‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 168 sur 235 · Chapitre ioi · texte numérisé non relu

Chapitre ioi

La prinse de Saint-Denis en France par les

François.

T 'an mille quatre cent trente-cinq , le premier l-ajour de juing, Monseigneur le bastard d'Orléans , Messire Pierre de Rochefort , mareschal de France, et autres François, se misdrent sus et vindrent en la ville de Saint-Denis en France, laquelle estoit tenue des Angloiz , ainsi que plusieurs autres places. Lesquels François s'y comportèrent si vaillemment, qu'ils prirent cette ville et en chassèrent dehors les Angloiz. Combien que ledit bastard n'y fut pas à l'entrée, toutefois ses gens y estoient , pour la plus grant part soubz luy. Mais il vint environ quinze jours après, et fut par lui mise grosse garnison de François en ladite ville de Saint-Denis, et s'i tint ledit bastard d'Orléans par aucun temps. Et avoit chacun jour* entre iceulx François et Angloiz estans en ladite ville de Paris grandes et merveilleuses escarmouches et rencontres, et tellement que ledit bastard fut une journée au moulin à vent devant Paris pour actendre tous venans, par l'espace d'un jour. Auquel lieu fut vaillamment combatu par lui et ses gens. Et furent rechassez ceulx de Paris, tant Angloiz comme autres qui en estoient saillis, jucques dedens icelle ville , les aucuns tuez et prins, et les autres se sauvèrent à saillir par sus les murs Saint-

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Ladre et à passer par certains troux qu'ilzavoient faiz dedens lesdits murs.

Et estoit pour ladite journée si grant soicheresse, que a pou que les gens d'armes ne estouffoient dedens leurs harnoiz , et si faisoit si grand pouldre que à moult grant paine povoient choisir 1 lesdits gens de guerre l'un l'autre. Et après s'assemblèrent lesdits Angloiz à grant ost et vindrent mettre le siège devant icelle ville de Saint-Denis , en laquelle estoit demeuré ledit mareschal, à bien de mil à douze cens combatans françois, entre lesquelz estoient en sa compaignie M essire Jean Foucault et Messire Regnault de Saint- Jehan. Lesquelz Angloiz tenans icellui siège approuvèrent et guerroièrent moult vaillanment et par longe temps icelle ville de Saint-Denis. Et aussi se deffendirent icellui mareschal et autres de dedens. Et y ot fait d'une part et d'autre de moult grans vaillances , et y en ot de mors et de prins d'un costé et d'autre.

Et estoient avec iceulx Angloiz le bastard de Saint-Pol, et le sire de l'Isie Adam et autres de ladite ville de Paris. Durant ledit siège, furent faitz par lesditz Angloiz plussieurs assaulx bien merveilleux , et après ce , de tous les costés de ladite ville et tous ensamble, et tellement Que en aucun lieu fut combatu main à main , et furent tousjours reboutez lesdits assaillans et aucuns noyez ès fossez, et y avoit grandes deffenses par dedens, tant de laboureurs, femmes, enffans de dix ans et audessus ; les ungtz chauffoient broches de fer, huilles, eaues; les autres

i. Distinguer.

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se combatoient et recueilloient le trait que les assaillans tiroient ; et y avoit de petitz enffans, comme dit est , lardés tout autour d'eulx de flèches et de viretons, et les apportoient sur les murs à grans bracées, sans ce que oncques enffans fust féru à sangc, qui doit bien estre réputé à grâce divine. Et estoient serviz lesdits assaillans de leur trait mesmes.

Et cependant le bastard d'Orléans pourchassoit le cours des assiégez et vint à grant ost jucques au pont de Meulenc-sur-Saine, qui nouvellement, c'est assavoir en moys de septembre et durant ledit siège, avoit esté prins d'eschielle sur les Angloiz, par Monseigneur de Rambouillet et un g escuier françois nommé Pierre Jaillet ou Jaillart, et par le moien de deux de leurs gens qui estoient pescheurs, Pun nommé Lacaigne et l'autre Ferrande , lesquelz entrèrent par une eschielle dedens ung bateau, et entrèrent par les bruières qui chéoient sur Saine ; et d'autre costé y avoit ung Angloiz qui estoit garde du pont qui rendit ce qu'il avoit en garde à ung des François, nommé l'Empereur, lequel le bouta hors seurement à tout saufconduit. Et aussi ceulx qui estoient dedens le chasteau en la

!>résence de Messire Richard Marbury, chevalier, cappitaine dudit lieu , se départirent , leurs vies sauves, et y laissèrent grant quantité de biens que lesditz François ouïrent et qui leur forent très nécessaires.

Auquel bastard d'Orléans , le sire de Lohéac , le sire de Bueil et Messire Ambrois sire de Loré , vint nouvelles que deux cappitaines anglois, nommez l'un Mathago et l'autre Messire Thomas

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Kyriel , à tout bien six cens combatans, estoient partis de Guisors pour venir audit siège. Et tantost montèrent à cheval lesdits sire de Bueil et de Loré, et firent tirer leurs estandars aux champs , et vindrent rencontrer iceulx Angloiz , lesquelz furent par iceulx François desconnlz , et y en ot plussieurs mors et prins , entre lesquelz fut prins ledit Mathago. Et ce fait, s'en retournèrent lesdits François avec leur prinse audit pont de Meulenc, lesquelz firent faire grant justice de plussieurs François qui avoient esté trouvez en a compaignie desdits Angloiz en ladite rencontre. Et cependant que l'armée des François s'assembloit pour secourir les assiégez de ladite ville de Saint-Denis, ledit mareschal et autres cappitaines , oyant ledit secours estre trop longtems ne povoient plus tenir ladite ville, obstant qu'il y avoit faulte d'argent pour paier les souldoiers , combien que avant le partement de mondit seigneur le bastard d'Orléans , le vénérable convent de l'abbaye de Saint-Denis, pour monstrer la loyaulté au 'il avoit envers son souverain seigneur le roy de France , presta et délivra de trente à quarante mars d'argent en tasses qui estoient en refretouer* d'icellui convent, pour et à ce que ceulx de ladite garnison en peussent estre appaisiez aucunement 2 . Et aussi il y avoit faulte de vivres, et par espécial de vin, combien qu'il y avoit des servoises*, lesquelles furent bien nécessaires pour rafreschir les compaignons après que les assaulx estoient passez.

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