‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 34 sur 235 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

Comment le duc Philippe de Bourgogne se dirigea personnellement sur Saint-Riquier pour emparer cette place, alors occupée par les François.

] e duc de Bourgogne ayant appris que la

les François, manda aussitôt une députation de héraults afin de mettre garnison devant cette ville. Le capitaine de cette place étoit le seigneur d'Offemont, qui la tenoit de concert avec Poton de Saintrailles et beaucoup d'autres compagnons de guerre. Le roi avoit alors pour son lieutenant et chef de guerre dans ces parages un habile capitaine appelé Guillaume de Gamaches. Ce lieutenant mit le siège devant le dit d'Offemont à grand renfort de cannes , d'arbalètres , de charroi et de cavalerie, et causa de grands dommages en combattant virilement quiconque se présentoit comme adversaire.

Ceci ne demeura pas longtemps inconnu des gens de guerre qui tenoient le parti françois. Aussi plusieurs de ces derniers , habiles et expérimentés en armes , résolurent-ils de ne goûter aucun repos avant d'attaquer le duc même. Parmi eux et après avertissement préalable, se jetèrent avec vigueur dans cette attaque le seigneur de Conflans , Louis de Nelle , Jean Raoul ou Raoulet *, Messeigneurs Regnaut de Fontaines, Louis

j. Ce morceau reparoît, mais extrêmement réduit, ciaprès, dans les chapitres 4 et 5 de là chronique françoise. 2. Voyez le fragment A que nous publions à la suite de

avoit été prise par

20 Jean Chartier. [Août

Bournel , de Hollande , Roger son frère , de Calleville , de Villetier (Villequier) 1 , Gilles de Gamaches, frère dudit Guillaume, et plusieurs autres. Ceux-ci résolurent donc, à Punanimité, de se porter à rencontre du duc, et passèrent fièrement à travers leurs compagnons , qui ne s'y attendoient nullement, au lieu dit la Blanque-Taque.

Le duc , à cette nouvelle , aima mieux prévenir qu'être prévenu. Il partit avec le comte de Luxembourg et une compagnie de gens d'armes, après avoir mandé puis congédié les charrois de siège , et se dirigea rapidement au devant des François. Il craignoit alors si peu pour ses jours, qu'il fit porter sa cote d'armes ou nabit de guerre

Ear le seigneur de la Vieuville , lequel avoit déjà i garde de sa bannière. Il marcha ainsi le plus cautement qu'il put, ne gardant sur lui qu'un vêtement nondéfensif. Les François, quoique peu nombreux, voyant ce grand appareil, se précipitèrent sur le seigneur de la Vieuville, qu'ils prirent pour le duc lui-même. Ce dernier (le duc) se retira à Mons, pour se remettre en état de résistance.

Là s'éleva un combat si âpre et si acharné des deux parts , que bien du monde y trouva,

f>our prix de sa peine, une mort effroyaole. Finaement , 6 douleur ! quelques-uns des Bourgnignons s'enfuirent de divers côtés. Une partie des François coururent après eux , les atteignirent et les firent prisonniers. Luxembourg lui-même

Jean Chartier, et la notice de ce fragment placée parmi les liminaires de ce premier volume.

i. Monstrelet, livre i, chapitre 2J7, l'appelle Colinet de Villequier.

142 1] Premier Essai. 21

fut pris ; mais , moyennant un arrangement se- 9 cret , il ne tarda pas à être délivré. Les François retournoient vers leurs lignes , emmenant leurs prisonniers. Croyant que le duc lui-même avoit péri , ils se promettoient une seconde victoire. Ils abordèrent en désordre cette troupe , et s'y enferrèrent. L'avantage de cette seconde affaire demeura ainsi aux Bourguignons.

Messeigneurs de Conflans , Regnaut de Fontaines , de Villetier (ou VillequierY Louis Bournel, Jean Raoulet, Louis de Nelle et plusieurs autres, furent obligés de donner leur foi et faits prisonniers. La bannière dudit seigneur de Gamâches , absent , fut prise par les Bourguignons ; mais, grâces aux efforts de Messeigneurs de Calleville , de Hollande , et de Roger son frère [qui la reconquirent ?], cette bannière fut ramenée intacte avec eux.

Cela fait , le susdit duc , à la grande déconvenue des François de Saint-Riquier, se rendit en toute hâte avec les siens à Abbeville. Là , dès le lendemain, les François, assurés de surmonter les Bourguignons par leur courage , offrirent à ce duc la bataille. Mais celui-ci la refusa par prudence ou autre péril. Toutefois, je tiens ce fait pour digne d'une mention honorable : le duc exempta Gilles de Gamaches, son propre prisonnier, de toute rançon. De plus il le renvoya dans sa patrie chargé de présens et avec saufconduit, attendu que ce prisonnier étoit le premier 1 qu'il eût fait de sa propre main.

1 . Monstrclet et les autres historiens bourguignons nous apprennent que le 31 août 1421 , jour de cette rencontre,

Jean Chartier. [1425-28]

Chapitres VI, VII, VIII, IX, X.

es morceaux sont reproduits ci-après , avec un peu moins de détails , dans les chapitres 6, 7, 8, 9, 10 et 1 1 de la chronique françoise.

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