‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 11 sur 235 · Vers de H. Baude, p. iio-ni · texte numérisé non relu

Vers de H. Baude, p. iio-ni

Notice. xxxix

même. On doit à ce Robertet de nous avoir conservé les œuvres poétiques d'Henri Baude. Un peu plus tard, Clément Marot fit à Baude cet honneur de le pill-r, mais il ne lui fit pas celui de le nommer. Depuis trois siècles, enfin, Henri Baude étoit retombé dans le silence et l'obscurité, lorsque, tout récemment , M.Jules Quicheval l'a remis en lumière. Ce critique distingué nous a d'abord fait part de cette exhumation, en consacrant à Henri Baude et à ses œuvres une première notice '.lia recueilli ensuite ce premier travail , augmenté de nouveaux développemens , dans un charmant petit volume , qui fait partie de la collection intitulée : Le Trésor des pièces rares et curieuses 2 , publié par M. Auguste Aubry. On y trouve réunis, suivant l'ordre chronologique, un choix des meilleures pièces dues à la verve d'Henri Baude, et le peu que l'on sait des circonstances de sa vie. Le fil de ces notions biographiques nous conduit jusque vers 1495, qui paroit avoir été l'époque de sa mort.

Il nous reste à parler de l'opuscule historique et en prose d'Henri Baude reproduit ci-après, le seul ouvrage de ce genre qui nous soit connu de lui. Ce document nous est fourni par un manuscrit original et très-curieux qui subsiste à la Bibliothèque impériale, dans le fonds du roi ou

j. Bibliothèque de l'École des Chartes, t. 10, p. 49etsuiv. .2, Les vers de M 9 H. Baude, déjà cités.

xi Notice.

ancien fonds francois, n° 6222c 1 . Ce manuscrit, in-4 assez petit, sur papier, est orné de cinq miniatures, exécutées en camaïeu ou peintes d'une seule couleur, mais rehaussées ça et là d'or, et, par exception, de quelques tons variés. L'une de ces miniatures représente l'auteur offrant son livre au jeune roi Charles VIII, qui monta sur le trône après Louis XI, en 148?.

Aux pieds du donateur, on remarque un chien roux, d'une espèce particulière et non domestique. Nous reviendrons spécialement sur la présence et la signification de cet animal. Au folio 36 se trouve une autre vignette, précédée de ce titre, écrit de la même main que le texte de l'ouvrage : Figure de la Praguerie. Elle représente une chasse. Un gros d'écuyers ou veneurs à cheval, dont l'un sonne de la trompe, débouche à l'un des angles supérieurs du tableau. Le centre est occupé par les personnages suivans : 1 . un grand cerf ailé, au bois doré et « signé, comme dit l'auteur, de quarante cors »; 2. un jeune, ou «brocquart, signé de vingt cors» et marchant en sens contraire; 3. et plus bas le même chien roux. Une troisième peinture, placée au folio 39 verso, correspond au chapitre intitulé : De la justice du dit roy Charles. Nous y voyons un roi (censé Charles VII), revêtu de ses insignes et siégeant en conseil. Au milieu du tableau

i. L'opuscule que nous allons décrire forme la deuxième partie du volume 6222 c.

Notice. xlj

et entre les conseillers , le chien roux. Deux dernières miniatures, peintes aux feuillets 41 recto et 42 verso, se rapportent aux chapitres : de sa guerre et de ses finances. Toutes deux présentent avec les compositions précédentes une grande analogie. On y remarque, comme dans celles-là, l'invariable chien roux, qui se trouve ainsi reproduit uniformément dans chacune de ces images.

Au-dessous de la miniature qui représente la Figure de la Praguerie , le texte débute par un préambule, allégorique lui-même, et que nous reproduisons en tête de V éloge ou portrait historique. Ce préambule n'est pas moins énigmatique dans ses termes que la miniature peinte. Nous nous attacherons premièrement à expliquer l'une et l'autre. Et d'abord le nom de Baude lui-même est un premier mystère. Au XVe siècle, on appeloit Baud (au pluriel Baux et au féminin Baude) certaine espèce de chiens de chasse déjà connue depuis longtemps. Un individu de cette race , remarquable par ses qualités propres, fut offert au roi Louis XI , grand amateur de vénerie, qui toutefois en tint peu de compte et le céda à Jacques de Brézé. Cet animal, nommé Souillart, devint célèbre dans l'histoire et la littérature cynégétiques 1 .

« Madame Anne de Beaujeu, dit Jacques du Fouilloux, ayant entendu parler de la bonté

f. Vojr. Bibliothèque de l'École des chartes, y série, t. [ f p. 478, note 2.

xlij Notice.

et de la beauté de ce chien, envoya une lice nommée Bande, qui fut couverte et emplie de ce chien deux ou trois fois ; dont en sortit quinze ou seize chiens, et entr'autres six d'excellence, qui multiplièrent la race 1 . » Ce croisement valut à la lice Baude d'être célébrée à son tour, en compagnie de Souillart, par les poètes du temps, témoin ces vers, tirés de VÊpitaphedu bon chien Souillart :

Droit chien baultay esté de ceux que 1 loe Phébus, Et croy qu'après ma mort il n'en demeura nuit Et n'est J de mes enffants, dont pai eu vingt et deux. Qui par toutes foretz prenoient les cerfz tout seulz. Du temps que je règnoie estoit Baulde en vertu , La bonne lisse rouge, qui tant de bien a eu } etc. 4

Que l'on se rappelle le chien roux reproduit avec une constance affectée dans les miniatures que nous avons décrites ci-dessus, et l'on s'expliquera désormais l'équivoque de Baude, qui , par un singulier caprice du poète, désigne l'auteur lui-même sous les traits de cet animal.

Quant au sujet principal de l'allégorie, il est aisé d'y reconnoître en effet la Praguerie , c'est-

1. Vénerie, etc., 1640, in-4 , chap. 2, f° 2. On connoît un petit poëme, imprimé gothique, rarissime, intitulé le Dit du bon chien Souillart. Ce morceau, publié par M. S. Pichon, fait partie du Trésor des pièces rares, etc., de M. A. Aubry.

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