Chapitre IL
Comment et oà le roi Charles de France trépassa de ce monde 1 .
A vrai dire , pendant de longues années , il se passa, du temps du sérénissime roi Charles VI e de ce nom , mainte chose fâcheuse et préjudiciable au royaume. Ces choses, assez longuement narrées, comme il convenoit, dans l'histoire de ce prince », se produisoient à cause de la maladie du roi, qui avoit atteint son cerveau d'une manière grave, et qui le priva de sa santé pendant la plus grande partie de sa vie. Ainsi, par exemple , un édit royal avoit été publié partout
1 . Voyez ci-après , préambule et chapitre i de la chronique françoise, et le Religieux, livre XLUI, chapitre $.
2. Allusion à la chronique du Religieux de Saint-Denis» J. Chartier étoit son continuateur.
Premier Essai.
à son de trompe. Par cet édit, le roi lui-même ordonnoit d'exclure du trône son fils , son propre héritier naturel. Celui-ci l > seul et de son autorité , avoit franchi la Loire , et là , pris possession du gouvernement. Toutefois, on regardoit cet édit comme n'étant pas le fruit du propre mouvement ni d'une passion réelle de la part du roi , mais bien plutôt le résultat de la contrainte exercée sur ce prince par les Anglois , qui le te* noient en tutelle.
Poussé enfin par la mort, il périt le 2 1 octobre 2 de la même année. Il finit d'une mort naturelle et toutefois lamentable, après le cours borné de sa carrière, en sa demeure de Saint- Paul , et passa catholiquement à Notre-Seigneur. Là, pendant trois jours, exposé sur sa couche, la figure gracieuse 9 il fut montré publiquement à tout le monde. Il fut ensuite placé dans un cercueil avec des aromates, puis porté à Notre- Dame honorablement et avec la pompe qui convient aux rois, afin que l'église priât dévotement pour son âme. Ceci eut lieu avec un grand appareil de luminaire et les cloches sonnantes.
l'affabilité du bon prince. Alors , de leurs cœurs contrits, les larmes et les soupirs s'échaloient duvant la marche du cortège. « 0 ! quelle dou- » leur, disoit chacun , et combien de tribulations » ont éprouvé ce prince, pendant le cours de sa » fragile existence ! » Car les faits de ce roi semblèrent se conformer à la vision d'Isaïe. Il pou-