‹ Chronique de Colmar, Volume 1Chapitre 6 sur 6 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

De l'an 1301 à. l'an 1400

Les premières années du XTV« siècle, dans lequel nous entrons, offrent un instant de repos pour Colmar. La cause d'Albert d* Autriche, pour laquelle on a combattu, vient de triompher; Frédéric de Lichtenberg, allié de la ville contre Adolphe de Nassau, succède, sur le siège épiscopal de Strasbourg, à son frère, Tévêque Conrad, blessé à mort devant Fribourg. La principale cause des troubles a donc disparu par l'avènement d'Albert à l'empire et de Frédéric à l'évêché, investi d'un droit sur Colniar. Mais cet état de repos ne sera pas de longue durée, et la ville libre ne tardera pas à se trouver de nouveau mêlée aux complications que le changement de règne engendrera, et aux luttes de l'Empire contre l'Eglise qui en seront la conséquence. On la verra en sortir victorieuse et l'élément plébéien entrer en possession de la plus grande somme d'autorité qu'une démocratie puisse revendiquer. Bref, le XIV« siècle est la période héroïque de l'existence politique de Colmar, ainsi que va le démontrer la chronologie dans laquelle nous rentrons.

^. — Un chanoine de Colmar, curé de Roggenhaosen, meurt subitement. — Annales des Dominicains de Colmar , édit. de Ch. Gérard et J. Libliny pag. 187.

— Jean, chevalier de Nortgasse, épouse une jeune fille de la famille de Hattstatt^ le jour de Ste-Luce (13 Décembre). Ibidem.

— Le jour suivant on décapite un jeune homme qui avait assassiné le fils de sa marâtre, crime pour lequel il avait été banni de la ville. Sa femme s'était retirée à Rouffach. Lorsqu'elle apprit l'arrestation de son mari à Colmar (où il était revenu, malgré son bannissement), elle mourut de chagrin.

Ibidem.

— Le troisième jour après la fête des SS. Philippe et Jacques (4 Mai), la reine, femme du roi Albert, vient à Colmar en grand appareil et accompagnée de deux reines. Elle quitte la ville à l'improviste. — Idem, pag. 189.

Nous ne trouvons dans l'état politique de Cohnar ou de la Haute-Alsace aucune raison qui soit de nature à expliquer le départ subit de la reine et de sa suite. Elle s'explique, peutêtre^ par la résolution de l'empereur d'y venir prochainement^ le 22 Juillet, ainsi que cela sera établi.

— Les habitants de Colmar dirigent un cours d'eau par quatre rues de leur ville. — Ibidem.

Les quatre rues principales de la première enceinte nous paraissent avoir été : la rue des Juifs, la rue des Serruriers, la rue des Marchands et la Grand'rue actuelles. Toutefois, il ne peut s'agir de la prise d'eau qui traversait le couvent des Catherinettes, l'hôpital militaire actuel, car elle ne fut établie que plus tard, ainsi qu'on le verra.

— Dans la nuit de l'Ascension (30 Mai), il plut à Colmar et quelques autres endroits, et cela en grande quantité, des reptiles qu'on appelle Wasser-Kalb (salamandres). Ces reptiles naissent des filaments de plantes qui pourrissent dans les eaux. — Ibidem.

— Steimere, bourgeois de Colmar, est tué par les nobles de Hunawihr. — Un écolier, parent du doyen du chapitre de Colmar, est tué. — Ibidem.

— L'empereur Albert arrive à Colmar avec l'impératrice et y convoque une diète à laquelle prend part toute la noblesse alsacienne. Colmar ne pouvant loger tout le monde, on établit des tentes sur la campagne, entre la ville et Eguisheim. Colmar offre à l'empereur sii bœufs gras, cent gros poissons du Rhin et quatre cents marcs d'argent. — Hwikler, Geschichte der Stadt Colmar, pag. 155.

Nous ignorons la source où Hunkler a puisé ; mais sa relation est si détaillée, si précise qu'il faut l'admettre comme complément de la mention suivante de l'annaliste de Colmar:

— Vers la fête de Sle-Madelaine (22 Juillet), Albert, roi des Romains, rassemble dans le haut-pays une armée avec laquelle il descend vers Cologne. Il ravage les villages et les domaines des évoques, ses ennemis, pendant sept semaines, c'est-à-dire jusqu'à la St.-Martin (11 Novembre). Il force les évoques à traiter avec lui. Alors le Rhin est rouvert et les bateaux peuvent librement le remonter et le descendre. — Annales^ édit. ciU.pag. 19S.

La diète de Colmar aurait donc eu pour objet de prendre des mesures propres à mettre l'empereur Albert en état de soumettre, par la force, à son obéissance l'archevêque de Mayence et celui de Cologne qui avaient contribué à l'élection d'Adolphe de Nassau, et qui, même après la mort de ce dernier, résistaient au nouvel empereur.

— Un clerc de Colmar et un clerc de Bâle se disputaient un canonicat (du chapitre de Colmar). Le clerc bâlois est tué. Ce meurtre porte les juges de Tofflcialité bftloise à suspendre la célébration du culte divin à Colmar. — Ibidem.

Voyez ce que nous avons dit à cet égard, pag. 142 de la 2^ partie.

— Les seigneurs de la branche atnée de Girsperg (probablement ceux qui habitaient Colmar après avoir été réconciliés avec la ville sous le noble de Berckeim, schultbeiss d'Adolphe de Nassau) attaquent à main armée ceux de la branche cadette^ Pun desquels est tué. Os s'emparent du château (situé à Walbac, au val de St.-Grégoire) et en chassent tous leurs parents. — Ibidem.

— La veille de St.-Oswald , roi, c'est-à-dire le jour de St.-Dominique (4 Août), le Rhin déborde et détruit le pont de Brisach. Les eaux se répandent sur la plaine et causent d'immenses dommages. — Ibidem^ pag. 189.

Bâle et Strasbourg furent particulièrement maltraités. L'annaliste ne dit pas si la ville de Colmar se ressentit de l'inondation, mais il n'est pas probable qu'elle fût épargnée, eu ^ard à sa proximité de FIll, un des affluents les plus considérables du Rhin. La mention de l'annaliste prouve d'ailleurs qu'au XIIP siècle déjà il existait un pont fixe sur le Rhin à Brisach. Une charte publiée par M. Paul Huot, dans la i'« année des Curiosités d'Alsace^ pag. 413^ nous fait connaître qu'en 1283 4^- on achevait de le construire, et que l'abbaye de Marbach y contribua pour quinze livres deniers de monnaie usuelle, moyennant quoi son droit de bourgeoisie audit Brisach fut confirmé. Ainsi le pont de 1283 fut détruit en 1302. On verra que plus tard il fut rétabli, puis détruit de nouveau et qu'enfin les habitants des deux rives demeurèrent pendant environ deux siècles sans voie régulière de communication jusqu'en

1861 1 En cette année, Colmar et Vieux-Brisach, s'nnissantdans Bûe réclamation commune, ont obtenu le pont continu qui remplace, au XIX« siècle, la communication qui existait au Xni«. Ceux qui se plaignent de la rapidité du progrès moderne, feront bien d'admettre une exception pour le cas particulier, car il est douteux que le pont actuel ait une supériorité bien grande sur celui du XIII* siècle ; il est sujet à des détériorations fréquentes, à des interruptions même à chaque crue un peu notable des eaux du fleuve ; de plus^ il est infesté d'un droit féodal dont une voie ferrée fera justice plus efficacement que les nouvelles armes de guerre du monde civilisé.

— Une convention conclue le jour de St. -Gai (16 Octobre) entre le magistrat de Colmar et Tabbaye de Pairis, porte que ^ cette dernière assigne à la ville une étendue de trente-deux journaux de prés situés au canton Dorneck pour être affectée au pâturage communal ; qu'en échange de la concession de ce terrain, considéré par le magistrat comme une anticipation de la cour de Pairis, le droit de bourgeoisie à Colmar est accordé à celle-ci, ainsi que tous les autres droits dont la population ecclésiastique jouit en ville. Is titre original existe aux archives de la ville.

Billing, /«'f semestre du Patriête alsacien^ pag. 277-78 ^ ajoute : Tous ces environs (les terrains contigus au moulin St.-Guidon) appartenaient à l'abbaye de Pairis , et la porte qui conduisait -^^ de la cour au moulin, est ainsi décrite dans l'acte de cette année (dont nous venons de donner l'analyse) : « Nous voulons aussi qu'ils (les moines de Pairis) ouvrent leur porte aux heures où l'on a l'habitude d'ouvrir celles de la ville. » La cour de Pairis, dit encore Billing, avait alors le privilège de donner asile au meurtrier.

Le même auteur, f« semestre, pag. 16S, et Hunkler après lui, op. dt. pag. 73y disent ensuite : Henri d'Andlau^ schultheiss

deColinar, et Eberhard d'Andlau, son frère, le chevalier Cuntzmanii de Ruost, Siffrid le vigneron, Bnrckhard Meyer, bourgmestre, le conseil et les bourgeois de Colmar représentent le magistrat qui traite au nom de la vUle. Afin de porter à la connaissance des lecteurs, dit Billing, quelles étaient les familles nobles qui habitaient Colmar, nous indiquons ci-après les noms des témoins qui signèrent cette transaction : Walther de Kaysersberg; Jean-Orllieb de Kaysersberg; Jean Schulteize ; Werner der Walch, chevalier ; Wemer de Wittenheim ; Walther deWoffenheim; Cuno de Limperg; Erlevin Henri WoUebe; Hesso de Beblenheim ; Pierre de Sundhoffen ; Hug de Wittenheim ; Siffrid de Kutilshowe ; Walther Kusspfenning ; Henri Hôhelin ; Wildung-Gerhart de Kaysersberg et Nicolas de Loglenheim, bourgeois.

Henri d'AndIau, que ce titre fait apparaître comme schultheiss de Colmar, n'est mentionné par aucun de nos historiographes colmariens au nombre des schultheiss. II prend donc place entre Frédéric de Hunenburg et Frédéric de Wangen dont il sera question plus tard. Frédéric de Hunenburg aurait ainsi occupé le schultétat à partir de 1299 jusqu'en 1301 ou

— Schœpflin n'a trouvé aucune trace du maître des bourgeois (Burgersmeister) avant le frf^ siècle ; mais alors il existe un schultheiss et un conseil ou sénat (Ralh.). — Ak. illust. tom. Yy pag. 201.

C'est peut-être au titre dont il vient d'être parlé que Schœpflin fait allusion. Ce document serait ainsi le premier révélant le changement qui s'est opéré dans l'organisation du pouvoir municipal à la fin du XIII« ou au commencement du Xiy« siècle. A côté du schultheiss, représentant l'empereur, apparaît le maître des bourgeois (Bourgmestre) et le conseil ou sénat (Rath). On verra, dans la suite, cette organisation se modifier fréquemment.

— Les habitants de Colmar édictent plusieurs règlements et constitutions et déterminent les peines réservées à ceux qui les Yioleront. Ils décrètent notamment que quiconque outragera Dieu ou la Vierge Marie, par blasphèmes ou paroles déshonnêtes, paiera dii sous à la fabrique de St.-Hartin, et que le séjour de la ville lui sera interdit pendant trois semaines. — Annales des Dominicains^ édit. cU. pag. 197.

Cette mention est répétée par Schœpflin, Illust.^ tom. F, pag. 195, Billing, ^ sem.^pag. S4^ Hunkler, pag. 47 y sans qu'aucun ait fait connaître en quoi consistent les modifications apportées au diplôme de Rodolphe de Habsbourg, de 1278, ou à celui d'Adolphe de Nassau, de 1293. L'amende de dix sous à payer à la fabrique deSt.-Hartin par le blasphémateur, est une mesure nouvelle. La prescription se perpétue dans la loi municipale, car nous la retrouvons, considérablement aggravée, pag. 104 et 105 du statut municipal unprhné au siècle dernier. Il y eut sans doute encore d'autres modifications apportées au lèglement municipal en 1303. Les documents nous font défaut pour nous en rendre compte ; il faut, dès lors, nous contenter de ce que l'annaliste fait connaître.

~ Les frères Mineurs célèbrent solennellement leur chapitre à Cohnar, vers la St.-Urbain (25 Mai). Cent cinquante frères y assistent. Les convers et les beghards, rangés en procession sur deux et trois rangs, parcourent la ville en demandant l'aumône. — Annales^ édit. cit. ^ pag. 199.

—Le jour de laSt.-Antoine (13 Juin), on consacre à Colmar la chapelle récemment construite des moines de Pains, de ^ l'ordre de Citeaux. — Ibidem, pag. 195.

Il s'agit probablement de la chapelle qui était dans le voisinage du moulin de l'abbaye et que la planche de la Cosmogra-

phie de Sébastien Munster représente comme enclave annexe de Tenceinte de la ville en 1569, pag. bCLIIL

— Le roi Albert vient à Golmar vers la fête des SS. Yit et Modeste (15Jain) et exige des habitants 400 marcs. —Annales, édit. cit., pag. m.

Schœpflin, Ak. illust.^ tom. K, pag. 198, dit qu'ail y convoque la noblesse d^Alsace. La Chrtmiqae des Dùmmicaim^ pag. 307^ parle du même fait, mais le place à Tannée 1304. Nous croyons qu'il faut s'en tenir à la date des Annales, non à celle de la Chronique. Mais la Chronique ajoute des détails que Tannaliste ne rapporte pas ; ainsi : t les bourgeois de Colmar ne paient les 400 marcs qu'en murmurant Albert exige aussi, des Sœurs jf}, d'Unterlinden , des chars, des chevaux et une grande quantité de leur meilleur vin. t II s'agissait d'une expédition contre le roi de Bohème qui disputait à Albert le royaume de Hongrie. A la diète qui a lieu à Cdmar, Albert ordonne aux nobles de se tenir prêts à le suivre, leur déclarant que ceux qui prétendraient s'affranchir de ce service, seraient assujettis, comme les paysans, à la contribution du sixième.

— Après la fête des SS. Vit et Modeste (15 Juin), des voleurs armés pénètrent dans l'église deSt.-Martin de Cohnar, forcent le trésor et enlèvent l'argent qu'il contenait. — Annales^ édit. cit.^ pag. 199.

— Dans l'octave de la St.-Jean-Baptiste (24 Juin), le Frère Bernard, maître de l'ordre des Frères prêcheurs, vient à Colmar. — Ibidem.

" Colmar avait sa fête du Teufels-Kœnig (le roi des diables la diablerie) ; elle dura jusqu'à la fin du XY« siècle. De semblables usages existaient dans les environs. Voici ce que Tan* naliste rapporte d'un fait concernant Wintzenheim et se rattachant, par certaines indications, à nos recherches sur Colmar.

i A la circoncision (l^' Janvier 1303), les paysaiis de Win--

tzenheim, qui avaient fait un roi et treize grands officiers, parmi lesquels un Dapifer, forcèrent ce roi et ses officiers à traverser, en chemise et sous le pont, Peau qui est proche du moulin, voulant s'assurer, par cette épreuve, s'il méritait la couronne royale. Tous, à l'exception d'un seul, traversent gaiement la rivière sous le pont, en compagnie du roi. Celui qui avait refusé, résigne volontairement sa dignité à cause de la bassesse de Toffice. Les jeunes gens se moquent de lui et se mettent à pousser de grands gémissements, comme si un de leurs parents venait de mourir ; puis ils sonnent les cloches et annoncent le trépas du réfractaire. Le lendemain, ils portent à Téglise une bière dans laquelle reposait un balai de bouleau, font les cérémonies funèbres, transportent la bière au bord de Teau et l'y précipitent. — Les pauvres de plusieurs villages font ainsi plusieurs divertissements : les uns font un pape et des cardinaux ; d'autres produisent, dans les rues et sur les places publiques, des empereurs et des rois avec leurs officiers. — Annales, édit. ci/., page 203 ei note 3.

Outre le trait de moeurs que donne ce récit, il constate qu'alors la Fecht, ou une dérivation de cette rivière, passait à Wintzenheim et y faisait mouvoir un moulin. C'est la confirmation de ce qui a été dit précédemment, page 57 de la Ih partie^ du Tieffenbach coulant vers Colmar^ dans le voisinage du Lycée ou de l'ancien prieuré de Saint-Pierre.

•— Les seigneurs de Girsperg remettent leur château au seigneur-évêque de Strasbourg. — Annales, édit. cit., page 205.

— Les seigneurs de Girsperg livrent leur château de Girsperg au seigneur Henri de Rappolstein, à la condition qu'il remettrait en leur pouvoir le château qu'on appelle der Stein ou la Pierre, et qu'il leur y assignerait des avantages et revenus égaux à ceux qui sont attachés au château de Girsperg.— Ibidem, page 206.

Poar expliquer les deux mentions, contradictoires en apparence, qui précèdent, il faut se rappeler d'abord que le château de Girsperg dont il est parlé dans la première mention, était situé au val de Saint-Grégoire et avait été ravi Tannée précédente (1302), par les Girsperg de la branche atnée, habitant Colmar, aux Girsperg de la branche cadette, faits prisonniers. La remise de ce château à Pévéque de Strasbourg, Frédéric de Lichtenberg, en Tannée où nous sommes (1303), prouve Tintervention du prélat dans le différend et, jusqu'à un certain point, la répression de Tacte de violence commis par les Girsperg de la branche atnée au préjudice de leurs parents de la branche cadette. Frédéric aurait donc contraint, soit par les armes, soit par les voies amiables ou comminatoires^ les Girsperg de la branche aînée à lui livrer le château du val de Saint-Grégoire pour être remis, du consentement des Girsperg de la branche cadette, au seigneur Henri de Rappolstein, à la condition que ce dernier mettrait les Girsperg en possession du château de Ribauvillé appelé ier Siein^ en leur assignant des avantages et des revenus égaux à ceux dont ils jouissaient au château de Girsperg, dans la vallée de Munster, ce qui eut lieu en 1316. — Les Girsperg donnèrent ainsi leur nom au château placé au-dessous du Haut-Rappolstein, les ruines actuelles (à Test de celles du Saint-Ulrich). — Voyez Grann didier^ Vues pittoresques d*Alsacey page 3.

Cette transaction parait cependant impliquer une difficulté historique. Les châteaux de Rappolstein étaient un fief de Tévêché de Bâle, qui en avait investi Egclolphe d'Urselingen, souche des comtes de Rappolstein. Il semble donc que la cession du château de Stein aux Girsperg n'a pu se faire que de Tassentiment de Tévêqne de Bâle, et nous ne trouvons aucune trace de Tintervention de ce dernier dans la transaction.

— Un seigneur de Horbourg meurt et est enterré dans Té-

glise des Franciscains de Colmar. — Billing, manuscrits iné- ^ dits de M. /. Chaujfour.

R s'agit probablement de Bourcard, second fils de Walther, tué par Conrad, son neveu ; de Bourcard enfin qui fortifia sa ville de Riquewihr en 129i, et qui était gendre d'Eginon, comte de Fribourg. Voy. Schcepflin, Als. illust., tom. F, pag. 112.

— Bœhmer, dans son premier supplément des régestes, page 394, signale un diplôme de l'empereur Albert, daté d'Augsbourg le 7 Mai, dans lequel figure comme témoin le chevalier Henri Schœngauer.

— Les foires de la Saint-Martin sont établies ; leur durée est fixée à quatre jours. - Schcepflin, Als. illust.^ tom. V, pag, 196.

La foire annuelle de Saint-Martin est tenue pour la première fois en cette année. Indépendamment de cette foire et de celle de l'Assomption, qui durait trois jours, on en tenait une aux Quatre-Temps qui avait la môme durée. Le marché se tient chaque semaine^ le jeudi. — Billing^ 2^sém.,pag. 36.

— Hunkler, op. ctf., pag. 49, mentionne le fait de l'institution de la foire de Saint-Martin par le magistrat, et il ajoute : la veille de la foire on sonnait la grosse cloche pour annoncer la levée des prohibitions afin de faciliter aux étrangers la fréquentation de la foire. Cette franchise fut, plus tard, étendue aux trois jours qui précédaient et aux trois jours qui suivaient la foire. Le marché hebdomadaire est fixé au jeudi depuis cette époque.

— Enfin, on lit ce qui suit dans la notice du Musée pittoresque, pag. 125: En 1205 (lisez 1305), le magistrat, usant du droit que la charte communale lui conférait, institua la foire

de SaintrMartin. Elle devait durer quatre joars et commencer la veille de la fête patronale. A tous ceux qui s'y rendaient on garantissait des immunités exceptionnelles pendant la durée de la foire, les trois jours qui précédaient et les trois jours qui suivaient. Les artisans de la ville devaient mettre leurs produits en vente pendant les quatre jours, comme au marché du jeudi, et ne pouvaient fréquenter, pendant tout le temps, aucun marché étranger.

A propos de l'emprunt que nous venons de faire au Musée piitoresquey nous devons présenter, non pas une rectification, mais une observation concernant le dernier paragraphe de la page 54, II* partie de cette chronique. Nous avons appris, de la bouche même de Tauteur, que la date de 1205, que nous avions alors dû prendre au sérieux^ est le résultat d'une erreur d'impression et qu'il faut lire 1305. Les réflexions que cette date de 1205 nous a suggérées, sont donc sans objet.

Le titre, qui institue cette foire de Saint-Martin, existe aux archives de la ville. U est exactement analysé dans l'extrait qui précède de la notice du Musée pittoresque. U est sur parchemin, muni du grand sceau et daté du mercredi après la Toussaint (3 Novembre) 1305. C'est, sans aucun doute, à ce titre que Schœpflin a puisé la courte indication que l'on a lue; il est possible que Billing et Hunkler l'aient aussi consulté ; mais il parait certain que l'un et l'autre ont encore eu sous les yeux d'autres documents puisqu'ils donnent des informations que le titre dont il s'agit ne fournit pas, relativement aux cinq autres foires et à l'usage de les annoncer en faisant sonner la grande cloche de la collégiale de Saint-Martin. Nous avons fait de vaines recherches pour déterminer l'époque de leur institution ; il faut, dès lors, nous résigner à consigner dans ce paragraphe, sans avoir égard à la méthode chronologique, tout ce que nous rencontrons concernant les foires et marchés de Colmar.

D parait opportun de constater, an préalable, que TinstitutioD du marché hebdomadaire qui se tient le jeudi, est contemporaine de Finsiitution de la foire de Saint-Martin, si elle ne lui est antérieure, ce qui parait probable. t' Nous avons publié dans Vannuaire du Haut-Rhin de w46^ d'après un état déposé alors à la division de radmmistration générale de la préfecture, les renseignements suivants sur ce sujet : n se tient à Colmar sept foires par an ; le jeudi des Quatre-Temps de Février, Mai, Septembre et Décembre ; les jeudis après la Pentecôte , la Fête-Dieu et la Saint-Martin. Les marchés hebdomadaires ont lieu le jeudi de chaque semaine. --Annuaire de 1846^ pag. 248.

— Un décret du 14 Septembre 1866, institue deux foires

annuelles pour la vente du bétail. Elles sont fixées aux jeudis

qui suivent les fêtes de St.-6eorges et de St.-Hartin. Quand

ces jeudis tombent sur un jour de fête légale, les foires ont

lieu la veille.

— La présence de Tempereur Albert à Colmar est constatée par le diplôme qu'il donne le 15 avril, en faveur de Tarchevéque de Hayence, Pierre Eichspalter, auquel il accorde les droits régaliens dans son archevêché. — Bœhmer, reg. imp., Frankfurty 18Si, page 46 et Stuttgart, 1844, page 247.

Albert venait d'Ensisheim et se rendait à Spire. — Ibidem.

— Le rV des ides d'Avril (10 Avril.), l'empereur Albert est à Colmar et donne à Bernard de Wurmser l'investiture du village de Rordorff. — Schœpflin, Als. il., tom F, page 199.

Billing, 2^ sem. pag. 66, et Hunkler, pag. 155, disent la même chose.

Le diplôme est publié dans la Diplomatica, tom. Il, pag. 86.

Schœpflin dit, dans une note, qne le diplôme de Colmar fat le dernier de Tempereur Albert, assassiné, comme on sait, le !•' Mai, à Kœnigsfeld par son neveu. Cette remarque est infirmée par les régestes de Bœhmer, page 274, édit. de Frankfort^ et 250, idit. de Stuttgart, où nous trouvons signalé un diplôme daté de Bade (en An|[oyie) le 25 Avril, accordant les droits régaliens à Elisabeth, abbesse de Zurich. Le diplôme de Colmar serait donc TavantHlemier de cet empereur, si d'ailleurs de nouvelles moissons diplomatiques ne mettent pas au jour d^autres diplômes donnés dans le trajet de Colmar à Bade. L'évêque Jean i^ de Strasbourg voyageait avec l'empereur; U était donc avec lui à Colmar.

— Une dame du prénom de Richenza est enterrée dans Té- ^ glise des dominicains de CoUnar. — Billing, manuscrits

inid. de M. Ig. Chauffour.

La dame dont il s'agit, est Richensa de Rappolstien, comtesse de Hontfort. — Luck, annales, tom. I, fol. 81 verso.

— Frédéric de Hunenberg, schultheiss de Colmar, est remplacé par Jean de Thorgassen.

Ce nouveau schultheiss passe, avec Philippe, doyen du chapitre de St.-Hartin, un contrat par lequel la ville acquiert, du chapitre, une partie du cimetière. En échange de cette partie du cimetière, la ville donne au chapitre quatre bancs où l'on débite la viande dans la boucherie, rapportant un cens annuel de cinq florins. Le cimetière est converti en place publique et les ossements des morts sont déterrés. Ce contrat est signé Cuntzmann de Rust, Walther de Kaysersberg, Jacques Schedler, Jean Ritler, Wemer de Wittenheim, Burkard de St.-Dié, Henri Wollebe, Siffrid le vigneron, Hesso de Beblenheim, Pierre de Sundhoffen, Wildung, Gerhart de Kaysersberg, Erlewin, Walther Kusspfenning, Walther Thuring, Henri Hegelin, Valentin de Woffenheim, Heinrad Lu-

Gpogle

thold, Rodolphe Billinger et Jean Hegelin, tous maîtres boor* geois. — Hunkler^ op. cit.y pag. 77.

Nous D^aYons trouvé nulle part, ailleurs que dans Hunkler, trace de ce titre qui jette de la lumière sur deux faits de quelqu'importance pour rhistoire de Colmar : la conversion en place publique de remplacement qu'occupait le cimetière de la primitive église paroissiale et Paccumulation des ossements qui furent exhumés. Ce titre rectifie et complète quelques-unes des inductions que nous avons proposées, il y a dix à douze ans, dans une notice intitulée : Uossuaire de St.-Martin^ communiquée par nous au Courrier du Ba&'Rhin et tirée à part à un très-petit nombre d'exemplaires. U établit, d'une façon précise, que la place d'armes actuelle existe depuis 1308 ou 1309 et qu'une partie du cimetière de l'ancien bouiY Colum^ barium a été affectée à la voie pubUque de la ville naissante avant les événements dont il sera parlé en temps et lieu et qui nous ont servi de points de repère dans la notice précitée.

— L'assassinat d'Albert, par le parricide Jean, son neveu et pupille, fut suivi d'un interrègne de sept mois. Les électeurs s'étant rassemblés, le 27 Novembre 1308, à Frankfort, ils placèrent sur le trône impérial Henri VIT, de la maison de Luxembourg. — Grandidier^ ceuv. hist. inéd., tom. /F, pag. 87.

La présence à Colmar du nouvel empereur, en l'année 1309, est attestée par de nombreux diplômes datés de celte ville. Il y était du 25 au 27 Mars, venant de Landau et se rendant à Bâle par Brisach et Neubourg. C'est à Cohnar qu'il confirme, à ces deux dates, les privilèges des Premontrés, puis des bourgeois de Haguenau. Il y était encore du l^^f au 5 Avril, car, à cette dernière date, il donne un diplôme qui affranchit les Dominicaines d'Unterlinden de tout impôt et principale- "^^ ment de réquisitions en argent, chevaux et voitures ; de plus

il lear confirme les privilèges que Rodolphe leur avait accordés à Haguenau le 25 Février 1274, et étend ces mêmes privilèges à toute personne qui se réfugierait au dit couvent d'Unterlinden avec son bien, qu'elle prenne ou ne prenne pas rtiabit de Tordre. U y était de nouveau du 29 Octobre au 11 Novembre de la même année, venant de Frankfort et retournant à Cologne par Gengenbach et Offenbourg. Treize pièces diplomatiques, datées de Colmar et signalées par Boebmer, le constatent. Une seulement a rapport i Colmar : c'est un rescrit, daté du 9 Novembre, portant à la connaissance du schultheiss, du magistrat et des bourgeois de la ville qu'il renou- J0 velle sa protection en faveur des rdigieuses d'Unterlinden , et que le droit d'envoyer leur troupeau au pâturage communal, sous la conduite et la garde d'un pâtre particulier, doit être respecté, de même que la faculté de jouir des chemins, cours d'eau et pâturage, selon les coutumes et usages de la localité. V. Bœhmer^ reg. imp. Stuttgart^ 18U, pag. 271 et 272 ; puis addiiamentum secundo 1857^ pag. 415 et 416. — L'original est déposé aux archives du Haut-Rhin, où M. Frantz, chef de division à la préfecture, en a pris une copie que nous avons sous les yeux. ^

— Le 13 des calendes d'Octobre (19 Septembre) l'empereur

Henri VH est à Colmar ; il y signe un privilège en faveur du

•fl monastère de Ste-Walpurge, et y confère à l'abbaye dePairisle

droit de bourgeoisie à Cohnar. — Schcspfl. Als. illust. tom. h

Billing, 2^ sém., pag, 67^ parle en ces termes de la présence de cet empereur à Colmar : L'empereur Henri VII est à Colmar au mois de Septembre ; il donne des lettres de franchises au couvent de Ste-Walburge, et, six jours après, à l'abbaye de '^ Pairis le droit de bourgeoisie à Cohnar. — Hunkler, op. cti»»

pag, 156, rapporte le fait dans les mêmes termes, moins la date de six jours, que Billing précise.

Si Ton consulte l'Afea/m diplomalica de Schœpflin, on trouve, tom. Ilpag, 94, des lettres datées de Colmar, le 13 des calendes d'Octobre (19 Septembre), par lesquelles il institue deux foires annuelles à Haguenau, puis le diplôme du même jour par lequel il accorde au couvent de Sainte-Walpurge, situé dans la forêt de Haguenau, le droit perpétuel de glandage par cent vingt porcs dudit couvent; puis dans Wencker, Apparatus archivorum, pag, 188, un diplôme aussi daté de Colmar, le 12 des calendes d'Octobre (20 Septembre), par lequel il engage au comte de Linange, landvogt d'Alsace, pour 300 marcs d'argent, la même forêt de Haguenau ; enfin, dans Schœflin, loc. cit., pag. 95, l'analyse de lettres, publiées par Hugo, Monumenta sacrœ antiquitatis, pag. 290, également datées de Colmar, le 25 Septembre, par lesquelles il accorde à l'abbaye de Pairis, la jouissance à Colmar de droits semblables à ceux dont elle est en possession à Schlestadt, Brisach, Kaysersberg et Munster.

Schœpflin, Als. illusi., tom. V, pag. 199, et Billing après lui, 2^ sem., pag. 67, disent que Frédéric III est à Colmar en 1310 et qu'il y signe la confirmation du droit de bourgeoisie en cette ville, en faveur de l'abbaye (T Alspach (Clarisses). Il y a •^♦^ erreur de nom d'empereur : Frédéric III n'était pas encore arrivé au trône en 1310, Henri VII n'étant mort que le 15 Août 1313. L'erreur de Vlllustrata est d'ailleurs établie par les titres de la Diplomatica que nous avons cités plus haut, ouvrage que Billing n'a probablement pas toujours consulté pour écrire ses notices.

Voilà ce que nous trouvons dans nos ouvrages spéciaux concernant la présence de l'empereur Henri VII à Colmar en

1310. Les Régestes de Bœhmer vont nous fournir plus de détails et plus de précision.

Le /«f Avrils Henri VII est à Colmar où il renouvelle aux ^ Clarisses d'Alspach les privilèges que Rodolphe de Habsbourg leur avait accordés le 21 Septembre 1281. Henri venait de Nuremberg ; de Colmar il se rendit en Souabe, revint par Rheinfeld, s'arrêta à Kaysersberg d'où il se rendit à Spire. — Bœhmer, reg. împ., édit. de Stuttgart^ pag. 274.

Du iS au 25 Septembre de la même année, le même empereur est de nouveau à Colmar avec l'impératrice ; son fils Jean, roi de Bohême, et la reine Elisabeth, sa bru, l'y accompagnent; Conrad, de Weinsberg, s'y trouve également. Le premier soin de l'empereur Henri est d'écrire, le 13 Septembre, aux autorités et au peuple de Mantoue ; il les informe qu'il est en route pour gagner l'Italie en passant par Lausanne, et les prie de se préparer à le recevoir, assistés de leurs amis. Pendant son séjour à Colmar, Henri pourvoit à une quantité d'aflfaires générales ou d'intérêts particuliers. Nous ne mentionnerons que les résolutions qui se rapportent à l'Alsace.

Le 15 Septembre il permet aux bourgeois de Haguenau de tenir une foire annuelle qui durera quatorze jours à partir de la fête de l'exaltation de la Sainte-Croix (14 Septembre).

Le 19, il confirme aux mêmes bourgeois de Haguenau les privilèges, droits, libertés et grâces qu'ils tiennent de l'empire.

Le môme jour, il ajoute à ses faveurs pour Haguenau la tenue d'une seconde foire annuelle de quatorze jours, à partir de la fête de l'invention de la Sainte-Croix (3 Mai) ; puis il accorde au couvent de Sainte- Walpurge (situé dans la forêt de Haguenau) le droit de faire paître dans cette forêt cent-vingt porcs dudit couvent.

Le 20, il engage ladite forêt pour 600 marcs représentant la

valeur de 50 voitures de vin, frais de transport compris, que le comte de Linange, landvogt d'Alsace, livre à son fils Jean, roi de Bohême. — Cet acte étant consenti à Colmar, il^ est permis d'en conclure que le comte de Linange était avec la cour dans cette ville et que les 50 voitures de vin furent fournies par le vignoble de Colmar.

Le 21, le roi Jean et sa femme, la reine Elisabeth, prennent congé de l'empereur et de l'impératrice pour se rendre en Bohême et prendre possession du trône. Conrad de Weinsberg quitte Colmar en même temps et passe en Souabe pour y faire la guerre, à la tête des villes, au comte Eberhard de Wurtemberg.

Le 24, Henri VII était encore à Colmar; il permet à l'abbaye et à l'abbé de Pairis d'appeler les bourgeois, notamment ^ ceux de Colmar, devant le tribunal ecclésiastique et d'établir ses droits par le témoignage des religieux. — Le même jour, il place cette décision sous la sauvegarde du landvogt d'Alsace el du schultheiss de Colmar.

Enfin le 25, il ordonne aux villes de Schlestadt, Brisach, Kaysersberg et Munster, de recevoir au droit de bourgeoisie la même abbaye de Pairis.

De Colmar, Henri VII se met en route pour l'Italie : le 29 Septembre, il esta Berne, le 11 Octobre à Lausanne ; le 23, il passe les Alpes et, le 24, il arrive à Suze. — Yoy. Bœhmery reg. imp,, Stuttgart, pag. 282-284, et additamentum secundum, pag. 417.

— Les religieuses dominicaines, sous l'invocation de Sainte- Catherine, établies à Amm erschwir , obtiennent de l'empereur -^ Henri VII et de l'évêque de Bâle la permission de se transférer à Colmar. — Schœpftin, Aïs. il, tom, V, pag, 192,

Billing, l«f semestre^ pag, 276 et 2'oe sém pag, 405^ puis

Hankler, op. cit. pag. 2S0, disent la même chose. Le premier ajoute, pag. i76, qu'à dater de ce moment le périmètre de la ville prit une forme régulière, lorsque le boulevard des Cloches et la rue de l'Orme se furent formés peu à peu dans l'enceinte et le voisinage de la porte actuelle des Morts et la petite porte des Pelletiers donnant accès dans le fossé de la ville. Hunkler, pag. 2S0, ajoute que l'évêque de Bâle conflftna ce changement de résidence. Billing et Hunkler attribuent, par erreur, la permission à Henri VIII au lieu de Henri VIL

Voilà tout ce que nous avions pu apprendre, jusqu'il y a ^ quelques jours, sur l'établissement des Catherinettes à Colmar. Grâce à la république de Berne qui fait généreusement la plus grande partie des frais de la publication des Monuments de l'histoire de Vancien évéché de Bàle, nous sommes en mesure de donner plus de détails sur la fondation de cette maison religieuse qui, comme les autres, a joué un certa'm rôle dans l'histoire de Cohnar. Nous empruntons au tome Y, qui vient de paraître, l'extrait suivant :

— 7 Janvier.— Antoine, pHeurde Strasbourg, pour la prieure du couvent d'Unterlinden, de Colmar, et Emanuel, inquisiteur contre les hérétiques de la Lombardie supérieure, et Jo. Kappermeister, de l'ordre des Frères prêcheurs de Colmar, nommés arbitres, du consentement du R. P. Barnabe, prieur provincial de la Lombardie supérieure, vicaire général pour la province d'Allemagne, de vénérable frère Aymeric, maître de l'ordre, afin de vider le différend existant entre les sœurs j^ d'Unterl inden et celles de Sainte-Catherine, conviennent : que les sœurs de Sainte-Catherin e ne feront pas de sortie dans leur maison du côté d'Unterlinden; qu'elles ne pourront s'étendre et bâtir de ce côté ; qu'elles ne construiront pas d'église dans ce voisinage; que si elles bâtissent un dortoir, il n'y aura aucune fenêtre ayant jour du côté d'Unterlinden, et qu'il

leur est interdit de s'adresser à l'empereur ou tout autre prince pour avoir quelque bien appartenant au couvent d'Unterlinden. Les sœurs de Sainte-Catherine auront leur entrée principale vers la porte qui est appelée, porte de la prison {porta carceriS'Kerkerthor). Les deux couvents n'auront pas les mêmes confesseurs; on ne prêchera pas en même temps dans les deux maisons. Les sœurs de Sainte-Catherine prendront l'eau du ruisseau voisin, qu'elles amèneront dans leur couvent par un canal en pierre (de vinario illius de pfortgassen sitoprope fossetum). Si les sœurs de Sainte-Catherine transportent plus tard leur maison ailleurs, elles devront d'abord offrir leurs bâtiments au couvent d'Unterlinden pour un prix convenable. Les sœurs Itha, prieure d'Unterlinden, elHeilicka, prieure de Sainte-Catherine, acceptent cet arrangement. (Ori- ^^ ginal, coll. Zimberiin) . — Trouillat-Vaulrey, monum. deThist, de Vanc, évêché de Mie, tome F, page 685.

La transaction étant du 7 Janvier 1311, elle a probablement précédé la permission de Tempereur Henri VII, à laquelle Schœpflin, Billing et Hunkler font allusion; l'empereur ne l'aurait donc accordée qu'après l'apaisement de l'opposition du couvent d'Unterlinden à l'établissement des Catherinettes, à Colmar. Il est d'ailleurs inutile d'insister sur l'importance de ce titre pour l'histoire de Colmar; nous nous bornerons à arrêter un moment l'esprit du lecteur sur la question de topographie et d'hydrologie qu'il soulève.

Le vinarius dont il est parlé, nous semble n'être autre chose qu'un étang ou une mare qui existaitprès de l'ancien fossé delà ville et que l'ancien canal des moulins alimentait. Cette mare ou cet étang était la propriété des nobles de Nortgassen (de Rouffach, ayant droit de bourgeoisie à Colmar, y possédant des propriétés (voir page 75, 2^ partie), et dont un membre de cette famille, Guillaume, était alors chanoine de la collégiale

de Saint-Martin; car, c'est certainement Nortgassen au lien de Pfortgassen qu'il faut lire dans le titre qui fait parti de la col- ^ lection de M. Zimberlin. C'est à l'étang dont il s'agit que fat pratiquée, en 1311, la prise d'eau qui alimentait le ruisseau traversant le couvent des Catherinettes et qui a maintenant son origine à Bagaklley d où l'eau continue à couler à travers l'ancien couvent (l'hôpital militaire de nos jours) pour déboucher dans la rue Kléber. On a vu, jusqu'il y a douze à "quii^ze ans, ce ruiseau travei'ser le deuxième fossé des anciennes fortifications, par un aqueduc en l'air, remplacé aujourd'hui par une maçonnerie voûtée que le remblai déguise au nord de la scierie mécanique. A son débouché dans la rue Kléber, l'eau se divise à angle droit, en deux branches, dont celle du sud alimente les rigoles du haut de la rue des Clefs, celles de la rue des Boulangers, de la rue des Serruriers, de la rue des Marchands, de la rue des Juifs, d'une partie de la Grand'rue, et, en retour, de la rue Saint-Jean pour se confondre, au haut de la rue des Tanneurs avec le filet de la rue des Marchands et se jeter, à quelques pas de là, dans le canal qu'elle a quitté à Bagatelle. Si maintenant nous reprenons, au débouché dans la rue Kléber, la branche qui coule vers le nord, on la voit, à quelques pas du lieu de partage, s'engloutir dans un aqueduc souterrain pour regagner l'ancien fossé, en amont des bains du Canon d'Or, passer à angle droit sous le canal, la maison de bains et le rudiment de rue qui conduit de la porte des Bains à la route des Vosges, puis continuer sa course au fond de l'ancien fossé des fortifications jusqu'à la porte de Brisach, où elle traverse la route sous l'arche d'un ancien pont et continue vers le sud, toujours par l'ancien fossé connu sous le nom de Saur-Graben (fossé des porcs), pour se jeter dans le canal, en amont du moulin, l'ancienne Steigen, c'est-à-dire le heu où une écluse permettait à la petite batellerie de des-

cendre de la ville dans mi, par la Lauch, et de remonter en ville par la même voie.

Le titre qui noas donne la date de cette prise d'eau, utilisée de notre temps encore pour Tassainissement des rues, a été tiré de l'oubli, sauvé de la destruction peut-être, par M. Zim- ^ berlin, curé à Biedertha l. Nous lui devons un témoignage de reconnaissance que noms nous plaisons à lui exprimer au nom des amis de Phistoire de la ville de Colmar.

— 5 Mars. — Frère Angélus Gradensis patriarcha^ Nicolas Bosanus, Petrus Doliensis, fr. Guillaume Cunaviensis, François Asculensis, Jacques Bisaciensis, fr. Aymo Elenensis, fr. Daniel Arthanensis, fr. Guido civitaiis sancti Joannis et Benedictus Suacinensis, évêques, accordent 40 jours d'indulgences à ceux qui visiteront, à certaines fêtes, Téglise de Sainte-Catherine de Colmar. — Dainm Vienne.

— Par une lettre datée de Bienne, du 3 Avril, Gérard de Wippingen (Wippens), évêque de Bâle, accorde la même faveur aux visiteurs de la dite église. (Original, collection Zim- -f^ berlin. ) — Trouillat-Vautreyy op. cit., tome F, page 685.

Ainsi, l'engagement imposé en 1311 par le couvent d'Unterlinden aux Catherinettes de ne point bâtir d'église du côté d'Unterlinden, c'est-à-dire au nord de l'établissement des Catherinettes, n'impliquait pas la défense d'en construire à l'une ou l'autre extrémité du domaine de ces dernières, puisque l'année suivante l'évêque du diocèse, le patriarche de Grado, en Frioul, l'évêque de Bosa, en Sardaigne, l'évêque de Dolias, en Sardaigne, celui de Cuneo, en Frioul, celui d'Ascali dans la marche d'Ancône ; celui de Bysacia, dans le royaume de Naples ; celui d'Elne, en Roussillon, devenu l'évêché de Perpignan ; celui de Soana, en Toscane, et deux au-

très dont nous ne parvenons pas à déterminer le siège, accordent des lettres d'indulgences pour la construction de Téglise j^ des Catherinet tgs, probablement au sud de Penclos, c'est-àdire à remplacement qu'occupe encore aujourd'hui l'église plus moderne surmontée du clocheton le plus élégant des anciens édifices religieux de Colmar.

L'empereur Henri VII signe, le 14 Mars, à Pise, un diplôme qui élève Turckheim au rang de ville, lui permet de s'entourer de murs et de fossés, et lui accorde les libertés et privilèges dont la ville de Colmar est en jouissance. Le même diplôme établit quatre marchés par an dans celte ville. -— Schœpflin, Als. dipLj tome ?, page 99,

jfi — Le 3 Juin, Gérard de Wippens, évêque de Bâle, accorde aux religieuses de Sainte-Catherine d'Ammerschwir la permission de s'établir à Colmar et d'y construire une église. — rrottiHa(-Fatifrey, op. cit., page 151.

La charte se fonde sur la permission de l'empereur Henri VU, qui était déjà obtenue le 3 Juin ; la permission de l'évoque est donnée en considération de Marguerite, mère du roi des Romains, et à la prière du Frère Jean de Tirsberg. D'ailleurs, les Catherineltes avaient, à cette date, déjà commencé à prendre possession de leurs maisons; in quas cepistis manendiy dit l'évéque de Bâle.

— Tous les fléaux du ciel désolaient l'Alsace. Il semblait que, irrité de la corruption qui infectait les mœurs, il voulût venger le genre humain dans un second déluge : des pluies continuelles, accompagnées de vents impétueux, inondèrent la erre pendant quatre mois. Les fleuves débordèrent, les moissons périrent sur pied, les vignes coulèrent, ce qui causa une si grande cherté de vivres que les pauvres, exténués par la

faim, tombaient morts au milieu des rues et ne trouvaient aucun secours.

.... Une furieuse peste et une horrible famine causèrent une affreuse misère ... La famine augmenta la mortalité ; elle devint si grande du côté de Colmar que la chronique de Jean de Winterthur, Aptid Eccardum^ tùm. 1, pig, 1787^ auteur contemporain, assure que, dans quatre fossés qu^on fit hors de cette ville, on enterra 13,600 personnes. — Grandidier^ œuv. hist. inéd, tom. lY, pag. iOO-iOi.

— La peste enleva beaucoup de monde en Alsace. La famine suivit de près la peste. Les campagnes étant demeurées incultes, les peuples de la Lorraine vinrent en Alsace chercher du soulagement à leur misère ; mais la mortalité était si grande du côté de Colmar que, dans quatre fossés ouverts hors de cette ville, on enterra 13,600 personnes. — Laguille^ Histoire de la province d'Alsace, tom. J, pag, 271-272.

Quel que soit le crédit que Ton doive accorder à la relation d'un contemporain, il ne nous semble pas possible d'admettre le nombre des victimes de la peste qui est accusé pour Colmar, môme en y comprenant les villages les plus rapprochés. Il est douteux, en effet, que 13,600 personnes, entassées dans des maisons à simple, double ou triple projection sur la voie publique, à partir du l^'^ au 3^ étage, auraient pu trouver un abri dans l'étroite enceinte d'alors. Que la peste ait causé de grands ravages, cela n'est pas douteux ; mais il y a certainement exagération dans le nombre accusé pour Colmar, Treize mille cadavres enterrés dans quatre fosses communes auraient laissé des souvenirs dont on retrouverait la trace, soit dans la tradition, soit sous le sol ; or les souvenirs et les bouleversements du sol ne fournissent aucune preuve d'une mortalité aussi considérable. Mais nous avons une autre raison à présenter. On verra que quelques années après la lugubre année

de la peste, la première enceinte de Colmar n'est plus assez grande pour renfermer la population et qu'une nouvelle ville se forme dans le voisinage des Dominicaines d'Unterlinden et des Franciscaines de Sainte-Catherine. II n'est donc pas admissible que si la mortalité de 1313 avait eu les proportions que le chroniqueur lui attribue, la peste aurait été plus que réparée deux ou trois ans après.

Hunker, op. aï., pojf. /5/, dit, en rappelant la peste de 1313, que les Franciscains portèrent des secours aux pestiférés dans les maisons de la ville et que plusieurs périrent viotimes de leur dévouement. — Ni Schœpflin, ni Billing, ni Fauteur de la notice du Mui^ée pittoresque ne font mention dé cette circonstance. Hunkler n'indiquant pas l'autorité sur laquelle il base son indication, on peut penser qu'il a déduit le dévouement de 1313, du dévouement des mêmes Franciscains en 1541 et de la cruelle épreuve à laquelle on les verra soumis.

— Vingt évéques sollicitent de nouvelles offrandes des fidèles pour achever l'église de Saint-Martin et pourvoir à l'ornementation nécessaire. On a ainsi mis plus de cinquante ans à construire ladite église. — Hunkler, op. cit.^ pag. 168,

Le Musée pittoresque^ pag. 118^ fait aussi mention de nouvelles lettres d'indulgences pour la construction de cet édifice.

Billing, /««" sém. pag. 354^ pense que la peste qui enleva 13,600 personnes à Colmar, fut cause de l'interruption, à la hauteur de huit étages, de la deuxième tour de l'église Saint- Martin.

— Frédéric de Wangen était schultheiss de Colmar en cette année, car Henri VII lui recommande l'abbaye d'Andlau. — Schœpflin, Aïs, illust , ton. F, pag. 200; Billing ^ sém., pag. 82 et Hunkler, pag. 77.

Cela est en effet constaté par le diplôme que cet empereur signa, avant le i4 Août, au palais impérial de Florence. Le diplôme met sous la protection de Frédéric de Wangen, schultheiss de Colmar, Tabbaye d'Andlau à laquelle on contestait la possession 'd'un terrain communal (Allemende).— -iib. diplâm. tom. II, pag. i06.

La double élection de Louis IV de Bavière et de Frédéricle-Beau renouvela les mauvais jours du grand interrègne.» Colmar, dès le premier moment, se prononça pour Frédéric, le petit-fils de Rodolphe. Le 20 Mars, Frédéric confirma les privilèges de la ville et lui accorda, à perpétuité, le produit de i'Umgeld (gabelle sur les vins.) Il l'exempta pour deux ans de tout tribut à l'empire. Frédéric séjourna plusieurs jours à Colmar. — Musée pittoresque de RothmMller, pag. 125.

Les faits locaux que relate cet extrait sont, comme on le verra, fixés à l'année 1315 par les livres antérieurs à la Notice. Nous avons dû néanmoins les rapporter à la date de 1314, parce que l'auteur nous paraît avoir puisé aux archives de la ville pour fixer à cette date la décision de Colmar en faveur de l'élection de Frédéric. Quant à la double élection, nous ajouterons quelques mots qui permettront au lecteur de se rendre compte des motifs qu'avait la ville d'épouser la cause de Frédéric III, plutôt que celle de Louis de Bavière.

Henri VII étant mort en Italie, le 15 Août 1313, de la main d'un Dominicain qui l'empoisonna au moyen d'une hostie consacrée, le duc d'Autriche, Frédéric, surnommé le Bel, fils de l'empereur Albert, fut élu près de Francfort par quatre électeurs : L'archevêque de Cologne, le comte Palatin, le duc de Saxe et le duc de Bavière. Quatre autres électeurs, l'archevêque de Mayence et celui de Trêves, Jean, roi de Bohême et

le marquis de Brandebourg donnaient en même temps leurs suffrages à Louis de Bavière.

L'évêque de Strasbourg, Jean I»»", qui avait succédé à Frédéric de Lichtenberg, mort le 21 Décembre 1306, ^vait beaucoup contribué à l'élection de Frédéric-le-Bel, fils de l'empereur Albert, dont Jean avait été le chancelier lorsqu'il était évoque d'Aichstett, et le demeura lorsqu'il devint évoque de Strasbourg. Il était naturel qu'après la mort de Henri VII, arrivée le 15 Août 1313, l'évêque Jean cherchât à faire placer * la couronne sur la tête du fils d'Albert, le duc Frédéric, petitfils de Rodolphe de Habsbourg, à la maison duquel Colmaf était également dévoué. En se prononçant pour Frédéric-le- Bel, la ville de Colmar restait fidèle à la cause, sinon à la politique, que les deux Rœsseimann lui avaient fait épouser et pour le succès de laquelle les bourgeois avaient payé de leurs personnes et de leurs fortunes. C'est par ce côté que l'histoire de l'ancienne ville libre continue à se rattacher étroitement à l'histoire de l'empire.

— Le schultheiss de Colmar en cette année s'appelle Jean ; il figure dans un privilège de Frédéric-le-Beau. — Schœfflin, Als. illustr., tom. V^pag, 200.

Billing, ^e sém. pag. 82, et Hunkler, pag, 77, disent la môme chose. Nous n'avons pu découvrir le nom de famille de ce schultheiss, mais le diplôme auquel il est fait allusion, se trouve dans la Diplomalica, tom. II, pag. 112. Jean, schultheiss, y est associé à Conrad de Wittenheim, et par une hardiesse de traduction ou d'interprétation on pourrait inférer que ce schultheiss était Jean de Wittenheim.

jy>. — Le 1er Mars, Gérard de Wippens, évêque de Bâle, approuve le règlement du chapitre de Saint-Martin, pour la célé-

bration da service religieux aux différents autels de cette église. Trouillat, tom. III, pag. 213.

II s'agit de Tordre dans lequel la messe sera dite aux différentes chapelles de la collégiale. Comme Téglise n'était alors pas encore dans les conditions ou elle se trouve aujourd'hui, il importe de retenir, selon l'ordre réglé pour la célébration du service religieux, le nombre et la dédicace des autels qui existaient, ce sont: ceux de St.-Jacques, de St.-Michel, de St.-Léonard, deSt.-Laurenl,dela Vierge, de St.-Jean-Baptiste, de St.-Oswald, deSt.-Erhard et de St.-Antoine, soit en tout, wtre le maître-autel de St.-Martin, dix autels, dont le nombre sera augmenté et la dédicace de quelques-uns changée, lorsque l'église aura reçu son complément de construction.

— Le même jour, le même évoque de Bâle ratifie une décision du chapitre qui affecte les revenus des prébendes vacantes, pendant deux années, à la reconstruction du cœur de la collégiale de St.-Martin, et pendant une année à son ornementation et à ses besoins ordinaires. — Ibidem, pag. 216-218.

Le texte constate que les chanoines ont été unanimes à proposer cette mesure ; que le chœur, en raison de sa vétusté menace de s'écrouler et met en péril la vie des officiants et celle des nombreux fidèles qui assistent chaque jour aux offices; qu'il n'est, d'ailleurs, plus en rapport avec le reste de l'église, d'où l'inévitable nécessité de le démolir et de pourvoir à la construction d'un nouveau chœur au moyen des sacrifices que le chapitre veut s'imposer.

Ainsi, le chœur qui tombait en ruine en 1315 et qui ne cadrait plus avec le transept, la nef, le portail et la tour que l'on a vus arriver à leur achèvement en 1313, était la dernière partie existante de la première église paroissiale de St.-Martin et à laquelle il a été fait allusion aux années 1220 et 1245, pages Si et 41 de cette chronique. Lorsque ce chœur aura disparu,

il ne restera donc plus de vestiges dePéglise paroissiale de Tancien village, puis de Tancien boorg de Columbarium.

La notice do Musée pittoresque relate en ces termes, page 118, la détermination de ce chapitre : « Le cliapitre, trouvant « que le^chœur déforme la splendeur de toute Téglise et me- • nace, par sa vétusté, la vie des officiants, affecte à sa recon- « struction, pendant trois ans, les revenus de toutes les pré- « bendes qui viendront à vaquer, i

— Frédéric III accorde à la ville de Colmar le droit de perception d^une gabelle sur les vins (umgelt) et la remise, pendant deux années, de toute imposition envers l'empire. Le but de ces faveurs était de lui permettre d'acquitter les dettes qu'elle^avait contractées pour le service de l'empire. — Schœpf- Kn, Als. tl., tom. F, pag. 196.

Billing, 2^^ sém.y pag. 35-36, dit la même chose, de même que|Hunkler, op. cit. pag. 49; mais ce dernier ajoute, page 156, que la présence de Frédéric à Colmar est attestée par des diplômes, datés de cette ville, en faveur de l'abbaye d'Alspach, des villes de Colmar et de Turckheim.

Si, au lieu de s'en tenir aux indications qui précèdent on a recours aux sources, voici en résumé ce que l'on établit avec certitude :

lo Le 20 Mars 1315, Frédéric-le-Bel est à Stattmatten, près de Bischwiller ; il y donne, en effet, un diplôme qui confirme à la ville de Colmar tous les privilèges, libertés, droits, usages et coutumes concédés ou confirmés par ses prédécesseurs; lui accorde la gabelle sur les vins (umgeli) et l'exempte de tout impôt envers l'empire pendant deux ans. Ces faveurs sont accordées en considération de la fidélité éprouvée de la ville à la maison de Habsbourg et de son empressement à reconnaître Frédéric comme empereur. Que si ces libéralités laissent encore quelque chose à désirer aux vaillants schultheiss

de Colmar, Jean et à Conrad de Wittenheim, Tempereur s'engage à les compléter selon leurs conseils et leurs désirs. — Diplomatica^ iom, II, pag. H2.

2o Le 22 Mars, Frédéric signa à Colmar un diplôme par lequel il prend sous la protection de l'empire le doyen el le chapitre de Saint-Martin, en considération de sa fidélité et de son empressement à le reconnaître comme empereur. — Trouillat, tome III, page 218.

3° n faut admettre que de Colmar Frédéric est retourné à Schlestadt, car il y donne, à la date du 28 Mars, un diplôme qui abandonne le terrain de l'ancien château de Rymberg de Landau pour y construire un couvent de femmes. — Schœpflin diplomaticay tome II, page 112-113, — Le même jour, il y donne encore deux autres diplômes par lesquels il promet aux habitants de ne jamais engager ni aliéner ladite ville de Landau, et leur confirme leurs libertés, droits et coutumes. — - Bœhmer, regesta imperii; addilamenium terlium, page 382.

4° Le même jour, c'est-à-dire le 28 Mars, il revient à Col- ^ mar, où il décide, par un diplôme daté de cette ville, qu'à la mort d'un empereur la défense du château impérial de Brissach (vieux) incombe au magistrat de cette ville. — Ibidem, diaprés Rossmann, page 467.

5° Le 29 Mars, Frédéric donne deux diplômes, datés de Colmar, qui ont pour objet d'exempter de tout tribut à l'empire, pendant deux ans, les villes de Kaysersberg et de Turckheim. Relativement à Kaysersberg, la faveur est accordée en considération de son empressement à reconnaître le nouvel empereur, et en ce qui concerne Turckheim, elle a pour but de favoriser l'établissement de ses fortifications. — Schœpflin, diplomatica, tome II, page 113.

Le même jour, 29 mars, il confirme à la ville de Rheinfeld tous les droits, libertés, privilèges et usages qui lui ont été

concédés par ses prédécesseurs. — Kopp, Geschichtsblœtier. tome II y page 16.

60 Le 30 Mars, il donne son consentement, daté de Colmar, au rachat, par Egelolf de Bathsamhausen, du village de Kintzheim (près Scblestadt), appartenant aux nobles d'Andiau^ Henri et Rodolphe^ et à Stehelin et Albert de Kagen. ~ BœUmer y reg, imp., additam. secundumj page SS1.

7® Le 31 Mars, Frédéric était encore à Colmar, car il y donne un diplôme par lequel il place sous la protection da landvogt d'Alsace, du schultheiss, du sénat et des bourgeois de Colmar, de toutes les forces militaires et des bourgeois de Kaisersberg, de Kientzheim et de Sigolsheim, le monastère d'Alspach, de Pordre des sœurs de Sainte-Claire, afin qu'il leur soit donné appui et protection en toute chose et toutes les fois que les religieuses le requerront. — Diploniatica, tome Ily page iiS,

Ainsi, Frédéric était à Colmar les 22, 28, 29, 30 et 31 Mars, puisque les diplômes dont il vient d'être parlé, sont datés de cette ville. Si ce n'est pas en 1314, comme le dit la notice du Musée pittoresque, mais en 1315 que Colmar fut gratifié de YUmgelt et exempté de tribut à l'emph^e pendant deux ans, i\ ne demeure pas moins constant que dès l'année 1314, année de l'élection, Colmar se prononça pour le petit-fils de Rodolphe de Habsbourg et non pour Louis de Bavière, car le diplôme est donné en témoignage de reconnaissance pour sa fidélité à la maison de Habsbourg.

On verra qu'il y avait néanmoins à Colmar un parti puissant opposé aux a strenuis viris >, le schultheiss Jean et Conrad de Wittenheim , en considération desquels Frédéric délivre, le 20 Mars, à Stattmatten, le diplôme dont il a été question, en faveur de Colmar. Ce parti opposant saisira la première occasion pour s'emparer du pouvoir dans la ville et l'exercer au

profit de Louis de Bavière, rival de Frédéric. Colmar entre dans une période de longues et violentes agitations. Les Rouges et les Noirs^ présentés par presque tous nos auteurs comme un fait purement local, sont au contraire la manifestation particulière d^un fait commun à tout Tempire. On le voit poindre dans le diplôme signé en faveur de Colmar à Stattmatten, le 20 Mars, et délivré aux « strenuis viris », le schultheiss Jean et Conrad de Wittenheim, venus sans doute à la rencontre de Frédéric, et obtenant de lui les grâces qu'ils rapportent et qui pourront être amplifiées selon leurs désirs et leurs conseils. Dès ce moment on verra les deux partis à l'œuvre, et pour bien fixer l'attention du lecteur sur le sens politique des événements qui vont suivre, il suffit de retenir que les Rouges sont les partisans de la maispn de Habsbourg ou des ducs d'Autriche, et les Noirs ceux de la maison de Bavière ou du neveu des Habsbourg ; comme qui dirait, dans le langage de nos jours, la branche aînée et la branche cadette. A plus de cinq siècles de distance il n'y a donc de changé que le nom et la couleur.

Pour compléter cette observation préliminaire, il est bon de remarquer de suite que la division pénètre seulement la classe nombreuse des nobles de Colmar, y compris quelques bourgeois riches affiliés aux clubs dont on fera connaissance ; que la classe des artisans ou plébéienne y est étrangère, et que, pendant de longues années encore, elle servira de matière expérimentale aux évolutions ayant pour but de faire passer d'une main dans l'autre, avec les fonctions, les avantages qui en résultent. Cela dit, continuons notre exploration.

— La présence de Frédéric III à Colmar, le 29 Mai de cette année, est attestée par le diplôme de confirmation des libertés de la ville de Mulhouse. — Jakob-Heinrich Pétri, der Stadt Mulhausen Geschichten^ pag. 64,

Le 21 Mai il était à Bâle, et Pétri annonce qu'après le

29 Mai il y retourna. Mulhouse Pavait sans doute sollicité, à

son passage de Bâle à Colmar, pour obtenir la confirmation,

qu'il donna le 29 Mai.— Voyez aussi Bœhmer^ reg. imp,y addi-

tam. tert., pag. 383»

Yf — Les Augustins s'établissent à Colmar par la protection de Frédéric-le-Beau, qui sollicita pour eux la permission près du Schultheiss et du Sénat. Les religieux sont obligés de s'engager, par écrit, à respecter les privilèges des citoyens et surtout à ne jamais traduire les bourgeois devant des juges étrangers. — Schœpflin, Als. illusl,^ tom. 7, pag. i9i.

L'engagement auquel il est fait allusion, est publié dans la Dipîomatica, tom. Ily pag. iil-iiS. Il porte la date du 2 Janvier et il est donné par le Frère Wernher, prieur de la province de Rhin et Souabe. La date de ce titre prouve que Frédéric est intervenu auprès du magistrat de Colmar dès l'année précédente, c'est-à-dire en 1315, probablement pendant son séjour au mois de Mai.

Billing, /«' sémestrej pag. 404, et Hunkler, pag. 105, font ^ mention, dans les mêmes termes que Schœpflin, de l'établissement des Augustins à Colmar. Le dernier ajoute cependant, nous ignorons sur quelle autorité, que, dès leur installation, ils ouvrent des écoles où sont reçus les enfants de la ville.

— Le 19 Mars, le chapitre de Saint-Martin donne aux Augiis- ^ tins l a permission de bâtir un cloître et une église sur le terrain qu'ils ont acheté, sous la réserve de tous les droits de la collégiale. — Trouillat-VaiUrey, tom. F, Fouillé, pag. 87.

Le titre dont l'indication précède est publié dans le tom. III de Trouillat, pag. 231-233. Il est utile d'en retenir ici les principales clauses pour donner au lecteur, qui ne peut recourir au texte, une idée des précautions que le chapitre jugeait

prudent de stipuler lorsqu'il s'agissait de rétablissement d'une nouvelle maison religieuse dans les murs de la cité.

Le chapitre de Saint-Martin donne son consentement à Téta- J^ blissement des Augustins d ans la paroisse ; à la construction d'un cloître pour s'y loger, d'une église avec campanile et usage de la cloche ; à la libre jouissance, selon les constitutions pontificales, de l'établissement où ils pourront officier et tenir des sermons publics aux heures habituelles, à la condi* tion toutefois qu'aux jours de fêtes solennelles le service et les sermons se fassent à d'autres heures qu'à la collégiale, à moins qu'au préalable le consentement du chapitre n'ait été obtenu. Les Augustins pourront enterrer dans leur cimetière ceux qui l'auront désiré, administrer celui qui voudra l'être par eux, recevoir les dons qui leur seront faits, d'après les constitutions du Saint-Siège et comme jouissent de cette faculté les autres religieux mendiants, les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs de la ville. Afin d'éviter toute contestation entre le chapitre et les Augustins, il leur est interdit d'inhumer dans leur cimetière aucun mort de la paroisse, alors même qu'il en aurait témoigné le désir durant sa vie, avant que le corps n'ait été d'abord transporté à l'église paroissiale et que l'office des morts n'y ait été célébré à son intention. La cérémonie étant accomplie, il sera loisible aux Augustins de faire transporter le corps à leur cimetière et de l'y enterrer.

On sait que le couvent des Augustins et se& dépendances occupaient l'emplacement de la prison actuelle,' en face du tribunal civil et contigu, à l'est, au palais de la cour impériale. Il y a aux archives de la préfecture un dossier volumineux qui se rapporte à la construction de la façade dudit palais et à l'appropriation des constructions antérieures. Ce dossier renferme un plan de l'ancien couvent et de ses dépendances, ainsi que du chœur de l'église qui occupait la place

affectée à It petite cour donnanl accès au palais par le c6té ouest du bâtiment principal.

— 18 Mai. Pierre, prévôt, Otton, doyen, et le chapitre de Saint-Martin de Colmar aolorisent les sœnrs du couvent dé Sainte-Gatberine, établies à Ainmerschwir, à transférer leur résidence à Colmar. Ils leur imposent les conditions relatées dans un acte du même genre et de la même année concernant rétablissement des Augustins à Colmar. L'original de cette Jh pièce fait partie de la collection de M. Zimberlin, curé à Biederlhal. — TràuiUai-Vauirey^ totn. V, pag. 687.

Le titre auquel cette notice renvoie, est celui qui concerne rétablissement des Augustins et dont l'analyse précède.

^- Les habitants de la commanderie de Saint-Jean se plai^ gnaient depuis longtemps du voisinage du cimetière de l'hôpital dont les émanations étaient nuisibles à la salubrité de la commanderie ainsi qu'à celle de la ville. La veille du dimanche des Rameaux (11 Avril), le magistrat frappa d'interdit le cimetière de l'hôpital et désigna une parcelle de communal pour en établir un nouveau, que la commanderie ceignit de murs à ses frais et fit bénir. Toutefois, il fut réservé que les frères et les sœurs de l'hôpital décédés continueraient à être enterrés dans l'intérieur de la chapelle. — X. Mossmantij Revue d'Akace, année i85i, pag. 241.

Le texte de la décision du magistrat est publié par M« Mossmann, loc. cit. pag. 241-242. Nous en retenons un paragraphe qui est le seultitrecertain, connu jusqu'à présent, attestant le premier agrandissement de la ville Le magistrat, accueillant les plaintes de la commanderie, lui avait assigné une parcelle des communaux, le Ao/*5^a(, que la commanderie avait entourée de tours et bénie à ses frais pour servir de nouveau cimetière :

p Die wir dar su m bescheiden hm m4 gegeben von vrtserre almendey vnde ist die bofstat gelegen hindèr dem nvum tume vs$ewendig vnserre alten ringmurenj zwmbent den zwein • graben în der nvwm stat, vnde etozet vf der frowelinh vnde heizet der Keipacker, Cest-à^dire ; nous distrayons dm communaux, pour servir à Pétablissemepi du nouveau cimi^ti^re» la oour de la ville, qui s'appelle la voierie^ située derrière la nouvelle tour, auH]elà de notre ancien mur d'ieaceinte, ^* Ire les àem. fossés, dans la nouvëuib ville.

Ainsi, à Tépoque où nous sommes, il s'était eonistrait, en dehors du premier mur d'eneeinie et dans un quartier h dér terminer, un nombre assez considérable de maisons pour avoir décidé le magistrat à les enfermer par un agrandissement de la première fortification et dont une tour, tout au moins, existait en 4317 ; de plus, le périmètre qu'occupaient les maisons dont il s'agit était assez important pour que, dans un acte public, il fiit désigné sous le nom de nouvelle ville. Ce fait étant acquis, il importe d'examiner, aussi brièvemeat que possible, quelle est la partie dé la ville actuelle qui constitua le premier agrandissement en question.

On a vu qu'en 1311 les Catherinettes d'Ammerschwihr >^ avaient obtenu la permission de se transférer à Colmar ; on a vu qu'en 1312 elles occupaient déjà les maisons, les bâtiments [areas in quas ceperunt manendi) est-il dit dans la charte de l'évêque de Bâle, Gérard de Wippens, du 3 Juin. Ces bâtiments préexistaient indubitablement et d'autres aussi, en retour vers la porta carceris (kerkerthor) du titre du 7 Janvier 1311, delà collection de M. Zimberlin. Ces points de départ -4^ sont certains, et l'on ne peut chercher l'agrandissement qu'au nord de la première enceinte, c'est-à-dire en contournant le clos d'Unterlinden pour revenir vers le couvent des Franciscains, l'hôpital civil actuel ; en enclavant la place SainterAnoe

et la plus grande partie de la rue de POrme. La nouvelle tour dont il est question dans Tinterait du magistrat, ainsi que le hofstat qui s'appelait la voierie et qui fut converti en cimetière pour Tenterrement des pauvres et des étrangers morts à Pbôpital, doivent, à notre avis et jusqu'à preuves contraires^ être cherchés : la tour à la porte actuelle des bains, et le nouveau cimetière (Keipacker) entre les deux fossés, dans le voisinage de la place du quartier de cavalerie, c'est-à-dire dans le voisinage du cimetière Sainte-Anne, que l'on verra tantôt apparaître ; car, en présence des indications certaines qui nous guident, il nous parait impossible de èonfondre le Keipicker de 1317, avec le point opposé de la ville qui porte encore de nos jours le nom de Keib-Gfûbelein. Ajoutons encore, d'après une remarque qui nous a été faite, que de tout temps le bourreau, qui était également l'équarrisseur au moyen-âge, païaît avoir habité le voisinage de la porte des bains que l'on appeJle encore aujourd'hui aussi la porte du bourreau, et que dès lors il paraît vraisemblable que la voierie ait été, au XIV"»*^ siècle, rapprochée de son habitation.

Notre définition du premier agrandissement appelé nouvelle ville, par le magistrat dans le titre qui nous occupe, ne paraîtra, pensons-nous, improbable à personne, lorsque nous aurons rappelé que, déjà en 1278, il existait, au nord du couvent des Dominicains, soit au quartier de la Sinu et de la rue du Rempart, une agglomération d'habitations désignée, dans les reversâtes de Herman de Minde, comme formant alors un Viculum, un hameau ou plutôt un faubourg. Voy, pag. 72 de la 2^^ partie de cette Chronique, Jioire opinion sera corroborée, pour le lecteur attentif, s'il veut bien jeter un coup d'œil sur nos Enseignes de Colmary publiées en 1858 ; il y trouvera, en effet, la preuve de l'existence, au XIV"»^ siècle, de presque toutes les rues qu'embrasse le périmètre de ce premier agran-

dissement^ auquel nous appliquons une teinte spéciale sur le plan qui sera publié lorsque nous arriverons à la période française.

— Louis de Bavière est à Colmar où, comme le dit une € chronique manipcrite, le puissant Pierre de Sundhoffen € l'héberge avec toute sa suite pendant un jour et une nuit. € Pierre était alors un des stettmestres de Colmar. Le roiTin- € stitua schultbeiss. Cela porta ombrage à d'autres familles € nobles et Pierre ne conserva la charge de schultbeiss que € pendant trois ans. » — Billing, 2^ sém., pag. 67.

Hunkler, pag. 77 et 156^ fait également mention de la présence de Louis de Bavière à Colmar et de l'institution de Pierre de Sundhoffen comme schultbeiss de Louis de Bavière. Hunkler, qui est beaucoup moins explicite que Billing, nous paraît de toute vraisemblance ne constater le fait que d'après la relation de ce dernier. Or, la présence de Louis à Colmar en 1317 est un fait nouveau pour ceux qui ont écrit l'histoire de la province. Laguille et Schœpflin n'en font pas mention. Grandidier dit au contraire que Louis ne vint en Alsace qu'en 1320. — ÛBwt?. his. inéd. tom. IV, pag. 92.

Grandidier commet une erreur : il a peut-être voulu dire 1330. Dans tous les cas l'éditeur aurait pu rectifier le manuscrit, si d'ailleurs il fut entré dans son programme de contrôler l'auteur et d'annoter son œuvre.

On ne trouve dans nos recueils diplomatiques aucune preuve de la présence de Louis de Bavière en 1317. Cependant il s'en est approché plusieurs fois. Le 5 Janvier il était à Schafhouse, le 10 Mars à Offenbourg, le 22 Mai à Heidelberg, le 26 Juillet à Worms, le 29 Août à Landshut, du 1®' au 10 Décembre de nouveau à Heidelberg, et le 13 à Oppenheim. — Voy. les rég. imp. de Bœhmer, pag. 170-71 et additam. terl., pag. 351-52.

Bien que Billing n'indique pas l'origine de la chronique manu-

sente à laquelle il emprunte le fait, on ne doit pas moins admettre rautbçnticité de sa citation. Dès lors, il en résulte que Colmar, soumis dès 1314 à l'autorité de Frédéric-le-Beau, aurait été arraché à cette autorité trois ans après, c'est-à-tiire en 1317, pour être placé sous celle de Loiis de Bavière. Le schultheiss Jean (de Wittenbeim ?), auquel Frédéric avait accordé de si grandes faveurs pour Colmar en 1314, aurait donc été remplacé, en 1317, par Pierre de Sundhoffen et Colmar acquis au parti de Louis aussi longtemps que Pierre serait de^ meure son schultheiss. Il importe de retenir le mécontentement que signale le chroniqueur à Toccasion de ce changement de schultheiss. C'est, à ne pas s'y tromper, une allusion directe aux Rouges et aux Noirs. Avec Pierre de Sundhoffen, les Noirs arrivent, les Rouges s'en vont mécontents, leur tour reviendra,

— Le 12 Mars, Frédéric-le-Beau est à Offenbourg. Il alloue à Othon d'Ochsenstein, son oncle et son landvogt, 300 marcs d'argent à prélever par moitié sur la monnaie de Brisach et sur les juifs de Colmar. Cette allocation est faite par Frédéric pour récompenser Othon des services qu'il lui a rendus. — Bœhmer, reg. imp.^ additam, secund.^pag. SS2.

— La présence de Frédéric à Colmar, le 29 Mars, est encore attestée par un diplôme, daté de cette ville, ayant pour objet d'exempter Rheinfeld de tout tribut à l'empire pendant dix-huit mois. — Ibidem, addit, lert., pag. 384, d'après Kopp, Geschichtsbl, 2,i7.

— L'auteur de la notice du Musée pittoresque trouve aux archives de Colmar des traces de nouvelles lettres d'indulgences pour la construction de l'église de Saint-Martiu. Cette date de 1317, qui est la dernière qu'il rencontre, « indiqueraitelle rachèvem^ent du transept, de la nef, du portail et même

des tours? > C'est ce que Fauteur n'oserait affinn6r,~ Iftis^, pag. fis.

On a vu que, dès 1315, la construction du chœur actuel afait été résolue pour remplacer 'Pancien qui tombait en raines. Il est donc probable que le chapitre ne prit Tinitiative de la démolition de l'ancien chœur et de la construction du nouveau qu'après l'achèvement des autres parties de l'édifice, et que les lettres d'indulgences de 1317 devaient concourir, avec les ressources provenant des prébendes vacante^, à la con^ruclion du chœur qui existe et qui est ainsi la partie la plus récente de l'église, si l'on excepte toutefois les appendices dont il sera question en temps et lieu. Dans cette hypothèse, les lettres d'indulgences de 1317 auraient contribué jusqu'en 1350 à réaUser les fonds nécessaires pour aborder cette construction, car ce n'est guère qu'à cette époque que nous trouverous des preuves certaines du commencement des travaux.

— Deinheim, autrefois Deygmheim, appartenait à l'église de Strasbourg, qui y avait une cour particulière et un tribunal distinct de relui de Rouffach. Cédé à titre de fief aux comtes de Habsbourg, il fut vendu en 1319 à la ville de Colmar. — Schospftin, Als. illusL, tom. IV ^ pag. 175.

— Le premier domaine de Colmar a été le village de Deinheim, situé près de la ville. La maison d'Autriche l'engagea aux Hatstatt pour 100 marcs d'argent. En 1319, Léopold concéda à Colmar le droit de le racheter ei de le tenir en fief, si au bout d'un an Léopold n'avait pas remboursé le prix de rachat ; dans ce cas la ville s'engageait toutefois à héberger le duc une ou deux fois l'an, avec une suite de 30 à 60 cavaUers. — md,,tom.V,pag.208.

Billing, Î^Bém.^ pag. 182, et après lui Hunkler, op. cit., pag. 99^ ainsi que Dillemann, Annmire de 18S8, pag. 376,

rapportent la concession faite à Golmar et fixent par erreur, en cette année le fait de la destruction de ce village qui ne disparut que seize années plus tard.

— Les régestes de Btehmer, additamentum secundum, pag. 5Wy donnent quelques détails sur Torigine de la concession de Deinbeim à la ville de Golmar. — Par lettres du 14 Mai, datées de Golmar, le duc Léopold d'Autriche reconnaît que les bourgeois de cette ville lui ont prêté cent marcs ; en garantie de cette avance il leur engage le village de Deinheim. Le même jour il donne des reversâtes par lesquelles il s'oblige à rembourser les cent marcs dans le cas où le village viendrait à être enlevé légitimement à lui ou aux préteurs. Si cela n'arrive pas il appartiendra à Golmar, gens et biens. D'après les OEstr. NoHzbl, 185i, pag. 58 et 59,

— Une dure expérience avait sans doute éclairé nos ancêtres. Nous les trouvons du moins, en 1320, chercher de nouveau à éviter l'accumulation des cadavres dans l'intérieur de la ville, en établissant le cimetière Sainte-Anne pour servir de lieu de sépulture aux pauvres et aux étrangers.— X. Mossmann, Revue d'Alsace^ année 1851, pag, 242,

On a vu qu'en 4317, sur la réclamation des chevaliers de Samt-Jean, le magistrat avait décidé la suppression du cimetière de l'hôpital, et qu'il avait affecté le Keip-Acker à l'établissement de celui qui devait le remplacer. On a vu que dès 1315, la construction du chœur de Saint-Martin était résolue et qu'antérieurement déjà, en 1308, le chapitre avait cédé à la ville une partie du cimetière de Saint-Martin pour être convertie en place publique, après exhumation des ossements des morts inhumés sur cette partie du cimetière de la première église paroissiale. En présence de faits de cette nature, coïncidant à des intervalles aussi rapprochés, on se demande si l'étabiisse-

ment du cimetière Sainte-Anne c pour y enterrer les pauvres et les étrangers i n'est pas l'exécution même de la mesure arrêtée en 1315 relativement au cimetière de l'hôpital ? Si enfin le terrain communal désigné comme c étant situé près de la nouvelle tour, dans la nouvelle ville, entre les deux fossés > ne fut point compris, en 1320, dans le périmètre du nouveau cimetière Sainte-Anne ? Car, nous l'avons déjà dit, il ne nous paraît pas rationnel de confondre le terrain désigné en 1315 sous le nom de Keip Acker avec le point de la ville actuelle connu sous le nom de Keib-Grubelein.

— Conrad de Fribourg prend les armes contre Colmar. — Schœpflin, Als. illust.^ tome F, page 21i.

Nous ne trouvons autre chose que cette laconique indica* tion. Mais on se rendra peut-être compte des causes de cette attitude du comte de Fribourg envers Colmar, si l'on se reporte aux faits mentionnés depuis 1314, et surtout si l'on jette un coup-d'œil sur la situation politique de l'Alsace en présence des deux compétiteurs à l'empire, Frédéric-le-Beau et Louis de Bavière.

De même qu'à Strasbourg, où les Zom tenaient pour Frédéric avec l'évêque Jean !«% et les Mullenheim avec leurs adhérents pour Louis de Bavière, il y avait à Colmar un parti qui épousait la cause de Frédéric et un parti qui soutenait celle de Louis. Le schultheiss Jean et Conrad de Wittenheim, avec le chapitre de Saint-Martin, étaient dans le camp du premier ; Pierre daSundhoffen et ses adhérents dans le camp du second. Jean demeure schultheiss jusqu'en 1317, année où la chronique citée par Billing nous apprend que Louis de Bavière est à Colmar et confère la dignité à Pierre de Sundhoffen, dignité qu'il est obligé d'abandonner trois ans plus tard < à cause du mécontentement d'autres familles nobles, t En 1320, Colmar, ou plutôt l'autorité était donc revenue aux ad-

hérento de Frédéric-le-Beau ; cela est d'aatant moins douteux qu^en cette même année le duc Léopold d'Autriche et le comte Ulric de Ferrette descendent, avec les forces dont ils dispo-r saient, vers Strasbourg pour se joindre à Tévêque Jean et essayer de résister à Louis de Bavière, accouru pour arracher PAlsace au parti de Frédéric et l'amener au sien. On sait que la conclusion fut un traité de neutralité accepté par Tévéque, qui n'était pas en mesure de résister victorieusement à Louis, et accordé par ce dernier, qui ne voulait pas désoler un pays où il avait beaucoup de partisans. Il est donc probable, sinon certain, que la prise d'armes contre Cojmar par le «comte de Fribourg, adhérent de Frédéric, réppnd à la déposition de Pierre de Sundhoffen du schultétat de Colmar, c'est-à-dire au retour de Colmar dans le parti de Frédéric. Il est probable encore, sinon certain, que la levée de boucliers du comte de Fribourg contre Colmar se borna à évincer Pierre de Sundhoffen et que, par le traité dont il vient d'être question, la ville de Cohnar a joui du bénéfice de la neutralité jusqu'après la bataille de Muldorff ou la défaite de Frédéric, en 1323.

— Prédéric-le-Beau passe de nouveau à Colmar en cette année. — Mmée pittoresque de Rothmuller, pag. 125,

La présence de Frédéric à Colmar, du 16 au 18 Février, est

constatée par la sentence qu'il prononça sur la contestation

qu'élevait le comte Jean de Habsbourg au sujet de l'héritage

jy^ de Wemer de Hombourg. pupille d'Ulric, comte de Ferrette,

et par la concession des droits des villes libres de l'empire à

deux localités du comté de Nassau. Frédéric venait de Bade

et se rendait à Rheinfeld. Bœhmer^ reg, imp. Frankfurt 1839^

pag. 175.

— Le 4 Février, le duc Léopold est à Colmar, où il renonce.

— iOi —

en fà?ear de ]à comtesse Jeanne de Montbé)iard, Mx fleft qui, par la mort du père de cette dernière, le comte Renaud, étaient revenus à la maison d'Autriche et que le duc Léopold et ses frères tenaient du roi Frédéric- — Bœhmerj reg. imp. Stuttgart, 1857, pag. 517.

— Frédéric-le-Beau est de nouveau à Colmar en cette année* — Musée pittoresque, pag. 135.

Frédéric passe au moins huit jours à Colmar ; sa présence est en effet attestée par cinq diplômes datés de Colmar les 16, 18, 23 et 24 Avril, concernant les villes de Berne et de Soleure, Conrad, comte de Fribourg, et le monastère d'Interlaken. Frédéric venait de Vienne par le Tirol ; il descendit la vallée du Rhin, car le 23 Mai il était à Offenbourg.

Colmar était le lieu de rendez-vous fixé par Frédéric à son frère, le duc Léopold, dont la présence est également constatée le 24 Avril. C'est dans cette rencontre à Colmar que les deux princes résolurent la campagne d'automne contre Louis de Bavière, et qui se terminera par la défaite de Frédéric. — \oy. Bœhmer, reg. imp., Frankfort-ISSO et Stuttgart-1S57j pag. 176 et 517. ^

— Le jour de la Saint-Michel (^Septembre), Frédéric-le- Beau, à la tête de ses troupes, se trouve près de Muldorf, en Haute-Bavière, en présence de l'armée de Louis qui s'avançait pour le combattre. Léopold, frère de Frédéric, arrivait avec les contingents de la Haute-Alsace et de la Souabe ; il était près du couvent de Furstenfeld, à six lieues de Munich. Frédéric, impatient d'en venir aux mains avec Louis, engagea le combat avant l'arrivée de Léopold. Il contraignit les Bavarois de reculer et de fuir ; mais la cavalerie ayant ramené l'infanterie au combat, les Autrichiens durent céder à leur tour. Henri, frère de Frédéric, fut fait prisonnier, et Frédéric lui-même dut se rendre au Burgrave de Nuremberg. Livré à

Louis de Bavière, Frédéric fut enfermé au château de Transnicht, au nord de Ratisbonne et soigneusement gardé. — Yoy. Bœhmer, reg. tmp., FrankforU1839^ pag. i77, et Laguille, tom. /, pag. 269, qui fixe, par erreur, à l'année 1323 la défaite de Frédéric.

— Celle malheureuse bataille ne fit pas perdre entièrement courage au duc Léopold, qui n'était qu'à une petite journée de son frère lorsqu'il apprit sa défaite. Trop faible pour mesurer ses forces avec une armée victorieuse, il retourna surle-champ dans ses possessions de la Suisse. — Laguille, loc. cU.

— Louis de Bavière, concurrent de Frédéric, s'occupe à son tour de Colmar. Le 26 Décembre, il assigne à un chevaUer de Strasbourg, Hugues Schaup, une somme de 200 marcs d'argent sur les juifs de Colmar. — Musée pittoresque, pag. 125.

Les circonstances dans lesquelles cette délégation est faite, prouvent suffisamment qu'il s'agissait pour Louis de Bavière de récompenser les services que Schaup lui avait rendus.

— Tandis que le duc Léopold, rentré dans ses terres de la Suisse et de la Haute-Alsace, agissait auprès du pape et du roi de France pour tirer son frère de prison, Louis de Bavière, voulant s'assurer de l'Alsace, y avait envoyé Albert Hummel de Lichtenberg en qualité de landvogt. Colmar se soumit à Louis de Bavière en môme temps que Haguenau, Schlestadt, Obernai et Rosheim. Pour inquiéter Colmar, le duc Léopold avait cantonné cinquante hommes d'armes àEnsisheim. — Laguille, tom. /, pag. 269. La chronique de Mathias de Neubourg, édit. de Studer, 1867, pag. 71. fixe la soumission de Colmar à Louis de Bavière à la fin de l'année 1322. Conrad Hummel de Lichtenberg serait donc arrivé à Colmar immédiatement après la'

défaite de Frédéric, et Colmar, effrayé (territe)y se soumit au vainqueur.

— Louis de Bavière affranchit les bourgeois de Colmar du péage de Deinheim. — Schcepflin, Ak. iHtwt. , tom. F, pag, 196 ; BUling, Hunkler et le Musée pittoresque, pag. 35, 48 et 125.

Le texte de cet affranchissement est publié dans la Dtptomatica, tom. II, pag, 129-1 30, Il est daté de Nuremberg, le 4 Juin. C'est une grâce spéciale que Louis de Bavière fait aux citoyens de Colmar et dont ils jouiront aussi longtemps que de nouvelles lettres ne l'auront pas révoquée.

— Le duc Léopold envoie à Ensisheim cinquante hommes armés chargés d'inquiéter Colmar qui a fait sa soumission. — Chronique de Mathias de Neubourg, p. 72,

— Le 25 Mai, Colmar prend part à l'alliance conclue entre le duc Léopold d'Autriche, l'évêque de Strasbourg et le comte de Fribourg pour tout le temps que durera la guerre contre Louis de Bavière. — Bœhmer, reg. imp,, Franckfort 1839, pag. 251, d'après Lichnowski, Beilag,p. 542.

Le titre est aux archives de Vienne. 11 serait important d'en connaître exactement le texte, ou tout au moins les noms des contractants pour Colmar. Cette ligue contre Louis de Bavière, alors que Colmar lui avait fait sa soumission, alors surtout que Louis venait d'accorder aux citoyens, • par faveur spéciale et à la prière du magistrat », l'exemption du péage qu'ils payaient à la cour voisine de Deinheim , fait à la ville une situation défavorable et peu en rapport avec les sentiments que devait inspirer la grâce dont elle venait d'être l'objet. Il est possible que l'étude du texte permettrait d'écarter l'idée de trahison et d'ingratitude que fait naître la révélation de cette alliance. *Nous allons essayer de la ramener à une valeur moins abso-

tue que celle qai apparaît lout d'abord et qu'a signalée Fauteur de la notice du Musée pittoresque^ pag, i25 et des re^ cherches sur la constitution de Colmar, pag. 56 du Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques de 1862.

Il est admissible^ il est même probable qu'après la soumission de Colmar au landvogt, Albert-Humel de Lichtenberg, envoyé de Louis de Bavière après la bataille de Muldorf et la défaite de Frédéric-le-Beau, le schultheiss et le magistrat de Colmar, dévoués à Frédéric ou du parti des Rouges, furent remplacés par des hommes dévoués à Louis de Bavière ou du parti des Noirs, tels que Jean de Morswilr, Pierre de Sundhoffen et Nicolas Muchtler, par exemple, que Ton verra récompensés pour des services rendus à Louis. L'ancien schultheiss Jean, et Conrad de Wittenheim que l'on a vus, en 1314, associés à la cause de Frédéric, retombèrent, avec leurs adhérents, dans le parti vaincu et mécontent. On conçoit dès lors que, dans ce moment d'agitation et de lutte, ces hommes soient entrés^ au nom de Colmar, dans l'alliance qui avait pour but de les ramener aux affaires ou de les y conserver; car il peut encore se faire que, par esprit de conciliation, Albert-Humel de Lichtenberg se soit contenté d'une soumission qu'il était difficile de refuser après la défaite de Frédéric et que ses partisans favorisèrent peut-être pour demeurer aux affaires et ne pas se compromettre trop ouvertement vis-à-vis des vainqueurs. Rentré dans ses possessions de la Suisse et du Sundgau après la bataille de Muldo)f, le duc Léopold et ses adhérents mirent beaucoup d'activité à réorganiser la résistance contre Louis. Les dispositions du pape étaient d'ailleurs leur point d'appui. Jean XXII ayant ordonné à Louis de se désister du titre de roi des Romains, Louis riposta en faisant ou laissant écrire que le pape était hérétique. L'excommunication

suivit de près, et c'est dans ces circonstances que fut conclue la ligue à laquelle Colmar parait avoir pris part et que Lichnowski a découverte aux archives de Vienne.

Impliqué, en raison de sa qualité de ville libre relevant de l'empire, dans les conflits que nous venons de signaler, Colmar a pu figurer dans la ligue du 25 Mai contre Louis de Badère sans l'avoir voulu ou sans y avoir véritablement participé. Si l'on tient compte des faits qui ont précédé et de ceux qui vont suivre, on peut, dans tous les cas, conclure que la population proprement dite fut étrangère à Talliance et que l'idée de trahison ou d'ingratitude ne saurait l'atteindre. Au surplus, l'attitude ultérieure des bourgeois prouvera la vérité de cette conclusion.

— Le 24 Avril intervient un traité de réconciliation des dynastes, chevaliers et hommes d'armes de Ilorbourg, Rappolstein, Oberhattstat, Echery, Berckheim, House, Kaysersberg, Wittenheim, Meyenheim, Reguisheim, Guebwiller, Pfaffenheim, Ungersheim, et Bolsenheim avec la ville de Strasbourg. La ville de Colmar y apparaît aussi comme partie contractante par son schultheiss et d'autres citoyens que nous allons désigner; ce sont : Jean Schultheisse-le-Vieux et Syfrit, son fils ; Jean Schedeler et Jean Thumherre, schultheiss de la ville. Le traité est publié dans la Diplomalica de Schcepflin, tom. Il^pag, 134-135,

Ce traité implique un dissentiment antérieur dont nous ne saisissons pas bien les causes. Il s'agissait peut-être des griefs que Strasbourg avait à faire valoir, notamment contre les Réguidieim, à propos des ravages que le duc Léopold, avec ses cinquante gens d'armes cantonnés à Ensisheim et l'infanterie qu'il embarqua sur le Rhin pour venir au secours de la ville de Seltz, avait commis dans les environs de Strasbourg, après

la levée du siège de Seitz par les troupes de Louis de Bavière. Ce qui nous importe de constater relativement à Colmar, c'est que, en 1325, le représentant de l'autorité impériale, pour Louis de Bavière, était Jean Thumherre, schultheiss de la ville, et que parmi les seigneurs du voisinage de Colmar qui interviennent au traité de réconciliation, il en est plusieurs dont on retrouve les familles engagées dans les partis qui divisaient la cité et l'empire. Conrad de Wittenheim, par exemple, était du parti des Rouges ou des ducs d'Autriche avec les Réguisheim et d'autres, tandis que Henri et Jean de Rappolslein étaient du parti des Noirs ou de Louis de Bavière, avec les d'Echery et d'autres. Le schultheiss de Colmar, Jean Thumherre, serait alors intervenu comme médiateur ou représentant ses ressortissants.

— Le 16 Avril, Louis de Bavière accorde à Jean de Morswilr et à ses héritiers l'expectative du flef du château de Plixbourg pour le cas où Rudiger de Morswilr mourrait sans héritiers mâles. — Noie fournie par M. Dietrich, chef de division à la préfecture du Haut-Rhin.

Les Morswilr étaient donc du parti de Louis de Bavière ou des Noirs, et la Reichsvogtey de Kaysersberg, dont le flef impérial de Plixbourg dépendait, tenait probablement aussi pour Louis.

— Frédéric-le-Beau parait avoir fait une apparition à Colmar au mois d'Août. Bœhmer, reg. irnp, additam tert. p. S88, signale très-laconiquement, d'après Kopp, Reichsgesch.s tom. II, p. 889, un privilège de ce prince, daté de Colmar, le 27 Août,

y^ en faveur du couvent d'Unterlinden. On ne dit pas en quoi consiste ce privilège. Frédéric venait de Kybourg et paraît y être retourné. Louis de Bavière, son compétiteur, se trouvait

à Augsbourg le 27 Août, c'est-à-dire le jour même où Frédéric serait venu à Colmar.

On a vu, en Tannée 1322, que Frédéric fut battu le 28 Septembre près de Muldorf et enferm»^ par Louis au château de Trausnicht. Sa captivité dura trois ans. Il n'est donc pas invraisemblable qu'il soit venu en 1326 à Colmar, au couvent d'Unierlinden qu'il avait avantagé précédemment et qui lui témoigna de la reconnaissance en lui donnant asile, m^me après sa défaite. Des maisons religieuses de Colmar, Tune tout au moins, celle d'UnterlinJen, était donc du parti des Ronges.

— Le 1*''^ Décembre, Louis de Bavière donne à Jean Morswiler, Pierre de Sundhofen et Nicolas Muchtler, en raison des services qu'ils lui ont rendus, une somme de 1200 marcs à prélever sur le produit des impôts que la ville de Colmar paie à l'empire. — Note fournie par M. Dieirichy chef de division à la préfecture du Haut- Rhin.

Le fait est confirmé par les régestes de Bœhmer, Franckfort, 1839, pag. 5S. La délégation est datée de Verden, en Westphalie, où Louis de Bavière se trouvait le l^ Décembre ; il revint à Ulm pour passer ensuite en Italie, qu'il ne quittera plus avant le commencement de l'année 1330.

— Le 13 Novembre, Jean I««", évoque de Strasbourg, meurt et Berthold de Bucheck lui succède, confirmé par le pape Jean XXII, qui était à Avignon. Louis de Bavière était à Rome et se faisait couronner empereur par Pierre de Corbière qu'il avait fait élire pape, sous le nom de Nicolas V. Une si violente insulte irrita vivement Jean XXII, qui redoubla d'attention à inspirer en Allemagne de l'ardeur pour la défense du Saint- Siège en s'opposant à l'anti-pape Nicolas V et à l'empereur

Louis de Bavière. Colmar était toujours sous le gouvernement des adhérents de Louis, dont les partisans, nombreux dans la ville, traitaient mal ceux qui étaient attachés aux ducs d'Autriche. — Laguille, tom. /, pag. 274, et Grandidier, (mv, hùt, inéd , tom. IV, pag. W4, 111 et 120,

— On accuse les juifs de Mutzig d'avoir tué un garçon de onze ans, dont le corps, couvert de blessures, est trouvé sous les roues du moulin de cette ville. On en soumet quelques-uns à la torture ; le crime est avoué et trois subissent le supplice de la roue. Les juifs riches, qui se trouvaient à Mutzig le jour de la mort du jeune homme, sont bannis de la ville, d'autres sont arrêtés, d'autres enfin se sauvent et se réfugient à Colmar. Les juges de Mutzig saisissent Tofficialité de Bâle des poursuites dont les fugitifs sont l'objet et l'évêque de Strasbourg, Berthold de Bucheck, extorque, par cette voie, deux mille marcs à ceux qui se sont réfugiés à Colmar. — Chronique de Mathias de Neuboiirg, édit. cit , pag. 225.

Quelque temps auparavant le môme évoque avait extorqué six mille marcs aux juifs de son domaine ecclésiastique pour payer les dettes que lui avait occasionnées la corruption des chanoines qui l'avaient élu, et le mariage de ses trois nièces avec le comte de Fribourg, Ulrich de Schwartzenberg et Frédéric de Haus. — Ibidem, et Grandidier, œnv. inéd., tom. IV, pag. 112-113.

— Le schultheiss de Colmar, en cette année, était encore Jean Thumherre. Cela résulte d'une annotation que nous rencontrons pag. 24, du protocole des Dominicains déjà cité. Jean Thumherre donne au couvent des réversales constatant qu'il a élevé, avec l'assentiment des Dominicains, une construction dans l'impasse {Schlupf) entre le mur du cimetière dudit couvent et la cour que Ton appelle la vieille cour de Schafhouse. Il s'engage à démolir, à la réquisition du cou-

yent et sans difficulté, les parties de sa constraclion qui reposent sur le mur du cimetière ou qui le pénètrent.

— Le IS.Mai le pape, Jean XXII, écrit à l'évoque de Strasbourg, Berfhold de Bucheck, et à plusieurs autres prélats et seigneurs pour les stimuler à la résistance. Du concert qui s'établit entre les partisans des ducs d'Autriche devait résulter un danger imminent pour Colmar attaché à la cause de Louis ou tenu sous sa dépendance. Dès que ce prince eut avis des négociations de Jean XXII, il repassa promplement les Alpes dans la pensée qu'il lui serait facile de neutraliser les efforts de Jean XXll.—Laguille, t.I.p. 274, et Grandidier, t. IV, p. HO,

Ce récit manque de précision, surtout chez le P. Laguille, et c'est vraisemblablement cela qui a donné lieu aux indications erronées qui vont suivre.

— En 1329, les Colmariens reçurent comme leur libérateur Louis de Bavière, qui vint dans leur ville avec le roi Jean de Bohême. — Schœpflin, Ah. illust., tom. V, pag. 199.

Billing, i« sèm., pag. 67, dit la môme chose avec quelques variantes d'expressions : Colmar eut la satisfaction d'être honoré de la présence de Louis de Bavière et du roi de Bohême auxquels il est réservé de rétablir la paix après un double siège que la ville soutiendra.

En consultant les régestes de Bœhmer on acquiert la preuve que Louis de Bavière ne vint pas à Colmar en 1329, car il était encore en Italie à la fin du mois de Janvier 1330, c'est-à-dire lorque survint et qu'il apprit la mort de Frédéric-le-Beau.

On ne le voit apparaître de nouveau en Allemagne que le 17 Février 1330. à Munich où il donne un diplôme qui con* firme à la ville de Wissembourg les privilèges qu'elle tenait des empereurs. Il y a donc erreur d'une année, ainsi qu'on le verra tantôt.

Inoertitades et confusion.

Arrivés en 1330, nos auteurs alsaciens cessent d'être d'accord sur Tannée où Colmar est assiégé par le duc d'Autriche, les évèques de Strasbourg et de Constance. Nous réunissons dans un cadre aussi restreint que possible les opinions divergentes. On aura ainsi sous les yeux les éléments de la question et l'on sera en mesure de saisir avec plus de sûreté les raisons que notre exploration chronologique fournira pour fixer la date de l'événement

Kœnigshoven, cap. F, pag. 320, et Closener, Code diplomatique de Strasbourg^ pag. 116-117, placent en l'année 1331 le siège dont il s'agit. Leurs récits ne contiennent d'ailleurs rien qui mérite d'être spécialement retenu. C'est à Laguille, Grandidier, Billing et Strobel que nous ferons des emprunts pour éclairer cet épisode de l'histoire de Colmar.

La chronique de Mathias de Neubourg, edit. de Studer^ , 1867, pag. 228, fait aussi mention du siège de Colmar. sans dire en quelle année il eut lieu; cependant le chroniqueur paraît le rapporter à l'an 1329.

Laguille, tom. /, pag. 274-275, fixe le siège à l'année 1330, mais il confond sous cette rubrique les faits de 1331; de sorte que pour la régularité qu'exige notre méthode, il faut chercher ailleurs les éléments propres à établir la limite que Laguille n'a pas entrevue ou qu'il a négligé d'indiquer.

Schœpflin, Als. illustr. tom. F, pag. 199 et 210, se basant, ^ans doute, sur une pièce qu'il publie dans sa Diplomaticoy tcm. Ily pag. 141, adopte l'année 1329. Nous expliquerons cette erreur en donnant au titre signalé l'interprétation qu'il comporte.

Grandidier, au contraire, tom. /F, pag. 120122, des Œuv. hist. inéd.y ûxe k Tannée 1331 T événement dont il s'agit, en s' appuyant probablement sur la relation de Kœnigshoven ou de Closener.

Strobel, Vaterlandische Geschichte^ tom. 11^ pag^ 186-187, ne s'explique pas sur l'année ou le siège eut lieu ; Aufschlager, tom. /, pag. 197 et le Musée pittoresque^ pag, 126, le placent en l'année 1330, tandis que Billing, 2« sem.^ pag. 177-178, et Hunkler, pag. 112, adoptent l'année 1331 .

Voilà, en peu de mots, le tableau des allégations discordantes que nous allons essayer de concilier en reprenant les faits pour les classer, selon l'ordre qui nous paraît rationnel, dans la chronologie où nous rentrons sans avoir égard aux contradictions qu'il importait de signaler.

— L'ennui et les durs traitements que Frédéric-le-Beau avait soufferts dans sa longue capUvité, le firent tomber dans une maladie de langueur qui fut suivie d'une dyssenterie à laquelle il ne put résister; il mourut en 1330 (le 13 Janvier). Trois de ses frères, Rodolphe, Henri et Léopold étant morts avant lui, il ne resta plus que deux fils de l'empereur Albert, savoir : le duc Olhon, surnommé le Plaisant, et Albert à qui on donna le nom de Sage ou de boiteux. — Laguille, to7n. /, pag. 274.

— Sollicité, parle pape Jean XXII, de continuer la résistance à Louis de Bavière, Othon se rendit à ces instances et leva des troupes. Berthold de Bacheck, évôqae de Strasbourg, et Rodolphe de Montfort, évoque de Constance, firent de même dans l'intention d'assiéger Colmar qui tenait pour Louis de

Bavière. — Laguille, ibidem, et Grandidier, œuv. hist. inéd,, tom; I\, pag. 120,

— Au coïumencemenl de l'année, le siège est mis devant Colmar par les troupes réunies du duc Othon d'Autriche, de de Berlhold de Bucheck, évoque de Strasbourg et de Rodolphe de Montfort, évéque de Constance. Louis de Bavière avait dans la ville un grand nombre de partisans qui traitaient mal ceux qui étaient attachés aux ducs d'Autriche. — Grandidier el Laguilley pag. cit.

La confusion du récit de ces deux historiens commence dans l'extrait qui précède : elle consiste dans l'affirmation que les troupes des deux évéquea étaient réunies à celles du duc Othon dans cette première attaque. Nous écartons cette allégation par l'extrait suivant^ plus précis, plus vraisemblable et justifié par une preuve dont on appréciera la valeur.

— Les bourgeois de Colmar dévoués à l'empereur (Louis de Bavière) étaient en plus grand nombre que ceux qui étaient demeurés attachés aux ducs d'Autriche. Les premiers prièrent Louis de se rendre à Colmar; ceux du parti contraire envoyèrent en même temps un député au duc Othon, qui était à Haguenau où il rassemblait des troupes ; le député l'engagea à se rapprocher le plus promptement possible de Colmar, où ceux de son parti trouveraient les moyens de le faire entrer. Othon s'empressa de se rendre à cette sollicitation et il se mit aussitôt en marche vers Colmar. Mais ses partisans n'étaient pas eu mesure de tenir la promesse qu'ils avaient faite, de livrer la ville, et lorsque le duc arriva les portes lui demeurèrent fermées. Le duc Othon se rendit en toute hâte en Suisse. — Strobel, Vateriœndische Geschichte des Elsas, tom. II, pag. 184-185.

La relation de Strobel est faite d'après une notice manuscrite sur l'histoire de Colmar, notice écrite en français et qui

faisait probablement partie de sa riche bibliothèque. Nous ignorons où est allée cette notice après la mort de notre estimable historien. Ce premier extrait nous parait confirmé par ce qui suit.

— Le 8 Février, Rodolphe de Pfortzheim, margrave de Bade, qui se trouvait à Ensisheim, s'engage à fournir au duc Othon, moyennant 500 marcs d'argent, vingt-quatre lansquenets [helmen) pour s'opposer à Louis de Bavière. Bœhmer^ reg, imp. Franckfort 1839, pag, 253, d'après Lichnowski, ou les archives de Vienne.

Voilà le siège du commencement de Tannée auquel Grandidier et d'autres font allusion confusément. Il aurait donc eu lieu dans les premiers jours de Février, et le 8 de ce mois le duc Othon était à Ensisheim où il commençait les enrôlements qu'on va le voir continuer en Suisse pour faire une seconde fois le siège de Colnjar.

— Arrivé en Suisse, Othon rassembla des troupes en Thurgovie, dans l'Ergau et à Claris. Il leur promit une riche solde et leur donna l'assuraoce qu'il ne les conduisait pas à une guerre pour combattre l'empereur Louis de Bavière, mais seulement pour conserver à la maison d'Autriche le Landgraviat de la Haute-Alsace. C'est sous ce prétexte qu'il rassembla devant Colmar 4400 cavaliers bien armés et 30,000 fantassins. Avec i^ne pareille armée il se croyait en mesure de s'opposer à Louis et de s'emparer de Colmar. — Strobeh loc, cit.

— Dès que l'empereur Louis eut appris que Colmiar était attaqué par une armée de 30,000 hommes d'infanterie et 4500 cavaliers, il s'avança à grandes journées, arriva à Haguenau avec Jean, roi de Bohême et Ulrich de Wurtemberg. L'évoque de Strasbourg pressait le duc Othon de marcher à la rencontre de l'empereur. Cet avis ne fut pas écoulé et le siège de Colmar continua sans faire de grands progrès. La place était bien for^

Hfiée; le marquis de Bade s^était jeté dedans avec 3000 hommes de troupes réglées, sans compter les milices du pays qui s'y étaient retirées. Othon redoubla ses efforts; mais, se voyant toujours repoussé avec perte, il résolut d'affamer la place. L'évoque Berthold n'ayant pu résoudre le duc Othon, quitta le siège de Golmar pour se rendre à Benfeld, afin de couvrir les terres de son évôché et d'arrôter l'empereur Louis s'il voulait s'approcher de Golmar. Mais tandis que Berthold était sorti de Benfeld pour donner ses ordres du côté de Molsheim, le comte de Wurtemberg, Ulrich, à qui Louis de Bavière venait d'accorder, le 10 Août, la charge de landvogt d'Alsace, se saisit de Benfeld qui fut abandonné au pillage. Il y avait plus de six semaines que le duc Othon assiégeait Golmar sans avoir pu le prendre, ni ébranler la résolution de ceux qui la défendaient. L'expérience du marquis de Bade rendait ses efforts et ses attaques inutiles. D leva le siège et se contenta de faire le dégât dans tout le pays pour ôter à Louis de Bavière les moyens d'y faire subsister son armée. — Graniiiier, œuv. hist. inéd îom. /F, pag. 120-122,

Assiégé deux fois par Frédéric-le-Beau, Golmar, qui hésitait sur le parti qu'il embrasserait, fut déUvré deux fois par Louis de Bavière, et cependant il ne resta pas fidèle à son libérateur qui, par lettres dati'es d'Ulm, le samedi avant l'ascension 1330, lui pardonna sa défection. - Schœpfiin, Als. illust,, tom. F, pag. 210.

Frédéric étant mort le 13 Janvier, comme cela a été dit, il n'a pu faire deux fois le siège de Golmar. L'erreur de Schœpflin est patente, il n'y a pas lieu d'insister. Ensuite on ne trouve aucune trace de la df^fection de Colraar depuis sa soumission, en 1323, à Albert-Humel de Lichtenberg, landvogt de Louis de Bavière. Cependant il est constant que les lettres datées d'Ulm, le samedi avant l'ascension (12 Mai), font allusion

à une semblable attitude de la yille. Ces lettres sont publiées dans la Diplomatica^ tom. II, pag. 141,

Elles doivent être interprêtées dans un sens différent de celui que Schœpflin adopte dans sou lUuslrata. Il est établi que Frédéric et Louis avaient chacun ses partisans à Golmar, les Rouges et les Noirs, en Italie les Gibelins et les Guelfes. Il est constant qu'avant le 12 Mai Golmar, assiégé une première fois en Février par le duc Olhon, appelé de Haguenau, était menacé d'un siège plus sérieux par le môme duc secondé, cette fois, par les évoques de Strasbourg et de Constance. On conçoit que, dans cette situation, alors que la mort avait débarrassé Louis de Frédéric-le-Beau^ son compétiteur élu à Tempire, alors que, frappé d'excommunication par le pape Jean XXII, qui lui avait d'ailleurs suscité un nouveau rival dans la personne du duc Othon, on conçoit, disons-nous, que Louis ait donné les lettres d'Ulm pour amnistier du passé les nobles et les bourgeois de Colmar demeurés attachés aux ducs d'Autriche, essayer de rétablir la concorde et contribuer, tout au moins, par cet acte de clémence, à prévenir les conflits qui étaient à craindre avant ou pendant le second siège dont la ville de Colmar était menacée.

Nous proposons, le lecteur décidera.

— En Juillet, le duc Othon assiège Colmar parce que les nobles de Alstat (Hadstatt?) lui avaient déclaré la guerre. L'empereur Louis de Bavière vient au secours de la ville. Léo- 6m.— Un titre publié par Lichnowski, pag. 405, fixe au 8 Juillet la date de celte attaque. — J5(K/n»er, reg, imp., Franckfort- 1839, pag. 253.

— Le 6 Août intervient à Haguenau une médiation (par Jean, roi de Bohême) pour rétablir la paix entre Louis de Bavière et le duc Othon qui assiégeait Colmar depuis le com-

mencement de Juillet, sans que Louis ail pu dégager la ville. — Ibidem, pag. 298.^

— Le même jour, l'empereur Louis de Bavière, étant à Haguenau, accorde à un jeune homme de Strasbourg et à ses héritiers 50 marcs d'argent pour le récompenser des services qu'il lui a rendus devant Colmar. Il lui engage pour cette in^ demnité une cour située près de la forêt dudit Haguenau. — Ibidem^ pag. 72.

— Le 14 et le 15 Août, Louis de Bavière est à Colmar où il donne cinq diplômes par l'un desquels il confirme, le 15 Août, k la ville de Mulhouse, le droit de haute justice que Henri VH lui avait accordé, également à Colmar, le 31 Octobre 1309. - Ibidem, pag. 73.

Louis venait de Haguenau ; il s'était arrêté à Strasbourg et à Schlestadt. De Colmar il se rendit à Constance par Brisach, Mulhouse et Bâle.

— Jean, roi de Bohême, qui aida Louis de Bavière et le comte Ulrich X, de Wurtemberg, à faire lever le siège de Colmar. « fut bien étonné de la pompe des Glaronnais ; de leurs € vieilles et longues dagues, de leurs hallebardes, de leurs • casques en fer et de leurs cuirasses. » — Billingy 2^ sém„

Billing place cette remarque entre guillemets pour indiquer qu'il l'emprunte textuellement à une source qu'il ne désigne pas ; peut-être à la chronique manuscrite dont il a été parlé en l'année 1317.

— Par un diplôme daté de Bâle, le 19 Août, Louis de Bavière accorde aux bourgeois de Colmar la dispense de payer aux juifs de la ville, pendant deux ans, les sommes qu'ils leur doivent. — X. Mossmann^ Elude sur riiistoire des juifs à Colmar , pag. 3.

Nous ne trouvons la dispense dont il s'agit dans aucun des

ouvrages que nous consultons ; mais Tauleur dit qa'elle fut accordée en considération des sacrifices de Colmar pour la cause de Louis et de l'empire.

— Une prieure instruite du couvent d'Unterlinden, nommée Jfj Catherine, meurt à l'âge de soixante-dix ans. Elle a écrit la vie des premières religieuses de la maison. Nous la ferons peut-être connaître un jour à nos lecteurs. — Billing, i^^ sém. pag. 405.

Billing ne l'a pas publiée. J. Gorres, professeur d'histoire à l'université de Munich, s'en est occupé et en a fait l'objet d'un livre qui parut en 1836 sous le titre de : Mystique chrétienne au XIII« et Xrv« siècles. Hunkler, pag, f //, lui emprunte un fragment qui est exclusivement historique et qui contient plusieurs notices biographiques sur les supérieuresde la maison.— Le Musée pittoresqm, pag. iê5, consacre aussi quelques lignes à la prieure Catherine et au mysticisme que son manuscrit révèle ; enfin Charles Bartholdi en parle ainsi dans les Cthriosités d'Alsace, 2"« année, pag. 107: « La bibliothèque de la t ville en possède un récit manuscrit qui est l'œuvre de l'une € des prieures d'Unterlinden, Catherine de Guebwiller, morte « en 1330. Elle possède, en outre, un autre manuscrit non « moins curieux, où se trouvent relatés tous les faits miracu- € leux qui se sont accomplis dans le monastère. Le récit de « ces faits merveilleux a été l'objet des analyses et des com- « mentaires des personnages les plus érudits. (Gorres, pez, P. F. Steil, Georg. Epp, Dom. Pitra et L. Hugot.)

« Ces deux ouvrages se complètent l'un par l'autre, et les vi- € sions extatiques des sœurs ne contribuent pas moins que « les miracles dont elles ont été témoins à donner à leur poé- < tique séjour ce charme plein de mystère qu'exercent, mal- « gré nous, sur notre esprit le merveilleux et le surnaturel. >

Appréciant à son tour les écrits de Catherine de Guebwillen

/ >r«««^ Cknmn^U^ O^ùt^t^Jt m^^tU /^^ O^i^*,^ 0.*-%^ C0***^J'/&^,

Tauteur de la notice du Musée pittoresque s'exprime ainsi : € L^rdeur particulière aux Dominicains des premiers temps « provoque de bonne heure parmi les religieuses d'Unterlin- « den des visions, des extases, voire même le don de prophé- € lie. Une de leurs prieures, sœur Catherine de Guebwiller, • morte en 1330, nous a laissé un récit de cette apocalypse fé- € minine. Je le recommande aux curieux dont la foi a peine € à admettre les tables parlantes et les esprits frappeurs, i»

— Le 29 Avril, Louis de Bavière, qui se trouvait à Munich, donne des lettres par lesquelles il accorde à Ulrich de Rappolstein 200 marcs d'argent pour reconnaître les services qu'il lui a rendus et ceux qu'il lui rendra encore; plus 200 autres marcs pour l'indemniser du cheval- entier palefroi) qu'il a perdu à la défense de Colmar pendant que cette ville était assiégée par le duc d'Autriche. (Othon, oncle de Louis) — in vnseren dienst ze Colmar^ do er beseszen was vont vnserm Oehaim von Oesterreich. Louis a été informé du fait qu'il récompense, par son landvogt, Albert Hummel de Lichtenberg. Les indemnités accordées à Ulrich de Rappolstein seront prélevées sur l'impôt d'empire que fourniront les fidèles bourgeois de Colmar, Schlestadt, Brisach, Neubourg et Mulhouse. — Schœpfiin^ ah. diplom. tom. II, pag. 144.

— Les Annales de Lûck, de Ribeauvillé, rapportent que Jean de Rappolstein, le jeune, seigneur de la haute ville, reçut, en cette année et à Nuremberg, de l'empereur Louis de Bavière, une indemnité de 300 livres à prélever sur la gabelle de Colmar, pour services rendus dans diverses expéditions, et 60 marcs d'argent sur les juifs de la même ville. Le seigneur de Hohnack était Henri de Rappolstein.

Ainsi, Ulrich et Jean de Rappolstein étaient du parti des

Noirs et ils défendaient Colmar contre les Rouges qui l'assiégeaient.

— Le 27 Mai, le schuUheiss, les bourgmestres, le sénat, les bourgeois et la communauté des habitants de Colmar instituent un conseil de tutèle de la ville, composé de neuf membres, dont quatre nobles et cinq bourgeois. Lorsqu'il y aura unanimité dans les résolutions que prendra le conseil des IX, ces résolutions seront exécutoires immédiatement. S'il n'y avait pas unanimité, il en sera référé à la communauté. Celui des IX qui serait infidèle à la ville perdra son honneur. « Nous sommes aussi convenus avec les IX que, s'il arrivait « que les deux partis (les Ronges et les Noirs) ou l'un deux, « rentrassent dans la ville de Colmar^ de quelque manière que « ce soit, nous voulons cependant avoir dans la majorité du « sénat les gens les plus honorables de Colmar pour lesdites « cinq années, et qu'aucun des deux partis n'y entre en au- « cune manière ; car ils nous font tort à nous et à notre ville, « surtout par les troubles qui ont eu lieu pendant dix-huit « mois^ depuis la 30 année jusqu'en la 31% après les treize « cents années que l'on compte depuis la naissance de Jésus- « Christ. » Kopp, Revue d'Alsace, 1856, pag. Si 5, d'après les Geschichtsblœtter de la Suisse.

Ainsi, les Rouges et les Noirs, ou plutôt les hommes les plus coDttpî omis dans ces deux camps avaient été bannis de la ville avant le 27 Mai 1331, et pour tenir la main à l'exécution de cette mesure le magistrat instituait une dictature composée de neuf membres et devant durer cinq ans

~ Si les deux partis rentrent en ville ou l'un d'eux seulement, et si l'un d'eux attaque un des IX ou un de la commune, « pour cause desdits troubles ou toute autre, » tout le monde doit tenir à honneur d'agir contre lui. Si l'un des IX vienf à manquer, les huit restants pourvoient à son remplace-

ment, c Larsqu'arrive le douzième jour après Noël, où il s'agit € d^élablir (élire) un nouveau sénat, > alors les IX et les maîtres ou chefs de tribus sortants élisent de nouveaux chefs de tribus € qui n'appartiennent à aucun parti, t> et quatre nouveaux bourgmestres, quatre nouveaux maîtres-voyers, receveurs de la gabelle, etc?, etc.; et comme nous instituons que « tous les « ans il doit y avoir des bourgmestres, des chefs de tribus ou « surveillants de nos biens, ils ne peuvent être changés, sous « aucun prétexte, durant Tannée. > Un des quatre Bourgmestres ne doit rester en fonctions que pendant les quatre- Temps. Ils sont élus tous les ans, eux, les maîtres-voyers et les chefs de tribus, le 12® jour après Noël (6 Janvier). Si l'un des partisans y entre, il ne doit pas former de parti ni en porter le costume pendant lesdites cinq années. Ils doivent tenir en leur garde les clefs des portes de la ville, le grand-sceau, les clefs d'icelui, ainsi que les cloches de Saint-Martin. — Koppy ibidem.

Ainsi, à côté de la dictature, subsistait l'ancienne organisation du magistrat pour l'administration proprement dite. L'acte dont nous venons de donner l'analyse, d'après Kopp, paraît exister aux archives de Colmar. *I1 a été l'objet d'une analyse nouvelle publiée par M. X. Mossmann dans le Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace y année 1862, pag. 44-45.

Voici maintenant comment Schœpflin et d'autres après lui font mention de l'événemeut ou le racontent.

— Le prévôt (Schultheiss), les stettmestres, au nombre de quatre, le sénat, les bourgeois et la communauté conviennent de former une régence de neuf personnes à qui le gouvernement devait être confié pendant cinq ans. L'acte fut signé le lundi après la Saint-Urbain. Parmi ces neuf administrateurs figurent quatre nobles : deux frères de Rust, un Henri de

Wittenheim et un Fritsch, surnommé zum alten Wegge. — Schœpflin, Als. illust. tom. V, pag. 201.

Billing, 2^ sém,, pag, 87, dit la même chose en ajoutant que l'institution du conseil des IX fut motivée par la dissension intestine. Hunkler, page 78, est plus laconique et il commet Terreur de faire régner Charles IV au lieu d(f Louis IV ou Louis de Bavière. Le Musée pittoresque, pag, 126, dit que les habitants étaient divisés en deux partis, les Rouges et les Noirs, ainsi nommés des couleurs dont ils se vêtaient ; que la latte de PEglise et de Pempire se continuait dans la ville ; que les partisans trouvaient des auxiliaires au-dehors, etc.; que, las de tant de violences, Colmar recourut à un coup d'Etat et, au nom du salut commun, expulsa les Roxiges et les Noirs ; qu'enfin, pour prévenir leur retour, on établit une magistrature extraordinaire de neuf membres. Revenons aux sources.

— Le 29 Mai, Louis de Bavière se trouvait à Nuremberg. Il écrit de cette ville au sénat et aux bourgeois de Colmar qu'Ulrich de Wurtemberg et Ulrich de Rappolstein se sont présentés à lui et qu'il les a chargés de la réponse à la lettre de clémence que le sénat et les bourgeois lui ont fait parvenir. Il leur promet d'ailleurs que sa volonté est de leur conserver sa protection particulière. — Bœhmer, reg, imp,, addit. secund. Leipzig, 1839, pag, 321, d'après Vorig. aux archiv. de Colmar,

— Nous ne possédons pas le message par lequel la ville fit part à l'empereur de l'expulsion des Rouges et des Noirs. — X. Mossmann, Bulletin cité, pag, 45.

— Le 4 Juin, le duc Othon se trouve à Nuremberg. Il promet à la ville de Colmar, qui lui a juré fidélité comme vicaire de l'empire, de lui conserver ses privilèges comme un fidèle administrateur du saint empire, et tout spécialement si son vicariat continue. — Bœhmer, reg. imp, Frank fort, 1839, pag. 253, d'après Lunig, 14, 712.

C'est cette promesse que Schœpflin, diplom., tom 11^ pag. /44, appelle lettre de sûreté donnée à la ville de Colmar par Othon, duc d'Autriche et avocat provincial (landvogt) d'Alsace.

— Le 5 Juillet, l'empereur Louis de Bavière écrit de Ratisbonne au séhat et aux bourgeois de Colmar ce qui suit : € Comme vous nous avez fait savoir, par vos lettres, que vous € avez expulsé de votre ville notre parti et le parti adverse, € ce que vous avez fait dans notre intérêt et dans le leur, à € bonne intention, nous consentons à ce qu'il en soit ainsi. € Cependant, nous verrions avec plaisir que vous permissiez € aux Noirs de rentrer. Si cela ne pouvait avoir lieu sans dom- « mage pour nous et pour eux, nous vous prions de laisser € les choses en leur état jusqu'à ce que nous vous fassions « savoir, par message, que nous voulons intervenir. Nous vou- € Ions aussi que, dans cet intervalle et jusqu'à l'arrivée de € notre message, vous ne fassiez aucun pacte avec les Rouges. € Mais si d'ici ià vous admettiez les Noirs, nous nous emploie- € rons à ce qu'ils s'accordent à l'amiable et à ce qu'il n'y ait € point de collision. » — Kopp, Revue d'Alsace, 1856, pag. Si 4. La pièce est publiée dans les Fontes rerum germanicarum de Bœhmer, tom, /, pag. 212. Elle est également mentionnée dans ses Reg. imp , Leipzig, i846, ad. sec, pag. 321.

— Le vœu de l'empereur (de voir rentrer les Noirs) fit prendre aux bourgeois une résolution inattendue. Ils trouvèrent plus de sécurité à rappeler les deux partis. Le 4 Octobre, ils firent avec eux un traité. Il fut stipulé que le jour de l'Epiphanie les chefs de tribus renouvelleraient le magistrat et le Conseil ; que les deux tiers seraient pris parmi les bourgeois de Colmar et le dernier tiers parmi les rentrants ; que les détenteurs de biens communaux rendraient compte à qui de droit, et que les amnistiés se soumettraient aux règlements

établis par les bourgeois. — Musée pittoresque, pag, 126^ (f auprès une copie de Voriginal aux archives de liâle.

II est fait mention du môme fait dans le Bulletin de la Sodété des monuments historiques, 1862, pag. 46.

— Pendant que tons ces faits s'accomplissent (}es événements dont il a été question les années précédentes), des seigneurs appartenant à la noblesse inférieure prennent les armes contre Colmar...; les Lobegassen, Walther de Géroldseck, Henri de Fénétrange, les chevaliers d'Illzach et Conrad Mûnch de Bâle en 1332. - Schœpflin, Als. illust,, tom F, pag. 211.

Le Musée pittoresque, pag. 126, ajoute à cette nomenclature des seigneurs qui prirent les armes contre Colmar, Tévéque de Strasbourg, les villes de Fribourg et de Zurich. Sans le dire explicitement; Pauteur semble rapporter ces faits à une époque antérieure ou concordante à la résolution de Colmar d'expulser les Rouges et les Noirs.

Ces indications ont un caractère vague que Ton ne saurait essayer de dissiper sans s'exposer à des erreurs. Nous nous bornons donc à les retenir comme éléments historiques que d'ultérieures découvertes viendront animer. — Cependant, relativement à la prise d'armes de Walther ou Gauthier de Géroldseck contre Colmar, il importe de faire une remarque : ce Gauthier de Géroldseck n'est autre que Walther de Twingen, seigneur de Géroldseck, de Schwanau et de Schutteren, bandit qui désolait l'Alsace et contre lequel Colmar prendra tantôt les armes avec Strasbourg et d'autres villes pour raser le repaire qui l'abritait. Inutile d'ailleurs de faire observer encore que ce Gauthier de Géroldseck ne doit pas être confondu avec l'évêque du môme nom que l'on a vu jouer un rôle important dans notre histoire à la seconde moitié du siècle dernier.

— Le 15 Avril, la ville de Colmar prend part à Talliance qui avait pour but d'assiéger et de détruire le château de Schwanau, situé sur la rive droite du Rhin, entre Erstein et Ottenheim. Erstein et Schwanau étaient tenus par Gauthier de Twingen, seigneur de Géroldseck, à qui Schwanau servait de repaire pour exercer le brigandage sur le pays plat, et sur la navigation du Rhin une piraterie dont le commerce avait beaucoup à souffrir. L'initiative de cette mesure salutaire revient à la ville de Strasbourg, qui parvint à entraîner dans Falliance son évoque et les ducs d'Autriche pour leurs possessions du Sundgau, ainsi que les villes de Haguenau, Colmar, Rosheim, Obernai, Schlesta«lt, Mulhouse, Brisach, Neubourg et Rlieinfeld. La bannière de Colmar flotta donc sous les murs du château de Schwanau dont la garnison se rendit le 1®^ Juin. Le château fut rasé et ne fut pas rétabli. F. Grandidier^ ceuv. his, inéd tom. IV,pag. 125-129; Trouillat, tom. III, pag. 429-430; 755-756 et 808-809.

— Le 23 Octobre, Louis de Bavière se trouvait à Haguenau. Il y donne deux diplômes dont les originaux doivent exister aux archives de la ville de Colmar. Bœhmer, reg. imp addit. secimd., Leipzig, 1846, pag, 321, les analyse ainsi : « Louis de Bavière accorde à la ville de Colmar la faveur exceptionnelle d'établir, jusqu'à décision contraire, un impôt à percevoir à toutes les portes de la ville, sur le vin, le froment et toutes autres marchandises. — Le même jour, il accorde au sénat et aux bourgeois la permission (gnaden) de vendre {abbrechen) tous les biens communaux situés en ville ou hors de ville, comme ils le jugeront convenable >

Faisant allusion aux mêmes diplômes, nos divers auteurs s'expriment ainsi :

Par un diplôme, daté de 1333, Louis permet au magistrat

de percevoir un droit sur les marchandises qui entraient dans la ville ou qai en sortaient. Schcepflin, Als illust., tom. V, pag. 195. Billing, *»« $ém. pag. 35, parle de rétablissement du droit à percevoir sur le vin, le blé et toutes autres marchandisesamen^s en ville. Hunkler^pa^. 48n et Dillemann,pa9.^0, disent exactement la même chose. Le Musée pittoresqtie, pag. i26j est plus explicite : c Tant de calamités, dit-il, en faisant allusion à la lutte entre les Rouges et les Noirs, avaient obéré la commune. Pour rétablir ses finances, elle se fait autoriser par Tempereur à aliéner les biens communaux et à établir un droit d^octroi sur les denrées qui entrent en ville. >

Il importe de remarquer que Schœpflin seul parle du droit qui aurait également frappé les denrées et les marchandises sortant de la ville. Pour l'histoire locale cela n^est pas sans importance, et il est fâcheux qu'il n'ait pas publié ces diplômes dans la diplomatica; en l'absence du texte, il faut en effet admettre que les indications suivantes sont basées sur les mêmes titres, à moins de supposer qu'il en existe d'autres encore demeurés inconnus jusqu'à présent.

— Deux années après 1331, c'est-à-dire en 1333, Louis de Bavière pardonne à la ville la part qu'elle a prise dans les troubles des années précédentes, et promet son appui au Novemvirat. Illust., tom. V^pag, 201.

Billing, î^sém.pag. 85^ etHunkler, pag. 78^ disent la môme chose que Schœpflin; et, comme lui, ils joignent à ce fait le récit de l'expulsion des Rouges et des Noirs que l'on a vue s'exécuter en 1331.

On a vu que les exilés, ou une grande partie tout au moins, étaient rentrés en ville en se soumettant aux règlements des bourgeois et à la dictature des IX. Les deux partis vivaient donc côte à côte et l'on conçoit que le pardon dont il est question n'était qu'une nouvelle mesure de conciliation, tout en

donnant aax pouvoirs des IX la sanction de Tautorité souveraine. Louis parait ne pas être venu de Hagueuau à Golmar; le 8 Novembre il était à Stuttgard.

— Le 21 Mai Louis intervient comme médiateur dans Paffaire du château de Schwanau. Il est stipulé que les assiégeants, parmi lesquels se trouvait la ville de Colmar, ne pourraient être recherchés ou inquiétés pour ce fait, qui est déclaré avoir reçu son exécution pour le bien de l'empire. Bœhmer, loc. cit., pag. 322.

— Le 20 Août Louis de Bavière mande, de Constance, au prévôt (schultheiss), au bourgmestre, au conseil (sénat) et à la communauté de Colmar, de prêter aide et conseil au noble homme Jean de Ribeaupierre, lieutenant du grand bailli en Alsace, chargé de faire pour son compte la rentrée de la contribution et des autres redevances des juifs de leur ville. - X. Mossmann, étude sur Vhistoire des juifs à Colmar, pag, S.

Ce rescril s'explique par la délégation de 300 livres à prélever sur la gabelle de Colmar et de 60 marcs d'argent sur les juifs Je la même ville, donnée en 1331 par Louis à Jean de Rappolstein, le jeune, pour services rendus à l'empereur dans diverses expéditions. Colmar ne montrait probablement pas beaucoup d'empressement à faire honneur à la signature de Louis et les juifs non plus. De là le rescrit dont il est question.

— On a vu qu'en 1319 le village de Deinheim, engagé aux Hattstat par le duc Léopold d'Autriche pour une somme de cent marcs d'argent, avait été engagé par substitution à la ville de Colmar, qui se chargeait de rembourser aux Hattstat la somme qu'ils avaient avancée au duc Léopold ; que ce dernier l'avait donné en fief perpétuel à la ville si, au bout d'un an, il

ne lui avait pas remboursé la somme avancée par elle pour le dégager des mains des Hattstatt. Il résulta de cette concession une guerre entre la ville de Colmar et les nobles de Hadstatt. Pour y mettre fin, Colmar paya, en 1335, 200 marcs d'argent auxdits nobles de Hadstait, démolit le village et recueillit les habitants dans un de ses faubourgs, qui prit le nom de faubourg de Deinheim (aujourd'hui de Brisach). — Schœp/lin, Als. illust.^ tom. F, pag. 208.

Billing, /•'' sém., pag. 276-277, et Hunkler, pag. 26, font également mention du fait en Tannée 1335. Billing ajoute que lorsque la ville de Colmar eut détruit le village, on construisit les maisons qui sont à gauche de la rue Yauban, en entrant par la porte de Brisach, jusqu'au marché au petit bétail, pour recevoir les habitants de Deinheim. Celte partie de la ville actuelle forma donc le sfecond agrandissement de la ville primitive. Nous lui appliquons une teinte spéciale sur le plan qui sera publié lorsque nous arriverons à la période française.

Lorsque l'installation des habitants de Deinheim fut achevée, la ville dut nécessairement songer à prolonger les fortifications de manière à comprendre les nouveaux habitants dans l'enceinte. Le mur, à partir de iaportedes morts jusqu'au confluent du canal du Logelbach et de la Lauch au bas de la rue de la Poissonnerie, est de toute probabilité contemporain de l'incorporation à la ville des habitants du village de Deinheim. De plus, la porte qui existait en amont du couvent des Franciscains et dont- on voit encore aujourd'hui une pierre d'assise sur laquelle repose le coin de la maison de M. Benckhard, dut être démolie et reportée à l'entrée de la rue Vauban, là où elle existait encore à la fin du siècle dernier. On en a conservé des dessins coloriés qui sont à la bibliothèque de la ville.

Remarquons enfin que l'exécution eut lieu sous la dictature du conseil des IX.

— Le schaltheiss de Colmar en cette année était Conrad, duc d'Urselingen. — ISote fournie par M. Dietrich^chefde division à la préfecture du Haut-Rhin.

— Le 27 Mai, les pouvoirs de la dictature des IX, établie en 1331, sont renouvelés pour cinq années. Dans Tacte de renouvellement il n^est pas fait allusion à la première résolution ; mais des neuf membres qui constituaient en 1331 cette dictature, il n'en reste plus que sept en J335. Un gentilhomme et un bourgeois remplacent les deux absents. Il n'est plus question des Rouges et des Noirs dans Pacte de prorogation. Il y est cependant fait allusion en ces termes : « En outre, nous « sommes convenus avec les IX, à Tunanimité, que personne € ne portera le costume des partisans pendant lesdites cinq € années ; que jamais ils ne se réuniront au nombre de plus « de quatre, à moins qu'il ne s'agisse d'un père et de ses en- € fants et non autrement. Quiconque enfreindra cet ordre € sera expulsé de la ville et privé de ses biens.*— -Kopp^ Revue d'Alsace, année 1856^ pag. 316.

Billing, Hunkler, le Musée pittoresque^ etc., font une mention laconique de cette prorogation.

— Le 14 Décembre, le schultheiss, le bourgmestre et le sénat de Colmar donnent à l'évoque de Bâle une charte par laquelle ils s'engagent à laisser publier et faire observer dans la ville, sans difficulté ni opposition de leur part, les mandements de l'évoque et les ordres de ses officiers, et à ne les troubler en aucune manière dans leurs jugements. Cependant si un laïque en citait un autre, en ville ou en tout autre lieu, pour une difficulté dont l'évêque ou son juge ne devrait pas connaître, ce dernier devra le .renvoyer devant son juge naturel, sans s'arrêter à l'opposition que ferait le demandeur qu

son avoué pour maintenir la cause devant le juge qui en aurait d'abord été saisi. — Trouillat, tom. III, pag. 445.

Le texte de ce document démontre assez clairement que durant les troubles et peut-être depuis bien avant, la double élection par exemple, l'autorité de l'évéque de Bâle avait subi des atteintes dans la ville de Colmar. La réserve pénale démontre aussi combien le magistrat était attentif à sauvegarder le privilège des bourgeois de ne pouvoir être traduits que devant la justice impériale ou du schultbeiss.

— En Tannée 1337, un gentilhomme de Dorlisheim et un d'Ândlau rassemblent une multitude de gens à pied, assiègent Colmar et demandent qu'on leur livre les juifs pour les exterminer. A Strasbourg, on émet l'avis de marcher contre cette multitude et dès que cela est résolu, les assiégeants abandonnent leur entreprise contre Colmar et il n'en fut plus question. Les deux chefs se nommaient Rois du bracelet de cuir (Arnhleder). Cela se passa au mois de Mai. — Kœninshoven, cap. V, pag. 292. Closener dit la même chose, mais n'indique pas le mois de Mai.

Laguille, tom. /, pag. 285, est plus circonstancié, mais il confond dans une inextricable combinaison du récit les faits et les dates. Schœpflin, Al. illust , tom. V, pag. 194, adopte la leçon de Kœnigshoven, mais il ajoute que la dispersion de cette multitude fut le résultat des secours venus de Strasbourg. Billing, 2^ sém. pag. 17-18, emprunte ses informations à une source différente : En 1337, dit-il, deux gentilhommes alsaciens, Enrich, le taureau de Dorlisheim (ier unbehauené) et un d'Andlau, nommé Zimperlin, qui se donnaient le nom de rois du bracelet de cuir, arrivent devant Colmar avec plus de 2,000 hommes du peuple et demandent qu'on leur livre les juifs de la ville. « Les compagnons {buben), dit un annaliste

€ colmarien de ce temps-là, se postent devant la porte de t Deiobeim, où sont la tuilerie et les jardins. Tous les Colma- € riens, san$ en excepter les juifs, prennent les armes, sort tent par la Kerkerthor (porte de Rouffach) et dispersent € les deux rois avec toute leur bande, de sorte qu'il n'en € fut plus question. > Le Musée pittoresque, pag. iî6, fait aussi mention de cette entreprise, mais dans des termes qui impliquent une confusion semblable, à certains égards, à celle de Laguille et qui se remarque également dans Grandidier, (But. inéd , tom. IV, pag. 160-165. Pour mettre le lecteur au courant des causes et des phases de cette persécution, nous allons faire à Grandidier des emprunts que nous classons dans Tordre qui nous paraît logique et propre à dissiper les confusions, sans d'ailleurs altérer aucunement la pensée de l'historien.

t Un certain gentilhomme de Franconie ayant été tué par les juifs, son frère, qui était de l'ordre des hospitaliers, voulant venger sa mort, fit naître la fausse et horrible doctrine, débitée en Allemagne deux siècles auparavant et contre laquelle Saint-Bernard avait tant déclamé. [Voy. première partie de cette chronique, pag. 19.) Cet hospitalier inspirait aux peuples et persuadait à ses amis que le zèle et la vraie religion obligeaient les chrétiens d'égorger sans pitié les juifs pour venger le fils de Dieu que cette nation avait si cruellement fait mourir. On disait que tous les ans, à la fête de Pâques, ils enlevaient un enfant chrétien sur lequel ils renouvelaient le supplice que leurs ancêtres avaient fait souffrir au Sauveur du monde. L'horreur qu'inspirait une pareille abomination, qu'on supposait réelle, souleva de plus en plus le peuple qui, aimant à croire tout ce qui peut exciter sa fureur, ne tarda pas à crier qu'il fallait exterminer ces ennemis du nom chrétien. Une multitude infinie de fidèles se laissa préve-

nir de cette erreur qui coûta la vie à un très-grand nombre de juifs de Franconie. Les princes, après avoir fait des juifs les instruments de leurs exactions, les chassaient souvent pour leur faire racheter leur rappel au poids de l'or; En Alsace, le fanatisme était excité et entretenu par un de ces hommes singuliers que le génie et l'audace élèvent quelquefois audessus du néant de leur origine. Cet homme fongueux imprima si fortement dans toutes les âmes, l'horreur du nom de juif, il persuada si pleinement de les sacrifier, il étala d'une manière si frappante les signes du courroux céleste contre ce peuple ennemi du Christ, qu'en 1337 cette doctrine anima les populations d'Alsace. Ce paysan, cabaretier de profession, s'érigeant en prophète, fit croire d'abord aux habitants de la campagne que leur salut dépendait du courage qu'ils auraient de massacrer les ennemis et les meurtriers de celui qu'ils adoraient. Il assurait même qu'il avait eu une révélation, que tel était l'ordre de Dieu, auquel ils ne pouvaient résister sans crime. Il fut cru et l'on vit une foule de ianaliques se joindre à lui. Cette troupe de furieux marcha sous la conduite de son chef, à qui on donna le nom d'Arwfod^r, et de deux seigneurs du pays, l'un de Dorlisheim et l'autre d'Andlau. Ils allèrent se présenter devant plusieurs bourgs et villages d'Alsace. Une croix et une bannière paraissaient à la tête de cette procession de faux zélés; ils furent reçus presque partout, môme avec joie. Armleder, à qui on donna le nom de roi, voyait chaque jour grossir le nombre de ses partisans. Les marchands abandonnaient leur négoce, les artisans quittaient leurs ouvrages, les paysans négligeaient de labourer la terre. Ils composaient une armée qui, au premier ordre, marchait où il plaisait à son chef, n'ayant d'autres armes que des haches, des serpes, des boyaux; les artisans des instruments de leurs métiers, quelques épées et quelques javelots; en plusieurs endroits, ils

firent une horrible boucherie des malheureux juifrî. Les juifs eux-mêmes augmentèrent le carnage : Les pères, voyant qu'Us ne pouvaient éviter la mort, étranglaient eux-mêmes leurs enfants ou les jetaient dans des précipices pour empêcher qu'on en fit des chrétiens; il y en eut plusieurs qui se tuèrent eux-mêmes après avoir fendu le ventre à leurs femmes. Les juifs des environs de Colmar cherchèrent un asile dans cette Tille. Armleder osa Tenir les demander; le peuple de Colmar Toulait qu'on les lui livrât. Les magistrats et les plus considérables bourgeois, ayant horreur de cette inhumanité, s'y opposèrent et prirent les juifs sous leur protection. Les fanatiques, irrités de ce refus, mirent le siège devant Colmar, blessèrent quelques citoyens et firent de grands dégâts dans les moissons et les vignes d'alentour. >

Repoussés de Colmar, les persécuteurs portèrent ailleurs leur fanatisme et ses fruits exécrables. Leurs exploits durèrent deux ans, car, en 1338 et 1339, ceux de Rouffach, ainsi que l'atteste une inscription au chœur de l'église, furent tués ou brûlés. Grandidier, pag. i64. — Au surplus on verra Colmar entrer dans une alliance pour arrêter ces massacres, alors vraisemblablement qu'il ne restait plus beaucoup de besogne à faire pour arriver à l'entier anéantissement des débris de la nation juive répandue en Alsace. Mais ceux qui échapperont cette fois sous la protection des murs de quelques villes libres, des évêques et de quelques seigneurs intéressés à leur conservation, ne tarderont pas à être soumis encore à de plus cruelles épreuves.

— Le 22 Août, Louis de Bavière, étant à Nuremberg, donne un diplôme par lequel, en considération de la fidélité et des services de la ville à l'empire, il confirme le privilège accordé aux Colmariens par ses prédécesseurs, de n'être justiciables que du tribunal du schultbeiss. L'original doit se trouver aux

archives de la ville. — Bœhmer^ addii.êecund ^ Leipzig, 18469 pag. 325-326.

C'est probablement à ce titre que Hunkler, pag, 44, tan allasion en disant que Louis confirma le privilège de 1293 ; il aurait dû dire : de 1278.

— Neuwiller était le siège de plusieurs familles nobles, qui y résidaient, les unes dans l'intérêt de leur sûreté, les autres à cause des charges qu'elles occupaient près de l'abbé. On y trouTe la famille de Colmar.— ScAap/lm, Ak, illust,^ tom.IVy pag. 501.

— Les revenus de la cour de Lauffon étaient engagés au -^i^ prévôt du chapitre de Saint-Martin de Colmar, en garantie d'une certaine somme avancée avec le consentement du chapitre. — Trouillat, tom. III , pag. 779.

A la fête de la conversion de Saint-Paul, (25 Janvier 1338), les juifs de Rouffach sont tués, mais plusieurs se réfugient à Colmar. — Berler^ cod. diplom. de Strasb.^ tom. 11^ pag. 23, el Grand, loc. cit. pag. 164.

— Louis, informé de ces désastres, vint lui-même à Colmar, avec l'impéralrice Marguerite, pour arrêter le cours de ces désordres. Sa présence dissipa l'armée d'Armleder, qui se relira sur les terres de Lorraine. Les juifs vinrent trouver l'empereur et exposèrent leurs sujets de plainte. Ce prince en parut touché et écouta les remontrances de ceux qui prenaient leur défense. L'impératrice, qui n'approuvait pas la sensibilité de son époux, se servit d'un moyen singulier pour lui faire sentir son mécontentement : elle fit, un jour de jeûne, servir du gras à la table de son époux ; l'empereur fut surpris et voulut en savoir la raison : n'en soyez pas étonné, lui dit l'impératrice, car, puisque vos sentiments s'accordent avec ceux des juifs.

vous ne devez pas faire difficulté de manger les viandes dont ils usent. Ce reproche fit prendre à Louis la résolution de ne plus se mêler de cette affaire et de se contenter d'avoir obligé Armleder de renoncer à assiéger Colmar. — Laguille^ tom, /, pag. 285, et Grandidiery qui le copie lUtérakment^ tam. IV, pag. 164-165.

Les regestes de Bœhmer, addit, secund., Leipzig-1846, pag. S26 et addil. tert,, In8bruck-1865y pag. 370, permettent de fixer exactement la date de la présence de Louis de Bavière à Colmar. Il y séjourna dix jours au moins, du 3 au i 3 Mars, et il ne fut pas inoccupé, ainsi qu'on va le voir :

A peine était-il arrivé que les évéques de Strasbourg et de Bâle vinrent le joindre, suivis d'une armée de vassaux. Ils venaient lui faire leurs doléances au sujet de difficultés survenues dans l'église de Strasbourg à propos de la prévôté du . chapitre de la cathédrale.

La prévôté étant devenue vacante par la mort du titulaire, les chanoines se partagèrent entre Jean de Lichtenberg et Ulrich de Signow, neveu de l'évéque Berthold de Bucheck. Ce dernier ayant confirmé l'élection de son neveu, il se forma une ligue du parti contraire, à la télé duquel se trouvait Conrad de Kirkel. La discussion s'envenima à tel point que l'évéque fut séquestré et ne fut rendu à la liberté qu'aux conditions les plus dures et les plus humiliantes. Louis, qui était toujours excommunié par le pape d'Avignon, avait eu constamment contre lui les deux évoques, chefs des Gibelins du pays, affaiblis maintenant par les déchirements que leur ambition avait provoqués au sein même du parti. D'ailleurs, Louis de Bavière régnait malgré l'Eglise «t celle-ci commençait à prévoir qu'il lui devenait impossible de l'en empêcher ; les mécontents faisaient donc des essais pour se concilier la force du bras séculier. Louis se contenta de donner de bonnes paroles aux

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évêques, et celui de Strasbourg comprit, à l'audience de Colmar, que le moyeu de parvenir à son but, le rétablissement de son autorité sur le siège épiscopal, était de travailler à la réconciliation du trône et de Tautel. Tel fut le résultat de la cour que le» deux évéques vinrent faire à Louis de Bavière, à Colmar, dans les premiers jours de Mars 1338. — Voy. à ce sujet la chronique de Mathias du Neubourg^ édit. de Sluder^ pag. 103.

Louis eut à s'occuper encore d'une autre difficulté qui intéressait l'Alsace et le Brisgau. Le comte Frédéric de Fribourg, Gibelin aussi, était depuis longtemps en lutte avec les Fribourgeois qui refusaient d'obéir à son autorité ; ces Fribourgeois étaient probablement du parti Guelfe, car les Noirs ou les Guelfes d'Alsace avaient pris fait et cause pour eux contre leur duc. Le 3 Mars, Louis ordonne à Albert de Hohenberg, son landvogt en Alsace, et aux populations de la province ainsi qu'à celles du Brisgau, de ne plus inquiéter le comte Frédéric pour avoir repoussé les plaintes que les Fribourgeois élevaient contre lui. ~ Le 5 du même mois, il signifie audit comte que les Fribourgeois sont amnistiés d'avoir refusé d'obéir au tribunal impérial. — Le 13 dudit mois de Mars, il donne en toute propriété, à Armand de Hadslatt, la maison qui a appartenu au juif Simon, à Munster, tombée dans le domaine impérial. Ces trois pièces diplomatiques sont datées de Colmar, où l'empereur se trouvait donc du 3 au 13 Mars, avec l'impératrice Marguerite. Notons, en passant, que la maison de Munster donnée à Armand de Hadstatt, était probablement tombée en déshérence à la suite de l'extermination de son propriétaire par les pieux soldats des deux genlilhommes de Dorlisheim et d'Andlau, s'abritant sous la triste royauté d'un cabaretier et d'une populace égarée. On peut voir dans Materne Berler, tùm. Ily pag. 45 du code diplom. de Strasbourg, un acte de

largesse de même nature dont Téglise de Gundolsheim bénéficia après Textermination des juifs de Rouffach.

— Nous trouvons dans Schœpflin, Als. illustr., tom. V, pag. 194, et dans Billing, 2^ sém. pag. /*, la mention snivante : Louis de Bavière engage à la ville de Colmar toutes les richesses des juifs en garantie de 4,000 livres (Heller— liv. deBâle= 16,000 liv. tournois) que la ville lui prête. M. Mossmana, Etude sur Fhist. des juifs, à Colmar , pag. 4, est plus circonstancié et plus précis; il dit: t Le 13 Mars 1338^ à Colmar^ € Louis de Bavière déclare le prévôt (schultheiss), le Conseil € (sénat) et les oourgeois responsables pendant deux ans, € corps et biens, dettes et taxes, des juifs qui habitaient parmi € eux, jusqu'à concurrence des sommes dont ils étaient redet vables envers l'empire, m

Nous ne trouvons aucune autre mention concernant le titre auquel Schœpflin, Billing et enfin M. Mossmann tirent les in dications qui précèdent. Il existe probablement aux archives de la ville de Colmar, la brochure de H. Mossmann ayant paru en 1866. Si ces indications proviennent de la même source, ce qui nous parait probable, voici, à notre avis, comment il faut lire ou interpréter le titre :

Avant de quitter Colmar, c'est-à-dire le 13 Mars, Louis de Bavière prélève sur la ville un impôt de 4,000 livres bâlois qu'elle récupérera, dans l'espace de deux années, sur les juifs qui habitent la ville, et que l'empereur a pris sous sa protection.

En quittant Colmar, l'empereur se rendit à Schlestadt. Le 16 Mars il était dans cette ville, et le 28 à Spire.

— Dès que l'empereur fut sorti de la province, les fanatiques retournèrent devant Colmar, dans le dessein de pousser plus vivement leurs entreprises. — Laguille et Grandidier, op. et pag. cit.

Nous n'avons pu découvrir sur quelle autorité est basée cette indication si précise. En l'absence de preuve, il faut se contenter de la probabilité que les événements suivants fourniront.

— Berthold de Bucheck, évéque de Strasbourg, était loin d'approuver une persécution si injuste et si capable de rendre le christianisme odieux. Sentant, conjointement avec les seigneurs et les villes d'Alsace , qu il était temps d'arrêter le cours du mal et de s'unir pour en prévenir les suites, ils firent entr'eux une ligue par laquelle ils s'engagèrent à prendre les armes contre Armleder, à poursuivre jusqu'à la mort quinze de ses principaux partisans et à traiter en ennemis ceux qui leur donneraient retraite. Ce traité fut signé à Colmar le mardi avant l'Ascension 1338 (19^Mai). L'évéque de Strasbourg était à la tête de cette confédération, dans laquelle furent compris Albert de Hohenberg, landvogt d'Alsace, Jean, lieutenant des ducs* d'Autriche, Jean-Ulrich de Haus, leur bailli à Ensisheim, Conrad- Werner de Murnhard, abbé de Murbacb, les seigneurs de Rappolstein, Jean de la haute-ville, Jean et Anselme du Haut-Rappolstein, et en outre les villes de Strasbourg, Hapenau, Colmar, Schlestadt, Obernai, Rosheim, Mulhouse, Kaysersberg, Turckheim, Munster et Neubourg. — La puissance et la qualité de ces seigneurs intimidèrent Armleder et Tobligèrent de se retirer de devant Colmar, contre laquelle il avait fait d'inutiles efforts. Armleder fut pris, on le fit mourir, et son exécution fit bientôt dissiper et disparaître tous ses partisans. Mais quand le peuple a été une fois ému par un faux zèle de religion ou par la persuasion qu'il y va de son intérêt, il est aisé de le remettre en mouvement : c'est un incendie étouffé qu'une étincelle peut bientôt réveiller. — Grandidier^ œuv. hi$l. inéd.f tom. III^ pag. 12.

Le traité d'alliance est dans les arch. imp. de Lunig,

tom. III, pag. 12, H est également signalé par Laguille, tom, /, pag.285, et par Bœhmer, reg. imp. Franckfort, i8S9,pag.245, ainsi que par le Musée pittoresque, pag. 126.

— Le 6 Août, Colmar prend part à Talliance qui est conclue à Franckfort, où elle s'était fait représenter sur l'invitation de l'empereur; cette alliance avait pour but de protéger les droits, libertés et usages de l'empire, ainsi que les alliances particulières conclues entre les villes. Outre un grand nombre . de seigneurs laïques et ecclésiastiques, les villes de Haguenau, Schlestadt, Obernai, Mulhouse, Kaysersberg, Munster et Turckheim y figurent avec Colmar comme parties contractantes. — Bœhmer^ reg. imp. Franckfort^ 1839, pag. 245-246.

C'est à ce traité que le Musée pittoresque, pag. 126, fait allusion en disant que les villes d'Alsace prirent part enfin à la paix provinciale.

— Le 18 Septembre^ dans la môme ville de Franckfort, Louis de Bavière promulgue les traités conclus pour assurer la paix en Alsace, déclare injuste et criminel l'acte de violence commis par Conrad de Kirkel contre l'évêque Berthold, ne plus vouloir tolérer désormais de semblables violences, ordonne qu'on vive en paix comme un peuple uni et solidaire sous l'autorité de l'évêque. Et aussitôt il dépêche, à Colmar spécialement. Wolfram, maître de l'ordre teutonique, pour y faire connaître ses intentions. — Bœhmer, addit. prim. Leipzig, 1846, pag. 327.

Une indication préalable est nécessaire pour faciliter l'intelligence des extraits que nous puisons dans nos livres spéciaux concernant l'action politique de la ville de Colmar en cette année.

Des négociations avaient été entamées par les évêques d'Allemagne pour réconcilier Louis de Bavière avec l'Eglise. Elles

forent traversées par le roi de France auprès de Benoit XII, qui avait succédé en 1334 à Jean XXII. Berthold de Bucheck, évoque de Strasbourg, était demeuré fidèle à la cause du pape, et, malgré le rapprochement qui s'était opéré entre lui et Louis de Bavière à Colmar, l'année précédente, Berthold refusait de prêter foi et hommage à un empereur excommunié. Cette résistance ralluma la guerre en Alsace, et Colmar va de nouveau accuser sa couleur politique en participant à la lutte que la division eotre le trône et l'autel ne cesse de provoquer.

— Louis de Bavière donne, de Munich, le 29 Mai, l'ordre aui villes du Rhin, alliées pour maintenir la paix dans la province, de prêter leur appui à son fidèle Conrad de Kirkel et de faire la guerre à l'évoque de Strasbourg, rebelle aux ordres de l'empereur, dont il refuse de prendre l'investiture de l'évêché. — BœhmeTy reg. imp. Franckfort, f839, pag. 126,

Schlestadt fut la plus prompte à obéir. Jean de Eckerich (Echery) et quelques autres gentilshommes de cette ville, vassaux on amis de Conrad de Kirkel et de Jean de Lichtenberg, mirent le feu dans quelques villages de la dépendance de l'évôché, pendant que Berthold rassemblait des troupes pour assiéger Schlestadt. L'abbé de Murbach et même le comte de -^ Wurtemberg, contre lequel Berthold avait eu des guerres à soutenir au commencement de son épiscopat, lui envoyèrent chacun un renfort de 300 hommes à condition qu'ils ne serviraient pas contre les villes de l'empire. Le val de Liepvre fut ravagé par l'évéque, et tandis qu'il pressait le siège de Schlestadt, ceux de Colmar et d'Obernai, ayant donné secours à Conrad de Kirkel et à Nicolas de Salm, portèrent le fer et le feu dans les terres de l'évéque. L'évoque s'avança avec 200 hommes vers Obernai et ravagea les environs ; le même jour ceux de Cohnar et de Schlestadt ravagèrent Pfaffenheim et

Guebwiller qui furent réduits en cendres. — Grandidiery ceuv. hist. inéd, tom. IV, pag. 151-15S,

Biiling, 2^ sém. pag. 182, et Hunkler, pag. H4, font mention des ravages dont Pfaffenheim et Guebwiller eurent à souffrir; ils en fixent la date à Tannée 1340. Aufschlager, iom. I, pag. 201^ fait de môme et sans s'expliquer d'une manière précise sur Tannée de Tévénement, il semble le placer en Tannée 1337 ou 1338. LaguiHe et Schœpflin sont muets sur cet épisode de la guerre. Grandidier, auquel nous empruntons le récit, ne s'explique pas non plus sur Tannée où il se consomma. Bœhmer, d'après Albert de Strasbourg, apud Ursiisium i, 1S1, et Studer, édii. de 1867, pag. 107, mettent fin à Hncertilude.

Ainsi Colmar, sous la dictature des IX, et le schultétat de Conrad d'Urselingen que, d'après les notes fournies par M. Dietrich, nous trouvons investi de cette dignité depuis 1335 jusqu'en 1341, Colmar, disons-nous, suivit le parti des Guelphes et combattit celui des Gibelins dans lequel les populations du Haut-Mundat, Pfaffenheim et Guebviller entre autres j^ étaient entraînées par leurs seigneurs, Tévéque de Strasbourg

et Tabbé de Murbach.

La ville de Strasbourg, dit Grandidier, qui, par toutes ces guerres, avait souffert beaucoup de dommages de la part de Tavoué de l'évoque, déclare qu'elle prendra les armes contre Berthold s'il ne se soumet pas à Tempereur. L'évêque finit par céder, et jusqu'à ce que de nouvelles causes de troubles surgissent, Colmar parait avoir joui d'une tranquillité complète, car nous ne trouvons aucune trace d'événements notables dans son sein pendant les années 1340 et 1341. Nous recueillons en passant les faits qui vont suivre.

— Les 7 Mai et 8 Juin, Jean, dit Jung, chevalier de Stras-

bourg, et sa femme Sasanne, promettent de payer une censé annuelle de sept quartauts de blé au commandeur des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem de Colmar, surles biens qu'ils ont hérité de feu Egenolphe de Rathsamhausen et de... dit de Wineck (André?). Ces tiens sont situés à Steinbrunn. - J^ Trouillat, tom. III, pag. 788.

-* Elisabeth, fille de Jean du Hant-Rappolstein, entre au couvent des dominicaines d^Unterlinden de Colmar, auquel ^ elle apporte une rente à percevoir annuellement à Guémar.

— Luck^ f» 402 verso.

— Lç 28 Septembre, Hartmann de Rathsamhansen, patron de l'église de Niedermorschwille r (Morswilr), donne au couvent de *^ Saint- Jean de Colmar ( probablement les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et non le couvent de Saint- Jean ou d^Unterlinden) une rente annuelle de cinq quartauts de blé que feu son on* Ole, André de Wineck, avait affectée à une messe perpétuelle dans le susdit couvent. Cette rente doit être prélevée sur celle de quinze quartauts qu'il perçoit à Steinbrunn-le-Haut. Elle yt) est rachetable, par cinq marcs d'argent, poids de Cohnar. —

— Ttouillat, tom. III, pag. 794.

Trouillat commet une erreur en traduisant Morswilr par ^ Niedermorswiller, du canton sud de Mulhouse. Il s'agit de Niedermorschwir du canton de Kaysersberg. On a vu que les Morswilr étaient investis du château de Plixbourg, au titre de fief impérial et que le Wineck, voisin de Niedermorschwir, audessus de Katzenthal, était aux Rathsamhausen. On a vu encore que des membres de la famille Rathsamhausen ont fait partie successivement des chevaliers de la commanderie de Saint-Jean de Colmar.

Avant de passer à Tannée 1342, il importe de remarquer que les pouvoirs de la dictature des IX, établis le 27 Mai 1331

pour une période de cinq ans et renonvelés le 27 Mai 1336 pour une même période, étaient expirés le 27 Mai 1341. Nous ne trouvons aucune trace de la prorogation de ces pouvoirs en Tannée où nous sommes. On peut donc conclure qu'après dix années de ce régime, le magistrat de Colmar était rentré dans le plein exercice de ses droits. Constatons enfin que Tannée 1341 est la dernière où les notes recueillies par M. Dietrich attestent que Conrad d'Urselingen était encore schultheiss de la ville; que la famille d'Urselingen, de la Souabe, était la souche des Rappolstein, et que ceux-ci étaient, comme Conrad d'Urselingen, le schultheiss de CoUnar, dévoués à la cause de Louis de Bavière.

— Le 2 Mars, Colmar se ligue avec Henri de Rappolstein, seigneur du Hohenack, Jean de Rappolstein, seigneur de la Haute-Ville, Ulrich et Jean du Haut-Rappolstein, les villes de Mulhouse, Munster, Turckheim, Kaysersberg, Riquewihr et Bergheim pour refuser d*un commun accord la nouvelle monnaie de Bâie que Jean de Munsingen, évêque de Bâle, les a invités à accepter et dont 3 livres et 5 sols forment le marc^ 2 deniers équivalant à 5 deniers de Tancienne. Cette lourde monnaie ne peut devenir usuelle et tout le monde la refuse. Les contractants s'engagent mutuellement à ne point Taccepter et se déclarent solidaires des dommages, qui pourraient résulter de ce refus, de la part de Tévéque ou de ses officiers. Si Tune ou Taulre des parties ne demeure pas fidèle à Tengagement, les autres sont autorisées à saisir ses biens sans autre forme de procès. — Schœpflin, Als. diplom., tom. 11^ pag. IH- 175,

— Ulrich de Hus prend en fief, du prieuré de Sai nt-Pierra Jfx de Colmar, moyennant une mise annuelle de cinq mesures de

vin, la moitié du village de Wasserbourg que son père, Die-

trich de Hos, tenait du même prieuré depuis 1286. — BMing^

/« sém.. pag. 386.

— Le 22 Avril, Elisabeth de BoUwiller, demeurant à Soullz, lègue par testament une rente, de 3 livres au couvent des Ca- Serinette s de Colmar, où sa sœur est religieuse et une de iO sols au couvent d'Unterlinden. — Trouillat. tom. IIl^ pag. 808.

— Colmar prend part au traité conclu, le 22 Mai, entre révoque de Strasbourg, les frères Louis et Frédéric, comtes d'Œ' tingen et Landgraves de la Basse-Alsace, les villes de Strasbourg, Haguenau, Colmar, Schlestadt, Obernai, Rosbeim, Mulhouse, Turckheim et Munster, ayant pour but d'assurer la paix de la province (Landfrieden) depuis un mille au-dessus de Mulhouse jusqu'à Seltz de ce côté-ci du Rhin, et de la Kintzig jusqu'à rOos sur l'autre rive. Le traité est publié dans Wencker, disquisitio de Vssburgeris, pag. 53-59. Il est signalé par Grandidier, (Euv. inéd.^ tom. IV, pag. 166, et dans ses vues pittoresques, Notice sur Kaysersberg, pag. 4, mais par erreur à la date de 1342.

Cette confédération en dehors de l'autorité souveraine prit le nom de combourgeoisie ou de Landrettung. Elle avait^ comme l'exprime exactement la désignation allemande, pour objet d'assurer la tranquillité du pays, la sécurité des personnes laïques ou ecclésiastiques^ chrétiennes ou juives, de les protéger ainsi que les propriétés, contre les violences des bandes armées ou errantes dans la province, et de pourvoir à la sécurité du commerce sur les routes et les voies navigables, le Rhin principalement. Elle fut conclue pour deux années, plus le temps qui courut du 22 Mai à la Saint-Martin 1343. On la verra renouveler en 1345 et 1347.

Le 11 Décembre Louis de Bavière signe, à Uhn, un res-

^ crit par lequel il déclare que Tadrocatie de Pabbaye de Pains, revendiquée par Henri de Rappolstein, seigneur du Hohenack, ne lui appartient pas. Il charge les villes de Strasbourg el de Colmar de protéger et de défendre ladite abbaye de manière à ce qu^elle demeure en jouissance de tous ses droits et privilèges. Le texte est publié par Schœpflin, Als. diplom., totn. Il, fog. 177 et signalé par Bœhmer, lot. cU.y pag. 148.

Le 23 Octobre, Jean de Munsingen, évéque de Bâle, vend à réméré, pour mille florins de Florence, à Henri Fraveler, bourgeois de Bâle, une rente annuelle de 220 quartauts {vier^ tel) de céréales, dont 100 quartauts de froment, 100 quartauts d'orge et 20 quartauts d'avoine, que l'évêché ou l'église de Bâle perçoit à Wasserbourg, Soultzbach, Wihr-au-Val, Thanenkirch, Orbey, Bergheim, Elenweiler (village détruit), Mitteiwihr, Ingersheim, Ostheim. Bischwir, Wihr-en-plaine, Roderen, Andolsheim et Colmar. — Trouillat, tom. lU, pag, 561-564.

— Le 26 Octobre, sur la demande de Werlin Kûssepfen* ning, schultheiss de Colmar^ le même évéque accorde, aux frais dudit schultheiss, de nouvelles lettres d'indulgences au chapitre de Sainl-Martin. Il est probable que le produit de ces indulgences dut être appliqué à l'achèvement de la tour. — Schœpflin, Als. illust.y tom. V, pag. 188.

Louis Scbnéegans, Revue d'Alsace, 1852, pag, 276, dit la même chose et ajoute que l'importante série de documents qui se rapportent à la construction du nouveau chœur ne s'ouvre qu'en 1350 par l'échange d'un terrain dont il sera question en temps et lieu.

Deux remarques sont à faire relativement à ces extraits :

Ils constatent en premier lieu que Conrad d^rselingen

avait cessé d'être schultheiss en 1344 et que Werlin Eussepfenning était revêtu de cette dignité. On a tu que Conrad était encore en fonctions en 1341 ; il est donc probable que Werlin fut son successeur immédiat.

En second lieu, quand Schœpflin et Schnéegans écrivaient, la résolution du chapitre de Saint-Martin, prise en 1315, de remplacer l'ancien chœur par une construction nouvelle, et l'approbation de l'évoque de Bâle étaient encore dans l'oubli. On conçoit dès lors que ces historiens aient considéré les lettres d'indulgences qu'ils ont rencontrées comme ayant pour objet d'achever la tour. Or, nous pensons que toutes les parties de l'édifice, moins le chœur, étaient à peu près achevées en 1315, et que les ressources créées depuis, jusqu'en 1350, avaient pour but d'arriver au remplacement de l'ancien chœur par la construction du chœur actuel. Les événements survenus de 1315 à 1341 n'étaient pas de nature à favoriser l'exécution de ce projet ; en 1344, le schultheiss et le chapitre durent faire de nouveaux efforts, pour être prochainement en mesure d'y mettre la main. On verra tantôt que, malgré de nouveaux obstacles, l'œuvre fut enfin commencée.

— Le 3 Mars, Colmar prend part au renouvellement de l'alliance conclue le 22 Mai 1343 pour assurer la tranquillité dans la province. Les seigneurs et les villes que nous avons désignés en 1343 sont encore tous parties contractantes. D'autres se joignent à eux dans l'acte de 1345 ; ce sont : Henri , -^ abbé de Murbach , pour les possessions de son abbaye ; Jeanne de Montbéliard, comtesse de Katzenellenbogen, pour le pays de Montbéliard ; Ulric-Thiébaut d'Asuel, bailli de la duchesse d'Autriche, pour le Sundgau ; Pierre de BoUwiller, landvogt de la Haute-Alsace, pour les possessions des ducs d'Autriche ;

et Hanneman de Haas, bailli d'Eosisheim, pour les mêmes dacs ; de sorte que ce nouveau traité d'alliance comprenait cette fois toute la province d'Alsace et TOrtenau, où il s'agissait encore de se protéger mutuellement contre les bandes armées que le mouvement d'Armleder contre les juifs avait engendrées et qui désolaient le pays par leurs brigandages s'exerçant indistinctement sur les prêtres et les laïques, les chrétiens et les juifs. Les stipulations du traité sont à peu près les mêmes qu'en 1343 ; mais il doit durer du jour où il est signé, à Scblestadt le 3 Mars, jusqu'à la Saint-Grégoire (12 Mars?), et de cette date pendant cinq années conséôutives. Le traité est publié par Wencker, de Usburgeris^ pag. 59-63, signalé par Schœpflin, Ah, diplom. tom, II, pag. iSO, par Bœbmer, loc. cit., pag. 246 , et par Trouillat, tom. III, pag. 829.

— Le 28 Octobre, Berthold de Bucheck, évêque de Strasbourg, notifie au doyen et au chantre du chapitre de Samt- Martin de Golmar une bulle du pape Jean XXII, qui l'institue juge et conservateur des droits et privilèges des frères prêcheurs dans toutes les parties du monde « Datum inRubiaco. » ^ (original dans la collection de M. Zimberlin). - Trouillat- Vautrey, tom. V, pag. 691.

n s'agit vraisemblablement de la notification de l'évêque datée de Rouffach, le 3 Mars, et lion de la bulle de^ Jean XXII. Ce pape était mort le 4 Décembre 1334 et avait été remplacé par Benoit XII, mort le 25 AvrU 1342. Lorsque Berthold notifia la bulle de Jean XXII au chapitre de Golmar et généralement à toutes les principales églises de son diocèse, Glément VI occupait le siège pontifical.

^ — Le 27 Mars, Louis de Bavière se trouvant à Marbach, en Wurtemberg, mtervient en faveur des juifs de Gohnar et de

Schlestadt. Les ducs de Wurtemberg, Eberhard et Louis^ les attaquaient^ par leurs mercenaires, au sujet des créances que les Juifs avaient sur leur père, et que l'empereur avait cependant réduites, les juifs lui appartenant corps et biens, c'est-à-dire faisant partie du domaine impérial. Il prescrit à ses landvœgt d'Alsace, les comtes Frédéric et Louis d'Œttingen, de signifier aux ducs de Wurtemberg de cesser leurs attaques contre les juifs de ces deux villes et de ne plus inquiéter ces dernières à ce sujet. L'empereur va plus loin : il exige la restitution des titres de créances dont ils ont été déchargés. ~ Bœhmer, reg. imp., Franckfort, i839, pag. i56.

— Charles, marquis de Moravie, fils de Jean, roi de Bohême, ayant été élu roi des Romains, le 11 Juillet, à Reus, par quatre électeurs Gibelins ou opposés à Louis de Bavière, ce dernier convoque les villes du Rhin à Spire, où leurs députés se réunissent au mois de Septembre et décident unanimement que les villes resteront fidèles à la cause de Louis, n'auront aucun égard à l'élection qui venait d'avoir lieu, ni à l'appui qu'elle recevrait de la part du pape d'Avipon, Clément YI , et ne permettraient point que des appels publics eussent lieu dans leur sein contre l'empereur Louis. — Bœhrmer, reg. imp., Franckfort, 1839, pag. 57 et 59.

— Cependant Charles, marquis de Moravie, élu roi des Romains l'année précédente, était entré en Bavière où il commit quelques dégâls. Il se disposait à porter la guerre plus loin, lorsqu'il apprit la mort de Louis, frappé d'apoplexie, le H Octobre. Quelques seigneurs, le duc de Wurtemberg entre autres, s'étaient immédiatement déclarés pour Charles IV. Mais il y avait aussi des dissidents. Les villes étaient inquiètes sur le parti à prendre. L'évéque Berthold de Bucheck les convoque à Strasbourg, et les décide à se déclarer en faveur de

Charles IV. Ce dernier était d'ailleurs appuyé du crédit de la maison de Lichtenberg, dont un des membres, Jean, doyen du chapitre de la cathédrale et qui sera plus tard évêque, arrive à Colmar le 14 Novembre, chargé des pouvoirs de Charles IV, et confirme, en son nom, à la ville de Turkheim les droits, libertés et coutumes que lui avaient accordés les rois et empereurs précédents. La charte est dans la Diplomatica de Schœpfflin^ tom, II, pag. 187.

— La charge de schultheiss de la ville de Colmar est engagée par Pempereur Charles IV, pour 200 marcs d'argent, à Burchard Munch de Bâle. Il ordonne que si ce schultheiss veut se démettre de sa charge, dans le délai de dix ans, (délai qui était probablement la durée de rengagement)^ il soit proposé à la ville de l'acheter. — Schœpflin, Als. illust.y tom. F, pag, 200 et note 9.

Strobel dit, tom. II, pag. 247, que ce même Munch reçoit de Charles IV en engagement pour 1,000 marcs d'argent, la ville de Kaysersberg, le château de Plixbourg, le val de Munster et Turckheim. Ainsi, à l'avènement de Charles IV, le schultheiss de Colmar devient maître engagiste, pour l'empereur, de l'autorité sur Colmar et les places fortes d'alentour.

Que va être sous cet empereur et ce schultheiss le régime intérieur de la ville de Colmar? sera-t-il Guelphe ou Gibelin, ou bien l'élément bourgeois continuera-t-il à forcer les partis de compter avec lui et de respecter l'indépendance de la ville libre t Pendant dix ans la dictature des IX avait eu la main assez ferme pour mettre le pouvoir à l'abri des assauts que lui livraient les nobles; elle avait aussi été assez sage pour ne pas les exclure absolument, tout en leur imposant des conditions propres à prévenir les collisions et à maintenir la tranquillité intérieure. De fait la bourgeoisie de Colmar était attachée à la cause de Louis de Bavière, non à celle des ducs

d'Autriche, parce que Colmar, ville libre et impériale, avait intérêt à relever directement de l'empereur, en un mot à sauvegarder son immédiateté au lieu de la perdre en se plaçant, comme d'autres villes de la Suisse et du Sundgau, Ensisheim par exemple, sous la dépendance des subalternes de la maison d'Autriche. A l'expiration de la dictature décennale des IX, les passions étaient assez calmées pour que le magistrat reprît la direction des affaires dans les conditions normales. Mais à la mort de l'empereur tout peut être remis en question ; nous allons voir quelles mesures sont jugées nécessaires à l'avènement de Charles lY.

— On arrête un nouveau règlement en vertu duquel le magistrat sera, à Pavenir, de trois stettmestres et de vingt-quatre sénateurs, dont la moitié sera fournie par les clubs nobles, le Wagkeller et la Couronne^ et l'autre moitié par les bourgeois. Hais comme des bourgeois riches étaient membres de ces clubs, le règlement a soin de stipuler que huit des douze sénateurs qu'ils sont appelés à nommer^ seront pris parmi la noblesse ; de sorte qu'en réalité celle-ci ne participait à la formation du magistrat que dans la proportion d'un tiers. En même temps, il fut arrêté que chaque tribu se donnerait, par voie d'élection, un chef dont le pouvoir durerait également une année et qui, selon Billing, 2^ sém,^ pag. 85, avaient ensemble pour attribution de contrôler la gestion des affaires, (Zu Richtern gesetz wurden).

Ce règlement est consenti pour dix années et garanti par Jean de Lichtenberg, en vertu des pouvoirs que Charles IV lui a conférés et dont on l'a vu tantôt faire usage à Colmar au profit de la ville de Turckheim.

On a vu encore qu'en 1331 le magisti:at fut composé de quatre stettmestres et de vingt-quatre sénateurs élus dans la même proportion par les diverses tribus. L'organisation de 1347 dif-

fère donc de la précédente en ce que : trois stettmestres, au lieu de quatre, remplissent, à tour de rôle, pendant quatre mois au lieu de trois, les fonctions de cbefs de Tadministralion. L'innovation ne consiste en quelque sorte que dans l'institution d'une doublure du sénat fournie par les tribus et dont les attributions et les prérogatives iront grandissant jusqu'à ce que le pouvoir local soit devenu tout à fait dépendant de ce nouvel élément. — Inutile d'ailleurs de faire observer que cette réorganisation laisse intactes les attributions du schultheiss. La ville n'y touchera que lorsqu'elle aura acquis pour elle cette dignité et qu'elle en aura obtenu la confirmation. Mais alors elle lui fera des conditions qui marqueront l'apogée du triomphe de la démocratie bourgeoise.

— L'empereur Charles IV, engage à Bourcart d'Eptingen et consorts, pour 200 marcs d'argent, la contribution que les juifs de Colmar paient à l'empire et qui s'élève à 20 marcs par an. C'était donc dix pour cent que les engagistes touchaient du capital fourni à l'empereur. — X. Mossmann^ étude sur Vhistoire des juifs à Colmar, pag, 5.

— Charles IV déclare les bourgeois de Colmar affranchis du droit de sauvetage ou de main-mise sur les marchandises naufragées, qu'exercent les habitants des bords du Rhin. Il ordonne que tous les objets sauvés du naufrage seront rendus à leurs propriétaires. — Hunkler, pag. 80, Nous ignorons la source de ce renseignement.

— Au mois de Janvier on sentit un tremblement de terre des plus épouvantables. Il y eut trente-six villes et châteaux qui furent renversés. La terre s'ouvrit en divers lieux et engloutit des villages et de§ hommes. — JSovt?^, Annales du comté de Neuf'Chatel et Valangin, tom, I, 2^ partie, pag. Si 3.

— Les nobles de Cohnar avaient subi la réorganisation du

magistral de Tannée précédente ; ils ne Pavaient sollicitée ni acceptée. Le club du Wagkeller paraît cependant ne pas lui avoir opposé une résistance ouverte ; celui de la Couronne au contraire^ qui se composait de seize nobles et de quatorze bourgeois notables, se mit, sous la bannière des Wittenheim, en hostilité avec la ville. « Les bourgeois furent les plus forts et appliquant aux dissidents la peine de leur parjure, ils les déclarèrent infâmes, privés du droit de bourgeoisie et confisquèrent leurs biens. y> Jean de Rappolstein et Hugues de Hohenberg sont choisis comme arbitres du différend et il parait que ces arbitres prirent fait et cause pour les Wittenheim et leurs adhérents. Colmar résista, s'empare du château de Gh sperg à Walbach, qui servait de refuge à des partisans des Wittenheim et du club de la couronne. Cet acte de vigueur fut suivi d'un armistice qui devait durer de la Saint-Jean à la Saint-Martin. Les prisonniers faits de part et d'autre furent rendus, mais ceux qui furent pris à Walbach demeurèrent exclus comme gens dangereux et le château resta occupé par ceux de Colmar. — Schœpflin, Als. illust., tom. Y^pag. iOS, Billing, 2^ sém,, pag. 4 et Musée pittoresque, pag, 127,

— Le Landvogt, Jean de Fénétrange, qui venait de rétablir à Mulhouse les nobles que cette ville avait également expulsés, vient à Colmar avec la résolution d'en faire autant dans cette ville ; mais voyant que le peuple commençait à se mutiner, il se retira dans la persuasion que quand on ne se sent pas assez de force pour dompter une populace, il est de la sagesse de céder à ses premières fougues en attendant une occasion propre à la ramener à son devoir. Laguille^ tom J, pag, 289,

La chronique de Mathias de Neubourg, édit. de Studer-iSôT, pag. 150, exprime le même sentiment; mais elle ajoute des indications qu'il convient de retenir. Après avoir rétabli les nobles à Mulhouse, Jean de Fénétrange « vient à Colmar où

fl

il entre avec précaution. Il y trouve le peuple ému des me- « sures qu'il avait prises à Mulhouse et il jugea prudent de se « retirer, car les Colmariens chassèrent Hennin de Witten- € heim et les siens qui avaient longtemps dominé à Colmar. >

Cette mention nous semble impliquer que l'expulsion des Wittenheim et l'expédition contre le burg de Girsperg à Walbach furent la conséquence de l'arrivée du Landvogt à Colmar et des mesures qu'il venait de prendre contre les bourgeois de Mulhouse.

— On croit que le tremblement de terre survenu au mois de Janvier produisit des exhalaisons puantes qui causèrent une peste des plus terribles, qui dura trois ans et se répandit par toute la terre. Elle enleva 14,000 personnes à Bâle ; à Berne on en ensevelissait 60 par jour. Dans le couvent d'En gelberg , J\h en Ergau, il mourut, dans l'espace de cinq mois, H6 religieuses. Il y en eut qui crurent que les juifs avaient empoisonné les fontaines et que cela avait causé cette contagion. A Berne, Zofingue et Bâle on les condamna à être brûlés. On en donna avis aux villes voisines. On en brûla 1,800 à Strasboui^. Une journée ayant été tenue à Benfeld, on résolut de les exterminer. — Boyve^ op. et pag. cit. Les Annales d'Engelberg, ap. Pertz, monumenta Germaniœ historicay tom. XVII, pag. 281, font également mention de la grande mortalité que la peste occasionna en 1348 et 1349.

J^ — Burghard Munch de Landscron, le jeune, est schultheiss

de Colmar en cette année. — Noie fournie par M. Dietrich, chef de division à la préfecture, d'après la collection des sceaux en formation.

Ce Burghard, le jeune, de Landsciion, aurait donc exercé la fonction engagée à son parent, Bourcard Munch, de Bâle, Tannée précédente par Charles IV, à son avènement à l'empire Il la conservera encore plusieurs années, car on le retrouvera

à rexpiration de rengagement décennal, donnant quittance à la ville pour ses honoraires. La famille des Hunch était riche, car elle prêta souvent son argent aux tètes couronnées.— Vby. sur cette famille, Aug. QuiquereZy Revue d'Alsace^ année 1866, pag. 271 et suivantes.

— Colmar, imitant l'exemple de Strasbourg, proscrit les Juifs. — Schœpflin, Als. illust.^ tom. V, pag. 194.

— Colmar imite Texemple de Strasbourg et des autres villes voisines en brûlant les juifs. L'exécution eut probablement lieu au canton qui porte encore le nom de Fosse des juifs {Judenloch). Beaucoup d'enfants furent baptisés contre la volonté de leurs parents et furent ainsi arra< hés aux flammes. Ce qui était dû aux juifs fut soldé par la destruction du créancier et le magistrat distribua aux bourgeois les biens qu'ils possédaient, — Billing, i« sém., pag. 18.

Nous ne trouvons nulle part d'indications aussi circonstanciées que les précédentes sur l'extermination des juifs à Colmar. Nous soupçonnons que Billing, se basant sur le nom du canton qui rappelle l'événement, a déduit sa relation de celle qu'il a trouvée pour Strasbourg. D'un autre côté, Billing se tait sur le mois et le jour où l'exécution de Colmar eut lieu. S'il est vraisemblable qu'elle ait été consommée en môme temps qu'à Strasbourg, ce serait le 14 Février, quelques jours avant ou quelques jours après, car il est présumable que, malgré la journée de Benfeld, il s'est aussi trouvé à Colmar des hommes qui, par compassion ou par politique, ont fait des efforts pour conjurer cet attentat contre — nous ne dirons pas l'humanité, car pour le temps où nous sommes, ce mot n'a pas de sens — mais contre le domaine de l'empereur, les juifs étant sa chose. Ce qui est certain, c'est qu'avant le 2 Avril, Cohaar avait encouru la disgrâce de l'empereur pour avoir,

comme la plupart des villes, attenté à son domaine en envoyant au feu ces pauvres victimes des fureurs religieuses.

— Le 2 Avril, Charles IV dépêche à Colmar le landvogt, Jean de Fénétrange, pour régler les difficultés survenues au sujet des biens des juifs qui avaient été immolés. Il lui donne plein pouvoir de relever les auteurs ou les complices de cette immolation des peines qu^ils ont encourues, à la condition toutefois que les biens des victimes seront remis au landvogt. Cette condition ayant été suffisamment remplie, Jean de Fénétrange délivre à la ville de Colmar Tabsolulion antidatée que Pempereur lui avait remise. X. Mossmann, loc. cit., pag. 5.

— Charles IV engage, le 4 Mai, à Jean de Fénétrange, pour mille marcs d'argent de Lorraine, Kaysersberg, Plixbourg, le val de Munster et Turckheim que Jean de Fénétrange reprend de Bourcard Mûnch de Bâte, moyennant 1400 marcs d'argent de Lorraine. — On se rappelle que ces mômes lieux avaient été engagés l'année 1347 au dit Bourcard de Bâle pour 1000 marcs seulement. Il en touche 1400 pour les rétrocéder au landvogt Tannée suivante et il est probable que les biens des juifs font les ttm de la rétrocession, sans compter la part qui fut très-probablement délivrée en outre à l'empereur, si d'ailleurs rien ne resta encore dans les mains du négociateur de la restitution.

— Le 16 Septembre, Charles IV donne un rescrit, daté de Spire, par lequel il signifie au magistrat de Colmar que Jean de Rappolslein lui a justifié de la concession qui lui a été faite (par Louis de Bavière en 1331) de 300 livres de Bâle à prélever sur la part revenant à l'empire de la gabelle (umgelt) de Colmar, et que son intention est que la ville de Colmar le considère comme maintenu dans le bénéfice de cette concession. — Schœpfiin^ Als. dipL, tom. 11^ pag. 197,

— La peste continue à régner, car nous trouvons dans les

éphémérides de Montbéliard, page 377, qu'au premier Octobre un tiers de la population de la Tille a succombé au fléau.

— Il existait à Golmar un fondeur de cloches du nom de André (cloggner.) Il fondit, pendant la peste, deux cloches pour la paroisse de Mutzig. L'une était dédiée à Saint-Maurice ; l'autre à la Sainte-Vierge. Elles ont été refondues en 1850, pour la même paroisse, par M. Edel de Strasbourg. Louis Schnéesans/ Revue d'Alsace^ 1851, pag. 512, révèle le fait et donne le dessin des deux cloches de 1349.

— Le 17 Juillet, la ville deColmarest partie contractante au traité de paix qui est conclu entre le duché de Lorraine, les dynastes des environs de Golmar (Rappolstein, Géroldseck, Echery, Hattstatt, Girsperg) les villes de Strasbourg, Golmar et Munster. On s'engage réciproquement à ne point se rechercher pour les faits de guerre passés. La Lorraine, rend les prisonniers qu'elle a faits, parmi lesquels se trouve un Henselin de Mullenheim, qui est tenu aussi de ne point rechercher le duché de Lorraine pour le fait de sa captivité et de celle de ses gens. — Schœpftin, Als. diplom. tom. II, pag. 198-199.

— Le 6 Août a lieu, entre la ville et le chapitre de Saint- Martin, un échange qui vaut à ce dernier une partie de rue et de communal, pour l'emplacement sur lequel doit s'élever le nouveau chœur de l'église dont l'architecte, Guillaume de Marbourg, mort le 12 Février 1366, est enterré dans la chapelle de Saint-Nicolas du cloître de la collégiale de Saint-Pierrele- Jeune, à Strasbourg. — Schcepflirhj Als. illust., tom. 7, pag. 188.

On lit la même chose dans Billing, /«' sém.. pag. 356, Hun- ^ kler, pag. 168, Louis Schnéegans, Rev. d'Als., 1851, pag. 276, ainsi que Trouillat-Vautrey, tom. V,pag, 693. Ge dernier con-

fond cependant T^ise de Saint-Pierre avec celle de Saint- Martin.

— Jean de Frobourg prend les armes contre Colmar. — Schœpftin. Als. Ulust.^ tom. 7, pag. 211.

On se rend compte de cette laconique indication de Schœpflin par les informations suivantes :

^ La destruction des juifs à Colmar avait porté atteinte non seulement au domaine impérial, mais encore aux intérêts de tous ceux qui avalent reçu des empereurs une délégation sur les mêmes juifs. Or, on a vu qu'en 1347, Charles IV avait engagé à Bourcart d'Eptingen et consorts, pour 200 marcs d'argent, la conlribolion que les juifs de Colmar payaient à Tempire. Lorsque le gage eut disparu, Bourcart fit valoir ses droits contre la ville et il trouva des auxiliaires parmi ses co-engagistes ; Jean de Frobourg était vraisemblablement du nombre. Cela explique Pacte d'bostililé dont il est question.

— Avec Bourcart d'Eptingen, le conflit dégénéra en hostilités ouvertes. Le réclamant trouva des alliés dans sa famille. Mais le 12 Juin il signa, à Sainte-Croix, une paix de 50 ans avec la ville de Colmar, s'engageant, pour tout ce temps, à ne pas faire valoir ses droits contre elle et à lui dénoncer dix ans avant Texpiration du délai, les hostilités si jusque là il n'avait été satisfait. Dans celte transaction intervinrent Berthold de Bucheck, Burcart et Conrad Munch de Landscron,

jIS parent du réclamant et schultheiss de Colmar. Mais le même jour Bourcard d'Eptingen donnait, sous main, quittance pleine et entière à la ville de tout ce qu'il avait à prétendre d'elle. — X. Mossmann, Histoire des juifs à Colmar, pag. 6.

On prévoit de reste que Burchard d'Eptingen étant désintéressé par la ville, où son parent était d'ailleurs schultheiss, le traité de paix de 50 ans n'était pour la ville qu'un moyen dé-

tourné pour se débarrasser des réclamations des co-engagistes de Burcard d'Eptingen.

— Le 4 Septembre, Jean Senn, de Hnnsingen, évéqne de Bâle, assigne à Conrad Schecken , chantre de Saint-Martin de Colmar, à Toccasion d'une somme de 100 marcs d'argent prêtée à Téglise de Bâie, une rente annuelle de quatre chars de vin blanc sur les dîmes épiscopales de Hunawihr ou de Riquewihr si les premières manquaient.— Trouillatf tom, 77, pag. 29-30.

— Le 15 Avril, Charles IV est à Mulhouse : c'est de cette Tille qu'il écrit au magistrat de Strasbourg d'envoyer deux membres du Sénat près de lai à Kaysersberg afin de terminer les difficultés qui se sont élevées, à propos des guerres^ entre la ville de Strasbourg et celles de Colmar, Schlestadt, Turckheim et Munster. — Schœpfliny diplom., tom. II, pag. 204.

Un diplôme publié par Hugo, Monum. sacr. ant., tom. Ily pag. 291, en faveur de Tabbaye de Pairis ^ constate que Pem- ^ pereur était en effet à Kaysersberg le 5 Mai. Nous ne découvrons rien concernant son intervention entre Colmar et Strasbourg.

— Le m des calendes d'Octobre, la veille de Saint-Michel (23 Septembre), le frère Jean de Riche, de Tordre de Saint- Jean, meurt et est enterré dans la chapelle de la commanderie de Colmar. — Billing, Mss. inéd. de M. Ig. Chauffour.

— Charles IV est à Schlestadt et relève Colmar du ban de l'empire. — Schœpflin, illmt., tom. V, pag. 210,

D'autres après Schœpflin font mention de cette particularité et n'expliquent pas les causes de la disgrâce. Hunkler, pag. 115, dit qu'il est permis de penser que, dans ces temps de troubles, ce fut une nécessité pour l'empereur de faire de la compression.

Les faits qui ont précédé permettent, peut-être, d'expliquer la mesure de rigueur dont Colmar avait été l'objet. Le magistrat et la bourgeoisie étaient fermes à rencontre des deux partis nobles ; la ville avait conquis son indépendance à Tégard de ces deux partis ; elle la défendait victorieusement et s'affranchissait, jusqu'à un certain point, de l'influence des évêques de Bile et de Strasbourg, ainsi que de celle des autres seigneurs du pays, artisans des troubles et auxiliaires des princes qui se disputaient eux-mêmes le pouvoir impérial. Il se peut que Tannée précédente la ville de Colmar n'ait pas répondu à Tattente du souverain lorsqu'il la convoqua à Kaysersberg pour applanir les différends que les guerres avaient engendrés, et que pour cette raison ou toute autre résultant de la politique suivie par la ville, elle ait alors été mise au ban de Tempire ; car il n'est pas admissible que si la conciliation eût été faite en 1353, la ville de Colmar eût été encore au ban de l'empire en 1354. On la trouvera plus lard encore frappée de la même disgrâce et on en découvrira la cause dans des événements du même genre qui auront précédé.

— Tandis qu'il se trouvait à Schlestadt, Charles IV accorda, le 10 Mai, à la ville de Munster les droits et privilèges qu'Adolphe de Nassau avait accordés en 1292 à la ville de Schlestadt et confirmés en 1293 à celle de Colmar. «Il statua en i même temps que s'il s'élevait des altercations entre le sénat « et les citoyens de Munster, le sénat de Colmar les décide- « rait comme arbitre. » — Grandidier, Vues pittoresques de F Alsace^ art. Munster, pag. 19 , d'après Schœpflin, diplom.y tom. Ily pag. 204. Hunkler, pag. 80y place par erreur ce fait en Tannée 1347.

— Le jour de l'Ascension, Charles IV arrive à Colmar où il est reçu comme le libérateur de la ville. — Schœpflin, Billing et Hunkler, op. cit., pag. 199y 67 et 156.

C'est la première apparition de cet empereur dans les murs de Colmar. Il avait sans doute évité d'y entrer Tannée précédente, lorsque <de Mulhouse il se rendit à Kaysersberg.

— Charles lY ajoute au statut de Colmar que des voies de fait suivies de blessures seront assimilées au meurtre. — Schœpfiiny Billing et Hunkler^ pag, US et 44.

— La ligue des dix villes impériales d'Alsace reçoit sa constitution définitive par un diplôme de Charles IV, daté de Ratisbonne le 28 Août. Le diplôme est publié par Schœpflin, dtplom., tom. Il, pag. 207-209.

— Ce prince, trop faible et trop éloigné de nos contrées pour les défendre, engage lui-môme les villes de HaguenaUy Wissembourg, Colmar, Schlestadt, Obernai, Rosheim, MulhousCy Kaysersberg, Turckheim et Munster (10 villes, — décapole), à s'unir étroitement, leur prescrit les conditions de la confédération et nomme le préfet ou avoué imp^^rial pour terminer leurs différends. La confédération de 1353 fut depuis renouvelée à différentes reprises, mais le nombre des villes varia quelques fois. Il en resta finalement dix qui reconnurent constamment l'autorité du préfet ou avoué impérial résidant à Haguenau. — Grandidier, vues pittoresques de r Alsace, art. Kaysersberg, pag, 4-5.

Le Musée pittoresque, pag. 127, ajoute que Colmar obtint de bonne heure une influence prépondérante dans cette confédération, et que ses députés, avec ceux de Haguenau, représentaient seuls les dix villes aux diètes de l'empire.

— Pour donner à la ville de Colmar le moyen d'éteindre ses jn» dettes, Charles IV l'autorise à établir temporairement un droit

de pesage et de mouture (Pfundzoll et Mahlzoll) dont la moitié du produit revenait aux cours supérieure et inférieure (c'est-à-dire au prieuré de Saint-Pierre ou église de Payeme

et à la cour inférieure ou église de Constance). — SchcspAin^ illuit.y tom. V, pag. 196 ; Billing, 2^ sém., pag. 35, et HunkleTy pag. 48. Le premier ajoute que ce droit fut maintenu dans la suite, et le dernier, qu'il fut de 4 pfennings par livre.

— On charge une magistrature temporaire de quatre membres de diriger Pemploi des ressources affectées à la construction du chœur de Saint-Martin, jusqu'à Pachèvement des travaux, y compris les chapelles rayonnantes, les stalles et les autels. — Musée pittoresque^ pag, 118.

—Les nobles de Wittenheim, Hugon, comte de Hohenbei^, Petermann de Steinbach, Sigismond de Hadstatt, et d'autres se Uguent contre Colmar. — SchcepfHn, illust.y tom. V, pag, 211.

Schœpflin ne dit pas précisément que ce fut en cette année. Hais en raison de l'attitude que vont prendre les Wittenheim et leurs adhérents, nous jugeons que la ligue était un fait accompli à l'époque où nous sommes arrivé.

— Nous sommes en présence d'un titre que nous allons faire connaître et dont nous essaierons de dégager le sens historique en nous aidant des faits qui ont précédé et de ceux qui vont suivre. Nous présentons l'analyse de cette pièce d'après M. Hossmann, Recherches sur V ancienne constitution de Colmar, pag. 56-57 du bulletin de la société pour la conservation des monuments historiques, année 1862,

« Le dimanche de la Quadragésime (13 Mars) 1356, le bailli provincial, Burcard, burgrave de Magdebourg « considérant « qu'il a reçu mission de l'empereur de prévenir et de détouri ner, en Alsace, les dangers qui menacent l'empire et les in- « dividus ; et préoccupé des désordres qui ont déjà eu lieu à « Colmar et qui p^t^^nt encore survenir , » institue, par forme d'injonction à la ville, un pouvoir nouveau qu'il importe de bien connaître.

« C'esl on collège de vingt-trois membres. Les vingt pre* miers sont élus par chacune des vingt tribus (un par tribu). Deux autres sont pris dans la noblesse par le conseil (le sénat eu fonctions). Ces derniers doivent être « deux hommes « d'honneur, les plus pacifiques qu'il se pourra. »

« Les Vingt-deux, ainsi nommés, aidés du conseil (sénat), se choisiront un chef ou président tiré du sein de la commune, chargé de convoquer le collège qui lui devra obéissance en tant qu'il sera besoin.

«Tous les bourgeois indistinctement devrontpréter serment aux Vingt-trois. >

«Son action, dit plus loin M. Mossmann, se limitait aux interrègnes. Pendant toute leur durée, le collège devenait une sorte de comité de salut public, investi d'une véritable dictature. La moindre résistance à ses ordres était punie d'un exil perpétuel, de la perte de tous les droits à Colmar, de la confiscation de tous les biens, meubles et immeubles, moitié au profit de l'empereur, moitié au profit de la ville (qui dut s'engager à les conserver et à ne les rendre en aucun cas.) L'autorité des Vingt-trois n'expirait que le jour où le nouvel empereur était élu par la majorité des électeurs et reconnu par les villes impériales. Le bailli mande aux nobles qui habitent Colmar où qui viendraient à l'habiter, de jurer obéissance aux Vingt-trois en apposant leurs sceaux à l'ordonnance. Il prescrit que chaque année, au renouvellement du magistrat, le conseil (sénat) et la communauté prêteront serment de maintenir l'institution (bundnisz) des Vingt-trois. >

Le texte désigne les élus pour chacune des vingt tribus, les deux nobles amis de la paix, choisis pour faire partie du collège et le président pris, de concert avec le sénat, dans la communauté. Il importe d'en retenir les noms.

Ce sont : 1<> Burklin Rebmann, pour la tribu des Marchands;

2» Amand Herbigel, pour celle des Gourmets (Vinlûlen); 30 Werner de Limperg, pour celle des Laboureurs; 4*» Amand Egeloff, pour celle des Blatiers (Kornlûlen) ; 5*» Henri Kappler, pour celle des Vignerons ; 6° Nicolas Wassermann, pour celle des journaliers agriculteurs (?) (Medem) ; 7° Hesse, pour celle des Boulangers ; S® Meingass, pour celle des Tanneurs : 9° Hiltenbrant, pour celle des Cordonniers ; 10> Amand de Strazburg, pour celle des Bouchers; 11° André, fondeur de cloches, pour celle des Maréchaux ; 12° Clevelin Keser, pour celle des Jardiniers; 13' Wincke, derrière le magasin au sel, pour celle des Meuniers ; 14» Pierre Koch, le jeune, pour celle des Epiciers (kremeren-marchands détaillants). 15<> Kunemann, pour celle des PrfkaVrs; 16o JeklinZertuben, pour celle des Tonneliers; ^^o Walther Ziegler, pour celle des Tailleurs de pierres; 18o Heintzmann Reinbolt, pour celle des Tisserands : 19o Fritschlin Buchlin, pour celle des Pêcheurs et 20° Bertholt Gœcklin, pour celle des Tailleurs.

Sont choisis dans la noblesse : 1° Cuntzmann de Wittenheim, dit le milieu (Alber) et 2*^ le chevaUer Amand Schult-

Les vingt-deux qui précèdent et le sénat élisent pour président (Obmann) Jean Wurmelin et lui jurent obéissance.

Les nobles qui ont leur résidence fixe à Colmar sont dénommés dans l'ordonnance; ce sont : 1" Syfrid Schultheisse ; 2* Burkart de Mittelnheim ; 3° Henri de Wittenheim; 40 Gotzin deNorggasse; 5<> Amand Schultheisse; 6<>Cuontzde Wittenheim, le Milieu, (Alber) ; 7o Cuontz de Wittenheim, le cadet (Leutsche); 8" Burcard de Wittenheim, l'aîné (Meiger); 9® Hugues de Wittenheim^ le denier (Hirt) ; lO WoUin de Morswiller; H« Otton de Girsperg; 12" Merklin de Ruost; 13« Bitter de Beblenheim ; 14® Werlin de Wittenheim, dit Gigenagel (le ménétrier?) ; 15° et 16® les frères Conrad et Pierre de Blens-

wilr; IT Pierre de Herenkein ; IS^Wellschiii de Wittenheim; 19° Heinzin Joche ; 20> Amand Werlin, fils de feu Thumherre ; 21o Ruestelin de Morswiller ; 22o et 23* Werlin et Clevelin d'Isenbourg ; M^ Charles de Soultzbach, et 25*^ le gentilhomme Pierre Resselin qui, tous, sont tenus de respecter l'ordonnance et de s'y soumettre en y appendant leurs sceaux.

Les nobles qui ne sont pas compris dans Pacte et qui ne l'ont pas signé, ne sont pas moins tenus de le respecter et de se soumettre aux prescriptions. Le noble absent de Colmar, et qui pour ce motif n'aurait pu y adhérer, devra le revêtir de son sceau dès qu'il rentrera en ville.

On a vu que Pordonnance est datée du 13 Mars : le 5 Mai, les chevaliers Walther de Beblenheim et Cunon de Westhus, les gentilshommes Walther Stainhel et Cunon Kelbelin y adhèrent par lettre spéciale. Ces quatre derniers, avec les vingtcinq précédents forment en tout un groupe de 29 nobles dont les sceaux sont appendus à l'ordonnance à côté du grand sceau de la ville.

La mesure décrétée par l'envoyé de Pempereur démontre jusqu'à Pévidence Pextrôme tension des esprits dans la ville de Colmar à Pencontre des nobles, car il est probable que le magistrat, c'est-à-dire le sénat, fut pour quelque chose dans l'adoption de cette mesure préventive. S'il ne la sollicita point, il dut s'y montrer favorable, puisque Pordonnance le fait intervenir pour le choix des deux nobles du collège des XXIII et la désignation de son chef ou président. Dans tous les cas, il est certain que si le landvogt n'eut pas été assuré de répondre au sentiment général de la bourgeoisie, il n'aurait pas décrété <L au nom et pour le bien de Pempereur » la situation dure et humiliante faite aux nobles, dans la vue de prévenir le retour des troubles auxquels il est fait allusion dans les considérants de Pordonnance.

L'intérêt de Pempire et Pintérêt de la yiUe libre étaient le même en cette occasion : Pendant le règne de Louis de Bavière, les nobles Houles veulent se saisir exclusivement deTautorité dans la ville afin de maintenir la place dans la dépendance des ducs d^Autriche, leurs suzerains ; les nobles Noirs la leur disputent pour être agréables à Louis et servir leurs intérêts privés. Fatigué de ces luttes et consultant l'intérêt de la ville, la bourgeoisie expulse cette démagogie nobiliaire et s'empare du pouvoir de la même façon qu'une année plus tard la bourgeoisie de Strasbourg émancipera son autorité locale à Toccasion du conflit de la Rue-Brùlée, suite de la division entre les Zom et les HuUenheim, chefs de partis, ayant à peu de chose près les mêmes mobiles que ceux de Colmar. Une dictature de vingt années tient ces partis en respect dans la ville de Colmar et leur impose la soumission ; mais le dernier engagement décennal qu'ils ont juré touche à sa fin ; il va expirer en 1357 et déjà les Wittenheim se sont ligués contre la ville avec des nobles du dehors, les dynasles deHadstattetd^autres, ainsi qu'on Fa vu en 1355. Tout pouvait être remis en question si des mesures n'étaient prises avant l'expiration de l'engagement des nobles à respecter Tordre établi dans la ville, et un renversement pouvait être nuisible à l'empire comme à la bourgeoisie ; c'aurait été en effet le retour à la division précédente, car si le club des Noirs établis au Wagkeller ne donnait aucune inquiétude depuis la mort de Louis de Bavière, il n'en était pas de même du club des Rouges établis à la Couronne et où dominait l'influence des Wittenheim, c'est-à-dire du parti des ducs d'Autriche. Le magistrat et la bourgeoisie avaient fait preuve d'une force et d'une énergie suffisantes pour conjurer un tel événement en temps ordinaire, mais il pouvait survenir telle circonstance où le magistrat, tiraillé par les événements, auraitbesoin d'être vigoureusement soutenu; la mort

de l'emperenr^ par exem^je, ou une nouvelle coalition d'électeurs pour opposer un empereur nouveau à l'empereur régnant, ainsi que cela était déjà arrivé. Maître de Tempire dès 1354, année de son couronnement, Charles IV ne laissait pas que d'éprouver des embarras, en Bohême surtout, ce qui le tenait constamment loin de TAlsace. Son landvogt, après avoir es* sayé d'imposer au magistrat de Strasbourg l'exécution de Tar* ticle 15 de la fameuse constitution nommée Bulle d'or, article qui interdisait aux villes impériales le droit de recevoir bourgeois les hommes des seigneurs voisins, à la puissance desquels ils échappaient en devenant bourgeois de villes libres, arrive à Colmar et y rend l'ordonnance qui nous occupe. Elle constitue un fait si singulier dans l'existence politique de l'ancienne ville libre, qu'il nous a paru nécssaire d'essayer de le caractériser.

Le landvogt laisse intacte l'organisation du magistrat, auquel les nobles fournissent un tiers des membres qui le composent ; mais il institue, à côté de cette autorité régulière, un pouvoir exceptionnel tiré du sein des corps de métiers, et il motive cette institution par la crainte de voir se renouveler les troubles dont la double élection de 1314 a été la source, en opposant l'un à l'autre Frédéric-le-Beau et Louis de Bavière. Les nobles de Colmar sont nommément placés dans la plus rigoureuse suspicion et le pouvoir est concentré plus énergiquement encore qu'auparavant entre les mains d'une bourgeoisie qui défendait intelligemment ses droits et ses privilèges, la sécurité de la ville et avant tout son immédialité.

De telles précautions révèlent un danger imminent : la compression le conjurera pour un temps plus ou moins long, mais l'explosion aura lieu dès que les nobles croiront le moment venu.

— Le 20 Juillet, Henri de RaedersdorlEf, prévôt, Conrad ^ *

Hartmann, doyen, le chapitre de Colfiar, le scholtheiss, le burgermeisteret le conseil delà ville font une convention pour assurer la reconstruction du chœur de l'église de Saint-Martin. Le chapitre déclare abandonner, pendant quinze années consécutives, les revenus des prébendes dites Biennia, évalués à 30 petits florins de Florence qui seront versés chaque année et accumulés pendant quinze ans. Si Tun des chanoines meurt dans cet intervalle sans fonder d'anniversaire, les survivants affecteront une livre denier à ce service. Ils ajouteront encore annuellement 50 livres denier bâlois, prélevées sur les offrandes, aux sommes affectées à la reconstruction du chœur. — De leur côté les bourgeois de Colmar abandonnent à Tœuvre, aussi pendant quinze ans, les donations faites à Téglise, soit par legs ou autrement, en habits, chevaux, harnais, argent et biens de toute espèce, de même que le produit des cloches. Les biens de Téglise Saint-Hartin seront vendus, à Texception des prés et de deux maisons, dont Tune située dans la rue de Vêglise. Ils solliciteront leurs schultheiss, quels qu'ils soient, d'affecter à la môme destination l'argent qui leur revient de leurs fonctions, comme le fait Bourkard Hûnch et comme ses prédécesseurs l'ont déjà fait. Pour assurer l'exécution de la convention, le chapitre délègue son prévôt, Henri de Raedersdorff et récolâtre Werner de Wittenheim. Les bourgeois délèguent Philippe de Kindsperg et Jean de Jebsheim, dit Wurmelin. - Trouillat, op. cit.^ tom, /7, pag, 666.

— Tremblement de terre, le jour de Saint-Luc évangélbte (19 Octobre). — Annales d'Engelber g, apud Pertz^ mon. Germ. hist., tom. XVII, pag. 281.

— n y eut cette année unepeste générale et on sentit plusieurs secousses d'un tremblement de terre épouvantable qui fit de grands dégâts en divers lieux. Le 19 Octobre, une partie de la ville de Bâle fut renversée ; il n'y eut qu'environ cent mai-

sons qui subsistèrent. Les habitants sortirent de la ville et campèrent sous des tentes pendant toute Tannée. Cent personnes furent écrasées. Plusieurs châteaux furent renversés, enlr'autres ceux de Délémont^ de Vrobourg, de Loinrenberg, de Mersbourg, de Blochmont, de Thierstein, de Landskron, de Newenstein, de Pfeffmgen, de Baerenfels, de Scholberg, de Honcbsberg, d'Angenslein^ de Reichenslein. de Birseck, de Hûnchenstein, de Beuren, de Ramstein, de Gilgenberg, de Schauenberg, de Wartenberg, de Landescher, de Hasenbourg, de Steinbrunn, de JBifîdfirthal, de Heitwiller, de Wildenstein, ^fO d'Eptingen, de Homberg, de Frobourg, de Famsbourg, de Falckenstein, de Bechbourg, de Wartbourg, de Liestal, de Dorneck, etc. Les villes de Strasbourg, de Fribourg en Brisgau, de Colmar et de Mulhouse, etc„ envoyèrent des hommes pour aider les bourgeois de Bâle à relever les ruines de leur ville. — Boym^ annales du comté de Neuf-Châtel et Valangin^ tm. /, liv. Ilpag. 327-328.

La chronique des dominicains de Guebwiller, pag. 42, ajoute que pendant presque toute Tannée on ressentit des secousses de tremblement de terre en Alsace, jusqu'à Strasbourg, mais qu'elles n'occasionnèrent pas de dommages notables. Yoy. au surplus Grandidier, œuv. inéd. inéd., tom. /F, pag. 208.

— On rencontre Bourcard Mûnch de Landskron comme ^ schultheiss de Colmar en cette année. Il donne à la ville quittance de la somme de 285 marcs d'argent, pour ses honoraires. — Schœpflin, Als. illust., tom. V.pag. 200 et noie 7.

On a vu qu'en 4347, le schultétat de Colmar avait été engagé par Charles IV, pour 200 marcs d'argent, à Bourcard Mûnch de Bâle. On a vu que dès Tannée suivante, cette fonction était remplie par le jeune Bourcard Mûnch de Landskron. On a vu que Tune des conditions de Tengagement portait que

si Pengagisle voidait se défaire de la charge dans le cours de dix ans il fût proposé à la ville de Tacheter. Ces faits étant acquis, voici incontestablement l'interprétation qu'il faut leur donner.

A la mort de Louis de Bavière, Charles IV, qui avait besoin de beaucoup d'argent pour faire prévaloir ses droits, écarter ses compétiteurs, acheter des auxiliaires, le duc de Wurtemberg entr'autres, eut recours aux trésors des Mûnck de Bâle, qui lui prêtèrent pour dix ans des sommes importantes et auxquels il donna en nantissement Kaysersberg, Turckheim, Plixbourg, le val de Munster et le schultétat de Colmar. Jean de Fénétrange dégage à son profit, en 1349, les premiers de ces endroits, et en 1357, année de l'expiration de l'engagement du schultétat, Colmar rembourse le prix de l'engage- Jf\ meut audit Munck de Landskron qui, dès ce moment, cesse d'être schullheiss de Colmar. Il semble donc qu'à partir de 1357, la ville de Colmar fut en possession du schultétat, c'està-dire du droit de nommer elle-même son schultheiss. Mais si cela paraît certain, nous ne trouvons, parmi les documents à notre disposition, aucune preuve directe qui étabUsse le fait d'une manière positive.

— Le magistrat de Colmar veut soumettre le chapitre de Saint-Martin à sa juridiction en matière civile. Les bourgeois de Schlestadt, choisis pour arbitres, déclarent que le chapitre doit continuer à être affranchi de cette juridiction. — Schœpflin, illust.^ tom. V, pag. 189.

Au mois de Juin, Colmar prend part au siège et à la destruction ordonnés par l'empereur Charles IV, le 7 Mai, de la ville et du château de Seltz ainsi que de Hagenbach, devenus un refuge de brigands occupés à dépouiller les voyageurs et les marchands sur les routes et à exercer une piraterie trèsnuisible au commerce de la navigation sur le Rhin. L'expédi-

tion a lieu »ous le commandement du landvogt Burcard, burgrave de Magdebourg.— WenckeVy collecta archivi et cancellariœjura^ pag. 377-378.

— « Il se forme à Colmar une faction de nobles et de patri- « ciens qui se nomme la Scheblerflh envabissent violemment « le sénat et sont, pour ce fait, bannis par le duc d'Autriche, « Rodolphe, qui était vicaire de l'empire. > Chronique des Franciscains de Colmar.

Nous empruntons cet extrait à Billing, 2^ sém. pag, 178, qui le place entre guillemets, comme nous venons de le faire. Gela prouve que Billing avait entre les mains ladite chronique, le 25 Octobre 1777. On ne sait ce qu'elle est devenue depuis. Billing ajoute que les auteurs de cet acte de violence, nobles mécontents, s'étaient soulevés contre Pautorité du magistrat et celle du landvogt; que cela mit le duc Rodolphe dans la nécessité de s'emparer de la ville pour y rétablir l'ordre.

Steyrer, vie d'Albert-le-Sage, pag, 265, Hunkler, pag. //ff, D\\\emann, pag. 377 et le Musée pittoresque, pag, 128 f rapportent le fait en y ajoutant des détails que nous résumons pour compléter la chronique des Franciscains.

Les révoltés chassent le schullheiss, déposent le magistral et s'emparent de la ville. Le duc Rodolphe ne laisse pas longtemps la révolte impunie : il intervient avec les forces de la décapole, fait le siège de la ville, la prend d'assaut, et punit sévèrement les auteurs de la rébellion. Leurs maisons sont rasées et il est défendu de relever jamais aucun édifice sur le sol qu'elles ont occupé. Des inscriptions menaçantes, tracées sur les ruines des maisons détruites, transmettent le souvenir de cet acte de haute justice impériale.

A l'époque où Billing écrivait, c'est-à-dire en 1777, on voyait encore en ville deux pieiTes portant les inscriptions

dont il s'agit : l^lne, dit cet auteur, était murée au pignon de Pancienne maison Linck (de Thumebourg) qui devint plus tard la maison Hoog et qui était alors celle du maréchal-commandant, située dans la rue des Blés, en face de Pécole militaire (ancienne inaison du poète Pfeffel); l'autre était au bas de la rue des Marchands, à la maison Zum Hirsehelmann (Phomme au cerf).

Les deux dalles dont il est question existent encore : la première est à la place même où Billing Ta vue ; mais elle est aujourd'hui dissimulée, pour le passant, par une construction moderne occupant la surface du jardin que Tinscription dominait en 1777, lequel jardin était probablement le sol môme sur lequel reposait la maison rasée en 1358; la seconde dalle a subi un déplacement depuis l'époque où Billîng écrivait : elle était alors murée au-dessus de la porte d'entrée par une tourelle de la maison à l'enseigne de l'homme au cerf; elle dominait également un carré plus ou moins régulier dont la partie longeant la rue est surbâtie et dont le surplus forme cour intérieure. Ce carré était vraisemblablement aussi le sol qu'occupait la maison rasée en 1358 et à laquelle se rappoVte la dalle. Les propriétaires actuels. Messieurs Chevalier, l'ont fait murer à la paroi intérieure et au côté droit du porche donnant accès dans la cour, au bas de la rue des Marchands. Cette inscription étant connue et d'un abord facile, nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps; la première, au contraire, sans différer de la seconde quant au texte, se trouve dans des conditions qui nous engagent à la reproduire d'après le dessm que M. Goutzinriller, secrétaire en chef delà mairie, a bien voulu préparer.

Cette charte lapidaire se lit ainsi, mot à mol : Alors que Von comptait^ depuis la naissance du Seigneur^ treize cent cinquante'-huit ans^ le lundi après la Sainte-Agnès^

Mm.

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le sérénissime prince, Rodolphe duc d^ Autriche, étant vicaire de l'empire dans toute V Alsace, a jugé et condamné une révolte qui a eu lieu contre le landvogt, le bourgmestre et le sénat de Calmar y et pour cela a fait raser cette maison qui ne devra plus être rebâtie, en éternelle commémoration .

Le lundi après la Sainte-Agnès était le 22 Janvier. Cette date prouve que les rebelles saisirent Pocsasion du renouvellement annuel du magistrat pour s'emparer du pouvoir et de la ville. On se souvient en effet que ce renouvellement avait lieu chaque année douze jours après Noël. L'année 1357 était Tannée où expirait la soumission que les nobles avaient signée en 4347 pour une période décennale; mais on a vu qu'en 1356 le landvogt était à Colmar, qu'il visita peut-être fréquemment jusqu'après ce renouvellement de 1357, de sorte que la révolte fut ajoijrnée à l'année suivante, c'est-à-dire au renouvellement de 1358, époque à laquelle le landvogt était occupé à purger la basse Alsace du brigandage qui la désolait. Le club de la Couronne et ses adhérents crurentle moment favorable et le 12«»e jour après Noël, soit le 6 Janvier, il s'empara du pouvoir et de la ville, mettant ainsi à néant tout ce qui avait été fait depuis vingt ans et notamment l'ordonnance de 1356 rendue par le landvogt. Le gendre de Charles IV, le duc Rodolphe, qui était vicaire de l'ejnpire en Alsace, accourt à la tête des milices de la décapole, fait le siège de Colmar et il en est maître le 22 Janvier, comme le prouve l'inscription. La ville aurait donc été au pouvoir des rebelles pendant environ quinze jours.

L'opération du renouvellement annuel du magistrat avait, sans aucun doute, été empêchée par la sédition. On y procéda vraisemblablement dès que Rodolphe eut repris la ville aux insurgés et l'eut rendue à sa vie régulière. Cette opération était accomplie le 29 Janvier et, chose assez singulière, il paraît

qu'auliea de nommer (rots bourgmestres on en institua quatre, qui, avec c les sénateurs légalement élus et les agents nom- € mes par le sénat avaient pleins pouvoirs de juger et d'ad- € ministrer conformément aux anciens droits, franchises et € coutumes de la vilkj sauf ks cas réservés à Vempire. »

C'était donc un retour à Torganisation de 1331, année de l'expulsion des Rouges et des Aotrs, de l'institution de la dictature des IX dont les pouvoirs, renouvelés pour cinq ans le 27 Mai 1336, expirent en 1341, époque à laquelle le magistrat parait avoir repris l'exercice de son pouvoir régulier jusqu'en 1347, année de la mort de Louis de Bavière et de l'avènement de Charles IV, de la maison de Luxembourg. En cette année, une réorganisation est décrétée et garantie pour dix, ans, par Jean de Lichtenberg, envoyé de Charles IV. Trois bourgmestres et vingt-quatre sénateurs composent le magistrat; chacune des vingt tribus élit un chef et les vingt réunis exercent, sous une forme mitigée, l'ancienne dictature des IX que l'on peut considérera Colmar comme l'origine du pouvoir que les tribus ou corps de métier exerceront d'une façon prépondérante sur l'administration de la fortune publique et le> gouvernement politique de la ville libre. Sous la garantie décennale de Jean de Lichtenberg, les tribus et le magistrat répriment la levée de bouclier des nobles eu 1348, font justice du burg de Girsperg à Walbach et des ennemis auxquels il servait de retraite, traversent la période du tremblement de terre, de la peste, de l'immolation et de la spoliation des juife, se maintiennent jusque vers la fin de la période décennale garantie par Jean de Lichtenberg, soit ju5qu'wl3 Mars 1356, moment où le landvogt, Burcard, burgrave de Magdebourg> intervient pour ériger ces mêmes chefs de tribus en collège des XXIII, reiiforce l'autorité qu'ils avaient conquise en plaçant à leur tête un président (Obmann) qui la résume; puis ce

collège disparaît un instant avec le magistrat tout entier^ sous la révolte des nobles, pour renaître, modifié à quelques égards, mais de plus en plus souverain^ ainsi qu'on le verra bientôt^ c'est-à-dire en 1360

Disons d'abord que par son ordonnance du 29 Janvier de celte année, le duc Rodolphe ordonne que tous les habitants, depuis Uâge de quatorze ans, prêteront chaque année, le lundi de Pentecôte, serment au landvogt, au schullheiss et au magistrat de la ville. Cette date du lundi de Pentecôte nous semble prouver que le renouvellement du magistrat et des chefs de tribus fut fixé pour l'avenir, à la Pentecôte même, au lieu du 12«>« jour après Noël ainsi que cela avait lieu. Quant à la formule du serment, elle avait été concertée entre le duc Rodolphe, Pévêque de Strasbourg, Pabbé de Murbach et les ^ villes de la décapole. Il serait intéressant de connaître ce document, ne fût-ce que pour faire pendant au Schwœrbrieff de Strasbourg de 1482, si d'ailleurs il ne devait apporter de nouvelles lumières pour l'histoire de Colmar.

Rodolphe prescrivit encore des mesures pour le cas où de nouvelles émeutes surgiraient dans la cité : il fut ordonné aux bourgeois de se ranger, au premier signal des troubles, sous la bannière de leur tribu respective ; puis à chaque tribu de se mettre à la disposition du bourgmestre, lequel, entouré des tribus, arborerait la bannière de la ville et se rendrait auprès du schultheiss ou du landvogt si celui-ci se trouvait à Colmar. Il fut interdit aux nobles, en cas de troubles, de s'armer sans l'ordre ou la permision du schultheiss. Des tavernes ouvertes depuis peu furent fermées et le droit d'autoriser l'ouverture de nouvelles fut réservé à l'empereur ou au landvogt. La répression fut complétée par une mesure préventive très-rigoureuse. Rodolphe exigea de vingt-deux nobles et de seize bourgeois faisant partie des clubs du Wagkeller et de la Couronne

leur adhésion, par serment, au régime rétabli el pour chacun d^eux un garant auprès du magistrat. Leur renonciation au droit de bourgeoisie ne pouvait les relever de l'engagement. Schœpflin, Al. ilL^ tom. F, Billing, 2^ sém. Hunckler et le Musée pittoresque, pag. 202, iOS, S7 et 128,

Le bannissement était de droit pour les plus compromis et il y en eut sans doute beaucoup qui se placèrent dans cette catégorie, car on verra bientôt le magistrat user de clémence envers eux en leur permettant de revenir en ville. Ce sont, sans doute, les maisons des principaux qui furent démolies et Ton se contenta, à l'égard de ceux qui étaient restés en ville, du serment qui leur fut imposé et des otages, ou cautions, qu'ils durent fournir au magistrat.

— Les nobles bannis à l'occasion de la révolte de l'année précédente rentrent en ville. Le landvogt impérial (Bourcard, burgrave de Magdebourg) et le landvogt des ducs d'Autriche, ainsi que les villes de l'Alsace supérieure contribuèrent efficacement à leur retour. Mais ils furent obligés de se soumettre à un serment plus sévère que précédemment. Parmi les principaux on trouve : les chevaliers Henri, Cunon, Bourcard et Hugon de Wittenheim ; les gentilshommes Frédéric Schultheisse; Werlin, Bentz et Nicolas de Wittenheim; Clevelin d'Isenbourg; Martin de Ruost; Karlemann de Soultzbach et Walther de Stameheim ; les frères Rulmann et Fritschmann de Sundhoffen; Weltschin de Woffenheim; Clevelin et Werlin de Lagelnheim. — Schœpflin, Als. illust,, tom. 7, pag. 194.

Presque tous les noms qui précèdent se retrouvent dans l'ordonnance de 1356 ; ceux qui y font défaut étaient vraisemblablement sortis de la ville et c'est à eux que fait allusion l'article de l'ordonnance prescrivant aux nobles absents d'apposer leurs sceaux à ladite ordonnance dès qu'ils reviendraient en

ville. Or il ne paraît pas qu'ils y soient revenus, puisque Tordonnance est veuve de leur adhésion ou plutôt de leur soumission. Walther de Stameheim^ les frères Rulmann et Fritschmann de Sundhoffen , Weltschin de Woffenheim , Clevelin et Werlin de Lagelnheim, sont du nombre des absents, c'est-à-dire de ceux qui avaient préféré Texil à la soumission humiliante que tous les Wittenheim avaient acceptée, sauf à trahir leur serment à la première occasion qu'ils jugeraient être favorable.

La répression avait été prompte et sévère ; mais il semble que c'est précisément en raison de cette sévérité qu'une transaction fut jugée nécessaire par le landvogt même dont l'autorité avait été méconnue. Peut-être prit-il lui-môme l'initiative de cette mesure de conciliation, comme aussi il peut se faire qu'il ait jugé prudent de céder à l'intervention de Frédéric de Teck, landvogt des ducs d'Autriche dans leurs possessions du Sundgau, et des villes de Schlestadt, Kaysersberg, Obernai, Rosheim, Turckheim et Munster, parties intervenantes dans la transaction. Toutefois deux des exilés, Conrad de Wittenheim, dit Leutsch, et Philippe, dit Bitter de Beblenheim, demeurent exclus des bénéfices de cet acte. Ils étaient vraisemblablement les principaux fauteurs de la révolte et il se peut que les maisons rasées, dont l'attestation lapidaire est conservée, soient précisément celles qui leur appartenaient.

— Une bulle du pape Clément VII, datée d'Avignon, le 27 Février, accorde des indulgences de quarante jours aux vrais pénitents qui fréquenteront la chapelle du sacré-sang dé Noire- Seigneur, de Saint-Jacques et de Saint-Philippe, de Samt-Dominique et de Sainte-Barbe, érigée près de l'église Saint- Martin de Colmar ; qui y accompliront certaines dévotions à des jours déterminés, ou qui fourniront à la fabrique du lumi-

naire, des ornemeQls, des livres, des calices, de Tor ou de l'argent, ou qui lui viendront en aide de toute autre manière, et qui prieront pour lo seigneur Philippe, fondateur de la chapelle et pour la dame Heylevic, son épouse, ainsi que pour la seigneur Jacques de Tanne, chanoine du chapitre, et à l'intercession duquel la fondation a été faite, et pour le repos de tous ses parents, amis et bienfaiteurs. — Trouillat, tom. JV, P'ig. 681-682,

Deux autres documents qui existent à Golmar vont nous permettre de reconstituer avec certitude l'histoire de la fondation à laquelle se rapporte la bulle dont l'original est aux archives de Porrentruy.

Le premier est une charte du chapitre de Saint-Martin publiée par M. Paul Hml dans les Curmités d'Alsace^ i® année, pag. 181-182. — Le 29 Janvier 1297, le chapitre agrée la fondation d'un anniversaire qui sera célébré à perpétuité dans l'église collégiale à la mémoire de Saint-Dominique (mort le 6 Août 1221). Cette fondation est faite par une religieuse d'Un- ^ terlinden, la sœur Catherine, fille du chevalier Hesso de Kientzheim. Elle y affecte un revenu annuel de trente sols bâlois, équivalant, ditM. Huot, à 170 francs de nos jours. Bien que toute la somme ne fût pas affectée à la célébration de l'anniversaire, il paraît certain qu'une chapelle ou un autel dédié à Saint-Dominique fut créé dès ce moment dans l'é*' glise collégiale.

j^ Le second est une pierre tombale réfugiée aujourd'hui au

musée d'UnterUnden, grâce à une circonstance que nous devons rappeler.

Il y a deux ou trois ans, c'est-à-dire en 1865 ou 1866, le clergé de Colmar résolut de rendre à sa première destination un coin borgne qui servait, depuis un temps immémorial, à la remise du menu mobilier de l'église. L'entrepreneur se mit à

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l'œuvre et bientôt l'encombrement eut disparu. L'enduit ancien tomba sous le marteau de ses ouvriers et fut remplacé par un enduit nouveau destiné à recevoir une ornementation semblable à celle de la chapelle de la vierge, restaurée quelque temps auparavant. Les dalles furent enlevées du sol et des dalles nouvelles prirent la place des anciennes, dévolues à l'entrepreneur; bref, la « restauration > était achevée depuis quelques mois, lorsque le hasard amena un de nos archéologues contemporains, M. Dietrich, sur le chantier d'un constructeur, où il remarqua une dalle portant l'image, en intaille , d'un ecclésiastique tenant un calice, et autour de la dalle une in-, scription en lettres onciales. Après avoir pris connaissance de ce monument, M. Dietrich s'informa de la provenance et apprit que c'était le dernier débris du dallage de la chapelle formant saillie au sud de l'église de Saint-Martin, entre l'ancienne porte du transept et la petite porte d'entrée sur la place d'armes. Disons de suite que, dans l'intérieur de la chapelle, à la clef de voûte, et au sommet extérieur des deux murs latéraux formant contreforts en pignons, se remarque l'écusson du fondateur dont le nom va nous être révélé dans un instant.

Le lendemain delà découverte. M, Dietrich, assisté de M. le docteur Faudel, se rendit de nouveau sur le chantier de l'entrepreneur, M. Molly, qui s'empressa d'abandonner la dalle à ses visiteurs et au profit du musée où elle se trouve en ce moment. Nous la reproduisons d'après le dessin que M. Ch. Goutzwiller a bien voulu préparer. Nous lui devons cette déférence parce qu'elle est le titre original de la fondation.

L'inscription se lit ainsi :

Uan du Seigneur mille trois cent cinquante-huit, le XVIIl des calendes d'OctobrCj est mort le sire Philippe- Hunolt de Limperg, chapelain de cette chapelle. — Son père et sa mère. — Qu'il repose en paix I

Il résalte de Tensemble de ces docaments :

i« Qu'en 1297 une première chapelle, ou autel, consacrée à Saint-Dominique, fut établie dans la collégiale de Saint-Martin et desservie par un chapelain, bénéficiaire des revenus de la fondation^ augmentés successivement par des bienfaiteurs dont les archives de Saint- Martin révéleraient peut-être les noms;

2o Qu'en 1358 Philippe-Hunolt de Limperg en était le chapelain ;

3° Qu'à sa mort, arrivée au mois d'Octobre de cette même année 1358, un des chanoines du chapitre, Jean de Thann, obtint du père et de la mère du défunt la fondation de la chapelle qui existe et dont l'intérieur a été réparé ;

4« Que Philippe-Hunolt de Limperg fut enterré au milieu de ladite chapelle, où ses restes reposent encore aujourd'hui ;

5" Qu'à l'achèvement de Pédicule, son père et, sa mère firent placer sur sa tombe le monument funéraire que l'on en a expulsé et que M. Dietrich a sauvé de la destruction ;

6° Que le premier autel consacré à Saint-Dominique et à Sainte-iÇarbe, fondé en 1297, et dont Philippe-Hunolt de Limperg était le chapelain en 1358, lorsqu'il mourut {capellanus hujus capellœ)^ fut rétabli dans la nouvelle chapelle fondée par le père et la mère du défunt, aux sollicitations du chanoine Jacques de Thann ;

7° Que la chapelle, agrandie, fut placée sous le vocable du Sacré-Sang, dédicace de l'autel principal installé au fond, tandis qu'un troisième, établi en face de celui de Saint-Dominique et de Sainte-Barbe, fut dédié à Saint-Philippe et Saint- Jacques, patrons de Philippe de Limperg et de Jacques de Thann ;

8® Qu'en 1360, année à laquelle nous sommes arrivé, le pape confirme la fondation et accorde quarante jours d'indul-

geDces aux fidèles qui suivront les exercices religieux dont la chapelle agrandie est devenue le théâtre ou qui feront à la fabrique des dons en objets divers, en espèces d'or ou d'argent, devant sans doute contribuer à la subsistance de deux ou trois chapelains attachés au service des trois autels.

Et 90 que récusson de la clef de voûte et des contreforts extérieurs représente les armoiries de la famille de Limperg, portant : de sable, chape d'argent.

La famille de Limperg n'est autre que la famille de Limbourgj dont un membre deviendra, en 1541, évoque de Strasbourg.

— Le magistrat consacre à la construction du chœur de Saint-Martin tous les revenus libres de l'égUse. — Musée pittoresque^ pag. H8.

— Les Mûnch de Landskron tiennent en fief cent hectolitres ^ de froment et d'orge sur la dîme épiscopale de l'évéché de Bâle à Colmar. — Trouillat^ tom, IV, pag. 148.

— L'empereur Charles IV prend sous sa protection les do- Jh minicains de Colmar et leur accorde des privilèges. — Chroniqm des Dominicains de Gtiebwiller, pag. 43.

— A l'organisation du magistrat de 1347, oii substitue une organisation nouvelle qui est approuvée par Charles IV. Le sénat est augmenté d'un Settmestre et de deux sénateurs. Le nombre des nobles et des tribuns (chefs de Tribus) reste le même qu'auparavant. — Schœpflin, illmt., tom. 7, pag. 201 ; Billing,2^ sém., pag. 85 et Hunkler^ pag. 81.

M. Mossmann, pag. 63 et 64 du bulletin cité, donne des détails plus circonstanciés sur la nouvelle organisation du magistrat. Ces détails sont tirés du titre même dont l'original existe aux archives de la ville et auquel Schœpfiin a demandé, sans aucun doute, l'extrait que nous lui avons emprunté.

Ce titre est une ordonnance du landvogt, Burcard, burgrave

de Hagdeboarg. Elle est datée da 15 Mars. Le .nombre des sénateurs est porté à trente. Les tribus continuent à en fournir vingt, c'est-à-dire les deux tiers. Les dix autres sont pris ï huit parmi les nobles et deux parmi les bourgeois admis dans leurs clubs, le Waagkeiler et la Couronne, t II est dit exprès- € sèment que ces dix derniers devront être pris parmi les. € signalaires de Pacte de pacification du duc Rodolphe d'Au^ € triche. >

C'est de l'acte du 29 Janvier 1358 qu'il s'agit La stipulation implique donc l'exclusion du magistrat des nobles qui ont été réadmis en ville en 1359 et dont nous avons donné les noms.

Le nombre des bourgmestres est ramené à trois du lieu de quatre : deux bourgeois et un noble.

L'ordonnance stipule en outre que les vingt tribus éliront chaque année leurs chefs le même jour qu'aura lieu Télecllon du magistrat, et que ces vingt chefs auront place aux séances du sénat c sur le même pied que les sénateurs titulaires. »

En réalité le sénat se composait donc de cinquante membres ayant* voix délibérative, dont vingt-sept avec le titre de sénateurs, trois avec celui de bourgmestres et vingt avec celui de chefs de tribu. On peut inférer de ce chiffre énorme de représentants pour une population qui n'avait peut-être pas la moitié de l'importance, en nombre, qu'elle a aujourd'hui, qu'avec le roulement annuel chaque bourgeois pouvait arriver aux affaires pendant une année au moins dans l'espace de dix ans.

Le jour du renouvellement annuel demeure fixé ou est fixé à la Pentecôte et le lendemain pour le jour du serment que chaque bourgeois doit prêter au nouveau magistrat. Le lundi de Pentecôte était donc le Schwœrtag, La formule était probablement celle qui avait été concertée en 1358 par le duc Rodolphe et dont nous avons déjà parlé.

 la Penlecôte oa désignait également les trois élus appelés à remplir, à tour de rôle, pendant quatre mois chacun, les fonctions de bourgmestre. Le tour du bourgmestre noble est fixé aux quatre mois du second tiers de Tannée, de sorte que, au commencement et à l'expiration des pouvoirs annuels le bourgmestre en fonction était un bourgeois.

Mais voici le point culminant de l'innovation : Les bourgmestres sont dominés par l'un des vingt chefs de tribus adjoints au sénat. Ce chef est aussi élu à la Pentecôte et prend le titre d'Obrismestre. Il est le véritable chef militaire de la commune, car c'est lui qui a la garde de la bannière de la ville — Vexillum civitatis^

Quand les chefs de tribus, ses pairs, ne peuvent tomber d'accord sur le choix, le landvogt ou son représentant (le schultheiss?) et le sénat se joignent aux tribus pour faire l'élection et celui des chefs de tribus qui réunit la majorité relative des suffrages est légalement institué obrismestre.

Huit tribus sont placées sous ses ordres directs et se mettent à sa disposition en cas de danger. Les douze autres tribus sont attribuées aux trois bourgmestres, quatre pour chacun, et se rallient à l'Obrismestre gardien du drapeau. Si l'Obrismestre meurt, on procède à son remplacement immédiat, d'à. près les formes de l'élection annuelle.

Les membres sortants sont rééligibles, mais de manière à ce qu'il y ait toujours deux fois autant de bourgeois ou plébéiens que de nobles,

A la mort de l'empereur, les élus en fonctions demeurent investis de leurs pouvoirs jusqu'à ce que la ville ait reconnu le nouveau souverain, lui ait prêté hommage et juré obéissance.

Les actes antérieurs, les diplômes impériaux notamment et 1^ lettres de soumission, données à la ville par les nobles sont

réservés et continuent à avoir leurs effets. Si les nobles et les bourgeois admis dans leurs clubs viennent à enfreindre Pacte de pacification du 29 Janvier 1358, donné par le vicaire de l'empire, le duc Rodolphe, le landvogt se réserve la faculté de rapporter l'ordonnance de réorganisation pour revenir au mode d'élection desbourguemestres et du sénat en usage précédemment.

Cette réorganisation de l'autorité à Colmar ayant lieu le 15 Mars 1360, le landvogt décide que les pouvoirs des élus continueront jusqu'à la Pentecôte 1361, époque désormais fixée pour les élections annuelles.

Telle est la substance de l'acte de réorganisation du magistrat, réorganisation qui deviendra définitive lorsqu'elle aura reçu l'approbation de l'empereur, et qui régira la commune pendant une série d'années que la suite de cette chronique déterminera. Mais avant d'aller plus loin, quelques remarques nous semblent nécessaires pour indiquer la portée historique de ce document capital, entre tous ceux qui se rapportent à la constitution de la ville de Colmar.

I. Et d'abord, l'ordonnance du landvogt n'était pas une aggravation des mesures adoptées précédemment. La réserve finale, prévoyant l'abrogation et le retour à l'ancien mode de constitution des pouvoirs, si de nouveaux troubles survenaient, prouve suffisamment que l'ordonnance était considérée comme résumant le régime régulier qui convenait à la ville et dont le fonctionnement devait adoucir^ en régularisant leur application, les mesures transitoires que les circonstances ava eut successivement rendues nécessaires.

IL II est évident que l'ordonnance dont il s'agit résume, développe et régularise toutes les combinaisons, toutes les mesures temporaires, tous les essais et toutes les prescriptions spéciales que l'on a vus se succéder dans la constitution du pouvoir

et son exercice, depuis 1331 jusqu'en 1360, et que dès lors, sauf les diplômes des empereurs et les gages donnc^s par les nobles à la ville, les actes constitutifs antérieurs à Tordonnance sont abrogés par la promulgation de cette même ordonnance.

III. Il est patent que la prépondérance de Télément plébéien ou bourgeois reçoit une consécration souveraine dans cette réorganisation des pouvoirs ; que non-seulement elle lui est garantie quant au nombre des membres qui composent le magistrat, mais encore quant à l'exercice du pouvoir militant ou de la dictature qui lui est exclusivement déféré en cas de troubles intérieurs Ou de danger public. Car que sont les tribuns avec leur Obrismestre adjoints au sénat, si non la constitution permanente et régulière de la dictature des IX de 1331 à 1336, puis à 1341 ? du collège des XXIII, de 1352 à 1356? C'en est le calque fidèle avec la substitution, à VObmann des XXIII, de VObrismestre des XX tribuns, gardien du drapeau. La manifestation régulière de l'idée mère dont Jean Rœsselmann fut le représentant malheureux en 1262, c'est la dictature des IX de 1331 ; elle se développe sous l'influence des faits et gestes d'une noblesse séditieuse et arrive, après soixante dix-sept années d'agitations et de luttes civiles, à prendre, sous la protection du souverain, le premier rang militaire de la cité.

Elle ne tardera pas à aller plus loin, car l'œuvre ne sera achevée qu'après la conquête graduelle des postes et des prérogatives qui ne sont pas encore dans sa main. On la verra y arriver et former bientôt une démocratie bourgeoise aussi âpre que la classe noble qu'elle aura vaincue, puis composer, à son tour, pour faire place à d'autres qui recommenceront l'évolution.

IV. On se demande ce que devient le schultheiss sous le régime nouveau, si même la fonction continua à être remplie ? Il semble» en effet, que depuis la constitution de la décapole»

rinslitution d'un vicaire de l'empire en Alsace et celle d'un landvogt en résidence il n'y a plus, pour le schultheiss à Col mar, surtout dans les temps de troubles et de réorganisation fréquente du magistrat, qu'une place bien effacée. Cependant l'ordonnance parait consacrer la permanence du schultheiss, lorsque le landvogt réserve l'intervention de son représentant pour l'élection de l'Obrismestre en cas de désaccord des chefs de tribus. Si le schultétat fut maintenu — ce qui ne nous parait pas douteux — il est apparent aussi que cette fonction, la principale autrefois, fut considérablement amoindrie à Colmar pendant tout le règne de Charles IV, car jusqu'à la mort de cet empereur (en 1378), nous n'en trouvons plus de traces aussi fréquentes ni aussi précises qu'auparavant. Ainsi de 1357, année à laquelle la ville remboursa à Burcard Munch, le jeune, Jfs de Landscron, lieutenant de l'engagiste de 1347, le prix de l'engagement, nous ne trouvons plus, dans les documents à notre disposition, le nom d'aucun schultheiss jusqu'en 1362. Si cette charge fut à la collation de la ville à partir de 1357, il se peut que la majorité plébéienne du magistrat en revêtit l'un des siens, dont le nom, plus obscur que ceux de ses devanciers, est jusqu'à présent demeuré inconnu dans l'histoire. C'est une lacune que nous devons signaler à cause des circonstances exceptionnelles dans lesquelles elle se produit.

D'autres lacunes ont précédé celle-ci, et nous devons dire qu'elles seraient plus nombreuses encore sans le concours lou^ jours gracieux de M. Diétrich, chef de division à la préfecture. Au moyen de ses notes et de la collection de sceaux qu'il a commencée pour le musée^. il est parvenu à enrichir notre liste des schultheiss rangés, dans ce travail, à leurs places chronologiques. Nous aurions voulu remplir les vides que nous avons remarqués dès le début, parce que cela aurait complété la base d'un travail (^ue nous considérons comme fort impor-

lanl pour Thistoire d'une ville libre impériale. Il s'agit de ce que nous appellerons le Livre des consuls de Colmar, comprenant non-seulement les prévôts (schultheiss), mais encore les bourgmestres, les membres du sénat (Rath)^ les IX et les XXIII dictateurs, les Obrismestres et généralement ceux qui leur succéderont jusqu'à la réunion à la France ou môme jusqu'à la révolution. Ce serait le livre d'or de la cité. Pour recomposer l'histoire d'une ville libre d'Alsace, il y a bien d'autres terrains à explorer que celui sur lequel nous ramassons les lambeaux épars du passé pour essayer de l'éclairer au moyen d'un peu de méthode et de critique. Notre sigillographie politique, par exemple, mérite une attention spéciale. Cette branche de la science archéologique offre un vaste champ à des études qui apporteraient un appoint précieux à l'histoire proprement dite. Il est donc à désirer que les efforts de M. Dietrich soient secondés et encouragés par tous ceux qui sont animés de l'amour du sol natal.

Une dernière observation dans le même ordre d'idées.

Jusqu'à présent, il a été question, à plusieurs reprises, de la bannière de Colmar : nous nous sommes livrés à d'infructueuses recherches pour ajouter, à la mention de ce monument^ quelques indications descriptives à défaut de l'image qui aurait fait pendant à celle que nous possédons de l'ancienne bannière de Strasbourg. C'est donc encore une lacune à enregistrer. Nous pensons que c'est surtout dans les documents inédits du XIV» siècle que doivent exister des informations à ce sujet. Colmar a fourni son contingent militaire à l'empire et à ses alliés ; il est probable que des pièces émanant soit de la commune, soit du souverain ou de ses représentants en Alsace et se rapportant au drapeau, existent aux archives ; il est possible aussi qu'elles fourniraient des renseignements sur les modifications qu'il peut avoir subies aux di-

vers cbangemenls du régime intériear oa à ravënement des différentes dynasties à Tempire. La dissertation de Vexillo imperiali, d'Ulrich Obrecbt, ne noas fournit rien de parlicoliei*. C'est donc aux archives qu'il faut demander la lumière.

— Par un diplôme, daté de Prague le 15 août, Charles IV donne son approbation à Tordonnance du landvogt de 1360, portant réorganisation du magistrat. L'empereur ajoute aux prérogatives de TObrismestre le droit de convoquer les chefs de tribus quand il le jugera opportun. Le diplôme est aux archives de la ville. — X. Mossmann, pag. 6'5 du bulletm cité.

Ainsi, à la Pentecôte 1361 avait eu lieu le premier renouvellement du magistrat sur le pied de l'ordonnance du landvogt et, après environ dix-huit mois d'essai de ce. régime, l'empereur lui donne la sanction souveraine et renforce l'autorité de l'Obrismestre, en la complétant par le droit de convoquer les chefs de tribus quand et quantes fois il le jugera à propos.

— Charles IV affranchit de tout droit fiscal les marchandises des Colmariens^ naufragées sur le Rhin. Schœpflin^ Als. illust., tom. F, pag. 196 et d'autres après lui.

— Le jour (le Saint-Urbain, évéque (25 Mai), se trouvent réunis à Colmar : 1. Jean de Lichtenberg, évéque de Strasbourg ; 2. Jean Senn de Munsingen, évéque deBâle ; 3. Jean, évoque de Coire, chancelier des ducs d'Autriche et leur fondé de

jfy pouvoirs en Alsace et en Souabe ; 4. Jean, abbé de Murbach ; 5. Jean, comte de Habsbourg ; 6. Jean et Hugues^ comtes de Furstemberg; 7. Jean-Louis et Simon de Lichtenberg; 8. Othmann d'Ochsenstein ; 9. Walther et Henri de Geroldseck, dits de Twingen; :0. Jean, Ulrich et Brunon de Rapolstein;

H. Jean et Frédéric de Geroldseck es Vosges; 12. Henri de Geroldseck, seigneur de Lahr; 13. Les bourgmestres (pour les conseils et les bourgeois) des villes de Strasbourg, Bâle et Fribourg; 15. Le chevalier Stislaw de Witenmûl, sous-landvogt d'Alsace ; 15. Les schultheiss et bourgmestres (pour les conseils et les bourgeois) des villes de Haguenau, Colmar, Wissembourg, Schlestadt, Obernai, Rosheim, Mulhouse, Kaysersberg, Turckheim, Munster et Seltz ; 16. Berwart, bailli de Riquewihr, pour les bourgeois et ressortissants de la seigneurie de Wurtemberg, à l'effet de conclure une alliance ayant pour but d'assurer la sécurité de leurs territoires respectifs et de sauvegarder les gens et les biens qui leur appartiennent. Cette alliance, qui doit durer depuis le 25 Mai, jour de sa conclusion, jusqu'à Noël de la même année, est jugée nécessaire pour résister aux bandes anglaises (in gemeine rede die Engellender) qui dévastent la France. Il est stipulé par les contractants : que si un de leurs ressortissants aide de ses conseils ou de ses actes les dites bandes, le seigneur ou la ville dont il dépend le fera punir ; que dans le cas où ces Anglais envahiraient le territoire de l'un ou de plusieurs des alliés, les autres devront accourir à leur secours, en s'interdisant de faire de cette clause un prétexte pour commettre des dégâts ou des dommages dont ils deviendraient responsables ; que s'il devait arriver qu'il fallût entrer en campagne contre ces bandes, les alliés s'engagent à prendre des mesures efficaces pour protéger contre le vol, l'incendie, le rapt des denrées ou marchandises, le pays occupé. Celui des alliés qui se rendra coupable de faits pareils sera privé de la protection des autres. Cette alliance embrasse le territoire depuis Saint-llypolyte, Montbéliard et Belfort jusqu'à Wissembourg et du Rhin aux Vosges, sur la rive gauche du fleuve et sur l'autre rive, depuis rOos jusqu'à Rheinfelden, les droits de l'empereur»

qaant an mainlien oa à la dissolation de ralliance, demea^ rant réservés. Le texte de ce traité est publié par Schiller dans sa Chronique de Kcmigshoven^ pag. 887 -SOi,

Presque tous nos auteurs font mention de cette alliance, mais dans des termes qui ne peuvent rien ajouter à ce que nous venons de demander au texte. Nous nous dispensons donc de renvoyer ï leurs ouvrages. Toutefois une remarque nous semble nécessaire. Les bandes auxquelles Talliance fait allusion ont été Tobjet de dénominations diverses dans les li-* vres que nous consultons. On les a appelées : Sociétés. Cotnitives, Grande-Compagnie, Routiers^ Malandrins^ Tard^enuSy Ecorcheurs^ Anglais, Compagnie-blanche, transformée par quelquesuns en Compagnies- franches, Bandes de VArchipréire, etc., et de ces diverses dénominations est née une déplorable confusion dans les esprits, notamment par rapport à une autre invasion de TAIsace qui eut lieu dix années plus tard sous la conduite A'^Enguerrand, sire de Coucy, dont il sera question en temps et lieu. Il n'est donc pas sans utilité de consigner ici quelques indications propres à dissiper cette confusion et à préparer le lecteur à l'intelligence des faits relatifs à Thistoire de Colmar que nous aurons à signaler.

L'origine des cinq premières dénominations est bien antérieure au temps où nous sommes arrivé. Le glossaire de Ducange l'explique aux mots : Socielales, Comitivae, RtUari et Malandrinus. C'est donc par évocation de souvenirs antérieurs, que le XIV siècle désigna les bandes qui s'organisèrent à la faveur des violences du temps, ravagèrent plusieurs des provinces de la France et firent enfin irruption en Alsace.

 la suite de l'invasion du Querci, de TAuvergne, du Limousin, du Poitou et de la Touraine, en 1356, par 12,000 hommes soùs la conduite du prince de Galles et favorisés par le roi de Navarre, le roi Jean II, dit Jean le bon, livra bataille

à l'envahisseur, près de Poitiers, le 19 Septembre 1356, fut défait par lui, devint son prisonnier et fut emmené en Angleterre où il demeura jusqu'à la paix conclue le 7 Mai 1360. Après la défaite et la paix, les armées se désorganisèrent et donnèrent naissance aux bandes ou sociétés de gens armés qui désolèrent les provinces, notamment de 4361 à 4362, époque à laquelle nous sommes arrivé et où la ville de Colmar s'allie avec les principaux Etats de TAlsace pour se garantir de Pinvasion.

Bertrand Guesclin^ dans sa chronique, décrit comme suit la composition de ces bandes :

..... et estoient à foison Gens de maint pays et de mainte nation, L'un Anglois, Taulre Escof, si avoit maint Breton, Hanuyers et Normans y avoit à foison, Par li pays aloient prendre leur mansion, Vingt-cinq capitaines trouver y pouvoit-on Chevaliers, Escuyers y avoit ce dit-on Qui <ie France exillier avoient dévotion Et il n'y demeuroit buef, vache, ne mouton.

Ne pîûn, ne char, ne vin, ne oye, ne chapon, «Tout pjllart, meurtrier, traiteur, et félon Estoient en la route dont je fais mention.

Plus loin il désigne ainsi les bandes espagnoles :

Et je vous chanterai une bonne chançon

De Bertrand de Olaisquin dont je fais mention,

De la compagnie blance, dont je ftj compaignoi.

Il y avoît en l'Ost chevalier ne garçon

Qui ne portast la croix blance comme coton,

Pourtant la blance compaigne les appeloit-on.

Ainsi, en désignant sous le nom A'Engetlender les bandes contre lesquelles on se précautionnait, le traité de Colmar,

rapporté par Schilter, n'implique nullement que PAlsace était menacée d'une inyasion anglaise.

Notons encore que dès la fin de Tannée 1362 où nous sommes et surtout en 1363^ la France songe à diriger ces bandes contre les Turcs, afin d'en débarrasser les provinces qu'elles ravageaient. Or, l'Alsace était sur leur chemin, et cela explique surabondamment pourquoi les Etats se réunirent à Colmar pour organiser les moyens de défense.

Dix ans après la présence des bandes en Alsace, sous la conduite de l'Archiprétre pour se rendre en Hongrie, ce sera la possession même de la Haute-Alsace qui sera le sujet d'une invasion nouvelle par des bandes analogues, sous la conduite d'Enguerrand de Coucy, pour un fait se rattachant à la maison d'Angletene et à celle d'Autriche. On verra le dénouement de ce» deux invasions aux années 1365 et 1375.

— Le 28 Février, les principaux Etats d'Alsace sont de nouveau réunis à Colmar et renouvellent l'alliance conclue le 25 Mai de l'année précédente contre les bandes qui désolaient la France et qui menaçaient d'envahir l'Alsace. Ce renouvellement est signalé par la chronique des Dominicains* de Guebwiller, pag. 44^ note /, comme faisant partie du Codex (inédit) de la décapote.

— Le II des nones d'Avril, Pierre de Stauffen, chevalier de la commanderie de Saint-Jean de Colmar, meurt et est enterré dans la chapelle de la commanderie. — La dalle qui recouvre sa tombe a été découverte devant la porte de la chapelle. — Billing^ mss. inéd. de M. Ig. Chauffour

— Le 21 Octobre, Jean Senn de Munsingen, évéque de Bâle, assigne une rente annuelle et rachetable de dix chars de vin nouveau sur les dîmes épiscopales de Turckheim. Ingers-

heim, Niedermorschwir, Wintzenheim et Wittolshelm ; et de 100 quartants (viertel) de céréales dans le décanat Intercolles^ à Elisabeth, épouse de Jean de Bechbourg, pour la somme de 1500 florins qu'il en a reçus. Les cent hectolitres de froment seront livrés à Colmar entre les mains de l'intendant de l'évéque et aux frais, risques et périls des décimés à la Saint- Martin. — Trouillat, tom. IV.pag. 202-204.

— Charles IV défend au magistrat de séquestrer les biens du meurtrier s'il ne prend pas la fuite. Si au contraire il a fui^ ses biens seront, après le prélèvement des frais de condamnation, divisés en trois parts : l'une sera remise à ses héritiers et les deux autres appartiendront aux juges. — Schcepflin^ Als. illust., tom. F, pag. 202-203; BUling et Hmkler, pag. IIS et 44.

— Le magistrat donne, après la Fête-Dieu, un règlement portant que le bois d(' construction provenant des forêts de la ville ne sera plus accordé qu'à ceux qui construiront des maisons s'élevant au moins d'un étage au-dessus du rez-dechaussée. Celte faveur sera aussi accordée à ceux qui édifle-

• ront ce que l'on appelle réellement une maison, c'est-à-dire une habitation avec pignon. Pour la construction de chacune de ces maisons, il sera accordé trois arbres. — Note fournie par M. Dietrich^ chef de division à la préfecture.

— Jean de Munsingen, évéque de Bâle, ordonne au chapitre ^ de Saint-Martin de Colmar, de ne plus poi ter d'aumusses garnies de fourrures tachetées ; que si les chanoines prétendent résister à l'ordre de l'évoque en prétextant que la permission d'en faire usage leur a été accordée par lui, ledit évêque révoque et annule celte permission. — Donné à Delémont l'an

— Appel et protestation solennelle des chanoines de l'église

cathédrale de Bâle contre la prétention du prévôt et des chanoines de l'église de Saint-Martin de Colmar, au droit de porter des aumusses garnies de fourrures mouchetées. — Donné en 1364.

jf, — Procès obtenu en cour pontificale par les chanoines de l'église cathédrale de Bâle contre le prévôt et le chapitre de Saint-Martin de Colmar, portant excommunication dudit chapitre, coupable de certaines injures et d'insoumission

— Transaction obtenue par un certain Thomas de Pixaten.

— Donné et passé à Avignon au palais apostolique^ l'an 1364^

— Extrait de l'ancien catalogue, W 391, fol. 282. - Trouim^ tom. /F, pag. H2. noie 1.

>fi — Le magistrat, de concert avec le chapitre de Saint-Martin, dut créer en cette année de nouvelles ressources en vue de l'achèvement du chœur de Péglise. ~ Musée pittoresque, pag. IIS.

— Le iO Août, Charles IV donne un diplôme, daté de Spire, qui autorise Colmar, en même temps que les autres villes de la décapole, à recevoir bourgeois les citoyens du dehors qui le demanderaient, et sans avoir égard aux droits que font valoir sur ces citoyens les seigneurs dont ils abandonnent les terres. La ville de Colmar jouira du droit d'accueillir ces nouveaux habitants, au même titre que la ville de Strasbourg. Le diplôme est publié par Schœpflifiy diplom.^ tom, II, pag. 247 et Laguille, preuves^ pag. 53.

Cette question fut l'objet, pendant le règne de cet enapereur surtout, de nombreuses contestations entre la ville de Strasbourg, ses évêques et d'autres seigneurs. La fermeté du magistrat et l'habileté de ses négociations avaient assuré de fait, malgré la défense spéciale retenue dans l'art. 15 de la bulle d'or du même empereur, le moyen pour la vill^ de Strasbourg

d'augmenter, par cette voie, sa population, sa richesse et ses forces au grand avantage de ceux qu'elle accueillait et au grand préjudice des seigneurs que ces défections louchaient.

Nous croyons que, dès 1360 tout au moins, Colmar procédait comme Strasbourg, bien qu'aucune preuve directe n'ait été produite jusqu'à présent à l'appui de cette opinion. Cependant nous considérons comme une preuve certaine les quatre rotules en parchemin conservés aux archives de Colmar, et dont la publication a été commencée dans les deux volumes des Curiosités d'Alsace, pag. là XXXII .

C'est à l'année 1360 que commencent ces listes d'admission au droit de bourgeoisie, conséquemment à une époque antérieure au diplôme de 1365, qui autorise la ville à recevoir dans ses murs ceux qui veulent y fixer leur résidence. De 1360 au 10 août 1365, la ville élait en contravention à l'art. 15 de la bulle d'or. Nous avons lieu de supposer que cet état durait depuis longtemps, car nous croyons que le premier rotule ne fut commencé qu'après l'autorisation ou le diplôme de l'empereur et qu'on y inscrivit, de mémoire ou d'après des notes ou déclarations, les individus reçus depuis Tannée 1360 jusqu'en 1365, ce qui explique le désordre chronologique qui caractérise le commencement de cette première liste. C'est d'ailleurs par une courtisanerie qu'elle débute : on inscrit au premier rang une famille du domaine de la couronne, le juif Eberlin et son gendre, reçus le 20 Décembre 1861 et après eux beaucoup de chrétiens reçus en 1360. Cette seule remarque nous dispense d'insister.

La raison pour laquelle l'empereur accorde la permission de recevoir bourgeois ceux qu'il était défendu d'admettre auparavant, est plus évidente encore.

Arnaut de Cervole, dit l'archiprêU'e, s'était offert à conduire les bandes en Hongrie contre les Turcsv Le prcjet ayaat

écboué, il se trouvait, en 1365, à la tête de pins de 40,000 hommes qu'il conduisit.au pays Messin, appelé par le comte de Blamonl en guerre contre le comte de Salm, le sire de Ruenstein et Tévêque de Strasbourg, Jean de Lichtenberg. Après avoir ravagé les environs de Metz, Cervole el sa troupe marchèrent sur TAlsace. Le 4 Juillet ils débouchent à Saverne, s'avancent vers Strasbourg dont ils prennenl un faubourg, se répandent dans les villages et après Un mois de brigandages de tonte espèce, prennent la route de Schlestadt et de Colmar, laissant partout d'horribles traces de leur passage. Charles IV qui était accouru pour défendre le passage du Rhin, se trouvait donc à Spire le 10 Août, et Ton conçoit que, dans ces circonstances, il ait révoqué, par un nouveau diplôme, la défense d'admetlre bourgeois dans les places fortes ceux qui s'y réfugiaient pour se soustraire cette fois, non aux exactions de leurs seigneurs, mais aux violences des compagnies, des Routiers, des Malandrins, des Anglais, des Ecorcheurs, etc., comme il plaira au lecteur de les appeler.

Le 10 Août, date du diplôme, fixe, selon nous, le moment où Charles IV, enfermé à Seltz, se décide, sur les réclamations des seigneurs, des villes et des populations, à marcher contre les compagnies qui achevaient de ravager les environs de Strasbourg. Charles IV se fait précéder par le diplôme, les compagnies reculent à son approche, l'empereur les poursuit et arrive à Colmar vers la fin du mois d'Août chassant devant lui l'archiprêtre qui, au rapport de Trithéme, fait en un jour plus de chemin que les impériaux en quatre. L'archiprêtre entre dans la Bourgogne, abandonnant l'Alsace, qui fut ainsi, pendant près d'un mois, livrée à la cruauté de ses bandes.

Il parait certain que, dans sa fuite, l'archiprêtre n'entra pas à Colmar. Mais la ville dut néanmoins beaucoup souffrir dans cette occasion, car, selon tous Jes historiens, les impériaux

achevèrent de piller ce qui avait échappé à l'avidité des compagnies.

Telle fut la cause de la seconde apparition de Charles IV à Colmar, d'où il se retira avec plus de satisfaction que de gloire.

L'alliance conclue en 1362 pour une année et renouvelée en 1363 paraît s'être trouvée impuissante à résister à une invasion aussi subite et aussi considérable. Nous ne trouvons du moins aucune trace d'action commune contre cette nuée d'étrangers.

A sa sortie d'Alsace, l'archiprétre quitta la conduite des compagnies et passa en Provence, où il mourut en 1366. — Duchesne, GeneoL de Chateauvillom9pag. 54.

Disons enfin^ à titre d'information complémentaire sur ce personnage, qu'il était issu d'une maison noble du Perigord et que le nom d'archiprêlre lui venait de ce que, quoique marié, il possédait un archiprêtré. En ce temps, il n'était pas rare de voir des séculiers investis de bénéfices ecclésiastiques, môme en Alsace où des séculiers sont élus évêques. L'église et la noblesse étaient, comme sous la domination romaine, une seule et même chose fondée sur les intérêts temporels.

— Le 12 Février. Mort de Guillaume de Marbourg, architecte du chœur de l'église de Saint-Martin. Il est enterré dans le cloître de la collégiale de Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg Son tombeau le représente tenant, de la main droite, un cercle et la main gauche une équerre. —Schœpflin^ illust,^ tom. 7, pag. 188 et d'autres.

— Le 17 Octobre, Colmar prend part à une nouvelle alliance conclue entre les Etats de toute l'Alsace pour assurer la paix dans le pays pendant deux années commençant à Noël. Le territoire représenté par les alliés comprend tout le pays

situé entre Rhin et Vosges i partir de Wissembonrg. jnsqn'à Lure, Lisle-sur-le-Doubs, le Wissenstein, le Scblosberg, Olten et le Hanenstein; de Tantrecôtéda Rhin, la Forét-Noire et le pays en descendant jusqa^à Neubourg. Nous comptons, à côté de quatorze villes alliées, vingt-quatre seigneurs qui se joignent à elles dans cette occasion. Il est convenu que treize juges seront désignés parmi les contractants pour régler les difficultés qui pourront naître de Texécution du traité et qu'ils se réuniront chaque année à Colmar, le premier lundi après les Quatre-Temps qui précèdent Noël, afin de prononcer sur les plaintes qui leur seront soumises. Schcepflin, Als^ dtpL, iom. II, pag. ÎSO-iSf.

— Par un diplôme daté de Franckfort le 7 Février, l'empereur Charles lY confirme à la ville de Strasbourg les droits et privilèges dont elle est en jouissance et institue Colmar et les autres villes de la décapole gardiennes des droits qu'il confirme à la ville épiscopale. — Wencker, de Ussburgeris^ pag. 88-89.

jrs — Le 14 Août, Henri de Rœdersdorfi , prévôt du chapitre de Saint-Martin, d'accord avec le doyen et les membres dudit chapitre, donne une charte qui confère à chacun des chanoines le droit de désigner celui de ses collègues qui devra lui succéder dans la jouissance de la maison canoniale qu'il occupe. Cette charte modifie un règlement antérieur qui portait qu'à la vacance de Tune des maisons canoniales le droit d'opter, entre celle qu'il occupait et celle qui était devenue vacante, était réservé au plus ancien des chanoines. — ÏVotitJlat-Vautrey, tom, IV, pag. 7iî^ f après wm copie vidimée de 1758.

Ce titre démontre surabondamment que les maisons composant le domaine du chapitre et occupées par les chMoioes moyennant un cens tm loyer déterminé, n'étaient pas toutes

également confortables; que dès lors, à la plupart des vacances, il y ayait avantage pour Tun des chanoines à passer de la maison qu^il occupait dans celle qui était devenue vacante.

— Le clergé de Colmar attirait souvent devant les tribunaux ecclésiastiques les contestations qui s'élevaient entre lui et les bourgeois. Charles IV affranchit ces derniers de celte juridiction et le pape, Innocent IX, confirme la décision de l'empereur. — Schœpflin, illust., iom. V, Billing et Hunkler^ pag. 196, 37 et 5i.

— D'accord avec le chapitre de Saint-Martin, le magistrat prend l'administration des revenus de la fabrique de l'église. Il est décidé que la fabrique aura, à perpétuité, le droit de percevoir sur la succession de celui qui vient à mourir, le meilleur habit qui lui appartenait ou la valeur de cet habit. — Schœpflin, Billing, Hunckler et liusée pittoresque^ pag. 188^ 1,340, 169 et 118.

— On a vu qu'en l'année 1344, Jean Senn, de Munsingen, évoque de Bâle, avait engagé à Henri Frœweler une rente annuelle de 220 quartauts de céréales sur les dîmes épiscopales dans le ban de Colmar et autres lieux des environs. Il paraît que les dîmes ne furent point livrées à Frœweler, car nous trouvons dans Trouillat, tom. IV, pag. 296y une charte du 5 Mars de cette année, par laquelle Jean de Vienne, évoque de Bâle, promet au même Frœweler de hii faire payer la rente annuelle de 220 quartauts de céréales, quia été négligée et retenue.

— Wenceslas, frère de l'empereur Charles IV, est landvogt d'Alsace. Il fixe la valeur du marc d'argent à deux livres et demie, valeur de Strasbourg, pied sur lequel la ville de Colmar doit livrer les 150 marcs de tribut annuel à l'empire. — Schœpftin, AU. illmt., tom. 7, pag. 197,

— Par un diplôme daté de Carisbad, le 16 Oetobre, Tempereur Charles IV déclare la ville de Colmar affranchie de toate juridiction provinciale et étrangère. — Schœpflin, diplom., tom. //, pag. 264^ (Paprès Lunig, part. spec. cont. IV, tom. II, pag. 703.

j^ — On a vu qu'en 1355, Charles IV avait autorisé la ville à établir un droit de pesage et de mouture dont la moitié du produit revenait à l'église de Payeme et à l'église de Constance [Ober-et Niederhof), En l'année où nous sommes, la ville prend en emphythéose cette moitié du produit des droits de pesage et de mouture, moyennant un cens annuel de 120 florins qu'elle sert aux dites églises. — Schœpflin, Ah. illust.y tom. F, pag. 196 et Billing i« sém., pag. 35.

— Le 12 Mai, Charles IV écrit au magistrat de Colmar et à ceux des autres villes de la décapole, des lettres datées de Prague par lesquelles il les informe, qu'eu égard à l'état de troubles, de pillage et de violences dans lequel se trouvent l'Alsace et les pays limitrophes, il a donné l'ordre au duc Eberhart .de Wurtemberg, aux administrateurs du diocèse de Strasbourg et au magistrat de cette ville, d'entrer sur le champ en campagne pour mettre fin à cet état de choses. Il ordonne également aux villes de la décapole de joindre leurs forces à celles des ducs de Wurtemberg et de Strasbourg, dès qu'elles y auront été invitées par Stislaw de Weytenmûl, auquel il a confié le commandement des troupes, sous la bannière impériale, pour rétablir la tranquillité dans les pays troublés. — Schœpflin, Als. diplom., tom 11^ pag. 264-265.

Il s'agissait, sans aucun doute, d'organiser la résistance à la première manifestation, dans le Wurtemberg ou la Souabe, de la révolte des paysans contre leurs seigneurs. — (Schlegel- Kriegy —premier soulèvement des paysans)

— Le mardi avant Noël, Pierre, évoque de Citta en Ombrie? (Citonensis) et vicaire général de l'évêché de Bâle, fait la consécration du chœur, du maître-autel et du cimetière du couvent des Calherinettes de Colmar. L'église est placée sous Tinvocation de Sainte-Catherine et des onze mille vierges. Pierre accorde des indulgences aux visiteurs et aux bienfaiteurs de cette église. L'original fait partie de la collection de M. Zim- -^ herlïn. Trouillat-Vautrey, tom. V^pag, 695.

" On installe au clocher de Saint-Martin la première horloge de cette église. — Billing, /«' sém., pag, 840.

— Un épisode marquant de notre histoire locale est rapporté avec assez peu de concordance par les chroniques et les livres que nous consultons en ce qui concerne le rôle de Colmar en cette circonstance. Nous résumons :

Le magistrat de Strasbourg ordonne le dénombrement des bourgeois de la ville. Un grand nombre de nobles y avaient leur séjour : il les met en demeure de déclarer si leur intention est d'exciper du droit de bourgeoisie, conséquemment d'en réclamer les avantages et d'en supporter les charges. Le plus grand nombre se soumet, d'autres résistent aux prétentions du magistrat qui les bannit de la ville. Parmi les premiers se trouvait Werlin de Hadstatt, seigneur opulent, à qui le burg (le château) et le village de Herrlisheim appartenaient; parmi les seconds se trouvait le gentilhomme Jean Erb, seigneur d'une partie des villages d'IUkirch, Grafenstad et Ill^ickersheim. Banni pour dix ans des murs de Strasbourg, Jean Erb se met à la tête de quelques gentilshommes mécontents, entr'autres Burcard de Fénétrange et appelle à lui tous les bandits de la province, contre lesquels on a vu Charles IV, en 13H, engager les villes à se mettre en campagne pour rétablir la sécurité dans le pays. Après divers actes d'hostilité et

de Yiolences dans le voisinage de Strasbourg, Jean Erb arrive avec sa bande devant Herriisheijn où $e trouvait Werlio de Hadstatt; il s'empare de ce bourg, fait Werlin prisonnier, pille ses richesses, sa vaisselle d'argent notamment et les emporte, laissant à Herrlisbeim cinquante de ses hommes selon ]es uns, cinquante-six selon les autres avec ordre de s'y fortifier et d'y garder le prisonnier.

Cet attentat causa en Alsace une émotion telle que le landvogt se mit à la tête des villes, y compris celles du Sundgau, pour arrêter les brigandages de Jean Erb. Hais Colmar, Strasbourg et Scblestadt paraissent s'être concertés sur le champ pour frapper un grand coup. Leurs forces réunies arrivent pendant la nuit devant le bourg de Herrlisbeim, l'investissent, s'en rendent maîtres dans la matinée, délivrent Werlin de sa prison, capturent les bandits qui se trouvaient dans l'enceinte et les font mourir, trois par la roue, seize par la corde et trente-un selon les uns, trente-quatre selon les autres, par le glaive du bourreau de Colmar. Trois sont réservés comme otages jusqu'à la paix avec leur chef.

Werlin de Hadstatt, délivré de sa prison, abandonne ses biens à ses fils à la condition qu'ils donneront leur appui à la ville de Colmar toutes les fois qu'ils en seront requis, en reconnaissance des services que la ville a rendus.à leur père dans cette occasion. F. Closener, code hist. et dipl. de Slrasbourg, tom. l.pag. 183-184, Kœnigshoven, pag. 328-329, Laguille, tom. H, pag. 308-309, Schœpflin, diplomatica, tom II, pag. 255-256, 262 et 263, Billing, 2^ sém., page 182 et Hunk- 1er, notamment pour qmlques détails particuliers, pag. 117.

— Le 14 Avril, le prieuré de Payerne donne en fief à Hennemann de Wildenstein, d'Ëplingen et à Gonthier, son oncle, le village de Hôlstein, avec gens et biens. La charte réserve

au profit du prieuré la charge par les habitants du village de *t» conduire à Payerne toutes les voitures de vin qui lui seront expédiées de Colmar. — Trouillat^ tom. IV, pag. 324.

Ainsi la dîme de Colmar et des possessions du prieuré dans les environs de Colmar fournissait ses vins à Tabbaye et la corvée les y charriait. Hôlstein était la dernière étape de Colmar à la maison-mère du prieuré de Saint-Pierre.

— La maison qui servait de lieu de réunion à la tribu des maréchaux de Colmar était située, en 1375, près de la porte intérieure de Deinheim (Inneren Teinheim Thor). — Note fournie par M. Dietrich, chef de division à la préfecture.

— Le 24 Septembre, Enguerrand, sire de Coucy, comte de Soissons et de Bedfort, écrit au magistrat de Colmar (qu'il appelle Coulombier) une lettre, datée de Massevaux, par laquelle il lui fait savoir que sur des sollicitations venues de l'Alsace, il est entré dans la province pour revendiquer la succession de son aïeul, le duc Léopold II d'Autriche, succession que ses cousins, les ducs Albert et Léopold, retiennent injustement. Il l'informe qu'il a fait part de ses intentions au duc de Brabant, vicaire de l'empire en Alsace, et que ce dernier, se tenant pour informé, n'entend en aucune façon l'empêcher de faire valoir ses droits, Enguerrand fait donc connaître à la ville de Colmar qu'il la tient pour amie, attendu que son intention n'est pas de faire la guerre à l'empereur, mais seulement de revendiquer ses droits à la succession de son aïeul. — Wencker, app. archiv., pag. 216-217.

La môme missive fut envoyée au magistrat de Strasbourg.

Colmar parait avoir gardé une attitude passive dans cette occasion, c'est-à-dire n'avoir pris parti ni pour ni contre l'envahisseur. Mais il est difficile d'admettre que la ville n'eut pas à souffrir de sa présence. A son approche 1q duc Léopold et

le duc de Wurtemberg, qui n'étaient pas en mesure de tenir la campagne contre un ennemi aussi nombreux, s'étaient enfermés dans Brisach après avoir obligé leurs sujets des villages à brûler tout ce qui pouvait servir à la subsistance de l'ennemi et à se retirer avec leurs effets dans les châteaux et les places fortes.

Soixante mille hommes étaient entrés dans le pays par Belfort et Saverne. Pendant cinq semaines les environs de Strasbourg furent livrés au pillage et à Tincendie ; la ville môme ne parvint à éloigner l'ennemi de ses murs qu'en lui payant une rançon de 3,000 florins De Strasbourg, Enguerrand conduit son armée près de Brisach où elle ne trouve plus à subsiste!*. Pressé par le besoin, l'ennemi décampe, marche sur la Suisse où les mômes précautions avaient été prises, arrive devant Berne après avoir commis d'immenses ravages et est définitivement battu par les Bernois, le 27 Décembre, à Frauenbrunnen. Enguerrand se retire avec les débris de son armée, rentre en France par le Sundgau, sans autre résultat de son entreprise que d'avoir réduit à la dernière misère un pays qui n'avait pris aucune part dans sa querelle.

Disons en quelques mots la cause de son expédition et la composition de son armée.

Enguerrand était fils du sire de Coucy, comte de Soissons et de Catherine, fille de Léopold II d'Autriche, que l'on a vu engager, en 1335, le village de Deinheim à la ville de Colmar. Un frère de Léopold II, Albert-le-Sage, avait seul continué la race des ducs d'Autriche, et son fils, Léopold III, était en l'année où nous sommes arrivé en possession de la Haute-Alsace, du Brisgau et d'une partie de la Suisse. Enguerrand, son cousin, avait été marié en premières noces à une fille d'Edouard III d'Angleterre et en secondes noces avec Isabelle de Lorraine. Ces circonstances lui facilitèrent les moyens de

réunir sous sa bannière les Bretons et les Anglais répandus en France. C'est avec eux qu'il vint réclamer la succession qu'il prétendait lui revenir. On a vu l'issue de sa tentative armée à laquelle on prétend que le roi de France, Charles VI, était favorable.

— Par un diplôme daté de Nuremberg le jour de la Saint- George (23 Avril), Charles IV accorde à la ville de Colmar le droit de frapper, à ses armes, les pièces de monnaie (Pfenninge) que l'on jugera utiles et appropriées aux besoins. Cette faveur est accordée à la ville en considération des inconvénients que présente la monnaie que l'on frappe à Bâle et le pays d'alentour et du préjudice qui résulte de son emploi à Colmar. Le diplôme se termine par la formule exécutoire concernant le cours de la monnaie qui sera frappée par la ville. — Schœpflin, Als, diplom,, tom. II, pag, 273.

Ddiûs son illustrata, pag. 196, le môme auteur interprèle différemment le titre que nous venons d'analyser. Il dit que la monnaie de Colmar devait être frappée à IHnstar de celle de Bâle et il remarque cependant « qu'il n'est pas de monnaie d'argent, grandes, moyennes ou petites que la ville n'ait frappées à l'exemple de Strasbourg. j> Il existe même, ajoute-t-il, des pièces d'or sorties de la monnaie de Colmar.

n semble donc qu'il y a erreur dans Villmtrala, C'est en effet Strasbourg que Colmar devait imiter, non Bâle, dont la monnaie avait des inconvénients et dont l'emploi était une cause de préjudice. Billing, 2' sém., pag. 36, et Hunkler, pag, 50, suivent les errements de Vlllustrata. Hunkler ajoute qu'il a vu des pièces de tous les modules de la monnaie de Colmar au cabinet des antiquités de Vienne.

Se basant probablement sur de simples inductions, Billing et Hunkler affirment que peu de temps après la concession de

ce droit régalien à la ville de Golmar^ il y eut en circulation beaucoup de monnaie provenant de son atelier. Nous pensions que le médailler local, réputé assez riche, nous fournirait le moyen d'appuyer de quelque preuve cette indication. Mais il n'en est rien : la collection est fort pauvre, car elle ne contient que quelques types anciens de monnaie d'argent (sept ou huit) des XVI® et XVII« siècles et à peu près un égal nombre de types de monnaie d'alliage. C'est donc une collection qui est, pour ainsi dire, tout entière à créer. Feu M. le docteur Faudel la possédait plus complète que ne la décrit, dans un beau désordre, M. de Berstett, Muntz Geschichte des Elsass, pag. 7 à 10 et 3 à 5 du supplément. La collection de feu M. Faudel est aujourd'hui la propriété de la ville de Haguenau.

— Colmar est de nouveau mis au ban de l'empire ; je ne sais pour quel motif. Mais Charles lui fait grâce la même année, par ses lettres datées de Franckfort. — Schcepflin^ Als. illusL, tom. Vj pag. 2i0^ Billing, 2^ sém., pag. 179, Hunkler, pag. i19, Dillemann, pag. S77 et Musée pittoresque , pag. 129.

Sans vouloir préciser les causes de cette disgrâce, il est bon de remarquer que : malgré les instances auprès de Charles IV pour obtenir son intervention afin de protéger l'Alsace contre l'invasion d'Engnerrand de Coucy, l'année précédente, l'empereur ne se donna aucun mouvement, occupé qu'il était, en Bohême, à corrompre les électeurs pour faire élire roi des Romains son fils Wenceslas, indigne de lui succéder. A force de largesses pécuniaires, dans lesquelles passèrent tous les revenus de la couronne en Alsace, Wenceslas est élu le 12 Juin. La ville de Cohnar, réduite à se défendre seule contre les bandes d'Enguerrand, résista peut-être à des tentatives d'aliénation, au profit de l'électeur palatin, des revenus que l'empereur prétendait percevoir sur elle peur acheter la voix

de cet électeur ; d'un autre 'côté, la bourgeoisie de Colmar, maîtresse du pouvoir, paraît ne l'avoir point conservé sans avoir été obligée de le défendre contre de nouvelles entreprises des nobles ; car il paraît certain, bien que jusqu'à présent l'histoire soit muette à cet égard, qu'elle les expulsa de nouveau de la ville. Cela nous^ paraît résulter péremptoirement de la défense que Charles IV fera, en 1378, au landvogt (Wenceslas) de réintégrer en ville ceux que le sénat en a bannis. De l'ensemble de cette situation a pu résulter la mise au ban de l'empire dont Colmar est relevé la même année.

— Wenceslas qui venait d'être élu roi des Romains, fut institué vicaire de l'empire en Alsace. Il aurait, au dire de quelques-uns, confirmé en cette année 1377, les droits et privilèges de la ville de Colmar.

Nous ne trouvons nulle part cette charte de confirmation. Cependant une semblable charte existe pour Haguenau; Schœpflin la publie dans sa diplomatica, tom, II, pag. 276. Il y est fait allusion à une confirmation précédente ou provisoire, que Wenceslas donne à Franckfort, immédiatement après son élection. Cet acte de gracieux avènement a pu comprendre toutes les villes de la décapole, et c'est peut-être à cela que se rattache la mention que nous avons dû rapporter. Ce qui paraît certain c'est qu'à partir de ce moment Colmar et l'Alsace sont dévolus au gouvernement direct et personnel du .vicaire de l'empire, Wenceslas, roi des Romains et fils de Charles IV auquel il succédera tantôt.

— L'empereur Charles IV fait défense au landvogt de faire rentrer dans la ville de Colmar ceux que le sénat «n aurait bannis. — Schœpflin, Âls, illusi., tom. V^pag. 196 ; Billing, pag, 37, et Hunkler, pag. 4i.

— Colmar s'allie avec Schlcstàdl contre les Lorrains. — Schœjtflin, loc. cit. pag. 226.

— Charles IV dissout l'alliance de la décapole. L'auteur en ignore les causes. — Mmée pitioresque, pag. 129.

Les indications qui précèdent manquent de vie. Il est difficile de les animer en l'absence de preuves diplomatiques. Nous nous bornons donc à constater: 1. qu'en cette année, il y avait des bourgeois bannis de la ville ou menacés de l'être, et que le landvogt (Wenceslas, vicaire de l'empire ou son représentant] voulait faire rentrer ou protéger contre la décision du sénat; 2. que l'année 1378 est l'année de la mort de Charles IV (29 Novembre) et de l'avènement de Wenceslas à l'empire ; 3. que dès son avènement, Wenceslas avait nommé son vicaire en Alsace, Frédéric de Blanckenheim, évêque de Strasbourg; 4. que Frédéric, intronisé évéque par le pape Grégoire XI, contre deux compétiteurs que le chapitre de la cathédrale lui avait donnés, était neveu de Jean, comte de Saarbruck, seigneur de Commerci, grand échanson de France et oncle du comte de Blamont ; 5. Que le duc Jean de Lorraine, qui s'était emparé de Saint-Hippolyte sous l'évêque précédent, Lambert de Burne, avait rendu cette* ville au nouvel évéque, Frédéric de Blanckenheim ; 6. que les seigneurs ayant fait entr'eux des confédérations qui avaient pour but de se mettre dans une entière indépendance, les villes avaient, de leur côté, contracté des alliances pour défendre leurs franchises et se garer des brigandages que les confédérations nobles favorisaient pour s'agrandir ; 7. que l'évoque de Strasbourg, Frédéric de Blanckenheim, s'était engagé dans la confraternité du Lion et que le duc Jean menaçait de reprendre la ville de Sainte- Hippolyle qu'il avait remise à l'évêque quelque temps auparavant.

Nous laissons au lecteur le soin de décider si, de l'ensemble

de ces circonslances, il y a lieu de penser : que la dissolution de Talliance des dix villes libres d'Alsace (la décapote) fut le résultat de l'assistance que ces villes se donnaient mutuellement contre les entreprises des confédérations seigneuriales et si spécialement « Talliance de Colmar avec Schlestadt con - « tre les Lorrains » ne fut pas la conséquence de l'expédition que le duc Jean préparait pour rentrer en possession du Hohkœnigsbourg et de la ville de Saint-Hippoiyte, situés dans le voisinage des deux villes alliées.

— Le 14 Août, Colmar signe un traité d'alliance, conclu pour cinq ans, dans le but de défendre, pendant ce laps de temps, la liberté des contractants, les villes de Haguenau, Colmar, Schlestadt, Wissembourg, Mulhouse, Obernai, Rosheim et Seltz. Ces villes veulent rester unies à l'empire, ne pas s'en laisser distraire, inféoder ou engager à un autre maitre ; que s'il arrive que des entreprises soient tentées à rencontre de l'une ou de l'autre, contrairement au droit commun de l'empire, par des seigneurs ou hommes d'armes isolément ou confédérés, les villes se donneront une protection solidaire. Elles décident que, pour assurer l'exécution du traité, Colmar et Haguenau éliront chacune deux délégués et les autres villes chacune un, soit en tout neuf membres qui se réuniront, sous la présidence de l'un d'eux, toutes les fois que cela sera nécessaire pour concerter les mesures propres à obtenir réparation des entreprises qui pourraient être faites pour attenter à leur liberté et à leur indépendance. Le traité est fait en trois expéditions dont l'une demeurera déposée à Haguenau, l'autre à Colmar et la troisième à Obernai. — Schœpflin^ Als, diplom.,

tom II, pag. 27:'278.

— Le 1 3 Septembre, l'empereur Wenceslas se trouvait à

Oppenheim. Il écrit an magislrat de Strasbourg pour rengager à prêter main forte à la ville de Colmar contre Léopold, duc d'Autriche, qui, en attaquant cette ville, s'attaque également à Tempire. Il donne rendez-vous aux Strasbourgeois à Haguenau, pour le jour Je la Saint-Michel. — Schospflin, Als. diplom., îom. II, pag. 280-281.

Quelle était la cause de Thostilité de Tarchiduc Léopold contre la ville de Colmar? C'est ce que l'histoire ne précise pas. Colmar refusait peut-être de s'engager dans le parti de l'archiduc pour soutenir la guerre qui s'allumait de tous côtés dans les possessions autrichiennes de la Suisse et qui aboutira, en 1386, à la défaite de Sempach.

— De même que l'avaient ordonné Rodolphe de Habsbourg (en 1278) et plusieurs de ses successeurs dans la suite, l'empereur Wenceslas défend, le 13 Juillet, au landgrave de l'Alsace supérieure de traduire les bourgeois de Colmar devant son tribunal, lesdils bourgeois n'étant justiciables que du tribunal du schultheiss ou du représentant de l'empereur dans la ville. — Schœpfliny Als. illust., tom. V, pag. 195 et diplom., tom, Ilypag. 281.

— On lit dans un registre des archives de Colmar, qu'en 1382 il fut décidé que: c Le meilleur vêtement d'un défunt € échoit à Saint-Martin et doit être racheté par ses héritiers ; € que s'il y a un cheval, le cheval est dû et de tous le meil- € leur, mais qu'il peut être racheté moyennant dix florins ; € que s'il existe une armure, l'armure est due ou quatre .flo- € rins, comptés par les héritiers du défunt, -b — Billingy l^rsém.^pag. 340.

Cette décision parait être un complément du droit de décès que Ton a vu établir en J370, lorsque le magistrat prit en

main radministration des revenus de la fabrique. Hunkler ajoute que ce droit {Todtmfall) fut décrété par le magistrat du consentement des bourgeois alSn de subvenir aux besoins de rédifice, probablement aux frais de construction du chœur actuel qu'il s'agissait peut-être de parachever.

— Le 28 Juillet, Jean de Vienne, évoque de Bâle, assigne à Walram-le-vieux, comte de Thierstein, en retour d'un prêt de 600 florins, les dîmes que l'évéché de Bâle percevait sur l'église de Saint-Martin de Colmar et les territoires d'Eguisheim et de Mittelwihr. — Trouillat, tom. IVy pag. H7-449.

— Le fief de Wasserbourg (la moitié du village) appartenant J(^ au prieuré de Saint-Pierre de Colmar, passe des mains d'Dl-

ric de Hauss dans celles des nobles de Hadstadt. - Billing, /w sém., pag. S86.

— En raison de l'accroissement de Colmar, l'empereur Wenceslâs exige que la ville paie à l'empire un tribut annuel de trois cents marcs d'argent. Mais peu après il décida luimême qu'on en reviendrait à l'impôt de cent cinquante marcs payé sous Adolphe de Nassau. — Schœpflrin, Als. tJI., tom. F, pag. 197 et Billing, 2^ sém.^ pag. 49:

— Wenceslâs confirme au magistrat de Colmar le droit de bannir de la ville que l'empereur Charles IV lui a concédé ou reconnu en 1378 lorsqu'il fit défense au Landvogt de réintégrer dans la ville ceux que le sénat en aurait expulsés. — BUlingy 2^ sém., pag. 37, q

— Le jour de la Saint-Michel (24 Septembre), Meboldus •^ Munser meurt et est enterré dans la chapelle de Saint-Jean. - Billingy mss. inéd. de M. J. Chauffour.

— Le chevalier Pierre d« Saint-Dié est schulth^ss de Colmar en cette année. — Noîe fournie pwr M. Dietrich,

— Une charte de cette année, au nom de la viUe de Colmar, constate quelques admissions de juifs au droit de bourgeoisie. — X. Mossmann^ Etude sur l'histoire des juifs à Colmar^pag. 7.

Ce fut Wenceslas, ajoute le même auteur, qui demanda à la ville de les admettre : Colmar ne fit aucune difficulté et les autorisa à convertir en lieu de sépulture un enclos qui leur appartenait devant la porle de Deinbeim ; on consentit même à ce qu'ils y enterrassent non seulement les juifs de la ville, mais encore ceux du dehors.

— Colmar est mis au ban de l'empire avec les villes de Haguenau et de Scblestadt pour avoir favorisé les juifs qui refusaient de payer à l'empereur une somme d'argent à laquelle ils avaient été imposés. — Schœpflin^ Als. illust,, tom. V,

pag. 227.

^/^ -■ Le 7 Janvier, Imier de Ramstein, évêque de Bâle, permet à Bourkard Hûncb de Landskron, d'assigner une dot de cent marcs d'argent à son épouse, Anne d'Arburg, sur les dîmes des environs de Colmar, qu'il tient en fief de l'église de Bâle. - Trouillat, tom. IV, pag. 484.

— L'évêque de Constance afferme pour neuf ans à un citoyen de Colmar, nommé Geyler, le Niederhof, avec toutes ses dépendances, pour un canon annuel de cent dix florins. -- Schœpfliny Als. illust.y tom. F, pag. 190.

— L'empereur Wenceslas donne trois diplômes, datés de Prague, par lesquels il relève la ville et les juifs de Colmar du ban de l'empire encouru en 1386 au sujet du tribut demandé aux juifs et refusé par ceux-ci sous la protection ou

avec Tassentiment du magistrat ; par le troisième diplôme, l'empereur adjuge à la ville de Colmar, pour une période de dix ans, l'impôt que les juifs de la ville devaient payer à Pempire. — Schœpflin, Als. illusi., tom. F, pag. 194 et 210.

— Le 29 Novembre l'empereur Wenceslas absout de nouveau du ban de l'empire la ville de Colmar et les juifs qui paraissent y avoir été replacés pour ne pas avoir accepté le bénéfice des diplômes de 1388 qui étaient peut-être grevés de lourdes charges. — X. Mossmann^ loc. cit.; pag. 8,

Le schultheiss de Colmar en cette année est encore le. chevalier Pierre, de Saint-Dié. — Note fournie par M Dietrich.

— Le il Septembre, la ville de Colmar prend part au traité j^ conclu entre Tévéque de Strasbourg, l'abbé de Murbach et d'autres seigneurs, ainsi que les villes de Bâle, Mulhouse, Munster et Turckheim, dans le but de sauvegarder leur indépendance de la juridiction landgraviale de l'Alsace supérieure.

Le texte du traité est publié par Schœpflin. — Als, diplotn.,

tom. II, pag. 288-89

— Le 3 Février, Clewin Bride, bourgeois de Soultz, vend à Jfl Henneman Holbrat, bourgeois de la même ville, deux Schatz

de vigne, situés au ban dudit Soultz et grevés d'une rente annuelle' de deux sols au profit du couvent d'Unterlinden de Colmar. Cette vente est faite pour le prix de huit sols de nouveaux deniers balois. - Trouillat, tom. IV, pag. 818.

— Cependant les brigandages continuaient toujours : une troupe de brigands, qui avaient pris le nom de Rouges et de Noirs, désolait l'Alsace, ce qui donna occasion à une nouvelle ligue qui se fit en 1391 entre Frédéric, évêque de Strasbourg,

•'^^ Rodolphe, abbé de Murbach, Nicolas de Haus, landvogl d'Al- mû sace, Bâie, Colmar, Mulhouse et d'autres villes. — Grandidierj |ai (Buv. hist, inéd., tom. /F, pag. 261.

— Le chevalier Pierre de Saint-Dié est encore schuHheiss de Colmar en cette année. — Noie fournie par M. Dietrich. |chi

— Wenceslas, empereur et roi des Romains, déclare les ^ bourgeois et les manants de Colmar, quittes de toutes les dettes qu'ils ont contractées auprès des juifs. Il existe deux sentences de Henri Bescheler, lieutenant du schultheiss, le chevalier Pierre de Saint-Dié, par lesquelles il prononce, le 19 Juillet, au nom de Tempire, la nullité de toutes les créances dont les juifs sont porteurs contre les chrétiens de la ville. Les juifs durent comparaître et acquiescer personnellement à ce jugement inique. - X. Mossmann, loc. dt., pag. 8.

— L'évéque de Bâie approuve et confirme les statuts et l'ordonnance arrêtés par le prévôt et le chapitre de Saint-Martin de Colmar. Il est ordonné entr'autres choses qu'après admonition légitime du doyen et du chapitre, le chanoine qui entretient une femme suspecte ou une concubine, sera privé des revenus de sa prébende jusqu'à ce qu'il ait renvoyé cette femme. D'autres prescriptions concernant la célébration du culte, la décence de la tenue et les distributions pour la présence quotidienne sont encore contenues dans les règlements que l'évéque approuve et confirme. — Trouillat, tom, IV ^ pag. 842.

— Colmar assiste à la diète tenue à Obernai, le 14 Avril, sous la présidence du landvogt, le comte de Linange, pour convenir en commun des mesures propres à assurer la paix entre les villes impériales et leur sécurité. — La notice de

cette convention est publiée par Schœpflin, Als. diplotn,, tom.Jl.pag. 295. *.

-^ Le schultheiss de Colmar, en cette année, est encore le chevalier Pierre de Saint-Dié. — Billing, 2^ sém.j pag. 83.

— Le 18 Octobre, l'empereur Wenceslas donne aux citoyens de Colmar une nouvelle confirmation de leurs libertés et de leur affranchissement de la juridiction provinciale, ainsi que de toute autre juridiction étrangère. — Schœpflin, Als. diplom.^ tom. 11^ pag. SOL

— Malgré l'alliance des villes de Colmar et de Schlestadt, conclue en 1378, ces deux villes durent accepter la protection des ducs de Lorraine et leur payer annuellement une somme de cent florins. — Musée pittcfresque, pag. 129.

— Colmar est de nouveau mis au ban de l'empire. On en ignore la cause. — Ibidem.

Le Hohkœnigsbourg et la ville de Saint-Hippolyle, ainsi que le val de Liepvre, étaient rentrés dans les possessions du duc de Lorraine, à l'époque où nous sommes arrivé. D'un autre côté,f l'Alsace était livrée, comme d'ailleurs le reste de l'empire, aux violences d'une désorganisation que favorisait le gouvernement de dissipation et de débauches de l'empereur Wenceslas, dont la déposition venait d'être prononcée. Les villes libres d'Alsace jouissaient au contraire d'une paix et d'une sécurité relative qui étaient la conséquence de leur fédération et peut-être aussi de leur alliance avec quelques seigneurs de leur voisinage. On peut donc conjecturer que, dans ces circonstances, Colmar et Schlestadt acceptèrent, si elles ne la recherchèrent point, l'action protectrice du duc de Lorraine et lui fournirent une contribution de cent florins ; on peut enfin comprendre que, dans cette situation, l'attitude de Colmar

à regard d'un pouvoir mourant lui ait valu de nouveau la disgrâce d'une mise'au ban de l'empire.

— Le chevalier Pierre de Saint-Dié est encore schuUheiss de Golmar. — ■ Note fournie par M. Dietrich.

— Jean Wûrmelin lui succède en cette année.

L*empereur Wenceslas abandonne pour dix ans à la ville de Colmar la moitié du canon annuel de 300 deniers que la ville payait à l'empire, depuis Charles IV, sur les revenus de la gabelle. — Schœpflin, Als. illust., tom. F. pag. 196.

Ce fut, croyons-nous, un des derniers actes de cet empereur concernant Colmar ; Robert de Bavière lui succède le 10 Septembre. Il fait son entrée en Alsace la même année, et c'est" le commencement de son règne qui inaugurera notre histoire locale au début du XV« siècle.

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