Vers le commencement du fragment A
Jean Chartier. I. * d
1 Notice.
déclaré des Bourguignons et des Anglois. Par là il mérite , lui et sa chronique , le titre de François , avec l'acception spéciale qui s'attache à ce mot dans l'histoire du XVe siècle.
Ce fragment offre quelque analogie avec la chronique du hérault Berry. L'un et l'autre commencent à la même époque , c'est-à-dire à la naissance de Charles VII. Les deux ouvrages, par rapport à ce prince , sont écrits dans le même esprit. Le fragment paroît suivre , en général , la ? chronique de Berry, tout en l'abrégeant. Cependant elle s'en éloigne très-souvent. Elle en diffère d'une manière trop constante et trop notable pour qu'on puisse ne pas voir dans le fragment autre chose qu'une simple copie ou résumé de la chronique. L'auteur du fragment se conduit évidemment par sa pensée propre, et son opuscule , quoique succinct , se montre original. Nous signalerons comme exemples , parmi beaucoup d'autres, deux faits ou événemens sur lesquels le récit des deux écrivains diffère d'une manière très-sensible ; le premier fait es|> le siège de Rouen par le Dauphin , en 1417; le deuxième récit a trait à la bataille de Mons en Yimeu 1 .
Le hérault Berry, en parlant du siège de Rouen et des Rouennois révoltés, représente comme cause principale de la sédition «un » nommé Jean Raoulet, capitaine tenant le party
U Voy, ci-après, t. 1, p. 19 et ji, chap. 4.
Notice. lj
» du roy [de France], pour les pîlleries et vole- » ries qu'il faisoit sur le peuple K » L'auteur de notre fragment, comme on le verra bientôt, avoit, si je ne me trompe, de bonnes raisons pour ne pas répéter, sur le compte de ce Raoulet , un témoignage aussi peu flatteur. Dans cet -endroit, notre fragment passe complètement Raoulet sous silence ; c'est au duc de Bourgogne et à ses « traïsons » qu'il impute tout le mal.
En ce qui concerne la bataille de Mons en Vimeu , le hérault Berry, de même que les chroniqueurs bourguignons, mentionne ici de nouveau le capitaine Raoulet. Mais ces derniers se bornent à le nommer ; le hérault Berry, tout en lui faisant un peu plus d'honneur, ne lui accorde encore cependant qu'un rôle très-secondaire.
Dans notre fragment de chronique^ il n'en est pas de même. Ici le capitaine Jean Raoulet, nonseulement apparoît nommément en scène, mais à lui seul il l'occupe à peu près entière. Peu s'en faut qu'il ne se proclame , lui Raoulet, vainqueur en cette journée , où la plupart de nos historiens n'ont vu pour nous qu'une défaite 2 . En général, ainsi que j'ai tenté de le faire voir dans une autre dissertation *, les éloges les plus vifs que donne une chronique du XVe siècle à un personnage désignent assez sûrement , en ce person-