ES GRANDES CHRONIQUES
Durant leur dite bataille, le seigneur de l'Isle- Adam ', mareschal de France et cappitaine de Pontoise, tout armé d'armeure légière, monta sur les murs de la ville et vit la puyssance des Anglois au dehors 2. Puys, comme désespéré, descendit en la ville , disant à hault cry : « Tout est perdu , se sauve qui pourra ! n Et après monta sur un bon coursier pour mieulx faire, et par une des portes de la ville s'en fuit de course jousques à son chastel de l^Isle-Adam, avec aucuns ses serviteurs qui portoient ses trésors et finances qu'il avoyt amacés par long temps de pilleries. Par ainsi demoura le duc de Clarence , frère du roy d'Angleterre, avec pluseurs Anglois, maistre de la ville. Lesquels pillèrent tout ce que bon leur sembla , qui fut estimé à deux mille escus d'or, et emprisonnèrent les habitans d'icelles et les misdrent à grosses et excessives finances , et prindrent possession de leurs biens, maisons et heritaiges.
Et affin que les vivres qu'ils trouvèrent dedens ne fussent tost consumés, ils misdrent hors la ville, sans argent ne autres biens, fors leurs habillemens cotidians, grant nombre de gens d'église, femmes et enffans, qui, pour eulx sauver, s'estoient retraits dedens la ville.
Quant la Royne ? et le duc de Bourgogne, qui estoient à Saint-Denys en France , sceurent la prinse de Pontoise, ils ne furent pas joyeux ne bien asseurés. Pourquoy incontinent s'en alèrent
1. Jean de Villiers, aujourd'hui Villiers le Bel, seigneur de l'Ile-Adam, arrondissement de Pontoise (Seine-et-Oise).
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par Laigny sur Marne à Troyes en Champaigne, et demoura le roy à Paris empesché par son accident et maladie.
Après ' que le roy d'Angleterre eust ainsi conquis toute Normandie , il réforma les estas du pais et fist crier publiquement parmy les villes que tous gens d'église , nobles et autres , qui vouldroient lui faire le sèrement de fidélité et hommaige, demeurassent seurement sur leurs bénéfices, terres et seigneuries, et qu'ils veinssent devers luy ou ses lieutenans pour ce faire, àquoy la plus grande partie des seigneurs et nobles furent refusans, cognoissans qu'il n'estoit pas leur naturel seigneur. Pourquoy il donna et distribua leurs terres et possessions à ses sujets et serviteurs anglois, pour tenir et posséder à tousjours, à eulxet à leursheoirs,commenouvel conquérent-. Puis ordonna garnisons d'Anglois es villes et forteresses du pais plus puissant que les habitans d'icelles; auxquels lesdits habitans estoient subjects comme s'ils fussent leurs esclaves, tellement qu'ils n'osoient lever la face sus ne dire parole mal gracieuse.
Affin 5 qu'il manifestât sa puissance et tyrannye, il fist forger monnoye d'esgale valeur de celle du roy; l'entour de laquelle d'un côté estoit escript Henry, roy de France et d'Angleterre, et de l'autre costé estoit ung escus avec les armes de