Chapitre
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et commun du pays de Caux , que les Angloiz avoient semblablement fait armer, et en estoit chief ung homme du pays nommé Le Carnier, lequel les entretenoit et gouvernoit. Et au commencement y en avoit plussieurs qui ne savoient s'ilz se mettroient sus contre les François ou contre les Angloiz. Mais finablement se tourné* rent du parti des François , et disoit-on qu'ilz estoient plus de vingt mille tous obéissans à icellui Carnier. Et advint que Messire Pierre de Rochefort, mareschal de France, Gaultier de Brussac, Charles de Maretz et autres cappitaines prindrent en sa compaignie sur les Angloiz la ville de Dieppe d'eschielle par nuyt. Et tantost après se joindirent ensemble icellui mareschal et sa compaignie avecques ledit Carnyer et commun dudit pays de Caux, et prindrent par composicion et misdrent en l'obéissance du roy de France Fescamp, Harfleur, Monstiervillier, Tancarville, Lillebonne et plussieurs autres forteresses oudit pays de Caux, tant qu'on disoit qu'il n'y avoit bonne ville, chasteau et forteresse à Caux , excepté Arques et Caudebec , qui ne fussent en l'obéissance d'icelui roy de France.
Et en chacunes d'icelles forteresses estans en l'obéissance du roy de France avoit ung çrant nombre de gens d'armes et plussieurs et divers cappitaines qui riens ne faisoient les unes pour les autres , ne obéissoient audit mareschal si non à leur voulenté , et plussieurs d'icelui peuple se retirèrent ès dites forteresses en la compaignie desdits cappitaines, plussieurs autres se mirent à faire leur labeur ainsi qu'ilz avoient acoustumé. Et finablement n'y fut tenu par iceulx gens de
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guerre nulle ordre de justice ne de raison, et prenoit sur le peuple chacun à sa voulenté et plaisance. Et y ot fait plussieurs grans maulx et excès, tant sur hommes que sur femmes, sur abayes et autres églises et gens de religion, tant que en la fin , et avant qu'il fut deux ans après, il ne demoura en tout le pays de Caux homme ne femme sinon ès forteresses, desquelles après furent prinses plussieurs par les Angloiz bien ligièrement. Lesquelz Angloiz destruisoient icellui pays à leur puissance, en contens 1 de ladite rébellion ainssi faicte par ledit commun, de leur costé, et les François de l'autre costé , ainssi que dit est. Et quant il n'y eult plus que mengier oudit pays, iceulx gens d'armes François s'en allèrent et habandonnèrent le pays. Et plussieurs d'iceulx cappitaines vindrent devers le roy pour lui requérir aide, en disant qu'ilz avoient despendu le leur à le bien servir, et que plus ne po voient vivre oudit pays. Et à la vérité, se au commencement avoit esté bien servy, en laffin fut par eulx desservy.
Enîreprinse sur les Angloiz par les François.
Ung pou de temps après, ung cappitaine Angloiz nommé Venaoles se vint logier en l'abbaye de Savygny (ou Saint-Gilles), à bien mille ou douze cens Angloiz , et tint icelle abbaye par l'espace de trois ou quatre moys. Et fut faicte une