre part, la France peut-elle, après s'être prononcée contre don Carlos, lui laisser ressaisir un pouvoir qu'il emploiera contre elle? Ce n'est pas que le gouvernement, de plus en plus anarchique, de la Régente offre un voisinage bien rassurant. Le Roi Louis- Philippe se trouve donc placé ainsi dans la double alternative d'avoir à redouter, de l'autre côté des Pyrénées, le principe républicain ou le principe légitimiste ; le mezzo termine ne peut se soutenir que par la force armée, la conquête, enfin!
Cela me rappelle un mot bien vrai de M. de Talleyrand qui m'est souvent revenu à l'esprit depuis quatre ans ; il a été dit au travers de l'enivrement des grandes journées de 1830. M. de Talleyrand répondit alors à quelqu'un qui était tout en espérances et en illusions, en phrases patriotiques et en attendrissements sur la scène de l'Hôtel de ville, les accolades La Fayette et la popularité de Louis-Philippe : « Monsieur, ce qui manque à tout ceci, c'est un peu de conquête. »
On ditMartinez de la Rosa dépassé en Espagne et ne pouvant plus se soutenir au ministère : il serait remplacé par Toreno et passerait à la Présidence de la Chambre des Pairs. On dit aussi que la Régente l'a nommé Marquis de l'Alliance.
Londres, \^ juillet 1834. — Tout ce qui se passe ici fait reporter la pensée vers les premières scènes de la Révolution française. L'analogie est frappante, c'est presque une copie trop servile ; les aristocrates, la minorité de la noblesse, le tiers état, il y a de tout cela dans les tories, les wliigs, les radicaux. Les jalousies, les ambitions personnelles aveuglent les whigs, qui ne veulent voir d'autres ennemis que les tories, qui n'aperçoivent d'autres courants que de ce côté, et qui, pour échapper à des rivaux de pouvoir, se précipitent, eux et toute leur caste, dans l'abîme creusé par les radicaux.
En causant, hier, de tout cela, M. de Talleyrand rappelait un mot que lui disait l'abbé Sieyès pendant l'Assemblée constituante. « Oui, nous nous entendons fort bien maintenant qu'il ne s'agit que de liberté, mais quand nous arriverons sur le terrain de l'égalité, c'est alors que nous nous brouillerons. «
A la séance très vive d'avant-hier, à la Chambre des Lords, le ministère a bien nettement marqué la ligne qu'il veut suivre, et les mêmes hommes, qui, sous lord Grey, tenaient, il y a moins de quinze jours, les clauses répressives du « Bill de coercition îî pour indispensables, sont venus en annoncer l'abandon, au milieu des injures, des moqueries de la Chambre ! C'était déclarer que le Cabinet, pour vivre, se plaçait aux ordres de la majorité radicale des Communes, ne comptait l'opposition des Lords pour rien, et prendrait tous les moyens pour l'annuler. L'irritation qui en résulte est, comme de raison, vivement exprimée par les Lords. Les ministres n'ont que les éloges