Éléphant
1458] Chronique de Charles VIL 87
Vive Bourguongne est nostre cry, Gardons le en fait et pencée , Autre n^airons ' ; bien nous agrée, Nous le voulions tousjours ainssi.
Vive Bourguongne.
De ceur chantons , je vous en pry^ En sa haulte joyeuse entrée , Vive Bourguongne.
Resjouissons nous pour celui Qui est venu en sa contrée, Par qui noz tristesse est finée.
En criant de courage uny :
Vive Bourguongne !
Celle entrée fut moult haulte et excellente, et la plus que prince feist oncques longe temps a. Car à costé de lui estoit à cheval, le chapperon sur Tespaulle, le bastard d'Armignac, mareschai de mondit seigneur le Daulphin ; et devant lui estoient les huissiers d'armes , son premier escuyer de son écuierie, portant Pespée devant lui, et ses roys d'armes, héraulx et poursuivans , vestuz de leurs cottes d'armes en grant nombre.
Item. Devant lesdits héraulx estoient les trom* pettes et clairons, environ douze ou quatorze.
Item. Devant eulx, le conte d'Estampe et Messire Thibault de Neufchastel , seigneur de Blancmont, mareschai de Bourgongne.
Item. Devant eulx, les seigneurs et gentilz hommes de Monseigneur le Daulphin , les deux
I. La devise du duc de Bourgogne étoit : Aultre n'aray (je n'en aurai point d'autre).
88 Jean Chartier. [Avril 23
filz de Monseigneur de Crouy et les deux filz dudit Neufchastel, mareschal de Bourguongne.
Item. Devant eulx, estoient Monseigneur Lof » de Clèves, Monseigneur le bastard de Bourgongne et Messire Philippe Pot , richement habillez, eulx et leurs chevaulx.
Item. Devant eulx, estoient tous les grans seigneurs de la court , et devant lesdits seigneurs les gentilz hommes deux à deux, sans varlet ne page.
lîem. Devant lesditz gentilz hommes, estoient ceulx de la ville en grant nombre , vestuz de noir.
Item. Emprès mondit seigneur, estoient cinquante archiers de son corps à pié , vestuz de leur hucques , et chacun ayant ung vouge en sa main; derrière lui estoient quinze pages et plussieurs gentilz hommes.
Et furent les chevaulx estimez , qui estoient en ladite entrée, sans les varletz et les pages qui estoint jà dedens la ville , deux mille chevaulx ou plus.
Item. En conclusion , ce fut le plus grant triumphe qui fut fait au pays passé cinq cens ans pour venue de seigneurs. Car l'endemain au soir toutes les torches furent ralumées , c'est assavoir nouvelles torches, ficars et fallotz. Ceulx de la ville jouèrent plussieurs personnages, par lesquelz en la présence de mondit seigneur, jucques en l'ostel de la ville , ilz firent exposer les figures et personnages dessus dits , en louant le prince et en confessant leur meffait.
lîem. Semblablement firent le mardi au soir,