‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 33 sur 235 · Sarthe , canton de Gonlie, arrondissement du Mans · texte numérisé non relu

Sarthe , canton de Gonlie, arrondissement du Mans

Jean Chartier.

Mais dès qu'ils eurent atteint cette ville, ils virent environ cinq cens Anglois répandus ça et là dans la campagne. Ils envoyèrent alors au comte d'Aumale et au vicomte de Narbonne un messager pour les presser de passer hâtivement au delà de Bernay.

Le comte et le vicomte, dès qu'ils eurent obtempéré à cette invitation et qu'ils furent arrivés

longtemps étoient prêts à combattre. C'est pourquoi le vicomte de Narbonne , sur la demande propre du comte d'Aumale , conféra à ce prince Tordre de chevalerie. Cependant les deux chevaliers , Messire Jean et Ambroise, voyant les Anglois prendre leur route avec quelque tumulte , comme pour s'échapper de leurs mains , se mirent à les poursuivre sur les champs avec vigueur ; ils s'efforçoient de les harceler et de prendre sur eux leur avantage. Finalement les François, avec l'aide de Dieu , rejoignirent les Anglois et les forcèrent à bout de retraite. Parmi ces derniers, les uns furent mis à mort, d'autres faits prisonniers. Le reste s'échappa en fuyant, àl'insu des deux chefs , le comte et le vicomte , qui s'étoient quelque peu attardés. Tous retournèrent ensemble à leur quartier du Mans et passèrent la nuit à Bernay , chargés de butin.

Le lendemain , lorsqu'ils se préparoient à se remettre en chemin et à poursuivre ces avantages, le bruit se répandit qu'un redoutable capitaine anglois, nommé Philipp Branch, étoit sur les champs, amenant avec lui plus de deux mille gens d'armes pour guerroyer contre les François. Ce dernier, dans sa vigilance , fut informé'que

aperçurent les Anglois qui depuis

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la compagnie des François se trouvoit auprès d'un moulin dans le voisinage. Il donna ordre y aux siens de pousser une pointe sur cette compagnie et il n'y eut aucun parmi les siens qui récusât cette besogne.

Aussitôt un grand bruit d'armes s'éleva de toutes parts. Il n'y avoit point cependant encore de collision. Alors les François se précipitèrent sur eux avec une colère belliqueuse. L'avantgarde étoit commandée par deux chevaliers remplis de science militaire , Messires Jean de Vaux et Jean du Bellay. Messire Ambroise, sieur de Loré, très-bravé chevalier en armes , conduisoit l'arrière-garde. Entre l'une et l'autre , le gros de la bataille étoit guidé par mes illustres seigneurs le comte d'Aumale, le vicomte de Narbonne , le sire des Fontaines et le baron de Coulonces.

Ce baron , comme on disoit , avoit récemment encouru , par quelques désobéissances , la disgrâce du comte d'Aumale, lieutenant général pour le roi sur les frontières du Maine. Le comte l'avoit banni de sa présence , avec injonction de ne plus reparoitre devant lui. Cependant, comme on avoit besoin de son aide , et qu'il conduisoit un renfort disposé en bon ordre , il reçut le commandement itératif de veiller sur les ailes , afin qu'elles ne fussent point enfoncées par les Anglois. Ils avoient chevauché trois lieues sur la route de Mortagne. Le seigneur de Loré, qui se tenoit, comme on l'a dit, à l'arrière de la troupe, ordonna à cette troupe défaire le plus de poussière possible à la vue de l'ennemi. Sans perdre de temps, il fit savoir par un messager aux seigneurs, qui déjà touchoient près de la ville de Mortagne ,

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ce qu'il avoit vu. Puis ils décidèrent d'attendre là les Anglois pied à pied.

Le dommage que les Anglois se promettoient de faire aux François, le sire de Loré tendoit ainsi à le leur rendre et à les détruire de toutes ses forces dans cette joûte. Enfin les Anglois se décidèrent à s'avancer et le provoquèrent arrogamment à combattre. Le sire de Loré, sans 5e troubler, leur rendit la monnoie de leurs invitations. Bientôt les Anglois se virent entourés par un immense déploiement de François , qui couronnoient une montagne voisine* Aussitôt ils déchaussèrent l'étrier, et se mirent à pied ; puis à Paide de ces bâtons aigus, en francois paulx , ils plantèrent une haie sur leur front de bandière pour se défendre.

Cette manœuvre ne troubla pas l'habileté des François. A l'instant, tous ensemble, les François montés à cheval tombèrent précipitamment sur les Anglois. Troublés par cette charge , les Anglois éperdus reprirent leurs montures, qui les attendoient au repos , et se mirent à fuir subitement par diverses routes. D'après des rapports dignes de foi , les Anglois perdirent ainsi sept cents hommes, sans compter les fuyards. Plusieurs de ces derniers furent taillés en pièces ; d'autres , à peu d'exceptions près, furent mis en captivité. Après cette action, les héraults et toute la compagnie retournèrent joyeusement à leurs quartiers , avec les dépouilles conquises.

Premier Essai.

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