i4//âx Vaisves
Jean Chartier. III.
j4 Jean Chartier. [Avril-mai
intelligence l'une avec l'autre pour ce faire; de quoy il ne pourroit presque , humainement parlant , qu'il ne s'ensuivist un fort bon effect, sur tout à cause des considérations suivantes.
Car premièrement, le' Turc, qui a fait tout son effort, et fait voir sa puissance cette fois en l'occasion susdite d'importance, n'a en tout que deux cent mille hommes, tant bons que meschans, entre lesquels il y a grande quantité de chrestiens, et autres ses subgects, qui le suivent mal voulentiers; lesquels sentans l'armée des chrestiens, abandonneroient librement le Turc , et se joindroient aux aultres chrestiens , ce qui les pourroit notablement renforcer.
Item , le Turc naturellement , et par l'expérience et l'usage qu'on en voit , n'attend point la guerre en aucune cité ou chastel , mais se tient continuellement aux champs, luy et toutes ses forces, parquoy il se diminuera et débilitera, luy et les siens.
En oultre, les chrestiens de Rucie ou Russie, et des autres pays d'environ, apparemment se rendroient et viendroient tous en l'armée des chrestiens.
Item y et en oultre le Karaman , qui est grand seigneur en Turquie, est ennemy mortel au Turc. Par quoy, s'il arrivoit ainsi que les chrestiens se missent tout de bon à le guerroyer, il l'oppresseroit et le molesteroit grandement de son costé, en Turquie, et luy feroit rude guerre. Et pour peu de chose seroit qu'il ne se toumast en ce rencontre du costé des chrestiens.
Item , en Grèce, n'y aura paysant ne laboureur qui n'apporte vivres et armes aux chres-
1455] Chronique de Charles VII. jj
tiens, et au contraire les vivres fauldront aux Turcs en Grèce; car le pays de Turquie leur sera rompu et empesché par la mer; lors les chrestiens de la Grèce vouldront recouvrer à Tespée leurs terres et lieux que le Turc leur détient et occupe.
Par ainsi, mais que toutes ces armées viendront à s'approcher po à jpo l'une de l'autre , il n'est nulle doute que briefle Turc et son excercite ne soit affamé , et par conséquent tout destruit et deffait; mais se on n'y pourvoit diligemment, et qu'on donne et laisse temps et loisir à ce Turc de soy mectre bien en point par mer et par terre, il n'est nulle doubte qu'il ne fasse grand préjudice aux chrestiens', et ne face grande playe et bresche à la chrestienté , dont Dieu nous gart par sa bonté ! Amen,
En ceste eallée sont revenus de Constantinoble huit citacfins Véniciens. Et sont demourez là trente-six gentils hommes et aultres gens de bien près de Gavante. Dieu leur veulle aidier, quoi qui leur couste, pour les despescher * !