i4f«wChastrueti$e
68 Jean Chartier. [J4$6
gaignée; mais y morut cent chrestiens. Tant tost après entra toute la compagnée d'iceux chrestiens en la terre de Grèce , où ils gaignèrent une grande cité nommée Gloutuaise ou Glutouase 1 , là où ils tuèrent environ dix mille Turcs, les autres s'enfuirent, délaissans et abandonnans tous les chasteaux, villes, villages, clos et murez, et autres forteresses estans esdites marches , et s'en allèrent en la province de Calde, qui est auprès de Constantinople.
Ainsi leur demeura la terre , le peuple et une grande partie du pays de Grèce. Après furent de nouveau prins sur les Turs la cité de Latherus *, celle de Glannus, avec son chasteau * et plusieurs autres places, forteresses et villages. Après lesquels allèrent à toute puissance les chrestiens qui estoient assemblez en cette contrée. Or turent nombrez tous les Turs qui avoient esté tuez en ladite année , et réputez se monter à deux cent mille , avec la prinse de huict vingts citez et villes murées, et quatre cent chasteaux et autres forteresses réduites.
Cette conqueste ainsi rapportée , pour estre mise en croniques 4, fut affirmée sur les saincts
i. Alias Glotuase.
a. Alias Cutheris, Chruteris ou Ctoris.
Ou Glauris.
4. En 1449, trois Écossois viennent à Saint-Denis porter un témoignage analogue à celui de ces trois Hongrois ( voy. ci-dessus chapitre 178, à la fin). Ainsi Pautorité des grandes chroniques de Saint- Denis ne s'étendoit pas seulement à la France: L'on invoquoit et Ton reconnoissoit l'authenticité de ce recueil historique à l'autre extrémité de l'Europe ou de la chrétienté. Nous voyons ailleurs (chapitre 2 1 3 cidessus, tome a, page 182) l'historiographe de France, assermenté lui-même, examiner et interroger des témoins ai-
Évangiles de Dieu, et sur le vœu de prestrise, par vénérables et ecclésiastiques personnes, Messire Jean Valate ou Valète, prestre, Messire Patoix ou Patrice Tourvalle ou Toumalle, aussi prestre, et André Valète, homme pur laïc, tous trois estans du diocèse de Dimblaim, en Achaye l . Et fut navré le susdit chevalier blanc d'une lance très-griefvement en la dernière bataille , tant que la nécessité le contraignit de soy retraire en la cité d'Auguste sus-mentionnée, en laquelle il alla de vie à trespas. Dieu luy face raercy à l'âme.
Pareillement fut fort blessé le Turc , lequel se retrahit en la ville de Constantinoble , où il fut très fort malade durant certain temps. Or les dessus-nommez estans interrogez de moy croniqueur, après le serment que ait est, comment ils sçavoient les choses sus-mentionnées estre vrayes , déposèrent au'ils avoient esté présens, et assisté personnellement en toutes ces batailles , estans en armes à combattre ; mais que pour les grands périls de mort où ils avoient esté , ils s'estoient vouez à la visite de sainct Denys , et à plusieurs autres pèlerinages qu'ils avoient intention de faire et accomplir avant que jamais ils retournassent en leur pays.
Et se monstroient, comme il sembloit , bien affectionnez au faict de la chrestienté. Depuis, iceluy Turc partit de Constantinoble pour retourner en son pays.
scrmentés. Voy. aussi , sur l'autorité et les attributions du chroniqueur royal , ce que rapporte Jean Chartier à propos de la bataille de Formigny, t. a, ch. 2 18, vers la fin, p. 199- 1. Alias de Dinublamint en Dacie.
Jean Chartikr. [Déc. 4-7
Du terre-mote 1 qui advint ou roiaume et pais d'Aragon *, au moyen duquel morurent cent mille personnes.
Oudit an mille quatre cent cinquante-six, le samedy quatriesme jour de décembre, environ sur les trois heures avant le jour, se meut soudainement un mouvement et tremblement de terre , le roy d'Arragon estant en la cité de Fogia au royaume de Naples, tel qu'il n'est homme qui le peust penser, s'il ne l'avoit veu; jaçoit qu'en ladite cité ce tremblement n'ait pas fait si grant dommaige. Mais est bien vray que par aulcunes contrées dudit royaume, et par les lieux où ledit tremblement a esté, se sont ensuivis innombrables et irrécompensables maulx, tels et en la manière qu'il s'ensuit :
Premièrement. Est fondue et périe audit royaume une cité nommée Ariano , en laquelle sont bien morts huict mille personnes. ,
Item. Une autre cité nommée Padule, où demouroient trois mille personnes, qui sont tous morts , sans qu'aucun en soit eschappé.
Item. Une autre terre nommée Bocheri *, en telle manière cju'il n'est homme qui eust sceu par après dire ny juger qu'oncques audit lieu eust eu aucunes citez, villes, chasteaux ou forteresses,
1. Terr* motus, tremblement de terre, a. C'est-à-dire en Italie, royaume de Naples, soumis alors à un prince de la maison d'Aragon, j. Alias Bauchery.
excepté ceux qui les avoient veu auparavant, qu'elles fussent ainsi fondues et péries.
Item. Est allé en ruine par le mesme terremote ou tremble-terre la moitié du pays de la Pouille, c'est à sçavoir la moitié d'une cité nommée Troye, en laquelle est mort grand peuple.
Item. Est cheue par terre la plus grande partie des chasteau et ville de Canosse par ce tremble-terre.
Item. Les citez d'Ascoli et de Saincte-Agathe, le chasteau de Aopiti ou Arpin 1 et plusieurs autres.
Item. En la comté de Molesse sont fondues en abisme la cité de Campobasso, la cité de Laurentinol , le chasteau de Sainct-Lou , les chasteaux de Castime ou Castimo, et de la Rippe.
Et aussi plusieurs terres de la comté de AlteviJIe a , fondues comme dessus, èsquelles sont bien morts vingt-huict mille personnes par supputation.
Item. En la cité de Naples a eu, à cause dudit tremble-terre, aulcun dommaige, spécialement davantage aux églises qu'ès autres édifices de ladite ville, et dura ce tremblement de terre par l'espace de trois jours; et en aucunes parties plus longtemps. Or est à sçavoir que, depuis le quatriesme jour dessus dit jusques au septiesme inclus, sont bien morts cent mille personnes, comme il a esté rapporté par gens ae diverses contrées qui sçavoient la chose estre vraye.
Item. A esté mis en ruine et destruit par ledit tremble-terre en une nuict le chasteau Sangtrinie, le chasteau Persolle ou de Prelose , et la roche