‹ Chronique de Charles VII, roi de France (volume 3)Chapitre 85 sur 229 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

Des divisions et soulèvements qui furent en Angleterre.

n ce temps , un légat de Rome , envoyé de par le pape, passa la mer et arriva en An-

I. Ici finit, dans la plupart des exemplaires, la chronique de Jean Chartier. Le chapitre qui suit est donné par Godefroy. Il existe une autre relation des cérémonies qui eurent lieu pour rendre à Charles VII les honneurs funèbres. Celleci paroît avoir pour auteur le hérault Berry, et se trouve dans le ms. N.-D. 1 39, à la fm d'une chronique de ce prince. Elle diffère de la relation de Chartier et la complète. Voyez aussi ms. 10319,3, Baluze, feuillets 234 à 237. On peut consulter également, sur le même sujet: 1° le compte authentique et original des obsèques du roi Charles VII, ms,, suppl. françois, 1 161 ; 2° De obitu Caroli VU, régis Francorum, une page in-8^ dans le ms. Harléien du British Muséum à Londres, n** 4473, f° 75. Voy. Cabinet historique, 1858, p. 4 du Catalogue. Constatée par les documens, racontée dans les chroniques, la mort de Charles VII a été aussi célébrée par les poètes. Les Regrets et complaintes de la mort du roi Charles VII ont été imprimés à la suite de l'opuscule intitulé : Nouvelles recherches sur H. Baude, Paris, Dumoulin, 1853, i"~8, p. 17 et suiv. Le ms. françois du roi 9675,3, contient, vers le milieu du volume, un autre morceau analogue au précédent, mais qui, je crois, est inédit : c'est la Complainte des trois États et èpitaphes pour la mort du roy Charles deffunt. Les Vigiles de Charles VU, par Martial d'Auvergne , ont été conçues dans une pensée de commémoration funéraire. Ce long poëme, plusieurs fois imprimé, n'est guère autre chose que les chroniques de Berry et de Chartier mises envers. Nous indiquerons enfin, comme source de renseignemens sur les chants ou poésies historiques relatifs au règne de Charles VII , un article inséré dans la Revue des sociétés savantes, in-8, décembre 1857, p. 704 à 716.

122 Jean Chartier. [M^ï

gleterre, où il prescha le peuple dudit pays, spécialement dans Londres, maîtresse ville et capitale dudit royaume , là où il fit plusieurs remonstrances aux habitans dudit lieu et autres des environs, le tout contre et au préjudice du roy Henry d'Angleterre. Lesquelles remonsîrances le cardinal d'Yorc, qui accompagnoit ce légat, exposa au peuple en leur langaige. Or test après ladite exposition ainsi faite, le susdit peuple, qui estoit assez muable et de légière croyance, s^esmeut aussi-tost pour faire guerre à l'encontre du dessus dit roy Henry de Lancastre, et de la reyne Marguerite sa femme, fille de René, roy de Sicile et de Jérusalem, et du prince de Galles leur fils. Etprint cette commune et populace le duc de Warwich pour leur chef et cappitaine, lequel estoit gouverneur de Calais pour et au lieu de Richard, duc d'Yorck, qui vouloit et prétendoit estre roy dudit royaume d'Angleterre, qu'il soustenoit luy appartenir et compéter, comme prochain héritier de la lignée, et du costé du roy Richard.

Et peu de temps après ce duc d'Yorck , qui avoit après luy et à sa suite moult grand nombre de populaire en armes , se mit aux champs, et vinrent en un parc où estoit ledit roy Henry avec plusieurs ducs , princes, et autres seigneurs tous en armes; pour parvenir auquel parc il y avoit huict entrées , lesquelles estoient gardées par huict barons dudit royaume, qui tous estoient traistres et infidèles à ce roy Henry. Lesquels huict barons, quand ils sceurent que le duc d'Yorck venoit devers ce parc , ils le laissèrent entrer en iceluy, sans aucune résistance, avec le

1461] Chronique de Charles VU; 12}

comte de Warwick et autres , qui vinrent tout droit où estoit le dessus dit roy Henry, dont ils se saisirent , le prenans et arrestant prisonnier. Incontinent après ce coup là fait, ils vinrent tuer plusieurs princes et autres grands seigneurs de son sang qui estoient autour de luy. Ces choses estans ainsi exécutées , ledit comte de Warwick prit ledit Henry, et l'emmena tout droit en la ville de Londres; et portoit l'espée nue devant ledit Henry, comme son connestable.

Quand iceluy roy Henry de Lancastre fut arrivé audit lieu de Londres, ces rebelles le menèrent tout droit devant la tour dudit Londres, dedans laquelle tour s'estoient retraiz quatre barons dudit pays, pour ce roy Henry, lesquels tenoient son party. Ausquels ledit Henry et Warwich parlèrent par belles paroles et semonces, et les attirèrent hors d'icelle tour, après qu'ils leur eurent bien promis qu'ils n'auroient ny ne recevroient aucun mal sur leurs personnes, et qu'ils les en eurent beaucoup asseurez avec serment.

Lesquels quatre barons, sous ombre desdîtes promesses, et sous la bonne foy, sortirent hors de celte tour; mais ainsi qu'on les menoit etconduisoit après ledit roy Henry, et le comte de Warwich sus mentionné, plusieurs de la ville de Londres s'esmeurentet vinrent tuer l'un d'iceux quatre barons, nommé le seigneur de l'Escalles, et luy baillèrent plusieurs coups orbes et sourds, puis dès le lendemain ils firent escarteller lesdits trois autres barons devant icelle tour de Londres , nonobstant toutes les promesses sus-men-

124 ''E^N Chartier. [i4^j]

tionnées ainsi à eux faites. Et puis se fie qui voudra à semblables prometteurs ' !

Cy fmist la cronicque des faicts et gestes de très victorieux et très excellent prince Char* les Vile de ce nom, roy de France, composée par F. Jehan Chartier, chroniqueur dudit roy.

I . Ce chapitre , postérieur, comme on voit , à la mort de Charles VII , paroît être une continuation de la chronique de France, faite par Jean Chartier, après la mort de ce prince et avant le moment où Louis XI enleva au monastère de Saint-Denis la charge de chroniqueur ou historiographe de France , pour la conférer à un religieux de Cluny. Voyez Bibliothèque de l'École des chartes, t. 2, p. 470. .^54^^

Page 1