Voy. ci-dessus, page j, note
mansuétude et
io Jean Chartier. [Oct.
voit en effet se dire , lorsqu'il étoit de ce monde : « J'ai nourri , j'ai élevé mes fils , et mes fils m'ont » méprisé. » Et encore : « Vous tous qui passez » par la voie , considérez et voyez s'il est dou- » leur semblable à ma douleur. »
Cette similitude se vérifia précisément en lui. En effet , il vécut longtemps sous le joug des ennemis de la France, à cause de la zizanie qui avoit été semée dans le royaume ; d'où l'on insinuoit au vulgaire que c'étoit là ce qui avoit abrégé ses jours. Ensuite les officiers que l'on appelle en françois les henouars 1 mirent sur leurs épaules , selon la coutume , le corps de ce roi de bonne mémoire. Suivis d'une multitude de grands et de peuple , ils se portèrent à pied, en grande procession, jusqu'à Saint-Denis, patron particulier des rois de France. Seul le duc de Bedford , Anglois , suivoit le corps à cheval et en habits de deuil. Quatre présidens de la cour du parlement tenoient de la main les quatre coins du poésie d'or qui couvroit le défunt.
Le cortège parvint ainsi jusqu'au lieu dit la Croix-au-Fiens », précédé de l'évêque de Paris, vêtu pontificalement. Mais cet évêque n'ayant point le droit d'exercer plus loin que cette li-
1 . Ou hennuyers , du Hainaut ; c'étoit la corporation des porteurs de sel.
2. La Croix-au-Fiens, crux fumi. Il est question de cette croix dans une multitude d'actes et de relations historiques. Au xvii» siècle elle servoit encore de limite pour borner le territoire que Ton appeloit « la banlieue de Saint-Denis, devers Paris ». Elle ne se nommoit plus alors la Croix-au- Fiens, mais la Croix qui penche. Cette croix étoit placée sur la chaussée du village d'Haubervilliers. Voyez Doublet, Histoire de saint Denis, 1625, in-4 0 , page 421.
Premier Essai.
mite son office pontifical sans ia permission de l'abbé de Saint-Denis, le dit évêque , afin que le service se fit honorablement , se montroit prêt à délivrer à l'abbé des lettres, sur ce faites, de non-préjudice. En ce même lieu , le vénérable couvent de Saint-Denis , en chapes fleurdelisées, se porta processionnellement à la rencontre du corps.
Huit religieux en dalmatique mirent au-dessus le dais , semé de fleur de lis d'or, et le portèrent à l'aide de huit hampes. Ils poursuivirent ainsi la route très-dévotement , accompagnés des chants continus des autres religieux , jusqu'à la royale abbaye où devoit avoir lieu l'inhumation. Dès qu'ils eurent atteint la ville de Saint-Denis , devant l'Hôtel-Dieu et l'église de cet hospice », conformément au droit de l'abbé ainsi (ju'à la coutume, ils cédèrent le corps aux sujets de l'abbé, qui le prirent à leur tour.
Le corps fut placé sous la chapelle unie au chœur, à grand luminaire, les cierges et les torches excédant le nombre de six cents, et ladite chapelle décorée de toiles peintes. Le corps reposa en ce lieu pendant cette nuit seulement. Le lendemain, diverses prières furent dites pour le repos de son âme. Un service solennel fut célébré en présence de nombreux seigneurs. Enfin l'évêque de Paris lui-même l'introduisit dans la terre, à côté de son père a . Mais comme nul n'est tenu de faire la guerre à ses dépens , les exécuteurs payèrent d'abord une bonne somme
i. Voyez Doublet, ibid., page 420.
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de messes ; ils donnèrent ensuite à l'église la chapelle 1 de soie aux fleurs de lis dorées où se voit l'image du roi Charles. Ils consacrèrent en outre avec sollicitude à nos charités une somme de 100 francs. Il y eut en effet ce jour là beaucoup d'argent distribué aux pauvres par Charles Lallier et autres exécuteurs du roi. Prions donc que son âme , avec la grâce du Christ , soit placée au séjour céleste !
Ces cérémonies accomplies , et la nouvelle de cette mort étant venue à la connoissance du sérénissime Charles, son fils, ce prince en ressentit au cœur une grande douleur , mais il sut la supporter patiemment. Ce prince étoit déjà uni par le sacrement de mariage à Marie *, fille du roi Louis de Sicile , et son premier né, Louis, sorti du berceau*. Il échangea donc son titre de régent cbntre celui de roi ; encore bien qu'il ne fût , à cause des guerres, sacré et couronné à Reims que sept années plus tard.
Celui dont le secret gouvernement préside à toutes choses ne voulut pas que ce prince fût ainsi , sans motif, privé de son héritage. Cependant tout ce que le roi 4 son père avoit livré aux Anglois s'écrouloit dans leurs mains, comme dans les mains d'un fou exemplaire. Lui-même f ,
1. Ensemble ou fourniture complète de chapes pour le service du chœur.