‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 140 sur 235 · A Vinaing · texte numérisé non relu

A Vinaing

L'avantage.

140 Jean Chartier. f 145 1—

grant nombre de prisonniers , entre lesquelz fut prins ung cappitaine angloiz nommé Mathago.

Et des François y ot environ de mors de vingt cinq à trente ; et de prisonniers, environ dix huit à vingt. Lesquelz en furent hastivement menez par lesdits Angloiz. Et fut prins prisonnier icellui sire de Loré ledit jour et treffort navré , dont il en fut grand bruyt en la compaignie des François, car on disoit qu'il estoit mort. Pourquoy tut tué par lesdits François grant nombre d'Angloiz qui jà estoient prins prisonniers en icelle journée. Le tout incontinent fut rescoux et y ot très grant nombre de François navrez. Et s'en ala le bastard de Salibry et les autres Angloiz qui peurent eschapper audit lieu de Saint-Célerin, où estoit ledit siégje , et les François s'en retournèrent logier audit lieu de Beaumont.

Continuation dudit siège de Saint-Célerin.

Le landemain d'icelle journée de Vinaing, vint nouvelles au sire de Wilby et autres Angloiz qui tenoient ledit siège devant le chaste! de Saint-Célerin que lesdits sires du Bueil, de Loré et autres dessus nommez venoient audit lieu de Saint-Célerin pour les combatre ou autrement faire au mieulx qu'ilz pourroient pour lever icellui siège. Et tantost s'émeust en l'ost d'iceulx Angloiz grant désarroy, tant qu'ilz se deslogèrent sans ordonnance et sans veoir chose parquoy ilz deussent faire ; en telle manière que qui plus tost s'en povoit aller, fust à pié ou à

cheval, droit à Alençon s'en alloit sans actendre l'un l'autre. Et à celle heure saillit hors du chastel Jehan Armenge , lieutenant en icellui pour Messire Ambrois de Loré, avec une partie des gens estans oudit chasteau , lesquelz prindrent et misdrent à mort plussieurs Angloiz et gaignèrent plussieurs chevaulx et autres biens. Et laissèrent lesdits Angloiz deux grosses bombardes et plussieurs canons avec deux engins à verges, grant confort de vins et autres vivres. Et se retirèrent en ladite ville d' Alençon. Et ledit sire de Bueil, le sire de Saint-Pierre, Messire Pierre Leporc, Messire Pierre de Bernenville, Caultier de Bruzac et autres s'en allèrent à Sablé , où ilz emmenèrent grant nombre d 'Angloiz prisonniers.

Et d'icelle heure n'avoient iceulx François aucune intencion d'aller audit lieu de Saint-Célerin. Et ledit sire de Loré, Messire Jehan de Loré son cousin, Guillaume de Plassac, Noël de Romolart et plussieurs autres, jucques au nombre de vingt à vingt cinq, demourèrent bien fort navrez au chasteau dudit de Beaumont.

La prinse de Chartres par les François.

Durant le siège de Saint-Célerin, dont dessus est faicte mencion , le bastard d'Orléans fist une entreprinse sur la ville de Chartres , laquelle estoit tenue par les Angloiz, et fist aller par ung matin plussieurs charroiz à la porte d'icelle ville, et entre les autres choses avoit en aucunes d'icelles charettes des aloses, lesquelles avoient esté

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promises aux portiers d'icelle affin de faire ouvrir oien matin la porte, et d'aucuns en y avoit qui savoient bien l'entreprinse , lesquelz disoient : « Il fault ouvrir hastivement; si aurons des alozes. » Si firent grant dilligence d'aller guérir les clefs et de ouvrir la porte Saint-Michiel. Près de laquelle porte étoit en ambusche Messire Florent d'Illiers à bien cent ou six vingtz hommes à pié , et ung pou plus loing avoit une autre embusche de gens à pié de environ deux ou trois cens combatans. Et à une lieue de là ou environ estoient à cheval ledit bastard d'Orléans, La Hire et autres cappitaines à bien cinq cens combatans. Et d'icelle porte se saisirent aucuns qui estoient dedens de ladite porte et du pont levys.

Et adonc saillit ledit Messire Florent de son embusche, tenant en sa main la banière du roy de France , et entra dedens icelle ville, et l'autre embusche le poursuivit de bien près ; et ala ledit Messire Florent avec les gens à pié jucques devant Nostre-Dame , se combatans contre ceulx qui voulloient faire aucune resistence. Et s'aresta avecques ladite banière du roy devant ladite église de Nostre-Dame, en laquelle estoient retirez plussieurs d'icelle ville, et envoya plussieurs de ses gens parmy icelle ville ès lieux où on lui rapportait qu'il avoit aucune résistence de ceulx de ladite ville, donc il en y ost plussieurs mors, entre lesquelz fut mort Messire Jehan de Flectigny, evesque de ladite ville, natif de Bourguongne , auquel lieu se porta moult vaillanment ledit Flourent d'Illiers. Et tantost après ariva ledit bastard d'Orléans et autres dessus nommez , ea

ladite ville, laquelle fut mise du tout en la subjection et obéissance au roy de France ». Et s'en fuy par dessus les murs de ladite ville ung nommé de l'Aubespin, bailly de ladite ville, avec plussieurs autres.

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