I . Alûf ou Adolphe
i4$8] Chronique de Charles VII. 89
maiz pour icellui soir ne firent point de torches alumées comme les deux jours précédens. Car aucuns dient que mondit seigneur ne le voulloit pas.
Item. En ladite ville y aVoit ungbourgoiz qui avoit fait couvrir sa maison d'argent et dessoubz d^or, et devant icelle très-grant quantité de torches et de lanternes.
Item. Semblablemiènt en plussieurs et diverses rues plussieurs des bourgoiz avoient fait parer et aourner leurs maisons de draps et de luminaires très-richement et à grant fraiz. Et dura trois jours ceste feste.
Item. Cedit mardi, les officiers et bourgois de ladite ville vindrent devers mondit seigneur en son hostel , et illec le remercièrent très-humblement de ce qu'il estoit venu en sa bonne ville, en lui offrant corps et biens, dont il les mercia. Et lors, les genoulx à terre, lui supplièrent qu'il lui pleust soupper par manière de banquet en la maison de ladite ville, le dimenche ensuivant desrenier jour d'avril. Lequel leur octroya, et disoit-on que le bancquet seroit fait à tous venans et comme court ouverte , et qu'il cousteroit plus de dix mille escuz d'or. Car l'endemain ceulxde Gand envoyèrent quérir par toutes contrées , à huit à neuf lieues à la ronde, toutes les viandes dillicieuses qu'ilz peurent finer, tellement que l'on vendoit ung petit poucin deux patards; tant toutes denrées de bouche en estoient à ce subject etraordinairement renchéries et augmentées de prix.
90 Jean Chartier. [Juin-Août
Lit de justice tenu par le roy, appelle les douze pers de son royaulme et autres ses conseillers.
L'an mil quatre cens cinquante-huit manda le roy aux douze pers de .France, tant d'église que lays, et à ceulx de sa court de parlement, que ung chacun se rendist en la ville de Montargis du premier au huictiesme jour de juing, auquel lieu il avoit intencion de tenir son lit de justice ou convencions pour aucuns affaires touchans le fait de son royaulme moult grandement. Ce qu'ilz firent en la pluspart, et là furent par l'espace de deux moys pour traicter de l'expédicion, aboliccion et condampnacion du duc d'Alençon , cousin germain du roy et l'un des pers de France , lequel estoit prisonnier pour certains crismes de lèze-majesté qui lui estoient imputez et dont on disoit qu'il estoit couppable.
Et estoient en ceste dite convencion Messeigneurs le conte de Dunoiz et de Longueville , le chancellier de France , Maistre Pierre du Refuge, général de France, et plussieurs autres seigneurs et officiers. A ceste dite convencion ne comparut aucunement le duc de Bourgongne, qui est le premier per de France , combien qu'il fut admonesté d'y venir s'il y voulioit assister et comparoir. Mais ce non obstants il n'y vint point, pource que, par le traicté fait à Arras entre le roy et lui, il n'estoit ne ne povoit être contraint à quelque assemblée ou convencion ,. sinon de son bon gré et voullenté.
I4j8] Chronique de Charles Vil. 91
Les deux moys dessusdits durans se tenoit le roy à Baugency , espérant tousjours aller audit lieu de Montargis, maiz lui doubtant la mortalité et mauvaiz air se deppartit et donna congié à ung chacun de s'en retourner sur son lieu , et fut transmuée ladite convention au quinziesme jour dudit moys prochain ensuivant en la ville de Vendosme et oudit an mil quatre cens cinquante» huit'.
Le quatriesme jour d'aoust mourut le pappe Pius, et oudit an quinziesme jour d'aoust, vindrent audit Vendosme par mandement tous les conseilliers pour le roy en sa court de parlement, tant lays que d'église ; et mesmement l'évesque de Paris et l'abbé de Saint-Denis, qui n'avoient point esté à Montargis. Et fut enfin prononcé i'arrest contre ledit ducd'Alençon, tel qu'il s'en suit :