Chapitre I
De la mort du roi Henry d'Angleterre 1 .
Pour commencer ces explications, je dois d'abord parler du roi Henry 2 d'Angleterre, afin de signaler d'une manière plus éclatante les énormités de ceux qui gouvernoient le royaume de France à cette époque. Le roi Charles * étoit la bonté même, cependant le roi d'Angleterre mourut avant lui. Rien dans l'histoire ne devroit être commun à deux princes si dissemblables.* Certaines causes , toutefois , me font juger à propos de commencer par ce personnage le cours de mon récit Donc, le dernier jour.du mois d'août, l'an de l'Incarnation 1 422, ce roi Henry d'Angleterre étoit au bois de Vincennes. Couché sur son lit de douleur, il payoit le tribut au glorieux confesseur saint
1. La matière de ce chapitre se retrouve, mais très-abrégée, dans la chronique françoise ci-après , chapitre 1 . Yoyez aussi Religieux de Saint-Denis, livre XLIH , chapitres 2 et 3.
a. Henri V de Lancastre.
6 Jean Chartier. [Sept.
Fiacre *, comme on disoit , et souffroit le dernier martyre. Ce roi avoit précédemment épousé Catherine fille de France. Entre lui et le roi Charles VI, du consentement du duc Philippe 1 de Bourgogne , il avoit été convenu par traité que nul autre que lui Henry ne parviendroit après le roi Charles à la couronne ainsi qu'au diadème fleurdelisés , et que les enfans issus de lui et de Catherine conserveroient le royaume à perpétuité, comme son propre héritage.
C'étoit, de son vivant, un cruel et très-dur justicier, fort obéi de ses sujets, subtil conquérant et habile aux armes , orné d'ailleurs de diverses qualités honorables et de vertus. Après sa mort (le roi Charles, malade, vivoit encore), les os de Henry furent séparés de sa chair, pour être finalement ensevelis en Angleterre. La chair, préalablement séparée des os par la coction , fut inhumée et donnée en pâture aux vers. Les os, placés avec des aromates dans un cercueil de plomb, furent portés honorablement à Saint- Denis. Le duc de Bedfort , <qui étoit l'aîné de ses frères , accompagné de divers seigneurs ou exécuteurs testamentaires , conduisoient le char funèbre, vêtus de noir. Ils arrivèrent à Saint- Denis le soir, à la lueur de deux cents torches et de cinquante cierges environ. Tout le couvent voulut bien se porter à sa rencontre jusqu'au champ du Lendit.
Un fait merveilleux et qui frappa les témoins
1 . La maladie à laquelle succomba Henri V , et qui s'appeloit le mal de Saint-Fiacre , paroît avoir été une fistule de l'anus.