‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 185 sur 235 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

C'est le très douloureux trespas de très haulte et très puissante dame Ysabel, royne de France, femme de Charles, sixiesme de ce nom.

Oudit an mil quatre cent trente-cinq, trèshaulte, très puissante et très chrestienne roigne Ysabel, femme de Charles le sixiesme roy de France de ce nom , alla de vie à trespas en

i. Au Pont-Iblon.

l'ostel de Saint-Pol. Et combien que ladite dame en son jeune aage ait grandement et honnourablement vescu en toutes ses neccessitez, comme à royne apartient , néantmoins, pour et à l'occasion de certain appoinctement fait entre sondit raary et le roy d'Angleterre Henry, comme il est contenu ès cronicques de Saint-Denis plus à plain , ladite royne a eu moult à souffrir, parce que la promesse que ledit roy d'Angleterre avoit fait ausdits roy et royne de France n'a aucunement sorty son effect , quelque promesse par serment qu'il leur eust fait, car ledit roy d'Angleterre leur devoit bailler telz estatz que à eulx appartenoit leurs vies durans,dont il n'a esté riens fait, et ont esté par ledit roy d'Angleterre en telle neccessité que ung simple conte d'Angleterre menoit plus grant estât que les roy et royne de France dessusdits , au grant détriment et déshonneur dudit royaulme de France : car cest durté grande dp délaisser les choses acoustumées.

Et ont esté lesditz Angloiz cause de eulx abrégier ses jours , parce que ledit roy d'Angleterre ne la chevissoit 1 autrement. A esté aussi fort dollente et prins en desplaisance de ce que injustement les Angloiz avoient publié de son filz : car ilz disoient que Charles, dauphin de Vienne, n'estoit pas légitime, et par ce moyen inhabille à succéder à la couronne de France. Ledit roy d'Angleterre prétendoit à y parvenir. Et ce venu à la congnoessance de ladite royne, fut moult troublée et navrée en ceur, en jectant

1, De chevir, traiter, entretenir.

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mains 1 plours et soupirs , qui tellement Pont tourmentée , que oncques depuis elle n'eult joye au ceur.

Oultre plus , ladite royne , saichant la grant division mortelle avoir esté par telle espace de temps entre sondit filz et le duc de Bourgongne, et de nouvel estoit fait paix et bon acord entre icelles parties , print ung tel esjouissement en soy qu'elle en cheult en maladie. Et adonc fist son testament bien ordonnément, receult son créateur et autres sacremens de saincte Église comme bonne catholicque , et fist plusieurs laiz selon sa possibilité, qui estoit lors bien petite.

Entre lesquelz laissa en l'église et monastère de Saint-Denis , patron de France , une maison qu'elle avoit à Saint-Ouain-lès-Saint-Denis, appeliez les Bergières 2 , avec tous les cens, rentes et autres appartenances audit hostel. A donné oultre plus à icelle église , pour prier pour elle, les aournemens d'une chappelle, contenant cinq chappes , thunicque , dalmaticque , estolles , fanons, la couverture d'une chayère s cathédralle, tous de soye perse ouvrés de broderies garnies de perles et de pierres moult richement. A donné pareillement deux draps d'or de broderie pour servir au grant auteul , l'un dessus et l'autre dessoubz. Esquelz draps est la passion Nostre-Seigneur Jhesus-Crist moult richement historiée 4.

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