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triche ! Peut-être les forces militaires que la France, d'après les gazettes, envoie sur les bords du Rhin donneront à réfléchir.
Sagan, 20 novembre 1850. — Le Ministre Manteuffel a quitté Berlin hier, pour avoir à la frontière (à Oderberg) un rendez- vous avec le prince Schwarzenberg (1). Il est à supposer que cette entrevue aura une issue pacifique. On disait aussi que les Chambres seraient prorogées. Quelque solution qui puisse arriver, il faut que chacun s'y prépare.
Sagan, \" décembre 1850. — Tous les chemins de fer sont envahis par des transports de troupes ; et cependant, malgré ce bousculis militaire qui va en augmentant, on parie encore pour la paix. Le baron de Manteufîel a passé, il y a peu d'heures près d'ici, par un train extraordinaire, retournant à Berlin. C'est dans ce wagon que roulent nos destinées (2). M. de Meyendorff était présent à l'entrevue; sa présence aura sans doute été d'un grand poids, et d'un poids utile dans la balaute. On vient aussi de me dire que l'Electeur de Hesse aide à la simplification, en déclarant ne vouloir plus de secours autrichiens, ni prus-
(1) Cette entrevue eut lieu à Olmiitz, non loin d'Oderberg.
(2) Chargé par intérim du Ministère des Affaires étrangères, laissé vacant parla mort du comte de Brandebourg, M. de Manteuffel opéra à Olmutz un rapprochement entre la Prusse et l'Autriche, en consentant au rétablissement de la Diète germanique, en prêtant son aide à l'anéantissement des droits constitutionnels de la Hesse électorale et en livrant le Holstein- Schlesuig au Danemark, par une politique de paix à tout prix, qui découragea d'ailleurs profondément les Prussiens.
siens, se troyant capable de soumeltre, avec ses propres forces, ses sujets.
La cour du château est toute pleine de caissons, de chariots, de chevaux ; le château est rempli d'officiers supérieurs, les communs de soldats ; c'est un tohu-bohu incessant; les tambours battent, les trompettes sonnent, et cependant, tout cela n'est peut-être qu'une parade militaire, en définitive ridicule et onéreuse !
Sagan, 3 décembre 1850. — Les lettres et les journaux de France nous manquent depuis plusieurs jours, ce qui est dû, sans doute, aux mouvements des troupes, qui envahissent, retardent, désorganisent toute régularité et sûreté dans les chemins de fer. Ce dérangement dans les communications écrites est une des disgrâces les plus sensibles pour moi, dans ce moment, qui, à tous égards, est bien sérieux, car ma maison vient d'être le théâtre d'une tragédie. Un des officiers supérieurs, homme de mérite, estimé dans l'armée, riche, considéré, après un dégoût dans le service, s'est brûlé la cervelle. Quelques heures avant, il avait diné chez moi et rien n'annonçait une aussi fatale résolution. Il a laissé un écrit dans lequel il explique les motifs de cette action, et prend les différents arrangements qu'il désire. Il m'y offre l'hommage de sa reconnaissance pour mon bienveillant accueil et demande pardon de l'acte qu'il va commettre sous mon toit hospitalier. Cet événement nous a tous saisis. On vient d'enterrer ce pauvre homme. Toute la troupe le regrette. Les obsèques, quoique sans honneurs miUtairos à cause
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du suicide, ont clé honorces par les larmes de tous ceux qui avaient servi avec et sous le défunt.
Nous saurons aujourd'hui comment les Chambres auront accueilli Tarran^jernent combiné entre Manteuffel et Schwarzenberg; elles ont dû s'en occuper hier. Les dispositions étaient orageuses, hostiles, et, en tout cas, le combat aura été vif. M. de Ladenberg avait offert sa démission, ne voulant de la paix à aucun prix. Si les Chambres se montrent trop ingouvernables, aura-t-on le courage de les dissoudre et d'user librement du droit de paix et de guerre que la Constitution assure au Roi? Ou bien fléchira-t-on devant les hurlements de la démocratie et de ses dupes, qui remplissent les Chambres prussiennes? That îs (he question. On peut parier avec autant de vraisemblance /)0M/- ou contre, tant il y a peu à compter sur une marche suivie, franche, conséquente, là oii les résolutions définitives se prennent.
J'ai reçu une lettre de Postdam, en date du 30 novembre, dont voici l'extrait : « Notre excellent Souverain a porté l'empreinte de la tristesse, pendant les jours de la maladie et de la mort du comte de Brandebourg, pendant la chute de Radowitz, pendant les vives discussions avec le Prince de Prusse, pendant la résolution de mobiliser l'armée. Il a montré un éloignement violent contre le parti Gerlach (1) et contre M. de Manteuffel, et une irritation des menaces insultantes de la Russie d'occuper
(1) AI. de Gerlach était un des rédacteurs de la Xoucelle Gazette de Prusse, et le chef avoué du parti dit de la Croix, souvent appelé parti Gerlach.
les provinces de l'Est, comme on occupe la Hessc. Puis, après de fort cruels dél)ats intérieurs, la sérénité du Roi est revenue en regard des idées d'arrangements pacifiques, retour presque affectueux vers M. de Manteuffel ; résolution prise de l'envoyer s'aboucher avec le prince de Schwarzenberg. Le Roi espère conserver la paix. «
Je reçois, en outre, une autre lettre qui me dit ceci : u La Cour de Russie a notifié officiellement aux autres Cours sa stricte neutralité dans les affaires purement allemandes, ce qui ne s'applique pas à l'affaire du Holstein. A ce sujet, elle a fait cette réserve que, si une Puissance prétendait empêcher le passage des troupes fédérales, elle s'opposerait, à main armée, à une telle prétention. Les Cabinets de Londres et de Paris ont reconnu les mêmes droits au Danemark, et se sont engagés à laisser faire la Russie. Le Roi de Danemark a demandé à l'Empereur Nicolas douze mille hommes; l'Empereur a répondu qu'il lui en enverrait cent vingt mille. «
Sagan, 5 décembre 1850. — Voici quelques détails qui me sont mandés de bonne source : le baron de Manteuffel est arrrivé le jeudi 28 novembre, à cinq heures du soir, à Olmiitz. La conférence entre lui et le prince Schwarzenberg commença aussitôt; elle dura jusqu'cà minuit etdemi. Cette première conversation n'avait conduit à aucun résultat et Manteuffel avait déclaré son intention de partir une heure après, parle train de nuit. Le prince Schwarzenberg ne fit pas le plus léger essai pour le retenir ; au contraire, il sonna et donna ordre qu'on préparât les voitures pour
reconduire le Baron au débarcadère. Ce fut alors que M. deMeyendorff s'interposa, en sollicitant des deux champions diplomatiques la tentative d'une nouvelle entrevue pour le lendemain. Schwarzenberg et Manteuffel y consentirent^ et le lendemain la conférence s'ouvrit à 0 heures du matin et se prolongea jusqu'à 5 heures du soir. Le premier, qui, la veille au soir, avait parlé sans ménagement aucun de la politique équivoque de la Prusse, à tel point que M. de Manteuffel se vit obligé de lui déclarer qu'il ne pouvait continuer à entendre un tel langage, se montra infiniment plus mesuré et plus accessible le lendemain matin, et enfin la conférence conduisit au résultat suivant : la Prusse occupera en Hesse sa route d'étapes militaires, tout en permettant aux troupes autrichiennes de l'employer pour la pacification du pays ; Cassel aura une garnison mi-partie autrichienne, mi-partie prussienne ; les affaires intérieures de la Hesse seront réglées par deux commissaires, l'un nommé par la Prusse, l'autre par l'Autriche. La question du Schleswig sera également traitée par deux commissaires de chacune des grandes Puissances ; le Danemark et le Holstein seront requis de diminuer leurs forces militaires des deux tiers. Si, pour obtenir ce résultat, il était nécessaire de mettre en mouvement une force armée, l'Autriche déclare se désintéresser de la question de savoir quelle sera la Puissance chargée de cette opération; elle laisserait la Prusse s'en occuper seule, on en charger une des autres Puissances de la Confédération germanique. Quant aux intérêts généraux de l'Allemagne, ils devront se traiter dans des conférences fibres tenues à Dresde. Le
prince Scliwarzcnberg ne s'est pas explique clairement sur les bases d'après lesquelles il entendrait que ces intérêts fussent fixés, mais il a consenti à ce que, pendant les conférences de Dresde, l'activité de la Diète de Francfort restât suspendue. Déplus, il a été stipulé que laPrusse donnerait l'exemple du désarmement, mais que le moment où ce désarmement commencerait dépendrait de la volonté du Roi de Prusse. Ce dernier article est, je crois, tenu particulièrement secret. Le Roi s'est montré très satisfait de ces résultats. Cependant, il n'a pas pu s'empêcher de dire tout haut, à sa table, que Manteuffél n'avait obtenu que ce que Radowilz, le plus allemand de ses Ministres, avait demandé. L'ardeur, la violence des discussions ont été grandes dans les Chambres prussiennes. Elles ont eu pour résultat t ajournement jusqu au 3 janvier. L'embarras parlementaire sera sur la question d'argent. Les Chambres voudront-elles voter l'argent qu'on a dépensé en préparatifs devenus inutiles? On est disposé à croire que non. On parle d'un appel direct du Roi à la bourse et à la bonne volonté de ses sujets. Nous allons voir ce que la rentrée des Députés dans leurs provinces produira dans le pays pendant ce mois d'ajournement. Il se passera probablement cà intriguer en tout sens, à exciter les esprits, à les monter, ce qui, se compliquant de sacrifices d'argent qu'on représentera comme faits en pure perte, pourra provoquer de fort mauvaises scènes. C'est donc une nouvelle phase dans laquelle on entre.
Sagan, i) décembre MiûO, — Les regards se tournent
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pour l'instant vers Dresde. Dans cinq jours, les Conférences doivent s'y ouvrir, et il est bien urgent pour ces pauvres provinces, rongc'es par la concentration des troupes, que le désarmement s'opère vite; on ne peut soutenir plus longtemps le pied de guerre, qui, en ne se déversant pas sur le pays ennemi, les ruine littéralement.
Sagan, 1 1 décembre 1 850. — Le comte Stolberg, fils de l'ancien Ministre, stationné dans un hameau du voisinage et arrivant de Berlin, est venu hier dîner et passer la soirée ici. 11 est fort au courant de ce qui se passe à Sans- Souci. Il m'a assuré qu'on y était décidé à pousser les choses à bout avec les Chambres, si elles ne se montraient pas sages à leur rentrée. Il y aurait alors dissolution, et comme, avec la détestable loi électorale qui nous régit, une meilleure Chambre ne serait pas probable, on pense à modifier cette loi par un coup d'Etat ou à se passer entièrement des Chambres, par une dictature momentanée, ou bien un appel au peuple. J'avoue que je doute fort que l'on possède l'énergie suffisante pour mener les choses d'un tel train, et cependant, je conviens qu'elles sont arrivées au point oii il faut passer sous le joug impitoyable de la démocratie ou Tattaquer par les cornes.
Sagan, 18 décembre 1850. — Les Conférences de Dresde ont été ajournées au 23 et on ne songe au désarmement sérieux que selon leur résultat. Le pied de guerre continue, ce qui est une ruine dévorante. On dit aux gens qui se plaignent que pour négocier efficacement il faut m. 3(ûi
le faire en armes. Cependant, pour assoupir l'Autriche, on fait dire dans les gazettes que le désarmement s'effectue, ce qui n'est vrai que dans une extrême petite proportion.
Sagan, 22 décembre 1850. — De Berlin, j'apprends que le Cabinet s'est complété et fortifie d'éléments conservateurs, ce qui est un bon signe ; mais il m'en faudra douze, comme ceux du zodiaque, pour me donner confiance dans ce consistencij (1).
Berlin, 28 décembre 1850. — Les nouvelles de Berlin sont tout à la paix. Schwarzenberg y est reçu avec beaucoup de distinction, et cependant les troupes restent sur le pied de guerre. Les officiers disent maintenant que c'est pour réduire, d'accord avec la Russie et l'Autriche, les petits États récalcitrants qui voudraient s'appuyer sur la France. Nous verrons.
(1) De l'anglais : dans cette continuité.