‹ Chronique de Colmar, Volume 1Chapitre 5 sur 6 · FRANCHISES DE COLMAR · texte numérisé non relu

FRANCHISES DE COLMAR

Rodolphe, par la grâce de Dieu , roi des Romains, toujours auguste, fait savoir, par le présent instrument, à tous les fidèles de l'Empire les choses qui sont ci-après écrites. L'attention et les soins de la suprême puissance royale, qui est la source des lois et qui doit les conserver toutes, doit à juste titre faire en sorte ([u'elle établisse et donne des lois telles, qu'elles donnent la paix et le repos aux bons et aux innocents et qu'elles iniligent des châtiments et des peines aux méchants et aux gens pernicieux, sui-

yant que leur délit l'aura mérité. C'est pourquoi nous avons, de notre grâce spéciale et par l'autorité de l'Empire, accordé à toujours et confirmé à nos fidèles bourgeois de Colmar les droits ciaprès écrits.

Celui qui tuera quelqu'un dans la ville et sur le ban de Colmar, sera décapité; mais s'il arrive qu'il se sauve, on lui démoUra sa maison, à laquelle est attaché son droit de bourgeoisie, sans qu'elle puisse être rebâtie par quelqu'un pendant l'année ; et tout son bien, situé dans le ban de Colmar, sera confisqué à notre profit, sans que le coupable puisse jamais rentrer dans la ville. Mais quand l'année sera écoulée, ses héritiers nous paieront dix livres et à notre juge trois livres, au moyen de quoi, il leur sera permis de rebâtir la susdite maison, s'ils le veulent. Mais si celui qui est suspecté de meurtre se présente en jugement et prétend être innocent, s'il ne peut pas être convaincu par un combat d'être coupable, il sera absous et restera innocent. Et lorsque quelqu'un sera tué dans le ban de Colmar, comme il est dit ci-dessus, l'on sonnera le tocsin à quelle heure que ce puisse être, ou que la plainte soit portée de la part de qui que ce soit; le coupable sera assigné suivant l'usage et jugé par le prévôt, suivant la sentence des bourgeois. Mais si quelqu'un aidait à celui qui a commis l'homicide à se sauver, s'il en est convaincu par le combat, l'on prononcera contre lui la même sentence qui aurait été rendue contre celui qui est coupable.

Si un bourgeois en fait assigner un autre pour lui servir de témoin dans quelque cause légère et de moindre conséquence, laquelle il voudrait prouver par son iémoignage, il sera obligé de comparaître et de lui prêter assistance pour parvenir à son droit, ou de prêter serment aux saints qu'il n'a aucune connaissance de cette affaire. S'il ne le voulait pas faire et qu'il arrivât quelque dommage à celui qui voulait prouver son fait par son témoignage, il sera obUgé de le dédommager.

Celui qui attaque injurieu sèment un autre sera tenu de payer six sols à l'injurié, dix sols au juge et dix sols à la viUe.

S'il arrive quelque rixe entre les bourgeois, ni le maitre de la ville ni le juge ne doivent forcer personne à porter plainte à cet égard, et le maître de la ville de même que le juge ne doivent point faire d'enquête à ce sujet ; mais si l'un ou l'autre reçoit une plainte, le maître de la ville de même que le juge peut attester qu'il est nanti d'une plainte et même d'un accord conditionnel.

Ceux qui ne sont pas bourgeois ne peuvent pas être reçus pour témoins contre un bourgeois.

Vf.

Lorsqu'un bourgeois devra rendre témoignage contre un autre, l'on pourra prouver chaque fait par le témoignage de deux honnêtes bourgeois, bien entendu qu'ils ne pourront déposer que sur dos choses qu'ils auront vues ou entendues.

Vif.

S'il y a difficulté entre les bourgeois, pendante devant la juslicc, à raison de laquelle ils demandent sentence, ils auront la liberté de la faire décider par d'autres villes qui ont les mêmes droits qu'aux s'ils veulent, ou la diifficulté sera réglée suivant les droits de Cologne, s'ils veulent; et celui qui se trouve avoir tort, paiera les frais.

11 sera permis à chaque bourgeois de donner et vendre ses biens pendant la vie de sa femme ; mais si sa femme vient à mourir et à délaisser des enfants, il n'aura plus le pouvoir de donner et vendre lesdits biens qu'avec le consentement des enfants lorsqu'ils seront en ùge; mais s'il convole en secondes noces, il ne pourra pas le faire.

Si quelqu'un insulte l'autre dans la maison où il demeure, la justice l'obligera de lui faire raison de tout le tort qu'il lui a fait.

Nul manant ou habitant du pays ne peut obliger un bourgeois de se battre avec lui, à moins que le bourgeois ne le veuille bien.

Nul bourgeois ne doit traduire un autre bourgeois devant un juge étranger; et au cas qu'il le fasse, il sera tenu de lui payer ses dommage! et intérêts, et à notre juge une amende ; mais au cas qu'il le fasse saisir et constituer prisonnier, il encourra notre disgrâce.

XIÏ.

S'il arrivait qu'un habitant du pays blessât et poursuivit un bourgeois, notre juge, aussitôt qu'il en sera averti, fera ordonner et savoir audit habitant du pays, qu'il ait à donner satisfaction au bourgeois à cet égard. Et au cas qu'il ne le fasse pas, s'il vient ensuite dans la ville de Colmar, le bourgeois ne sera tenu à aucun dommage à raison de ce qu'il lui fera.

XÎII.

Nous promettons aussi aux bourgeois de Colmar de ne leur donner aucun prévôt qui n'y soit bourgeois et domicilié.

Ils pourront aussi recevoir pour bourgeois toutes sortes de gens. Mais s'ils reçoivent les hommes appartenant à quelque seigneur, et que ce seigneur demeure dans le pays sans qu'il réclame son homme dans le terme d'un an, alors il restera bourgeois. Mais au cas qu'il fasse cette réclamation dans le terme d'un an et justifie par le témoignage de deux de ses plus proches parents qu'il lui appartient, alors on le lui relâchera.

Un bourgeois qui possédera du bien pendant un an et un jour, ne pourra être inquiété de personne à raison dudit bien, quoique celui qui voudrait l'attaquer habite le pays. Et généralement personne ne pourra former une action contre l'un de nos bourgeois ù raison de ses biens, sinon à Colmar, dans la ville, par devant notre juge.

Si un bourgeois terrasse l'autre, s'il l'attaque à main armée, ou si un Iwurgeois saisit l'autre ou fait qu'il soit constitué prisonnier, ou qu.-il lui rende une visite passible d'amende, tous ceux-ci encourront notre disgrâce. Un bourgeois qui battra et maltraitera un habitant du pays dans la ville de Colmar, sera tenu de payer trois sols d'amende.

Celui qui prendra les armes dans la ville de Colmar malicieusement et qu'il en arrive une émotion, en allant ainsi armé chez ses amis, encourra notre disgrâce.

Celui qui attaquera l'autre dans la ville de Colmar avec les armes à la main, soit qu'il lui donne des coups ou non, encourra notre disgrâce.

Si un habitant du pays est actionné par un bourgeois pour cause de dette, s'il inficie la dette, l'acteur accordera un délai de quatorze nuits. Et après qu'elles seront écoulées, le débiteur paiera trois sols au juge et fournira de rechef réponse à l'acteur. Mais s'il avoue la dette, le sergent du juge le présentera le lendemain devant la justice, et il se contentera de la sentence qui sera rendue à son égard.

Si quelqu'un hypothèque à quelqu'un d'autre le bien d'autnii, et

que le propriétaire de ce bien soit présent sans s'y opposer, il ne pourra plus le faire dans la suite et l'hypothèque restera valable.

Si quelqu'un trouve son bien entre les mains d'autrui, qui lui a été volé ou pillé, il ne l'attaquera que par la voie de la justice, et il sera obligé d'affirmer par devant le juge que ce bien est à lui. Mais si celui entre les mains duquel le bien se trouve, oppose qu'il Fa acheté sur un marché public sans savoir s'il a été volé et pillé, et qu'il n'a pas connu non plus le vendeur, on le recevra à prêter serment; après quoi il ne pourra plus être inquiété. Mais s'il demande de pouvoir appeler son vendeur en garantie, le juge lui accordera délai de quatorze nuits pour le trouver, s'il peut le trouver, et faire déclarer en justice qu'il est son garant. S'il ne le trouve pas, il sera puni comme un voleur.

Si quelqu'un attaque et saisit un autre dans la ville de Colmar, sans autorité de justice, à moins que ce ne soit un voleur, ou qu'il ne soit porteur de fausse monnaie, il paiera trois livres d'amende.

XXÎII.

Si un bourgeois de Colmar, qui soit un homme propre à quelque seigneur, vient à mourir, sa veuve et ses enfants ne seront obligés de donner à ce seigneur aucune portion de leurs biens, que ce qui sera de leur volonté.

Celui qui encourra notre disgrâce pour cause de malversation, aura sa liberté pendant six semaines à l'égard de sa personne et de ses biens dans la ville et hors de la ville, à l'égard de l'un et de l'autre, et il pourra disposer suivant sa volonté de tous ses biens, à la réserve de sa maison et des autres biens qu'il aura, situés sur le ban de Colmar. Mais s'il ne recouvre pas notre grâce dans six semaines, il sera contraint au paiement des amendes au moyen de la maison et des biens qui lui appartiendront dans le ban, avec la liberté de se retirer avec tous ses autres biens où bon lui semblera. Mais au cas que notre juge ne fût pas dans le pays et qu'il voulût convenir avec lui, le conseil lui accordera six autres semaines pour se concilier notre grâce. Et s'il regagne notre gi^ce, il lui sera libre de demeurer dans la ville de Colmar suivant sa volonté, ou de se transporter avec son corps et son bien où il voudra.

Quand des bourgeois feront quelques voyages par ensemble, ceux qui feront tort aux autres seront condamnés aux amendes comme si le fait était arrivé dans la ville. Et lorsque l'on ordonnera aux

bourgeois de sortir ensemble en armes, Ton démolira les maisons et cours de ceux qui resteront sans nécessité légitime, ou à moins que le prévôt et le juge ne leur permettent de rester.

Le prévôt et le conseil députeront deux bourgeois, gens de bien et d'honneur, pour avoir inspection sur les mesures dont on se sert à l'égard des denrées à vendre, et sur tous les poids qui servent à peser l'or et l'argent et autre chose à vendre. Et s'il se trouve quelqu'un qui use de faux poids ou fausse mesure pour vendre ou acheter, il sera puni comme un voleur.

Si quelqu'un taxe un bourgeois d'être un faussaire, s'il ne peut pas le prouver par sept bourgeois, il encourra notre disgrâce. Mais s'il peut être convaincu d'avoir fait un faux serment, il ne pourra plus jamais être témoin, et il sera en outre tenu de payer l'amende de notre disgrâce, et de tenir compte de tout dommage à celui auquel il aura porté préjudice par son faux serment.

Si un bourgeois se transporte hors de la ville de ^Colmar et fait dommage hors de celle-ci à quelqu'un, à l'insu du prévôt et du conseil, et s'il ne rentre pas dans trois jours dans la ville, les autres bourgeois ne pourront point être amendés à cet égard.

Aucun fils de bourgeois ne pourra être reçu à porter témoignage dans quelque cause, tant qu'il sera au-dessous de l'âge de douze ans.

Nul enfant de bourgeois ne pourra disposer de son bien, si le père ou la mère meurt, en faveur du père ou de la mère survivant, à moins qu'il n'ait atteint l'âge de quinze ans.

Nous accordons aussi à nos bourgeois la grâce de pouvoir recevoir et posséder toutes sortes de fiefs.

Dans la ville de Colmar, la femme doit hériter son mari et le mari sa femme.

Si un bourgeois de Colmar épouse plusieurs femmes et qu'il ait aussi des enfants d'elles, les enfants de chaque mère héritent les biens qui lui appartenaient.

Nul fils (le bourgeois de Colmar, qui est encore sous la puissance «le père ou de mère, no peut disposer de son bien ni le perdre en jouant, ni le dissiper d'une autre manière. Et s'il le faisait, on le rendra au père ou à la mère. Et si quelqu'un lui louait ou prêtait un bien, le père et ia mère ne seront pas tenus de s'en charger, ni d'en répondre.

Lorsque quelqu'un aura fait assigner une journée pardevant ht justice pour faire quelques preuves, il devra avoir ses témoins prêts. S'il ne les a pas, ce sera à ses frais et dépens.

Les nobles qui seront bourgeois à Colmar et qui nous serviront comme nobles doivent le faire, ne seront pas tenus comme les autres bourgeois de payer communances et tailles.

XXXVH.

S'il y a un combat singulier à Colmar, chaque champion aura un collet et deux épées; le vaincu sera tenu ae remettre toutes ses armes au juge ou de rédimer chaque arme par trois livres.

Si un bourgeois de Colmar voulait quitter cette ville par motifs de pauvreté ou pour gérer ses affaires, et se rendre ailleurs, on doit le laisser aller, corps et biens, où il voudra; et si les bourgeois sont grevés de quelque dette, il devra contribuer à l'acquitter selon ses facultés.

Nous défendons aussi de contraindre un bourgeois forain de faire des corvées à Colmar et d'y résider dans les temps où il est d'équité et de coutume, à moins que ce ne soit par le prévôt et conseil de Colmar, ou par les seigneurs qu'il devrait servir, s'il n'était pas bourgeois.

aL.

Ce dont un bourgeois conviendra avec ses enfants ou ses héritiers par devant le prévôt et le conseil, et sur quoi ils dresseront acte sous l'apposition de leur sceau, demeurera ferme et stable.

Outre cela les bourgeois de Colmar pourront statuer entre eux des voiges suivant qu'ils estimeront être utile pour eux et pour la ville.

Nous recevons aussi tous et un chacun bourgeois de Colmar en

notre protection et sauf conduit et celle de l'Empire, afin qu'ils puissent en paix et avec sûreté voyager et vaquer à leurs afTaires et négoces, aussi loin que le pouvoir de l'Empire s'étend.

Les présentes ont été écrites et données en présence de notre prince rarcheveque Frédéric de Salzbourg, d'Henri, évoque de Bûlo, de Jean, évêcpie de Chiemsée, de Wernhard, évoque de Seckau, et de Louis, comte palatin du Rhin, notre fds, comme aussi de nos fils le comte Albrecht et le comte Hartmann de Habsbourg, du comte Albrecht de Hohenberg, notre beau-frère, du comte Bourckard son frère, du comte Henri de Furstenberg, du marquis de Hochberg et de plusieurs autres personnes nobles. Afui que les choses ci-dessus soient stables à toujours, nous y avons fait apposer notre scel royal. Donné à Vienne, l'an après la naissance do notre Seigneur Jésus-Christ , douze cent septante-huit, le jeudi devant le nouvel an, de notre règne le sixième.

Le G Février, la meilleure des cloches de Colmar se brise.— Annales des Dominicains, édit, cit., pag, 77.

— Dans le môme temps arrive à Colmar une lettre du pape ^ qui enjoint au prieur (des Dominicains) de la province d'Allemagne de prêcher et de faire prêcher par ses moines la foi catholique aux juifs infidèles. — Ibidem)

— La synagogue des juifs de Colmar est consumée par le feu. — Ibidem, pag, 81.

— Colmar est habité par les juifs depuis les plus anciens temps. Ils paraissent avoir toujours occupé la rue qui porte encore aujourd'hui le nom de rue des Juifs. On trouve déjà en 12791eur synagogue dans cette rue; elle est détruite par un incendie. — Billing, loc. cit., num. XXIX, pag- 17.

— Hunkler, op. cit., pag. 54, dit à peu près la même chose. Il ajoute : « la rue des juifs est probablement contemporaine.»

— Dès le XII® siècle, quelques débris dispersés du peuple juif franchissent le Rhin et s'établissent en Alsace. Les juifs n'appartenant à aucun peuple allemand, ceux qui arrivent en Alsace sont considérés comme serfs du domaine impérial, —

Dagoberl Fischer^ les juifs dans les terres de Vévêché de Strasbourg, pag. S,

Nous avons fait remarquer, en Tannée 1278, que le mur qui enceint la rue actuelle des juifs portait à cette époque le nom de mur des juifs. Cette remarque, jointe aux indications qui précèdent, autorise à admettre la présence des juifs à Colmar dès les premières années de leur arrivée en Alsace. Ils y trouvent quelque sécurité, et cet état de choses continue après 1279, car on verra tantôt ceux de Rouffaeh venir demander asile à Colmar pour se soustraire aux violences et aux exactions de l'évoque de Strasbourg dans le chef-lieu du Haut- Mundat.

— Les habitants de Colmar prennent dans leur, forêt le bois nécessaire pour bâtir quatre cents maisons nouvelles et en réparer cent anciennes. — Annales des Dominicains^ édit. cit., pag. 79.

De nos jours, on ne trouve plus a Colmar de vestiges d'habitations privées de cette époque. Les plus anciennes qui existent, à notre connaissance, sont de la fin du XV« et du commencement du XVI« siècles.

Quatre cents maisons nouvelles, ajoutées à celles qui existaient dans la première enceinte, durent combler bien des vides de l'ancien village, de l'ancien bourg, et préparer la formation de nouvelles.rues en dehors de l'enceinte, de la rue des Clefs, par exemple, en continuation in viculumparve porte aquilonaris du couvent des Dominicains, à porte orientali.

— Le seigneur de Rappolstein enlève traîtreusement les chûteaux de Hohenack et de Minnewihr à ses parents et les donne à la ville de Colmar. — Ibidem, pag. 77.

Selon Louis Levrault, Musée pittoresque et historique, pag. 77, le fait signalé par l'annaliste serait le résultat des entreprises d'Anselme II de Rappolstein, dit le téméraire, pour

étendre ses possessions au détriment de ses frères et des seigneurs du voisinage. Les seigneurs de Rappolstein possédaient alors le domaine utile de Hohenack; le domaine direct ou d'investiture, oblatde l'évôché deBâle, appartenait aux comtes de Ferrette. En enlevant à ses frères le domaine utile de Hohenack, Anselme le donnait en oblation à la ville de Colmar pour s'assurer son appui contre les comtes de Ferrette qui ne devaient pas manquer de revendiquer leur droit avec Tévêque deBâle et les autres seigneurs de Rappolstein privés violemment du domaine utile. Ce qui est certain, c'est que Colmar accepta l'oblation, car le schultheiss, SIgfrid de Gundolsheim, procéda, non pour son compte, mais pour celui de la ville de Colmar, ainsi que le remarque Luck, auteur des Annales Rap' pokteinenses, à la réédification de ce château qui avait été ruiné vraisemblablement par les efforts que dut faire Anselme l'audacieux pour s'en emparer.

— Sigfrid de Gundolsheim^ schultheiss de Colmar, élève, avec la permission du roi Rodolphe, un château sur le EohendiCk. — Annales des Dominicains^ édit. cit., pag. 77.

Ce que nous venons de dire plus haut corrige ce que la mention de l'annaliste a de trop absolu. Il ne s'agit pas de la fondation du Hohenack, laquelle remonte au XI' siècle, mais de sa réédification par le schultheiss pour le compte de la ville de Cohnar. On sait que l'oblation n'était qu'un moyen employé par un plus faible pour se mettre so.us la protection d'un plus fort. La ville impériale de Colmar était donc, déjà à cette époque, considérée comme une puissance capable de résister à ses plus puissants voisins, les dynastes de Rappolstein, les comtes de Ferrette et même l'évêque de Bâle.

— Ruediger de Kientzheim, prévôt de St.-Martin de Colmar, homme illustre par ses richesses et sa science, meurt vers la fête de St.-Grégoire, pape. — Ibidem, pag, 77.

— Les bourgeois de Colmar s'emparent de plusieurs hommes de Sigolsheim pour les châtier d'excès commis par eux (propkr insolenliam quam fecerunt.) — ibidem^ pag. 83.

— On chasse de Colmar ceux qui avaient, dit-on, le dessein de tuer le schullheiss. Un d'eux subit le supplice de la roue, pour avoir trempé dans le complot qui avait non-seulement pour but de se défaire du schullheiss, mais encore de plusieurs de ses partisans. — Ibidem, pag. 83,

Une note des éditeurs des Annales dit qu'il s'agissait de Jean de Kaysersberg, schullheiss de Colmar, contre lequel Sigfrid de Gundolsheim excitaU les esprits pour ressaisir le pouvoir à la faveur des troubles. Gela paraît probable mais n'est pas bien étabU. Nous ne trouvons aucune preuve positive de l'arrivée de Jean de Kaysersberg au schultétat, tandis qu'il peut, à certains égards, paraître constant que Sigfrid de Gundolsheim occupa cette fonction, sans interruption prouvée, jusqu'en 1281. Nous reviendrons tout à Theure sur ce point.

— Quelques femmes sont expulsées de Colmar afin qu'elles ne puissent révéler le secret des citoyens à leurs maris. — Ibidem, pag. 89,

Il s'agit indubitablement des femmes de ceux qui sont bannis de la ville pour avoir formé le complot de tuer le schullheiss et ses principaux partisans. Ce serait donc l'élément noble de Colmar qui aurait subi la peine d'une lenlative avortée pour reprendre le pouvoir dont il aurait été momentanément évincé par l'élément bourgeois, l'élément démocratique représenté par Jean de Kaysersberg au pouvoir suprême de la

cité.

Le schullheiss, Jean de Kaysersberç, est tué. — Annales des Dominicains, édit. cit,, pag. 89, Si jusqu'à présent l'on avait fourni la preuve certaine d'un

mouvement qui aurait placé, en 1279, le pouvoir entre les mains du parti bourgeois, représenté par Jean de Kaysersberg, et en aurait évincé momentanément le parti noble, représenté par Sigfrid de Gundolsheim, tout serait expliqué relativement aux événements qui se sont passés à Colmar en 1279 et 4280. Mais en l'absence de cette preuve, le doute subsiste et l'on peut se demander :

Si l'on doit considérer ce Jean de Kaysersberg comme ayant effectivement été schultheiss de Colmar à la fin de 1270 et au commencement de 1280, ou bien s'il ne faut attacher à la mention de l'annaliste d'autre sens qutme allusion au but que se proposait, en 1279, le parti bourgeois, de secouer la domination des nobles, en plaçant au pouvoir Jean de Kaysersberg?

Mais, nous le répétons, nous n'avons trouvé nulle part la preuve que Jean de Kaysersberg a positivement remplacé, ne fût-ce qu'un instant, le schultheiss Sigfrid de Gundolsheim, tandis que nous lisons dans Schœpflin, Als. illmt,, iom. F, pag, 199, que ce dernier fut déposé en 1281.

Pour conciUer les faits on a donc admis que Jean de Kaysersberg, d'origine plébéienne, arriva çiu pouvoir avant le complot de 1279 et que ce complot avait pour but de l'en arracher. Dans cette hypothèse, ou cette vérité constante qu'il ne nous est pas donné de pouvoir vérifier, le complot aurait été formé par les nobles. Dès lors les individus qui furent bannis, hommes et femmes, et dont l'un d'eux subit le supplice de la roue, étaient du parti de Sigfrid de Gundolsheim, ainsi que l'ont dit, noie 6, pag. 89, les éditeurs des Annales des Dominicains de Colmar. Mais la nature du supplice infligé à l'un d'eux semble contredire cette opinion, car la peine du glaive était le privilège des nobles, la potence ou la roue le partage des bourgeois. Toutefois il est possible qu'un vilain

ait tenu, même en ce temps-là, pour la noblesse et dans ce cas notre remarque est sans portée.

Cependant, en Tabsence de preuves, il ne demeure pas moins* constant : que le complot de 1279 peut avoir eu pour but de se défaire du schultbeiss, Sigfrid de Gundolsheim ; que le complot peut avoir été formé par le parti bourgeois pour faire arriver au pouvoir un des siens, Jean de Kaysersberg, qui, malgré l'insuccès du complot, aurait été regardé par Tannalisle comme le sçhultheiss du parti opprimé. Après la paix qui suivit la défaite de l'évêque de Strasbourg, à Hausberg, le pouvoir était revenu, à Colmar, au parti noble et Ton conçoit que le parti bourgeois, encore imbu de l'idée d'affranchissement dont Jean Rœsselmann avait été le premier soldat, dut continuer à réagir.

L'auteur de la notice du Musée pittoresque et historique de Rothmuller dit, il est«vrai, page 122, que Jean de Kaysersberg succéda, en 1279, à Sigfrid de Gundolsheim et que celui-ci reprit ses fonctions après le meurtre du chef plébéien. Mais il n'appuie d'aucune preuve cette allégation que Schœpflin semble contredire, car ojitre que Sigfrid ne fut déposé qu'en 1281, Schœpflin ne mentionne pas Jean de Kaysersberg au nombre des sçhultheiss de Colmar; de sorte qu'en l'absence de documents plus précis, l'obscurité ou la confusion que nous devons signaler, continue à subsister. Quoi qu'il en soit, il demeure étabU par l'annaliste que Jean de Kaysersberg périt, comme Jean Rœsselmann, victime des luttes de la bourgeoisie pour conquérir son affranchissement. C'est donc un nom de plus à placer au nombre de ceux dont la cité doit garder le souvenir.

— Les Colmariens s'emparent du clerc du seigneur de Girsperg, du clerc du seigneur de Nortgasse et de quatre (bourgeois) de Soultzmalt. — L'évoque de Bâle vient, à Colmar et

réclame leur mise en liberté. Les bourgeois la refusent. — L'évoque excommunie la ville ou y. interdit la célébration du culte.— Dans le même temps le seigneur de Rappolsteln déclare la guerre à Colmar; il fait prisonniers tous les bodrgeois dont il peut s'emparer au dehors, et, après l'octave de la St.-Jean-Baptiste, le schultheiss de Colmar, Sigfrid de Gundoisheim, fait prisonnier le campagnard Jean de Nortgasse, seigneur de Kercivelt-Hirtzfeld ? — Enfin le 8 des calendes d'Août (25 Juillet) l'interdit est levé par Tévéque de Bâle. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit.ypag. 91.

Nous suivons les errements admis pour dégager le sens historique des indications qui précèdent ; c'est-à-dire que nous raisonnons dans la prévision ou la certitude que Jean de Kaysersberg fut schultheiss de Colmar depuis 1279 jusqu'à sa mort, en 1280.

En représailles du meurtre de Jean de Kaysersberg, les bourgeois de Colmar s'emparent de deux clercs appartenant aux nobles de Girsperg et de Nortgasse ainsi que de quatre bourgeois de Soultzmatt auteurs ou adhérents des auteurs de la mort du schultheiss. L'évoque de Bâle intervient pour les délivrer et en intervenant, il prend fait et cause pour le parti noble. Le parti bourgeois lui résiste et l'évoque fait, contre lui, usage des rigueurs spirituelles. Dans le môme moment les seigneurs de Rappolstein lui déclarent la guerre pour la môme cause peut-être, et vraisemblablement aussi pour retirer des mains de Colmar le château de Hohenack dont le schultheiss, Sigfrid de Gundolsheim, avait accepté l'oblation et qu'il faisait réédifier pour le compte de la ville. Les bourgeois, attaqués de toutes parts, rendent la liberté à leurs prisonniers, l'évoque de Bâle les relève des peines spirituelles qu'ils ont encourues et les bourgeois se résignent à courber de nouveau le front sous la domination du parti noble, que Sigfrid de Gundols-

heim représente en reprenant possession de la dignité de schultheiss.

Il serait intéressant de voir exhumer de nos archives des documents propres à confirmer ou rectifler ces déductions.

— Sigfrid de Gundolsheim, schultheiss de Colmar,. prohibe les cérémonies des anniversaires trentenaires des noces et les festins. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit. pag. 93.

— L'auteur de la notice du Mmée piltoresqm de Rothmiil- 1er, pag. i18, trouve des documents qui attestent que cette année le chapitre de St.-Martin a encore recours au bénéfice des indulgences pour continuer la construction de l'égUse Saint-Martin.

— Dans l'octave de St.-Auguslin (28 Août), il se fit un concours de fidèles à la collégiale de St.-Marlin à cause des miracles qui s'y faisaient. — Annales, édit. cit. pag. 93.

— On consacre trois autels chez les frères prêcheurs. — Ibidem.

— Le 7 des calendes de Novembre (26 Octobre) il y eut un tremblement de terre. - Ibidem.

JTi Le VI des ides de Février (8 Février), la sœur Helwige, prieure des sœurs de Saint-Jean de Colmar (Unterlinden) meurt. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., page 95.

Hunkler publie, op. cit., pag. 223-228, une biographie de la sœur Helwige;, empruntée à une histoire de l'ordre des frères prêcheurs, imprimée à Dillingen en 1596. La sœur Helwige était d'une famille noble dedundolsheim. (La sœur peutêtre du Schultheiss Sigfrid?) Ayant refusé d'épouser le gentilhomme qu'on lui destinait, elle subit de la part de ses parents des violences si horribles que ses jours furent en danger. Ses

liarents renoncèrent alors à la contrainte qu'ils exerçaient et promirent de déférer à ses vœux de se consacrer à Dieu si elle recouvrait la santé. Dès qu'Helwige fut rétablie elle entra au couvent d'Unterlinden où elle mourut, âgée de 42 ans 5 jours et fut enterrée devant l'autel de l'église du couvent. Son confesseur, le frère Burchard, fit graver l'inscription suivante sur sou tombeau :

Moribus ornatajacet hic soror itttumulata; Istud prœlata claustrum, rexit bene grata, Est augmentata sub ea res laus cumulata.

— Le XII des calendes de Mars (18 Février), s'endormit -V^dans le Seigneur le frère Rheinher, de l'ordre des prêcheurs, dans la quatre-vingt-quatrième année de son âge. Il vécut louablement dans notre ordre pendant cinquante-sept ans et dirigeait depuis quarante-trois ans les sœurs de Saint-Jean d'Unterlinden, qu'il enseignait par sa parole et son exemple. — Annales des Dominicains de Colmar^ édit. cil,, pag, 95.

La mention que Rheinher a dirigé pendant quarante-sept ^ ans les sœurs d'Unterlinden implique qu'il aurait été le deuxième chapelain du couvent, Car il y serait entré en 1234, c'est-à-dire lorsque les religieuses étaient encore établies uf Mûhlen, en l'année môme où elles furent enlevées à la direc- , tien spirituelle des Dominicains de Strasbourg et soumises à ceUe des Dominicains de Bâle; d'où l'on peut conclure que Rheinher succéda immédiatement au lecteur Walther de la maison de Strasbourg et qu'il sortit de la maison de Bâle. Lorsqu'on 1268, cette direction fut attribuée aux Dominicains de Fribourg (en Brisgau), Rheinher subit la même dépendance et de môme en 1278, lorsqu'elle fut confiée aux Dominicains de Colmar. Cela est simple et pas n'est besoin, ce nous semble, pour expliquer la mention de l'annaliste, de supposer une

erreur de copiste comme on le fait, pag. 100, noie /, des Curiosités d'Alsace.

Si les Unterlinden avaient encore leurs historiographes, amis du merveilleux ou du surnaturel, nous leur poserions cette question historique : La tentative de Séraphine Richert (Voyez année 1252) de restituer la statue de Saint-Jean au pays de Bade, ne serait-elle pas le dernier écho de la protestation des Dominicains d'Allemagne contre la conquête de PAIsace par Louis XIV ?

— Le seigneur Othon III d'Ochsenstein, fils de la sœur du roi Rodolphe et landvogt de la province, dépose Sigfrid de Gundolsheim, Schultheiss de Colmar, au grand contentement de tous ceux qu'il avait molestés et troublés. — Annales des Dominicains de Colmar^ édit, cit., pag. 95, et SchiBpflinj Als. illust., tom. V,pag. 199.

— Sigfrid de Gundolsheim a pour successeur Conrad de Kaysersberg. — Schœpflin, ibidem.

Si, comme cela est vraisemblable, Conrad était parent de Jean de Kaysersberg, tué en 4280, Colmar aurait été délivré momentanément de la domination des nobles qui était une cause de troubles continue^. Mais on verra que cette déposition ne se fit pas sans résistance de la part de Sigfrid de Gundolsheim et de ses adhérents.

— Guillaume de Nortgasse et ses frères déclarent que le prix de la cour vendue par eux, en 1278, aux dominicains de Colmar, pour cinquante marcs d'argent, leur a été entièrement et religieusement payé et qu'ils tiennent pour dégagés de leurs obligations, à cet égard, les dominicaines d'Unterlinden et leurs représentants. -— Protocole^ cit. aux archives du Haut- Rhin, p 21.

— Le IV des calendes d'Août (44 Juillet), Wernher, dit Walch, et le seigneur Chevalier Conrad, dit de Nortgasse, sont

tués par les Colmariens. - Annales des Dominicains de Colmar, édit. dt., pag. 99,

— Pendant que Rodolphe était à Vienne, où il ne veillait que de loin sur FAlsace, les seigneurs de cette province et de son voisinage se faisaient de continuelles guerres. . . Ceux de Rappolstein portent leurs armes contre Colmar et font prisonniers plusieurs de ses bourgeois. — Laguille^ Hist. d'Als.^ tm. I, liv. XXL pag. 247.

— tf es désordres engagent Rodolphe à revenir en Alsace.— Aufschlager, op. cit.:, tom. /, pag. 191.

— Le IV des ides d'Octobre Rodolphe I est à Colmar et y date les lettres qu'il écrit au duc de Luxembourg. — Hfartène, Thesaur. anecd., tom. I, col. 1171. — ^oies inédites de Grandidier.

— Le roi Rodolphe dépense à Colmar, en moins de quinze jours, 1200 marcs en frais d'entretien. — Annales des Dominie., édit. cit., pag. 99.

— De Colmar Rodolphe se rend à Augsbourg, où Rodolphe, son second fils, est déclaré duc de Souabe, landgrave d'Alsace et comte d'Ergaw, pays où est situé Bade, en Suisse. — Laguille, tom., liv. et pag. cit.

— Le XIII des calendes de Novembre (20 Octobre), Thié- -^ baut, comte de Ferrette, signe à Colmar une charte par laquelle il cède à Henri d'Isny, évêque de Bâle, tous ses droits

sur Porrentruy, l'advocatie d'Ajoie, le domaine de Bure et sur leurs dépendances, gens et biens, avec tous les droits qu'y possédait Thierry III, comte de Montbéliard, pour cent quatrevingts marcs d'argent, payables en deux termes. — Trouillat^ op. cit., tom. Il pag. S43-344.

Il s'agit de la restitution à l'évoque de Bâle du château et de la ville de Porrentruy dont le comte de Montbéliard s'était

emparés et que les armées de Rodolphe reprennent au profit de révéque.

— Le 7 Novembre Rodolphe I signe à Strasbourg un diplôme par lequel il prend le chapitre de Saint-Martin de Colraar sous sa protection spéciale, et lui accorde les avantages dont jouissent les citoyens de cette ville. — Ibidem, pag. 345.

— A la fête de Saint-Nicolas (6 Décembre), le château de Hoh-Landspurg, qui était au Schultheiss de Colmar, est assiégé et pillé par le landvogt d'Alsace et les Colmariens. — Am^ales des Dont, de Calmar, édit. cit., pag. lOi,

Il s'agit de Sigfrid de Gundolsheim qui s'était retiré dans cette forteresse pour résister à sa déposition du Schultétat de Colmar:

Hunkler dit la même chose, pag. 66, note /. De même l'auteur de la notice du Musée pittoresque de Rothmuller,

Le IV des nones de Janvier, Conrad de Kaysersberg, Schultheiss, le sénat (Consales) et les bourgeois de Colmar, sur le désir et la demande (ad jussum. et mandatum) de Rodolphe de Habsbourg, consentent unanimement à laisser aux Dominicains la faculté d'élever des constructions contre et même par dessus le mur d'enceinte de la ville, à la condition toutefois que ces constructions ne nuisent ni à la propreté ni à la solidité de la fortification, c'est-à-dire que les latrines en soient éloignées et qu'aucune ouverture, susceptible d'affaiblir la solidité du mur, n'y soit pratiquée. — Protocole des faits temporels mémorables des Dominicains de Colmar, mss. fol. 21-22 aux archives du Haut-Rhin.

J^ — Le X des calendes de Juin (23 Maft), Henri d'Isny, évêque de Bâle, confère l'ordination dans l'église des frères mineurs (Franciscains) de Colmar. Il avait dans sa suite un Ethiopien

couvert de vêtements blancs, et un nain, surnommé le Chevalier Conrad^ dont la taille atteignait à peine trois pieds. — Annales des Dominicains de Colmar; édit. cit., pag. 10S.

— Les sœurs d'Unterlinden sont réduites à ne se nourrir, ^ pendant six semaines, que d'une espèce de bouillie ou de soupe; elles n'ont de pain que deux fois par semaine. Seize cents pauvres se présentent au couvent pour y recevoir l'aumône. — Ibidem, pag. i05.

Différentes mentions, concernant d'autres localités que Colmar, attestent qu'il y eut disette en Allemagne en cette année et qu'une contagion s'ensuivit en plusieurs localités d'Alsace.

— Un premier agrandissement (de l'enceinte de Colmar) a eu lieu du côté des Dominicains avant 1282 : on en a la preuve par une charte que Rodolphe donne, en c^tte année-là, aux religieux. — Schœpflin Als. illust. tom. F, pag. 186.

Schœpflin ne publie pas la charte à laquelle il fait allusion. Nous ne l'avons trouvée nulle part ailleurs. Nous pensons que l'agrandissement dont il parle se rapporte à la faculté qui est concédée aux dominicains d'élever des constructions contre et par-dessus le mur d'enceinte, dont il fait également mention, ibidem, pag. 19i, et que nous indiquons plus haut. Peut-être encore ne s'agit-il que de l'agrandissement du domaine des Dominicains, à l'intérieur de l'enceinte, par l'acquisition de la cour (infra muros) des seigneurs de Nortgasse dont nous avons parlé en 4278.

— Le chapitre de Saint-Martin de Colmar use encore de la ressource des indulgences pour la construction de l'église collégiale. — Musée pittoresque et historique, pag. 118.

— En 1282, Rodolphe I passe quinze jours chez le prévôt Rœsselmann. — Schœpflin, Als. illust., tom. V, pag. 198.

Billing dit la même chose, loc. cit. 2^ semestre, pag. 66. Hunkler, op. cit., pag. 154, répète le fait et ajoute que pendant

ce séjour il dépensa deux mille marcs d'argent, et accorda à la ville diverses diminutions d'impôt afin d'être agréable à tout le monde.

Si la présence de Rodolphe chez Walther Rcessehnann, fils de Jean, tué en 1262, est vraie, il faut en conclure que cette circonstance valut à Walther la faveur de succéder, comme Schultheiss de Colmar, à Conrad de Kaysersberg que, sur k demande de Rodolphe, l'on rient de voir révoquer l'engagement pris, en 1278, par les Dominicains de laisser libre un espace de quatorze pieds entre le mur d'enceinte et leur établissement.

j0 — Le seigneur de Hohenstein, landvogt d'Alsace, enlève, par violence, huit vases de vin aux sœurs de Saint-Jean de Colmar (Unterlinden). — Annales des Dominicains de Colmar ^ édit. cit.ypag. 107.

n faut lire Ochsenstein au lieu de Hohenstein. On a vu en effet que Othon d'Ochsenstein, neveu de Rodolphe de Habsbourg, est Landvogt de la province.

jf> Le frères Mineurs (Franciscains) réunissent plus de trenteune jeunes filles et quelques veuves et, le XV des calendes d'Août (18 Juillet), ils les cloîtrent dans le monastère d'Alspach qu'ils ont acheté pour elles moyennant treize cents marcs. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit,, pag. i09. j(s — Ulric V de Rappolstein meurt le 13 Avril et est enterré dansl'égUse des Franciscains de Cohnar.— Btittngf, manuscrits inédits de M. Ignace Chauffour.

On verra sa femme Adélaïde l'y suivre en 1300.

— Le XH des calendes de Mai, Rodolphe de Habsbourg rend communes à la ville de Porrentruy les franchises qu'il a accordées à la ville de Cohnar, en 1278. — - Trouillat^ op. cit , 2, pag. S77.

— Jacques, de l'église de Saint-Martiii, remplit depuis plusieurs années la charge d'écolâtre de la collégiale, fonction à laquelle aucune rétribution n'est attachée. Désirant assurer l'existence de l'école après sa mort, Jacques affecte, de sa fortune privée, quarante livres deniers à la fonction d'écolâtre. De son côté le chapitre ajoute dix livres aux quarante que Jaques accorde, afin que, du produit de cette fondation, il puisse être payé annuellement cinq livres à Técôlatre qui, après la mort du fondateur, sera élu ou choisi par le chapitre;. moyennant cette rétribution l'écolâtre n'exigera rien des enfants qui fréquenteront l'école. L'écolâtre est soumis aux mêmes règles que celui de l'église de Bâle. La charte de la fondation est du lendemain de la fête de Sainte-Lucie (15 Décembre). Elle est publiée par Trouillat, op. cit,, tom. II, pag. 385-386.

Henri d'Isny, évêque de Bâle, est à Colmar le IV des ca- ^ lendes de Mars (26 Février). Il y donne une charte par laquelle il déclare vouloir maintenir les étrangers que l'abbaye de Bellelay établira sur ses terres et les affranchir de toute espèce de servitude, sous la réserve que chaque famille paiera annuellement audit évêque ou à ses officiers un chapon et une émine d'avoine, et que les'dits étrangers agiront comme les autres habitants de ces terres pour la défense de l'évêque et du pays. — Trouillat, op. cit., iom, II, pag. 390-391.

On peut conjecturer de cette charte que l'évoque était à Colmar pour recruter des émigrants au profit de Bellelay.

— Henri d'Isny, évêque de Bâle, écrit à tous les. doyens, camériers et prêtres de son diocèse de provoquer et recueillir des offrandes nécessaires pour continuer la construction de l'église de Saint-Martin de Colmar. — Schcepflin, Als. illust., im. V, pag. 188. Hunkler, op. cit., pag, 168 et Musée pittoresque de Rothmuller, pag. 188.

— Le seigneur Henri, évéque de Bâle, confère les ordres à Colmar le III des nones de Mars (5 Mars) aux Quatre-Temps et consacre beaucoup de prêtres. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 113,

— La reine, femme de Rodolphe, vint à Colmar à la septuagésime, c'est-à-dire le jour de la chaire de Saint-Pierre (!«• Août); elle fut magnifiquement accueillie par les religieux, les clercs, les chevaliers et les citoyens. Les habitants pourvurent à ses dépenses pendant plusieurs jours et lui donneront, en outre, à titre de présent, cent livres. — Il s'agit d'Elisabeth, dite aussi Agnès, fille de Hugues IV, duc de Bourgogne, épousée par Rodolphe de Habsbourg, devenu veuf d'Anne de Hohenberg. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag, 111 et note 5.

— Rodolphe ayant établi landvogt son neveu, Othon d'Ochsenstein, celui-ci frappe de grosses impositions sur l'Alsace. Colmar, qui était alors une des villes les plus importantes de la province, et à laquelle Rodolphe avait donné Walther Rœsselmann pour Schultheiss, se révolte. — LaguHUy Hist. d'Afo., tom. /, liv. XXI, pag, 248.

— Le Landvogt ayant opprimé les bourgeois par les impôts qu'il demandait, Walther Rœsselmann, Schultheiss de Colmar, excite le mécontentement et quand le ^r^a'ème est exigé, il propose à la ville de se déclarer pour le Pseudo-Frédéric qui erre dans les provinces voisines du Rhin et se pose en antagoniste de Rodolphe. — Schœpflin, Als, illust., tom. V,pag, 209.

Les habitants de Colmar envoient en une seule année trente

mille livres au roi Rodolphe; et le XVH des calendes de

(Mai?) ils se soulèvent contre lui en refusant de lui donner le trentième de leurs biens (qui était exigé par le Landvogt). — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 117.

— Cette résistance irrite Rodolphe, qui vient lui-même à

Colmar dans le dessein de déposer le Schultheiss. Mais Rœsselmann prévoyant le coup qui le menaçait, ose fermer les portes de la ville à l'empereur. Cette insulte force Rodolphe d'assembler des troupes pour en commencer le siège. Mais les mouvements que le faux Frédéric cause sur le Bas-Rhin forcent Rodolphe d'abandonner pour un temps son entreprise, jusqu'à ce qu'il se soit défait de l'imposteur. — Laguille^ op. cU.,pag.i48.

— Le frère Henri, qui s'était fait hermite et qui prétendait être l'empereur Frédéric II, pressentant l'arrivée du roi Rodolphe, se cache prudemment, à ce que l'on dit. — Cet imposteur se retire dans une petite» place des environs de Cologne (Wetzlar). Rodolphe s'étant présenté pour l'assiéger, les habitants lui livrent le faux Frédéric, qui est condamné au feu. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. ct(., pag. 113

et note 4,

Aux nones de Mai (7 Mai) les habitants de Colmar font leurs premiers actes de résistance contre le roi Rodolphe en brûlant le village de Deinheim et quelques autres lieux. — Annales des Dominicains de Colmar, édii cit., pag, 117,

— Le roi Rodolphe assiège les Colmariens le XVIII des calendes de Juillet (14 Juin), le jour d'Elisée le prophète ; le siège dure cinq jours. — Les habitants de Colmar sont imposés de 2,200 marcs, et les chevaliers qui n'ont pas pris parti contre les Colmariens ou qui n'ont pas fidèlement aidé le roi dans le siège de la ville, sont, comme les citoyens, frappés de contributions. Un juif, prisonnier du roi Rodoljihe, et qui avait promis de lui donner 1,500 marcs, s'échappe. — Ibidem, pag. 117-119.

— Dès que Rodolphe eut puni l'imposteur « comme ^1 le méritait » il vient mettre une seconde fois le siège devant la

ville de Colmar. Elle ae résiste que cinq jours, après lesquels elle se soumet à donner à l'Empereur 2,200 marcs d'argent ; c'est à ce prix qu'elle achète sa grâce. Les gentilshommes qui qui ne se sont pas opposés à la révolte, ou qui n'ont pas prêté secours à Rodolphe, paient leur part de cette imposition. Le SchuUheiss, Walther Rœsselmann, est déposé et remplacé par un autre Schultheiss, pommé Stameheim, qui fit sentir aux Golmariens tout le poids de son autorité. — Laguille, op. dt.^ pag, 248.

Schœpflin, Als. illust., tom. V, pag. 209, dit que l'amende payée par Colmar est de 400 marcs d'or. Hunkler, op. cit., pag. 67, la porte à 4,000 marcs d'or; de môme Dillemann, loc.

cit., pag. S75.

Le jour de Pâques, quelques citoyens de Colmar blessent les gens du SchuUheiss et les forcent, par leurs violences, à se réfugier dans le couvent des frères Mineurs; à la suite de cet événement, ces citoyens sont chassés de la ville, leurs maisons détruites et leurs biens confisqués par les juges. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 121.

— La conduite violente du Schultheiss Stameheim fait renaître la révolte dans Colmar ; les bourgeois, outrés des mauvais traitements qu'on leur fait souffrir, se jettent, le jour de Pâques, sur les valets du* Schultheiss, .en blessent plusieurs, et s'étant saisis des autres les retiennent prisonniers dans le couvent des cordeliers (Franciscains). Cette nouvelle sédition est bientôt appaisée. Les chefs sont bannis de la ville, leurs biens confisqués et leurs maisons rasées. Mais, comme les violences du Schultheiss ont été la cause de la révolte, et que sa présence aigrit toujours le mal, il est obligé de quitter luiménft la ville après avoir délégué à son beau-fils l'exercice de sa charge. — Laguille, op. cit., liv. XXI, pag. 249.

. — IW —

Aufschiager, pag. 191, Hunkler, pag. 08, et Diltemann, pag$ 375, rapportent Tévènement sans y ajouter aucun détail nouveau. L'auteur de la notice du Musée pittoresque et historique de Rothmûller, pag. 122, fait suivre la mention de la révolte, d'ane révélation importante pour l'histoire de Colmar.

On a vu, qu'en exécution de l'art. i«r des franchises de Colmar, tout individu ayant tué quelqu'un dans la ville et étan-, parvenu à se sauver, était soumis à la peine de voir démolir sa maison, à laquelle était attaché le droit de bourgeoisie, et confisquer, au profit de l'empereur, tous les biens qu'il possédait dans le ban de Colmar. L'exécution dont fut suivie la ré-^ volte et le meurtre des hommes du Schultheiss Stameheim inspira au nouveau Schultheiss et au Sénat l'abrogation d'une partie de ces rigueurs. « Par un acte du 20 Juillet, que Fau- € teur de la notice dit exister aux archives de Colmar, le c Schultheiss et le Sénat renoncèrent, pour l'avenir, à appli- € quer la prescription en vertu de laquelle la maison d'un € boui^eois condamné devait être démolie. >

Néanmoins on verra plus tard cette peine appliquée de nouveau à Colmar, mais directement par l'empereur, ainsi que le constate une inscription religieusement conservée dans une maison particulière et dont nous parlerons en temps et Ueu.

— Walther Rœsselmann saisit cette occasion pour éloigner et Cohnar le Schultheiss Stameheim et les nobles, ainsi que. pour reprendre la dignité de Schultheiss. — Hunkler, op. cit., pag. 68. •

Aucun de^ documens que nous consultons ne constate le fait probable, d'une façon aussi précise que Hunkler.

-- Pour diminuer les dettes de la ville et recouvrer les bonnes grâces du roi, et avec sa permission, le Schultheiss, les membres du Sénat et les bourgeois de Colmar vendent aux Dominicains quatre portions de terrain situées au-delà du

fossé intérieur, pour le prix de cinq marcs et demi ^'argent chaque portion. — Protocole^ cit., aux archives du Haut-Rhin,

jf) — Les sœurs de Saint^Jean-sous-les-Tilleuls (Unterlinden), sont, au mépris de la liberté des religieux, contraintes par les bourgeois à payer soixante marcs. — Annales des Dominicains de Colmar, édit, cit,, pag, 121.

— Le seigneur de Rappolstein, Anselme l'Audacieux, que Ton a vu en 1279 enlever par la force le château de Hohnack à sa famille et le donner en fief oblat à la ville de Colmar, est mandé devant Rodolphe de Habsbourg, son cousin, qui voulait Pamener à délivrer à son frère Henri et à ses neveux les biens qui leur revenaient de Théritage de leur père et grand'père mort en 1278. Anselme ayant refusé de déférer aux exhortations de Rodolphe, ce dernier ordonne au seigneur de Waldeck, l'homme de sa cour en qui il a le plus de confiance, de se mettre à la tête des habitants de Colmar et d'autres villes voisines pour assiéger le château de Ribeauvillé et forcer Anselme à délivrer les biens qu'il détenait indûment. Le siège a lieu, mais eu égard au peu d'entrain des bourgeois recrutés pour cette expédition et aux difficultés de prendre le château, Waldeck doit lever le siège et se contenter de ravager, avec ses iroupes d'occasion, les terres du seigneur de Rappolstein. Bei^heim futincendié. — LaguUle, op. cit., liv. XXI, pag, 249.

La guerre contre Anselme l'Audacieux eut d'autres suites ; mais Colmar paraît n'y avoir pris qu'une part peu importante.

— L'évoque de Constance et dix évoques italiens délivrent des lettres d'indulgence en faveur de ceux qui tendront une main secourable pour la construction de l'église de Saint-Martin de Colmar, le luminaire de cette église et en faveur de ceux qui, avant de mourir, lui légueront quelque chose de leur bien, — Schœpflin^ Aïs. illust,, tom. V., pag. 188.

— Le jour des Trépassés (2 Novembre) le légat du Saint- Siège, venant de Spire, arrive à Colraar. — Annales des Domù nicains de Colmar, édit. cit,, pag. 125,

— L'église de Saint-Pierre rentre en possession de tous ses biens. La moitié du village de Wasserbourg, qui avait été engagée au noble Dietrich de Hauss, lui revient. Ulric, fils de ce dernier, payait au prieuré cinq mesures de vin ; les nobles de Hattstatt, de Rappolstein et de Stœren avaient aussi en fief cette partie du village et payaient au prieuré dix mesures de vin rouge. ^ L'église et le petit cloître de Saint-Gilles, derrière -^ Wintzenheim, appartenaient également au prieuré de Saint- Pierre et servaient, à cause de la situation agréable et du bon

air du vallon, d'infirmerie aux»moines du prieuré. — Hunkler^ op.ciL.pag, 187-138.

— Une sentence arbitrale, rendue le 28 Novembre, sur un ^ différend qui s'était élevé entre le couvent de Saint-Léonard

de Bâle et le curé de Ranspach au sujet de la dîme dudit Ranspach, nous apprend que Frédéric de Columbaria était chanoine de l'église de Bâle. — Trouillat, op. cit.^ tom. II, pag. 435.

L'empereur Rodolphe de Habsbourg est à Colmar le III des calendes de Mars de cette année. Il y date des lettres par lesquelles il engage à Jean de Lobgasse le domaine de Bilsheim. Schœpflin, Als. illust.^ tom. V^pog^. 198.

— Le VI des calendes de Mai (10 Mai) le seigneur de Baldeck se marie, et les habitants de Colmar envahissent avec lui les possessions du seigneur de Rappolstein. — Annales des Dominicains de Colmar. édit. cit., pag. 127.

Il s'agit du seigneur que Rodolphe envoya pour châtier Anselme l'Audacieux, seigneur de Rappolstein, dont il a été parlé

en 1286 d'après Laguille, qui le désigne sous le nom de Waldeck, au lieu de celui de Baldeck que lui donnent les annales.

— Les habitants de Colmar, requis pour punir Anselme de Rappolstein de concert avec ceux des villes voisines, occupent sous le commandement de Baldeck la petite ville de Zellenberg et participent à la construction du château en bois élevé à Guémar pour bloquer Rappolstein qu'on ne peut prendre de force. — Laguille, op cit, pag 249 et autres.

Le seigneur de Horbourg, qui a aussi pris fait et cause contre Anselme, soutient plus particulièrement que Cohnar la guerre contre son voisin. A Zellenberg le seigneur de Horbourg tue à Anselme huit chevaux et blesse plus de vingt-un cavaliers ; par contre Anselme* prend beaucoup d'hommes à son adversaire et beaucoup de gens de Sigolsheim qui paient à leur vainqueur une rançon de deux marcs pour recouvrer leur liberté. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 129.

j(\ — Un des chevaliers de Norlgasse, Jean, que l'on a vu figurer dans l'acte de vente de 1278, d'une cour aux Dominicains, détruit violemment, le VlIIi^ies ides d'Octobre (8 Octobre), la clôture desdits Dominicains de Colmar. — Annales^ édit. cit., pag. 1S1.

La Haute-Alsace voit, en cette année, finir la guerre contre Anselme l'Audacieux , par l'arrivée de l'empereur et de son fils, Rodolphe, landgrave d'Alsace. Celui-ci vient à Colmar avec de la cavalerie; l'empereur le suit de près avec une armée nombreuse, dans le dessein d'entrer dans la Bourgogne et d'attaquer le comte de Montbéliard. —Laguille. op. cit., tom. /, liv. XXI, pag. 250.

— Ce fils du roi, Rodolphe, landgrave d'Alsace, fait séjour,

avec cent chevaux, dans la maison des sœurs de Golmar à Unterlinden. — Annales des Dominicains, édit. cit,,pag. ISS.

— Au calendes d'Avril (1er Avril) le roi Rodolphe, Tévéque de Strasbourg, les bourgeois de cette ville et les seigneurs du pays jurent un traité de paix à Colmar. De plus, ils auraient voulu rétablir la concorde entre les frères prêcheurs et les citoyens de Strasbourg. — Ibidem,

— A l'octave de la Résurrection (28 Mars), le roi Rodolphe dépense, en frais d'entretien, onze cents livres à Colmar. — Ihidmi,

— Avant de se mettre en marche pour la Bourgogne, Rodolphe assemble à Colmar, le !«' jour d'Avril, l'évoque et les députés de Strasbourg et les seigneurs du pays. Comme il a la force en mains, il se fait écouter, et après avoir examiné les divers sujets qui entretiennent la guerre dans la province, il oblige les parties intéressées de conclure une paix dont tous promettent, avec serment, d'exécuter les conditions. — Laguilky Uv, et pag., cit.

Il ne se met en campagne qu'au commencement de Juillet. Il est vraisemblable que Colmar est jusque-là le principal séjour de Rodolphe.

Conrad de Lichtenberg, évoque de Strasbourg, avait pris le parti de Bouchard d'Avesne, évêque de Metz, contre Ferri, duc de Lorraine, ce sont ces partis que Rodolphe de Habsbourg amène à Colmar pour conclure la paix dont il est question. — Voy, Grandidier, œuv, hist. inéd , tom. IV, pag. 5i.

^ L'hôpital de Colmar obtient de Rodolphe I les mêmes privilèges que celui de Strasbourg. Il était d'abord établi sur l'emplacement où fut construit, plus tard, l'hôtel du commandant de la ville. — Schœpflin, Als, illust., tom, F, pag, 192'19S.

L'affirmation de Schœpflin concernant l'emplacement de

riiôpital à cette époque nous paraît hasardée. Tout s'accorde jusquVprésent à considérer le point qu^occupait l'^ancien gymnase protestant comme ayant été remplacement du premier hôpital de Golmar.

— Le privilège auquel Schœpflin fait allusion dans son Illustrataj il le publie dans sa diplomatica) tom. II, pag. 39, Rodolphe prend sous sa protection spéciale et celle dePempire romain Thôpital des pauvres de Golmar, avec ses biens, ses possessions actuelles et toutes celles qui pourront lui être acquises dans l'avenir ; voulant au surplus être miséricordieux envers ledit hôpital et les indigens qu'il reçoit, il lui accorde toutes les libertés, tous les droits et privilèges concédés à l'hôpital de Strasbourg par lui et ses prédécesseurs. L'acte est daté de Colmar le IIII des nones d'Avril (2 Avril).

— Les administrateurs de l'hôpital de Colmar demandent à Strasbourg quels sont les privilèges que l'empereur a octroyés à l'hôpital de cette ville. On leur répond, le 23 Avril, que l'hôpital de Strasbourg jouit du droit d'asile pour les homicides et les prisonniers échappés aux mains de la justice ; que nul juge ne peut saisir le bien d'un bourgeois déposé dans l'enceinte de l'hôpital et que les frères attachés au service ne peuvent être cités devant un tribunal séculier. Une seconde déclaration, du 17 Avril, porte : que tous, les biens présents et futurs de l'hôpital sont de droit placés sous la protection de l'empire; que nulle personne, clerc ou laïc, ne peut priver l'hôpital de l'usage des voies publiques, de l'eau ni du droit de pâture. — X. Mossmann, Revue d'Alsace, 1851 y pag, 239-240,

Les deux réponses que les administrateurs de Colmar obtinrent de ceux de Strasbourg existent en original aux archives de l'hospice. M. Mossmann a publié le texte de la dernière. — Loc. cit., pag, 240.

De nouvelles lettres d'indulgences sont accordées pour la

construction de l'église collégiale de Saint-Martin de Colmar. ^ Musée pittoresque et historique de RothmûUer^ pag. 118,

— Vers la fête de la Toussaint, les recluses de Katzenthal ^ soDt transférées à Ammerschwihr et prennent le titre de religieuses. - i4nnafe5 des Dominicains, édit, cit., pag, 137.

On les verra arriver à Colmar et fonder le couvent des Catherinettes (l'hôpital militaire actuel).

Le chevalier Sigfrid (de Gundolsheim), autrefois schultheiss de Colmar, célèbre les noces de sa fille à la fête de s. . . — Annales des Dominicains de Colmar^ édit. cit., pag, 137,

— Le VI des calendes d'Avril (27 Mars), le chevalier Sigfrid (de Gundolsheim), autrefois schultheiss de Colmar, est tué par Susing, instrument des chevaliers de Girsperg. — Ibidem,

— Le chapitre de St.-Martin, de Colmar, donne (le dimanche de Lœfare-Mars) son cqnsenlement à Tinstitulion d'un chapelain pour le service de la chapelle consacrée, de la léproserie située hors des murs. Le chapitre stipule, pour le doyen, le droit de donner avis sur le choix du chapelain, de l'appeler à concourir aux offices de la collégiale, les droits de cette dernière ne pouvant être diminués par l'institution de la chapellenie. — X, Mossmann, Revue d'Alsace, 185i, pag. 243,

M. Mossmann publie le texte du consentement du chapitre. C'est le seul document qu'il a trouvé sur la léproserie pour le xiii« siècle.

— Le IV des calendes de Mai (28 Avril), Rodolphe, roi des Romains, vient à Colmar, menant à sa suite un grand chameau, âgé de trois ans et d'une hauteur extraordinaire. — Le même jour arrive à Colmar le frère Mumius, maître de l'ordre des Prêcheurs, se hâtant d'aller à Trêves assister au chapitre général. — Le roi Rodolphe, par considération pour le Maître, ^ mange dans la maison des frères Prêcheurs de Colmar, le jour

de Saint-Pierre (29 Avril), et leur donne, ainsi qu'à un grand nombre de seigneurs et à quelques dames, un festin riche, excellent et inusité chez les Dominicains.

Le môme jour, il proscrit les seigneurs de Girsperg, en punition de ce qu'ils ont traîtreusement tué le chevalier Sigfrid de Gundolsheim, ancien schultheiss de la ville de Colmar. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. crt., pag, 137.

— Le château de Girsperg est assiégé par les Colmariens.

— Ces derniers entreprirent le siège après la proscription édictée par Rodolphe contre les nobles de Girsperg. On verra qu'ils ne parvinrent pas à s'en rendre maîtres en cette année.

— Ibidem et note L

— Dans la région de Colmar, la moisson commence avant la St.-Jean-Baptiste (2i Juin) ; elle est achevée avant la Sainte- Praxède, vierge (21 Juillet). - Ibidem^ pag, 139,

— Une jeune flUe juive de Colmar contracte mariage avec un juif noble (nobilis) de Wurtzbourg ; les noces sont célébrées le IV des noues de Septembre (2 Septembre). — Ibidem, pag,

yfi — Les recluses de Katzenthal, établies religieuses dans leur monastère d'Ammerschwihr, sont soumises par le concile de Trêves à la direction spirituelle des Dominicains de Colmar. A la fête de la Ste-Catherine (25 Novembre), on chante la première messe dans leur monastère d'Ammerschwihr. — Ibidem.

^ — Les sœurs d'Unterlinden achèvent à grands frais la troisième maison de leur couvent. - Ibidem.

— Cette troisième maison forme, en comptant l'église pour le premier, le quatrième côté du quadrilatère que présente l'ensemble des bâtiments. — Ch, Bartholdi, loc. cit. y pag. 101.

— Le VI des calendes d'Octobre, Rodolphe^ duc d'Autriche et de Styrie, landgrave d'Alsace, donne en fief, moyennant

quatre-^vingt-dix marcs d'argent, aux frères Conrad et Walther de Kaysersberg, le château de Hoh-Landspurg et les biens qui dépendent de ce fief à Oberhergheim avec tous les droits qui y sont attachés. — Schœpflin^ Als. dipL^ tom. IIj pag. 42.

A la Purification (2 Février) , le roi Rodolphe avait déjà donné, outre l'entretien, 1900 livres à ceux (de Colmar et autres lieux probablement) qui sapaient le château des seigneurs de Girsperg, proscrits par lui pour avoir tué traîtreusement l'ancien schultheiss de Colmar, Sigfrid de Gundolsheim ; mais ces subsides ne suffisaient point. Cependant le lendemain de la Sle-Agathe (6 Février), les seigneurs de Girsperg se rendent à merci au landvo^t de la province. Leurs serviteurs obtiennent grâce, mais les maîtres sont retenus prisonniers. — i4wnaks des Dominicains, édit, cit., pag. 143.

— Berthold de Blieswiller et ses fils vendent aux Domini- >h cains leur cour destinée à agrandir le domaine du couvent. Au moyen de cette acquisition, les Dominicains deviennent propriétaires delà rivière et d'un chemin de quatorze pieds

de largeur conduisant à la cour et aboutissant à la voie publique. Le prix de la vente est de vingt marcs d'argent. — Protocole cité aux archives du Haut-Rhin^ f^ 22.

— Les frères Mineurs (Franciscains) tiennent leur chapitre -^ à Colmar et les seigneurs de la province leur font des dons nombreux. — Pendant la tenue du chapitre, à Colmar, les Franciscains de Bâle font arrêter deux béguines et deux beghards qu'ils regardaient comme hérétiques. — Ibidem.

Le roi Rodolphe vient à Colmar à la fête de St.-Grégoire (12 Mars). - Les habitants paient 500 marcs au roi et dépen-

sent 1400 livres pour Tentretien et la nourriture des seigneurs. — Annales des Dominicains, édit. dt., pag. 149.

Schœpflin, Als. illust., tom. F, pag. 197 et 198, relate, dans les mêmes termes, la présence de Rodolphe à Colmar^ en cette année, qui est Tannée de sa mort; il dit encore, pajf. 195, que Rodolphe accorda aux bourgeois de Colmar pleine liberté de disposer, à leur gré, du canton appelé Ried qui leur appartenait. Hunkler dit la même chose; mais il ajoute, pag, 47, que ce fut pour la ville un privilège dont elle ne jouissait pas jusque là, bien que, pag. 155, le Ried fftt, depuis un temps immémorial, un bien conmiunal. — La charte est d'ailleurs pu* bliée par Schœpflin, Als. dipL, tom. Il, pag, 47.

— Le seigneur de Girsperg et les principaux membres de sa famille sont délivrés (par Rodolphe) de leur captivité à des conditions dures ; mais le château de Girsperg est entièrement

.dévasté. ~ Annales des Dominicains, édit. cit., pag. 149. — Voy. à ce sujet les années 1289 et 1290.

— C'est pendant le séjour de Rodolphe à Côhnar que Fé^ vêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg, obtient sa réconciliation avec Rodolphe qui Tavait banni de la cour. Voici à quel sujet :

« L'empereur Rodolphe épousa, en 1284, à l'âge de soi- « xante-cinq ans, Agnès, fille d'Othon, comte de Bourgogne, « qui n'avait que quinze ans et qui était douée d'une grande « beauté. Un jour que l'évêque de Strasbourg, qui était de la a famille des» comtes de Lichtenberg, présentait la main à « Agnès pour l'aider à descendre de carrosse, cet évêque fut « si charmé de la beauté de l'impératrice qu'il l'embrassa^ « malgré elle, sur la joue. Mais cette impératrice était aussi « vertueuse que belle. Cet acte lui déplut si fort qu'elle en « porta des plaintes à Rodolphe, son mari. L'empereur, irrité, « fit dire à l'évoque qu'il avait choisi cette paix pour lui

« seul; queTévêque n'avait qu'à en choisir une autre qu'il € pût embrasser, et qu'au reste il eût à ne plus paraître de- « vaut les yeux de l'empereur. » — Chron. Saxo. Michel le Saxon. Le chroniqueur commet une erreur. Agnès était fille de Hugues IV, comte de Bourgogne.

Cette aventure se passa à Strasbourg lorsque la reine y arriva venant de Colmar où elle fut magnifiquement reçue le i«"^ Août, comme on l'a vu, en l'année 1284.

— Ainsi l'évêque, Conrad de Lichtenberg, fut obligé de sortir de la cour et de demeurer dans son diocèse. Il employa son temps d'exil à soutenir les guerres dont il a été dit quelques mots. Rodolphe ne laissa pas que. d'estimer toujours l'évêque. L'empereur et l'évêque s'abouchent ensemble à Colmar, en cette année, scellent leur réconciliation et promettent d'oublier leur injure commune. — Grandidier. CEuv. hist. inéd.^ tom. IY,pag. 52.

— Berthe de Rappolstein, épouse de feu Henri Sigebert, comte de Werd et landgrave de la Basse-Alsace, de concert avec ses trois fils Ulric, Egenolphe et Philippe, vient à Colmar trouver l'empereur et l'évêque pour qu'ils décident le procès qu'elle avait avec ses deux frères Anselme et Henri qui lui disputaient son héritage. Le château de Minnewihr fut accordé à Ulric, fils de Berthe, et les biens que les comtes de Rappolstein avaient à Cohnar furent adjugés à Berthe. — Ibidem, pag. 53.

La charte de transaction est publiée dans Schœpflin, Als. dipl, tom. //, pag. 46-47.

Après la mort de l'empereur Rodolphe (arrivée le 30 Septembre de cette année), Colmar saisit ce moment pour refuser obéissance à l'évêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg; mais ce dernier n'était pas d'humeur à souffrir l'indépendance de la ville. —Laguillej op. cit., Um. I, pag. 251; Grandidier,

OEiiv. hist. inéd., tom. IV.pag. 55; Dillmann, loc. cit. pag. 376 et autres.

La Chroniqtie des Dominicains de Colmar, pag. 303, et l'auteur de la notice du Musée pittoresque deRothmuller.pag. 123, placent à ce moment la rentrée de Walther Rœsselmann au schultétat de Colmar ; de sorte que, s'il faut admettre les conséquences de cette version, le beau-fils de Stameheim aurait exercé la fonction de schuUheiss depuis 1286 jusqu'à la fin de 1291, contrairement à Topinion de Hunkler, qui a adopté, pag. 68, Tannée 1286 pour la reprise par Walther Rœsselmann de la dignité dont Rodolphe Pavait privé en 1281. Pour concilier les faits, Hunkler dit que Walther, se donnant à d'autres projets, veut livrer la ville à l'évoque, ce qui impUque de la part de ce magistrat plébéien une action contraire à l'indépendance que la ville voulait conquérir en se soustrayant à la domination temporelle de Tévêque de Strasbourg. Cette situation faite à Walther Rœsselmann nous semble intervertir les rôles, en un mot, contraire à la vérité, et bien que Hunkler ne fasse pas autorité pour l'histoire de sa ville natale , il nous paraît utile de décharger la mémoire du fils de Jean Rœsselmann d'une action qui ne doit pas peser sur elle. Les conséquences que*ron a tirées de la mention 1 suivante nous semblent être dans la logique des événements.

— Le seigneur de Hunawihr est tué par les Colmariens, et plusieurs chevaliers sont chassés de la' ville. — Annales des Dominicains, édit. cit., pag. 149.

— Après la déposition qui Pavait frappé (en 1284) Walther Rœsselmann était resté dans le voisinage de Colmar, à la tète d'une poignée d'adhérents que le chroniqueur quaUfie de misérables serfs vagabonds. Il fallut, sans doute, en venir aux mains pour obtenir la rentrée des exilés. Le 'seigneur de Hunawihr périt dans la mêlée et plusieurs chevaliers furent, à

leur tour, expulsés de la ville. — Notice du Musée pittoresque^

— Un des premiers actes de Walther Rœsselmann (redevenu schultheiss) fut le meurtre du seigneur de Hunawihr et de son jeune fils. Il s'empara de ses biens et partagea entre ses créatures plus de 300 marcs. Il chassa de la ville les chevaliers de Nortgasse et d'Illzach ainsi que le seigneur de Ruest, et confisqua leurs biens. — Chronique des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 303.

— Après l'octave de la Nativité de Marie (8 Septembre), l'évêque de Strasbourg (Conrad de Lichtenberg) assiégea Colmar avec 30,000 combattants ; Colmar en. avait 3,000. — Annotes des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 151.

Laguille, pag'. Î51, Schœpflin, Als. il., tom. V, pag. S09, Aufschlager, pag. 192, Hunkler, pag. 68, et Dillemann, pag. 376, disent la même chose. Les deux derniers ajoutent qu'après une opiniâtre résistance les bourgeois se soumettent et prêtent serment au frère de l'évêque, Frédéric de Lichtenberg, prévôt du chapitre de Strasbourg.

D'ailleurs Hunkler dit encore, nous ne savons sur quelle autorité, que (probablement avant la reddition de la ville) Colmar enlève à l'évêque la petite ville de Ste-Croix ; que l'hiver commença de bonne heure et que le froid alla en augmentant chaque jour; que l'émotion fut grande en ville et que, pour éviter une émeute, le magistrat fit une distribution de bois provenant du Niderwald; et enfin, que ce fut l'origine de l'affouage. Op. cit., pag. 110. —Sous la plume de l'annaliste de Colmar, cette distribution de bois se traduit ainsi : « Le Sénat de Colmar délivre aux habitants du bois pour construire 600 maisons.» Pag. 151.

— Walther Rœsselmann et le sénat déclarent, par un titre du mois d'Octobre, que la maison dite des Hôtes-nus (Nage-

dengastes'hm) est devenue propriété de l'hôpital. — X. Mossmamiy Revue d'Alsace, 1851, pag. 243.

M. Mossmann publie le texte de ce titre et constate qu'à cette époque il y avait en ville un refuge où les voyageurs pauvres, les ouvriers sans travail ni ressources trouvaient un abri pour la nuit. Il se pourrait que cette maison de refuge fût la môme que celle dont l'existence a été constatée en 1292 au Niderhof, propriété de Téglise de Constance.

A la circoncision du Seigneur (i^f Janvier), les habitants de Colmar jurent fidéUté et soumission au prévôt de Strasbourg (Frédéric de Lichtenberg), frère de l'évêque Conrad, et promettent de tenir fidèlement leur engagement. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 151.

Une grande confusion règne dans les livres et les documents à notre disposition concernant cette période de l'histoire de Colmar. Une explication préliminaire et indépendante de ce qui va être emprunté à d'autres, nous semble nécessaire pour dissiper l'obscurité.

On a vu que, selon l'annaliste de Colmar, Watther Rœsselmann avait été l'artisan du mouvement à la faveur duquel il revint au pouvoir, et qui eut pour conséquence la lutte dans laquelle le seigneur de Hunawihr et son jeune fils trouvèrent la mort; l'expulsion des chevaliers de Nortgasse et d'Illzach ainsi que du seigneur de Ruest, et la confiscation de leurs biens. Avec le retour de Walther Rœsselmann aux affaires, les bourgeois de Colmar se trouvaient donc soustraits de nouveau à la domination des nobles et gouvernés par un plébéien. On poussa la prétention jusqu'à vouloir affranchir encore la ville de l'autorité temporelle dont Tévêque de Strasbourg était investi. On a vu que l'évêque eut raison de cette prétention et

qu'après le siège, conduit par 30,000 épiscopaux, la ville dut se rendre et prêter serment au frère de l'évoque, institué commandant de la ville. Or, il faut que, malgré le soulèvement de la ville contre l'autorité épiscopale, malgré la mort de deux membres du parti noble, le bannissement de plusieurs autres, la confiscation et le partage de leurs biens, Walther Roesselmann ait été conservé par l'évoque dans sa dignité de schul- Iheiss, sauf à abandonner au frère de ce dernier l'exercice de l'autorité militaire. On trouve, en effet, Walther occupant la place de schultheiss après la reddition de la ville et, par cela même, associé à Frédéric de Lichtenberg, représentant le pouvoir épiscopal, les nobles demeurant d'ailleurs expulsés. Cette situation peut paraître avoir quelque chose d'anormal et jeter un reflet défavorable sur la mémoire de Walther Rœsselmann. Mais si l'on veut tenir compte de l'état politique où se trouvait alors l'empire, on concevra que l'évéque Conrad dut se montrer coulant avec ses ennemis de la veille afin de se ménager à Colmar un point d'appui dans la lutte qu'il allait engager. Cela dit, nous reprenons la chronique d'après nos sources.

— Un espace de huit mois s'écoule entre la mort de Rodolphe de Habsbourg et l'élection de son successeur. Pendant ce temps l'Alsace est en proie à des déchirements de tout genre : à Colmar, c'est la bourgeoisie qui veut s'affranchir de la domination des nobles et de l'autorité épiscopale; à Strasbourg, ce sont les nobles qui vengent entr'eux leurs offenses personnelles, entraînant la bourgeoisie dans leurs querelles de famille, les Zorn contre les Kageneck et les d'Herbe ; ailleurs, ce sont des causes différentes qui fomentent la division et les troubles, de telle sorte qu'au sommet de la société on se divise pour l'élection du nouvel empereur. Il était naturel que le choix s'arrêtât sur le duc Albert, fils de Rodolphe et

landgrave d'Alsace. Cependant Télecteur de Mayence, Parche* véque Gerhard d'Epstein, fait pencher la balance pour Adolphe de Nassau, son cousin germain, qui est élu le 20 Mai. Conrad de Lichtenberg, évoque 4^ Strasbourg, s'était déclaré pour Albert et lui demeura fidèle, de sorte que Colmar, soumis à révoque, se trouve, peut-être sans l'avoir déliré, opposé à Adolphe de Nassau, régulièrement élu. Jusqu'à présent la situation équivoque où se trouve Walther Rœsselmann est donc plutôt le fait des événements indépendants de sa volonté que son fait propre. Mais on va le voir, et avec lui la ville de Colmar, exposé aux tiraillements de circonstances de plus en plus compromettantes et difficiles.

— Le roi (Adolphe de Nassau) est couronné à Aix-la-Chapelle (le l^' Juillet). Il confie à Othon d'Ochsenstein, fils de la sœur du roi Rodolphe, le gouvernement de l'Alsace. Les villes jurent fidélité aux gouverneurs du roi Adolphe. Le schultheiss de Colmar (Walther Rœsselmann) refuse le serment, à moins que le landvogt, Othon d'Ochsenstein, ne s'engage, au nom du roi, de lui conserver sa charge durant la vie du roi ; de maintenir l'exil des bannis (de Colmar) et de ne point entrer avec ses troupes dans la ville. Le landvogt prend cet engagement, après avoir reçu le serment que la ville ne serait point livrée à un autre qu'au roi Adolphe. — Annales des Dominicains de Colmary édil. de Ch. Gérard et /. Liblin, pag, 155-157.

C'est en se basant sur cette relation de l'annaliste de Colmar, que nos historiens, Laguille, Schœpflin, Grandidier et beaucoup d'autres après eux, ont fait peser sur la mémoire de Walther Rœsselmann une accusation qui n'est pas justifiée. Aucun n'a tenu compte des faits indépendants de l'action du schultheiss et des bourgeois de la ville de Colmar. Laguille a su faire la part des exigences de la situation au profit des

principaux acteurs, Adolphe de Nassau et son représentant, le landvogt Othon d'Ochsenstein; mais personne n'en a revendiqué le bénéfice au profit de Colmar et de son schultheiss.

« Adolphe laissa dans son employ ceux que son prédéces- « seur avait choisi pour gouverner les provinces et les villes. « persuadé qu'avant qu'un prince ait affermi sa domination, t il doit s'en tenir aux ministres déjà formez et instruits dans « le secret du gouvernement, quand de bonnes raisons ne les « rendent pas suspects; qu'il ne sied pas de payer par une su- « bite disgrâce, les services d'un officier qui ne l'a pas mé- « ritée, et qu'il est plus aisé de mener le peuple par les voyes « accoutumées, que de le livrer à des hommes qui, se croyant € plus habiles que ceux dont ils ont pris la place, prétendent 4 signaler leur zèle et donner éclat à leur ministère en ten- « tant de nouvelles routes. Ainsi quoyqu'Othon d'Ochsenstein « fût neveu de l'empereur Rodolphe et cousin germain du duc c Albert d'Autriche, Adolphe ne craignit pas de le conserver € dans sa dignité de landvogt.» — Op. cit., liv. XII, pag. 252. Il s'agissait pour Adolphe de Nassau d'obtenir, qu'à l'exemple du cousin germain du duc Albert, et par son influence directe, Walther Rœsselmann et avec lui les bourgeois de Colmar, prêtassent serment au nouvel empereur et abandonnassent le parti de Rodolphe de Habsbourg à qui la ville de Colmar et Walther Rœsselmann lui-même, devaient de la reconnaissance. Le schultheiss refusait le serment; Othon fit de grands efforts pour vaincre sa résistance et il finit par réussir à la condition, répètent tous nos historiens après l'annaliste, que Walther demeurerait investi de la fonction de schultheiss de Colmar durant la vie du roi; que les nobles demeureraient exilés de Colmar et que l'on ne ferait pas entrer de troupes impériales dans la ville.

Le laconisme du récit de l'annaliste qu'aucun de nos écri-

vains n'a cherché à pénétrer, fait, comme nous Pavons dit, planer sur la mémoire de Walther Roesselmann un jugement défavorable. Il nous aura suffi de mettre les faits un peu plus en évidence pour dissiper ce nuage. Les conditions que Walther arrache à de plus forts que lui, sont à l'avantage de la ville, et en demeurant schultheiss, il sert la bourgeoisie au lieu de la trahir ; bref, Walther est fidèle à la cause pour laquelle son père avait répandu son sang, et il lui est réservé d'être, comme on le verra tantôt, lui aussi, victime des luttes que nos aïeux durent soutenir pour assurer à leurs descendants des conditions meilleures.

Jù — Le clocher des Prêcheurs de Colmar (Dominicains) n^est pas encore terminé (Avril). — Annales, édit cit., pag. 153.

— La veille de l'Ascension (14 Mai) le duc Albert vient à Colmar avec 1500 cavaliers. — Ibidem,

n se rendait en Suisse pour assiéger Zurich, afin de se ménager les bonnes grâces de Philippe-le-Bel, roi de France, dont le comté de Bourgogne venait de se rendre vassal et que Adolphe de Nassau voulait placer sous la domination de l'empire.

^ — Les frères Mineurs (Franciscains de Colmar) élèvent les hautes et grandes colonnes de leur église. — Ibidem^ pag. 155.

— Un jeune garçon de neuf ans est tué à Colmar par les juifs. — Annales des Dominicains, édit. cit , pag. 153.

— Adolphe, roi des Romains, vient à Colmar avant la Nativité du Seigneur. — Ibidem, pag. 155.

— Adolphe ne soutient pas longtemps l'entreprise qu'il avait imaginée de conquérir la Franche-Comté qu'il prétendait faire partie du royaume d'Arles. Après avoir ehvoyé à Brisach son épouse, qui y arrive la veille de la Toussaint, il donne un tournoi à Haguenau et vient à Colmar vers les fêtes de Noël. C'est

à éela que se borne son expédition contre la Bourgogne où le roi de France l'attendait avec dédain. — LaguillBy op. cit., Uv. XXII, pag. 252.

Adolphe de Nassau concède aux bourgeois dé Colmar le droitde posséder des fiefs et de composer des statuts à l'usagé delà ville. — Schœpflin, Als. illust. iom. Y, pag 195.

— Le premier monument législatif de Colmar est son statut municipal de cette année, confirmé le 15 Février par Adolphe de Nassau, qui affranchit les bourgeois de toute juridiction étrangère. — Billemann, loc. cit., pag. 370 et 373.

— Dès que Colmar a le rang de ville d'empire, le magistrat • songe à lui donner un statut spécial en concordance avec les

loix franques et allemandes et le droit romain encore en usage en Alsace. Déjà en 4255 l'empereur Guillaume de Hollande avait confirmé à la ville tous les droits et libertés dont elle était en jouissance et, en 1278, Rodolphe de Habsbourg avait affranchi les citoyens de toute juridiction étrangère en attribuant au schultheiss le droit et le devoir de prononcer sur toutes les contestations qui s'élèveraient. Mais jusque là aucun code de droit public, particulier à la cité, n'était encore édicté. On le dresse et, en 1293, l'empereur Adolphe de Nassau le confirme en 46 articles que Hunkler reproduit « pour honorer la mémoire de nos ancêtres.» Hunkler, op. cit., pag. 31 - 43.

tJn examen rapide du statut auquel Schœpflin, Dillemann et Hunkler font allusion, permet de reconnaître qu'il ne s'agit, de la part d'Adolphe de Nassau, que d'une confirmation des franchises données en 1278 par Rodolphe de Habsbourg, et dont nous avons publié la traduction.

Schœpflin, Als. dipl., tom. II, pag. 55-58, publie le diplôme d'Adolphe de Nassau, en langue allemande, donné à Rotweil le 15 Février. Cette pièce est la reproduction presque littérale

du diplôme de Rodolphe de Habsbourg que Trouillat publie, comme nous Tavons dit, année 4278, tom. //, pag. WQ-SIO. Schœpflin ayant passé sous silence, dans son Alsace diplomatique, le diplôme de Rodolphe, et ayant publié celui d'Adolphe de Nassau, nos historiens ont attribué à ce dernier ce qui appartient au premier. Cependant il faut remarquer que de légères différences existent entre ces deux documents. Le dernier ne reproduit plus ce que l'expérience a amené le magistrat à abroger dans le laps de temps qui s'écoule entre 1278 et 1293; ainsi en est-il, par exemple, de la prescription qui ordonnait que la maison du meurtrier fugitif et à laquelle était attaché son droit bourgeoisie, fût démolie et ne pût être reconstruite, par ses héritiers, qu'au bout d'un an et en payant une amende. On a vu qu'après l'exécution qui suivit la révolte contre le Schultheiss Stameheim, le magistrat prit une décision qui abrogeait cette peine dont la conséquence était de porter atteinte à la richesse publique. Elle a donc disparu du statut confirmé par Adolphe de Nassau. Il appartient à ceux qui voudront désormais écrire couramment l'histoire de Colmar de continuer la comparaison en donnant un peu moins de considérations disertes, un peu plus de faits propres à faciliter l'intelligence des difficultés que nos aïeux eurent à surmonter à travers le^moyen-âge.

Le diplôme de confirmation d'Adolphe de Nassau est également publié par Trouillat, tom. //, pag, 530'54i, non en allemand, mais en latin, d'après une copie faite par Hugues de Boncourt, en 1338. Trouillat publie encore, au bas des pages, une traduction française qui lui paraît être de la seconde moitié du xiv« siècle et qui est, en effet, un monument curieux de la littérature du pays d'Ajoie avant le xv« siècle. La reproduction de Hunkler, en 46 articles, de ce document, n'est pas conforme au texte original. Ce n'est pas l'allemand barbare

d'Adolphe de Nassau que Huokler emploie, mais Tallemand plus ou moins littéraire de notre époque et dans tous les cas plus intelligible pour le lecteur actuel que l'allemand du xiii« siècle.

— Adolphe de Nassau promet aux habitants de Colmar de ne leur donner pour Schultheiss qu'un des leurs, habitant la ville. — Schœpflin, Als. illust,, tom. V, pag. 200.

On a vu que cet engagement est l'objet d'une stipulation spéciale dans le diplôme des franchises accordées par Rodolphe de Habsbourg, et confirmées par Adolphe de Nassau. Il n'y a donc pas lieu d'en attribuer le mérite à ce dernier. , — Un bourgeois de Colmar, nommé Lienhart, est accusé d'avoir détruit violemment, la veille de Saint-Jean-Baptiste (27 Juin), la digue de Horbourg. U était à la tête de huit hommes pour consommer cet acte de violence, — Annales des Dominicains, édit. cit., pag. 159.

Hunkler dit qu'il subit le supplice de la roue. D'ailleurs il place, par erreur, ce fait à l'année 1292.

- Les juifs de Rouffach se retirent à Colmar par crainte de l'évêque de Strasbourg. — Annales des Dominicains^ édit. cit., pag. 159.

On se rend compte de la détermination des juifs de Rauffach, non par la crainte que leur aurait inspirée l'évêque de Strasbourg, comme le dit rannaliste,'mais par la prévision des dangers qu'ils couraient de la part du landvogt, Othon d'Ochsenstein, dans une ville qui appartenait exclusivement à l'évêque en rébellion ouverte contre le nouvel empereur, Adolphe de Nassau. En venant à Colmar, où ils étaient déjà en nombre, ils pensaient échapper aux représailles des troupes du landvogt, puisque Colmar, de gré ou de force, avait juré fidélité au nouvel empereur. Si ce fut la raison déterminante de leur immigration à Colmar, elle fut bientôt déçue, carie Schultheiss,

Walther Rœsselmann, et une grande partie de la bourgeoisie, paralt-il, se préparaient à secouer le joug d'Adolphe de Nassau, qu'ils € n'avaient reconnu que par force,i> comme le dit Grandidier, OEuv. hist, inéi., tom. IV, pag. 56.

jp — A l'intervention du Frère Dietherus, le roi Adolphe concède aux Dominicains de Colmar le droit d'étendre leur domaine au-delà des fossés de Ja ville selon leur convenance et leurs besoins, personne n'ayant désormais le droit d'y apporter des empêchements. — Protocole cité, aux archives du Haut-Rhin, p 22.

—Le XV des Calendes d'Avril il donne un diplôme, daté de Spire, par lequel il concède à la ville de Kaysersberg les droits * et privilèges dont jouit la ville de Colmar. — ^chœpflin, AU. dipL, tom. II, pag. 59.

— Le Schultheiss de Colmar appela, pendant la nuit, le seigneur de Rappolstein avec beaucoup de ses hommes et lui livra la ville. — Annales des Dominicains, édit. cit., pag. 161.

— Le IV des ides de Septembre, le Schultheiss de Colmar, à l'insu des magistrats et des bourgeois, appelle Anselme de Rappolstein et lui livre la ville. Il introduit dans les murs une foule de soldats de ce seigneur et les place sur le cimetière pendant que les bourgeois sont plongés dans le sommeil. Au bruit des cloches, que le Schultheiss fait sonner, les bourgeois courent au cimetière où ils trouvent les hommes d'armes de Rappolstein ; frappés de terreur, ils ne savent quel parti prendre. Pendant ce temps, un héraut convoque les bourgeois en disant partout : notre ami, le seigneur de Rappolstein, est ici; il vient pour nous aider de sa personne et de sa puissance, car il a appris que nos ennemis ont le dessein de nous attaquer. Il arrive pour recevoir nos serments de fidélité et nous donner les siens. Puis, le héraut dit aux bourgeois rassemblés :

Levez les mains et jurez I Et ils jurent. — Chronique des Do' mimcains, édit. cii.^ pag. 316-317.

C'est au refus de prêter serment en cette circonstance que le chroniqueur attribue Texpulsion des chevaliers de Nortgasse, de Ruest et de plusieurs citoyens riches et considérés. Nous n'avons aucun égard à cette assertion, parce qu'elle est contredite, comme on Ta vu précédemment, par les annales. C'est une des erreurs nombreuses qui se rencontrent dans les différents récits de la Chronique. Ces nobles étaient exilés de Colmar depuis le retour de Walther Rœsselmann, après la mort de Rodolphe de Habsbourg.

Le fait de l'entrée à Colmar du seigneur de Rappolstein, Anselme l'Audacieux, est rapporté par tous nos historiens. Les emprunts que nous leur ferions, n'ajouteraient rien à ce qui précède et nous devons nous borner à renvoyer le lecteur aux principaux ouvrages ou écrits qu'il peut consulter : Laguille, lom. /, pag. 252; Schœpflin, illust. tom. V, pag. 210; Grandidier, CEuv. hist. inéd., tom. IV, pag. 56; Aufschlager, tom. I, pag. 192; Hunkler, pag. 69; Musée pittoresque, pag. 123 et d'autres. - ^

Considéré isolément, le manque à la foi jurée par Walther Rœsselmann, chef de l'autorité à Colmar, peut être condamnable ; considéré au point de vue de la politique générale dans laquelle une ville libre devait forcément jouer un rôle, l'acte prend une physionomie différente. D'une part, Walther est le représentant actif d'une bourgeoisie faisant de légitimes efforts pour échapper à la domination injuste et partiale de la caste noble ; en second Ueu, lui et son parti sont attachés au fils d'un empereur qui a été favorable à leur cause et libéral envers la ville. Le désordre moral dans la classe élevée foule aux pieds les droits de ce fils et l'élu emploie la dissimulation et la force pour se faire reconnaître à Colmar et imposer sa

loi. Walther Rœsselmann et les bourgeois ses adhérents saisissent Toccasion qu'ils croient favorable pour secouer le joug. On ne peut voir dans cet acte que l'exercice du droit contre rintrigue et la violence. Si la tentative eût réussi, la mémoire de Walther eût été exaltée ; pour avoir échoué momentanément, elle ne mérite pas d'être rabaissée au niveau d'une mauvaise action méritant l'ignominie que l'on va, dans un instant, voir infliger au Schultheiss.

Avant d'arriver au fait, disons d'abord que l'évêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg, à qui la ville et le Schultheiss avaient dû se soumettre quelques mois auparavant, venait de se déclarer ouvertement pour le fils de Rodolphe, le duc Albert, landgrave d'Alsace, et qu'il avait commencé les hostilités contre Adolphe de Nassau ou son représentant, Othon d'Ochsenstein, en s'emparant du château d'Ortemberg, à l'entrée du Val de Ville. Après ce premier acte de guerre, Rœsselmann et Colmar se préparent à le seconder, en appelant Anselme de Rappolstein partisan de la même cause.

— La veille deja St.-Michel (23 Septembre) Adolphe assiège vigoureusement Colmar. — Annales des Dominicains, édit. Ht , pag. 161,

— Informé de ce qui se passait en Alsace (et à Colmar), Adolphe de Nassau paraît à Schlestadt vers le milieu de Septembre, n entre au val d'Orbey, met le feu aux villages du seigneur de Rappolstein, enlève les troupeaux et fait les habitants prisonniers. De là il marche vers Colmar, campe à Ingersheim et Wintzenheim pour empêcher les habitants de Colmar de sortir et les vivres de lewr arriver. Il détache un corps de troupes vers Riquewihr qui est pris et où les vignes sont arrachées et plusieurs maisons abattues. Après cette expédition, qui prend dix jours, Adolphe se rapproche de Colmar,

délourne le canal qui fait marcher les moulins de la ville, et ravage les environs.

Pendant ce temps les habitants de Munster, qui tenaient pour Adolphe de Nassau, se mettent de la partie en attaquant Wihr (au Val?}, terre du seigneur de Rappolstein; mais un parti de Colmar, se joignant aux habitants de Wihr, tombe sur ceux de Munster, en tue plusieurs et fait le reste prisonniers. Le seigneur de Berckeim, détache cinq cents hommes de Tarmée assiégeante, avec des machines de guerre, s'empare du château de Wihr en peu de jours elle rase; delà il marche sur Gémar dont il s'empare et qu'il rase de môme. Cependant le siège de Colmar continue, aidé des troupes des archevêques de Cologne, de Mayence et de l'évêque de Spire formant l'armée d'observation, destinée surtout à empêcher l'entrée des farines dans la place. Elle a du vin et du blé en abondance; mais les moulins devenant inutiles par suite du détournement du canal, elle est réduite à se servir des moulins à bras de l'abbaye de Pairis. Après six semaines, le peuple commençant à souffrir, prend des mesures pour se tirer de la misère. Trois pauvres bourgeois insinuent à leurs amis que c'est folie de se laisser mourir de faim pour contenter l'ambition de ceux qui veulent dominer à Colmar et les empêcher de se soumettre au maître légitime. La faim fait accroître le nombre des conjurés et la jalousie de se voir maîtriser par des égaux leur fait trouver des partisans parmi les plus riches bourgeois.

La conspiration ne peut demeurer si secrète que le Schultheiss, Walther Rœsselmann, et Anselme de Rappolstein n'en soient informés. L'évêque de Strasbourg en a avis, et craignant pour son frère, Frédéric de Lichtenberg, qui commandait à Colmar, il vient lui-même à son secours avec deux cents hommes d'armes. Mais le peuple ne veut pas souffrir qu'ils

entrent dans la place ; il s'attroupe sur le cimetière, où il prend la résolution de se saisir des commandants et des clefs de la ville. Walther Rœsselmann essaie en vain d'appaiser les conjurés ; ils courent aux portes et forcent la garde de leur donner les clefs. De là ils marchent au palais, en brisent les portes dans le dessein d'enlever Frédéric de Lichtenberg; mais il échappe, vient joindre Anselme de Rappolstein et*se réfugie avec lui au couvent des Franciscains. Frédéric n'y reste pas ; il gagne les mm*ailles de la ville et trouve le moyen de se sauver avec quarante hommes, cherche en vain une retraite au château de Rappolstein qui lui ferme ses portes et le contraint ainsi à regagner Strasbourg.

Anselme de Rappolstein n'a pas un sort si heureux : il est découvert et pris au couvent des Franciscains, et sur le champ un bourgeois, détaché du peuple, porte à Adolphe de Nassau les clefs de la ville.

Walther Rœsselmann ne trouvant plus de ressource que dans la fuite, se déguise sous des haillons, sort de Colmar sans être reconnu et se hâte de gagner le château d'Eguisheim, forteresse de Tévêque de Strasbourg. Mais, après avoir marché pendant trois heures par des détours, il est reconnu par une femme qui donne avis de sa fuite. 11 est arrêté et livré à l'évêque de Bâle qui l'envoie prisonnier au château de Schwartzenbourg. Adolphe de Nassau réclame le prisonnier; l'évoque de Bâle refuse de le hvrer à moins que le roi lui promette de ne pas le faire mourir. La parole royale est engagée, mais dès que le roi est maître de Walther Rœsselmann et de son fils, il fait attacher le père sur une roue, ayant le bras levé et lié à une perche, en signe de parjure ; et dans cette honteuse situation, il le fait conduire pendant plusieurs jours par toutes les villes d'alentour, pour l'exposer aux insultes et à la risée de la populace. Satisfait de cette espèce de triomphe, Adolphe

de Nassau fait conduire le père et le fils dans une tour où le premier meurt et d'où le second ne sort qu'après la morl du roi.

Anselme de Rappolstein n'aurait pas été mieux traité, si les seigneurs ne se fussent entremis pour obtenir sa grâce. Adolphe le fait conduire à Gémar avec les autres prisonniers; il se contente de confisquer tous ses biens et de les partager en trois portions. Henri, frère d'Anselme, en reçoit une partie, l'autre est donnée au fils de son autre frère, et Adolphe de Nassau se réserve la troisième, c'est-à-dire Gémar qui devient fief de l'empire.

Anselme est ensuite chargé de chaînes avec trente de ses domestiques ; on le fait passer, dans cet état, par Colmar et Brisach pour le conduire en prison au château d'Ackeln en Souabe. — Laguille, hist d'Als., édit. in-f^, liv. XXII, pag. 252-254.

Tous nos écrivains font mention de ce dramatique épisode de l'histoire de Colmar. Aucun ne le rapporte aussi complètement, aussi fidèlement que Laguille, au récit duquel nous avons dû donner la préférence. Les annales des Dominicains, édit. cit., pag Vff/ et la chronique, pag, Si5-S2Bf ; Closener, code hist, et dipl. de Strasb,, tom. h pog- 95; Schœpflin, Als, illust,, tom, V, pag. 209-210; Grandidier, (Euv. hist, inéd,, tom. lY, pag, 57 ; Godfroy d'Ensmingen, chron, inéd,, fol. 67; Billing, 2^ semestre, XXXVIIb livraison, pag, 161-164; Aufschlager, tom, 1, pag, 193; Hunkler, pag. 69-75, et le Musée pittoresque de RothmuUer, pag. 123, lui consacrent des mentions plus ou moins dignes d'être consultées. Nous n'en retenons que deux circonstances utiles à la chronique.

Lorsque la populace de Colmar, secondée par quelques bourgeois riches et considérés, eut fait triompher l'émeute, il se trouva un bourgeois assez courageux pour remettre luimême les clefs de la ville à Adolphe de Nassau. Billing, pag.

16S, et Hunkler, qui le copie littéralement, pagf. 73, luais sans le nommer, nous font connaître le nom de ce particulier ; il s'appelait : Siffrii, der Rebmann. — Sigefroi, le vigneron. Cet acte de bravoure lui valut, paralt-il, l'honneur de siéger au Sénat et de voir son nom accolé, dans quelques actes publics, à ceux des nobles qui devaient rentrer quelques jours après rémeute. A la fin du siècle dernier apparut une individualité se rapprochant plus ou moins de celle de Sigefroi, le vigneron. Ce fut Martin Stockmeyer. L'humeur sarcastique du populaire a personnifié dans la figure de ce dernier les forts de cette espèce. Siffrid, le vigneron, fut la souche de la famille des Stockmeyer.

* Telle fut la fin d'un homme diversement jugé, dit, pag. 123, € l'auteur de la notice du Musée pittoresque de RothmuUer, « en parlant du sort de Walther Rœâselmann — Au milieu « de fa.ts mal élucidés, il est difficile de se rendre compte du € mobile secret de cet homme fameux. N'était-ce qu'un ambi- « tieux vulgaire, ou portait-il dans sa tête le problème de son « temps? la lutte contre la noblesse et l'empire (?) était-elle « personnellement intéressée, ou ne combatfeit-il que pour « Taffranchissement de la classe industrieuse ? Nul ne le sait. € Cependant il est permis d'affirmer que des deuxRœsselmann € datent les premiers efforts de la cité contre ses patriciens * et le commencement de la période la plus agitée, la plus « dramatique de son histoire. »

L'examen des faits concernant la vie politique de Walther Rœsselmann nous semble devoir mettre fin aux incertitudes qui régnent dans l'extrait précédent du Musée pittoresque^ qui résume le dernier état de la science. Le Musée est en effet le livre le plus récent (1863) dans lequel l'histoire de Colmar a une part convenable. Quant au problème il pourrait bien être insoluble.

—Les nobles^ chassés de Colmar par Walther Rœsselmann, realrent en ville et le roi Adolphe les déclare affranchis de l'impôt commun, à la condition de servir l'empereur. — Sch(Bpflin, Als, illust, tom, F, pag. 193.

— La veille de Noël (23 Décembre), le successeur de Rodolphe de Habsbourg, Adolphe de Nassau, entre en vainqueur à Colmar. — Ibidem^ pag. 198.

Hunkler, pag. 73^ ajoute qu'il y rétablit l'ordre et qu'il pardonne aux bourgeois, sachant bien qu'ils avaient été entraînés par quelques ambitieux. «

— Après qu'Adolphe a mis ordre aux affaires d'Alsace et qu'il s'est en particulier assuré de Colmar en lui donnant pour prévôt (Schultheiss) le seigneur de Berckeim , il se rend à Landau. - Laguille, op. cit., pag. 254.

— Le XVII des calendes de Février (16 Janvier), il survient un froid tellement violent que beaucoup de vignes périssent. Les tilleuls et les autres arbres se fendent ; les poissons périssent dans les eaux, les oiseaux dans les forêts, de même que les hommes. — Annales des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 163.

— Le V des calendes de Mars (25 Février), le frère Etienne, -^ maitre de l'ordre des Prêcheurs, vient de Strasbourg à Colmar.

— Ibidem.

On a vu, en 1289, le maître de l'ordre s'arrêter dans la jO maison de Colmar, et se rendant au chapitre général de Trêves. L'annaUste l'appelle le Frère Mu^io. /nu^c

— Il règne une grande cherté. Le viertel (l'hectoUtre) de froment se vend 18 sols et les sœurs d'Unterlinden distribuent, dans une de leurs granges, avant la fête de Sainte-Marie-Ma-

deleine (avant le 22 Juillet), plus deSOOyiertel aux pauvres.— Ibidem.

Le jour de Saint-Dominique (4Août),les frères Prêcheurs de Colmar reçoivent le frère Dominique. — Ibidem.

— Le doyen de Colmar (du chapitre de la collégiale de Saint-Martin) est fait violemment prisonnier par le Schultheiss de cette ville, vers la fête de PExaltation de la Sainte-Croix (14 Septembre.) — Ibidem.

On se rappelle que le Schultheiss est le seigneur de Berckeim. Nous ne trouvons nulli^part les causes de cet acte de violence sur un personnage aussi considérable que le doyen du chapitre. L'arrestation dont il s'agit serait-elle la suite des événements de Tannée précédente? On n'a pas oublié qu'en 1261 le doyen du chapitre était Pami du père de Walther Rœsselmann, et que ce fut dans l'hôtel du doyen que fut préparé la reddition de la ville à Rodolphe de Habsbourg. Les relations amicales entre le même doyen ou son successeur auraient-elles continué avec le fils de Jean Rœsselmann? C'est un point qui se recommande à l'attention du paléographe, car on a quelque raison de soupçonner le chapitre Saint-Martin de n'avoir pas vu d'un bien mauvais œil les bourgeois lutter contre la domination des nobles.

— Un apostat de l'ordre des frères Prêcheurs commet un vol au détriment des sœurs d'Unterlinden. — Ibidem.

Le III des nones d'Avril (11 Avril) on ressent un violent tremblement de terre. — Annales des Dominicains, édit. cit., J0' — L'empereur Adolphe permet aux Dominicains de Colmar d'étendre leur monastère au-delà des vieux murs et du fossé de la viUe. La même année les religieux reconnaissent par des

— ISl —

réversales, remises par eux au Sénat, qu'ils ont reçu la permission d'étendre leur monastère au-delà des anciens murs et du fossé et même sur le ruisseau qui entre en ville. — Schoepflin, Als, illust., tom. F, pag. 191.

— Les Dominicains de Colmar donnent à la ville vingt -^ marcs d'argent pour aider à reconstruire la cour du magistrat,

qui parait avoir existé là où sera construite, en 1480, la Douane (Kaufhaus). — Ibidem, pag, 193. ^

— Un canal artificiel introduit à l'ouest de Colmar les eaux de la Fecht. Le canal se détache de la rivière près de Tûrckheim. — Un autre canal de la Fecht se dirigeait autrefois de Wintzenheim sur le prieuré de Saint-Pierre. On en remarque encore des traces dans le ban de Wintzenheim. On les appelle le Dieffenbach. — Ibidem, pag. 185 et notes 3-4.

Hunkler, pag. 22, 23 et 199, donne des informations conformes à celles qui précèdent.

Quand on cherche à les contrôler, on ne tarde pas à reconnaître que toutes, excepté ce qui concerne le premier hôtel du magistrat et le Dieffenbach, procèdent des réversales données par les Dominicains à la ville de Colmar, et auxquelles Schœpflin fait allusion. L'original existe aux archives de la ville. Il est daté du samedi après l'ascension. — C'est en reconnaissance de la permission qui leur est accordée, à l'intervention d'Adolphe de Nassau, par le Schultheiss Berckeim et les consules, d'étendre leurs constructions jusqu'au mur d'enceinte et au-delà du fossé ainsi que par dessus le ruisseau qui entre en ville, que les Dominicains, en signe de sincère amitié, constatent vouloir payer et avoir délivré à la ville les cinquante marcs d'argent destinés à la constrcuction de la cour du magistrat (gemein-Rathaus).

— Les seigneurs de Girsperg s'étant réconciliés avec la ville de Colmar, y font leur entrée solennelle dans l'octave de la

Saiut-Martin. - (11 au 18 Novembre). — Annales des DominicainSy édit. ci7., pag. 167,

Ainsi tout était rentré dans Tordre, à Colmaf, vers la fin de 1295. Walther Rœsselmanu étant prisonnier et déjà mort peutôtre, le parti de Témancipation est écarté du maniement des affaires et rentre dans la servitude. Le seigneur de Berckeim est investi de la plus haute fonction ; les nobles, exilés par le Schultheiss précédent, rentrent en ville, sont affranchis de tout impôt, à la condition de servir l'empereur, reprennent leur prépondérance au Sénat, appuyés de Siffrid der Rebmannjles nobles de Girsperg, exilés par Rodolphe de Habsbourg, battus par les Colmariens et d'autres du voisinage, sont réconciliés avec la ville par la noblesse dominante, reconstruisent leur château détruit, et apportent leur appoint à l'œuvre de restauration dans Colmar; enfin Iq? Dominicains, profitant d'un ^ moment aussi favorable, obtiennent l'abrogation des reversâtes restrictives de 1278 et participent, par une donation volontaire, faite en signe de bonne amitié, à la construction du nouvel hôtel destiné à abriter h nouvelle autorité. Cependant il semble qu'un germe de discorde persiste dans la population et surtout dans la personne du doyen de Saint-Martin qui est toujours prisonnier du Schultheiss, le seigneur de Berckeim. On trouvera, peut-être, la confirmation de cette prévision dans les événements qui vont clore la deuxièifie partie de cette chronique, à la fin du xiii® siècle.

— Il meurt à Colmar, dans cette seule année, sept cent soixante-dix-sept enfants. — Annales des Dominicains, édiL cit., pag. 167.

Le seigneur de Nortgasse, écolâtre, et R. de Schweinheint, chanoine de la collégiale de Saint-Martin de Colmar, sont chargés d'assurer la notification, la publication et l'exécution

d'une sentence portée par Pofficial de Bâle contre la commune -^ et Johanne^ maire d'Ungersheim, déclaré coupable d'avoir tué Lmzelin , curé de la commune , qui réclamait le bénéfice d'une prébende attachée à l'autel de Sainte-Marie et dont le maire refusait la délivrance. — TrouiUat, op. cit.j tom. II, pag. 621-625.

L'écolâlre et un chanoine de Saint-Martin ayant été chargés de l'exécution de cette sentence, on peut en conclure que le chapitre demeura privé de chef jusqu'au moment où le doyen emprisonné par le Schultheiss est rendu à la liberté.

La grande mortalité que la peste occasionne, engage les chanoines de Colmar à ordonner une procession pour la veille de la Purification (l^r Février), avec exhibition des reliques. Vers la troisième heure, les religieux et le clergé se réunissent à Téglise de Saint-Martin; les écoles et le chapitre, en surplis, et au nombre de cent vingt, marchent en tête; les frères Mineurs, au nombre de quarante, viennent après eux. Les frères Prêcheurs, au nombre de trente, suivent les Mineurs; puis viennent dix vénérables frères hospitaUers de Saint-Jean; dix moines de Saint-Benoît suivent les frères Prêcheurs et le reste se place à son gré. — Annales des Dominicains^ édit. cit,, pag, 169-170.

— Au commencement du Carême, le III des nones de Mars (27 Février^ le chevalier Jean, vaillant et riche, fils de Sigfrid de Gundolsheim, ancien Schultheiss de Colmar, est tué.— /Wdm, page 171.

— On commence le dortoir des frères Prêcheurs de Colmar. ^ — Ibideni.

— Le seigneur de Berckeim, Schultheiss de Colmar, expulse violemment quelques citoyens de la vitle. Il enlève de même

au prévôt de la cathédrale de Constance, qui est le frère du comte de Fribourg , soixante marcs des revenus qu'il possède à Colmar. Le comte (de Fribourg), in^ligné de cette action ^ prend plusieurs hommes de l'empire et se venge sur leurs jfi biens et leurs personnes. Mais le comte de Ferrette , landvogt de la province, châtie l'injure qui lui est faite, et, avec le secours des habitants de Cohnar et d'autres lieux, il envahit les terres du comte de Fribourg, et ravage tout ce qu'il peut atteindre dans le Glotterthal et autres lieux. — Ibidem, page 173-175.

— En l'an 1297, le comte de Fribourg s'empare de plus de quarante colons de l'empire, tous gens riches et considérés. Il en fait mourir quelques-uns de faim. A cette nouvelle, le land-

JC^ vogt d'Alsace, le comte de Ferrette , ordonne aux villes impériales de lui amener leurs contingents à Brisach à l'effet de venger les citoyens de l'empire en dévastant les terres du comte de Fribourg. Vers la Saint-Martin l'armée du landvogt prend plusieurs places fortes, détruit des mines d'argent et en chasse les ouvriers. Elle se présente devant la ville de Fribourg, mais ne lui fait aucun mal, les villes ayant promis de rester en paix avec les Fribourgeois. — Chronique des Dominicains, édit. cit , pag. 339.

— Le seigneur évoque de Strasbourg (Conrad de Lichtenberg) déclare la guerre aux habitants de Cohnar, à cause de leur Schultheiss, le seigneur de Berckeim. — Ibidem, pag. 171.

— La place de Schultheiss de Colmar est occupé par un Berckeim qui attire sur la ville l'inimitié de l'évêque de Strasbourg. — Schœpflin, Als. illust., tom. V^ pag. 200^ et Billing, i« semestre, pag. 82.

Deux ans ne sont pas écoulés que des mouvements contraires à la domination d'Adolphe de Nassau et des nobles à

Colmar ont motivé d'énergiques mesures de compression. Conrad de Lichtenbferg, évoque de Strasbourg, n'a pas abandonné la cause du duc Albert, fils de Rodolphe de Habsbourg. Il va la défendre les armes à la main, et le moment est proche où Walther Rœsselmann serait revenu au pouvoir à Colmar, s'il n'était pas mort dans sa prison.

— n y a, en cette année déjà, quarante moines au couvent ^^ des Franciscains de Colmar. Ils ouvrent une école latine et écrivent une chronique qui commence à l'année 1227 pour finir en 1454. — Hunkler, op. cit., pag. 190-191.

— Les ossements du chevalier (Zedeler, tué en 1293, par les Lobegasse, à Rouffach) sont transférés de Rouffach chez les frères Prêcheurs de Cohnar. — Annales des Dominicains, édit. cit., pag. 171.

— On mange des raisins mûrs dans le couvent à la Saint- Dominique (4 Août). — Ibidem.

— On trouve à Colmar de bons vins nouveaux à la Nativité de la Vierge (8 Septembre). Ibidem. Vers la Nativité de la Vierge, le roi Adolphe de Nassau nomme le seigneur Thiébaut, comte de Ferrette, landvogt d'Alsace, Ibidem, en remplace- ^^ ment d'Othon d'Ochsenstein, neveu de Rodolpe de Habsbourg et cousin germain du duc Albert dont la cause gagne

du terrain contre Adolphe de Nassau. On se rappelle que ce même Othon d'Ochenstein est le landvogt qui avait imposé à la ville de Colmar et à Walther Rœsselmann, en 1292, le serment de fidélité dont on voulut se dégager en appelant dans la ville Anselme de Rappolstein.

A Colmar on donne un tonneau de vin pour avoir des tonneaux vides. Une mesure de vin vaut un denier-rappen. Il y a abondance de bon vin pour les pauvres. — Ibidem.

Vers la Purification de la Vierge (2 Février), cinq pauvres

marchands strasbourgeois sont arrêtés par les habitants de Haguenau qui refusent de les rendre. L'évèque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg, écrit aux Colmariens (au magistrat) que les Strasbourgeois sont résolus d'attaquer Haguenau pour délivrer les prisonniers et avoir raison de cet acte de violence ; que lui, évêque, ne peut les abandonner dans cette conjoncture, mais qu'en les secondant il n'a pas l'intention d'attaquer l'autorité impériale. Les Colmariens (le seigneur de Berckeim, Schultheiss, et le Sénat) répondent : nous avons toujours été, nous sommes encore et voulons être de vos amis, ne désirant vous nuire en rien. Mais si notre seigneur (Adolphe de Nassau) veut vous attaquer et nous appelle à son aide, nous lui donnerons secours avec empressement, sans nous inquiéter de \otre colère. — Chronique des Dominicains^ édit. cit., pag. 339-341,

— lies magistrats de Strasbourg, de concert avec l'évoque Conrad, se mettent en campagne le 8 de Février 1298, et dès le lendemain toute l'armée «se trouve devant Haguenau. — Grmdidier, OEuv, hist, inéd,, tom. IV, pag. 60.

AS — A celte nouvelle, le landvogt, comte de Ferrette , convoque les villes impériales et se jette, avec plusieurs milliers d'hommes, sur les villages et dans les vallées de la domination de l'évèque de Strasbourg, qui sont dévastés. — Chronique des Dominicains^ édit. cit., pag. 341.

— Aux ides de Février (13 Février) les Colmariens sortent de leur ville en armes, pour ravager les domaines de l'évèque

J^ de Strasbourg. Le comte de Ferrettc, landvogt impérial, se joint à eux avec plusieurs milliers de paysans ; ils dévastent, par le feu, un faubourg de Rouffach, la vallée de Soultzraatt, Suntheim (village voisin de Rouffach qui n'existe plus) et d'autres villages, détruisent les cimetières de Gueberschwir, Obermorschwir et Vœgtlinshoffen, puis répandent le vin contenu dans les tonneaux. Le Burggraf livre son château le jour de la

fêtedeSt.-Valentin (14 Février), et après ces premiers exploits, l'armée marche sur Ste-Croixf dévaste la forêt et assiège ce bourg avec des forces nombreuses. On construit une tour de bois à trois étages et on la traîne vers le fossé. Les assiégés, voyant que toute résistance est inutile, se ' rendent sous certaines conditions. — Annales et Chronique des Dominicains, édit. cit., pag. 175* et 341.

— La Dame de Falkenstein, gardienne du monastère de » Ste-Croix, ayant été prévenue, se réfugie à Colmar avec ses richesses. Elle confie aux frères Prêcheurs, comme à ses fidèles amis, quelques reliques et la chasuble de soie rouge, à inscriptions en vers hexamètres, avec laquelle le bienheureux Léon (le pape Léon IX, Brunon d'Eguisheim) avait consacré le cimetière et l'église de Ste-Croix. — Annales, pag. 177.

Les mêmes Annales rapportent encore que les couvents de ^ Ste-Croix, de St.-Marc et de Schwartzenthann (près Marbach ) Jout^rr^^ sont également détruits par celte sauvage expédition du comte de Ferrette, landvogt d'Adolphe de Nassau, et du schulthesis de Colmar, le seigneur de Berckeim. Eguisheim brûle ses faubourgs pour défendre la ville qui ne fut pas attaquée.

Cependant la ville de Rouffach, possession de l'évêque, était restée intacte, moins un faubourg, incendié au début de l'expédition par le landvogt et ses paysans.

— Les frères Prêcheurs de Colmar conduisent à Colmar et -^ inhument dans leur monastère le corps de Hiltenbrand de Pappenheim, tué vers les calendes de Mai au camp du duc Albert où il était allé visiter son frère pendant la trêve. — Chronique des Dominicains, édit, cit., pag. 349.

— Le IV des calendes de Juin (29 Mai), le roi Adolphe se prépare au siège de Rouffach. — Annales des Dominicains, éiit. cit., pag. 179.

— Pendant que le roi Adolphe tient Rouffach assiégé, on

voit sortir, en un seul jour, de la ville de Colmar, huit cents chars et chariots à deux chevauR. — Ibidem,

— A la fête de St. -Barnabe (11 Juin), le roi Adolphe lève le siège de Rouffach et se porte devant Eguisheim. -—Ibidem,

— Après la fête àe St.-Vit et de St.-Modeste, c'est-à-dire le XVI des calendes de Juillet (17 Juin), le roi Adolphe abandonne le siège du bourg d'Eguisheim. — Ibidem.

— Tandis qu'Adolphe s'amuse en Haute-Alsace à former le siège de Rouffach et d'Eguisheim, son compétiteur, le duc Albert, fils de Rodolphe de Habsbourg, quitte l'Autriche et s'avance jusqu'à Fribourg en Brisgau. — Laguille, op, cit., pag. 256.

— Sur les avis parvenus à Adolphe de Nassau de l'arrivée en Brisgau du duc Albert allant à Franckfort pour être couronné à sa place, les électeurs ayant prononcé sa déchéance, le siège d'Eguisheim est levé et Adolphe passe le Rhin à Brisach, marchant à la rencontre de son rival. Le 2 Juillet, selon Laguille, pag. 257, le 22 selon Grandidier, tom. JF, pag. 63, la rencontre a lieu à Gœlnheim, où Adolphe, blessé d'abord par Albert, est ensuite percé de coups et meurt sur le champ de bataille laissant au fils de Rodolphe d'Habsbourg la victoire et l'empire.

Outre ce qu'en rapportent les Annales confusément, puis Laguille et Grandidier, les faits de cette année sont l'objet de mentions inintelligibles dans Hunkler, pag. ///, et Dillemann, pag. 376. Dans la Notice du Musée pittoresque et historique, nous ne trouvons rien concernant cette partie de l'histoire de Colmar. La lacune continue jusqu'à Louis de Bavière, au siècle suivant.

Notons enfin qu'Othon d'Ochsenstein , le précédent landvogt, avait abandonné le parti d'Adolphe pour embrasser celui de son cousin, le duc Albert, et qu'il succomba étouffé sous

son armure à la bataille de Gœlnheim. Lorsqu'il avait accepté la mission de contraindre Colmar et son schultheiss, Walther Rœsselmann, à prêter serment à Adolphe de Nassau, il était alors avec le parti le plus fort ; lorsqu'il quitta ce parti pour celui de son cousin germain et qu'il fut remplacé dans la charge de landvogt par le comte de Ferrette, l'étoile d'Adolphe avait pâli ; celle d'Albert commençait à briller. Pour n'avoir pas su, comme Ottion d'Ochsenstein, attendre le moment favorable de secouer le joug, Walther Roessehnann meurt en prison et Colmar met ses forces au service des nobles pour prendre part, sous leur conduite, aux exploits du Glotterthal, de Soultzmatt, Rouffach, Ste-Croix, Eguisheim et Gœhiheim. Voyons la suite.

-— Les seigneurs de Berckeim et de Hageneck amènent à l'armée d'Adolphe un convoi de seize chariots de vivres ; ils sont pris par l'ennemi et faits prisonniers. — Ibidem.

— Lors de Télection de l'anti-César, Albert I, en 1298, l'évêque de Strasbourg suscite une nouvelle guerre aux Colmariens; mais les bourgeois repoussent la force par la force et défendent énergiquement la cause d'Adolphe contre le prélat, le comte de Fribourg et ses autres adversaires. — Schœpflin, Ah, nimt.^ iom. Y, pag. i/0, et Hunkler^ op, cit. y pag. 75.

Ce que Schœpflin appelle une nouvelle guerre suscitée à Colmar par révoque Conrad de Lichtenberg, n'était que la continuation de la guerre déclarée à l'arrestation des marchands de Strasbourg par la ville de Haguenau, et suivie d'une exécution immédiate par les ravages dont il vient d'être parlé.

— Conrad de Lichtenberg, voulant faire sentir au comte de Ferrette, qu'il a eu tort de violer à son égard toutes les lois de la modération et de la justice, lève des troupes et marche en Haute-Alsace ; il emporte d'emblée Guémar qu'il brûle,

se rend aisément maître de Ste-Croix et y reçoit im grand renfort des yilies impériales. — LaguUle, op. cit j pag. 257,

— L'évêque prend Ste-Croix. Le ch&leau de Guémar est incendié. — Annales des Dominicains, édit. cU,, pag. 179.

— Le Xni des calendes de Novembre (20 Octobre), le château de. . . . est pris et le doyen est délivré de sa prison. — Ibidem, pag. 181.

n s'agit incontestablement du doyen du chapitre de St.-Mar« tin de Cohnar que le seigneur de Berckeim, schultheiss de Colmar, a fait violemment prisonnier, le U Septembre 1294. Sa captivité a ainsi duré plus de quatre années. Elle commence avec la domination de ce schultheiss, elle finit avec sa chute. Nous n'avons pu découvrir quel est le château qui lui servit de prison et dont TannaUste laisse le nom en blanc.

Ajoutons, pour clore cette triste page de notre histoire locale, que :

^ - La veille des nones de Décembre (4 Décembre), l'évéque Conrad et les villes du roi entrent, avec leurs troupes, dans les domaines du comte de Ferrette, lequel obtient la paix à la condition de donner sa fille, Hertzlande, en mariage à Othon d'Ochsenstein, fils d'Othon, étouffé sous son armure à Gœlnheim. — Annales des Dominicains^ édit. ctt., pag. 181 ; Laguilk, op. ctï., pag. 258 et Grandidier, Œuv. hist. inéd., tom. IV, pag. 65.

Ainsi, dans la même année et à peu de mois de distance, le contingent militaire de Colmar sert, entre les mains d'un nouveau maître, à combattre le landvogt, Thiébaut de Ferrette, qui l'avait conduit à de si déplorables exploits autour de Colmar; et la conclusion finit par un mariage dont Hertzlande devient le trait d'union entre les comtes de Ferrette et la famille de Habsbourg.

De plus le comte Jean de Lichtenbei^, neveu de l'évéque

Conrad, succède, comme landvogt d'Alsace, à Thiébaut de Fer* rette qui tenait sa charge de la gr&ce d'Adolphe de Nassau.

La dignité de schultheiss de Colmar est occupée par Frédéric de Hunenburch. — Hugo , mm. sacr. aut., tom, II, pag. 307. — Notes inédites de Grandidier.

— Dans l'octave de l'Epiphanie (6 au 13 Janvier), viennent à Colmar la femme du landvogt d'Alsace, Adélaïde de Werdenberg, avec plusieurs dames et accompagnée de son mari, Jean de Lichtenberg, neveu de l'évêque Conrad et landvogt de la province, pour le roi des Romains, Albert I, fils de Rodolphe de Habsbourg et descendant des ducs de Zehringen. Jean de Lichtenberg portait, sur sa tête, un chapeau orné d'argent, d'or et de pierres précieuses qui valait plusieurs marcs d'argent. Il avait encore, autour du corps, une ceinture pareillement enrichie d'argent, d'or et de pierres rares, qui, d'après l'estimation générale, valait quarante marcs. — AntMles des Dominicains de Colmar, édit. cit., pag. 181.

— Le IV des ides d'Avril (10 Avril), la célébration du culte divin est interdite à Gohnar, parce que la ville refuse d'obéir aux juges de Bâle. — Ibidem, pag. 183.

L'histoh'e ne nous apprend pas quelle est la circonstance litigieuse à la suite de laquelle la ville de Cohnar est mise en interdit. —Pour se tirer d'embarras, Hunkler, pag. 76, résout d'un seul coup la double difficulté qui se présente à son esprit : d'une part l'interdit aurait été la suite d'une sentence de l'officialité de Bâle à propos du meurtre d'un clerc bâlois qui disputait à un clerc colmarien une prébende de la collégiale de St.-Martin ; d'autre part le meurtre du clerc bâlois serait le fait de quelques hommes turbulents deColmar et non du clerc colmarien, sur lequel une action aussi condamnable pèserait si l'on ne

faisait intervenir des laïcs imaginaires pour le décharger du crime. Le procédé est facile, mais il n'est pas digne d'un écrivain loyal et ami de la vérité. — Pour expliquer l'interdiction de 1299, Hunkler s'empare d'un fait qui se passera en 1302 et qui vaudra à Colmar une nouvelle interdiction dont Hunkler ne fait aucune mention, l'ayant confondu avec celui de 1299 afin d'expliquer l'un par l'autre ; puis, non content de ce petit tour littéraire, il y ajoute l'intervention de laïcs pour commettre le meurtre qui fut très-probablement perpétré par celui qui y avait un intérêt direct, le clerc de la collégiale de St.-Martinde Colmar voulant la prébende que le clerc bàlois lui disputait. — La calomnie de Hunkler étant écartée, nous allons essayer d'expliquer le sens historique de la mention de l'annaliste : € La ville de Colmar refusant d'obéir aux juges ftdtots.»

Et d'abord, il est probable, sinon certain, qu'il ne s'agit aucunement de la ville proprement dite , mais du chapitre de St -Martin. Les deux interdictions de 1299 et de 1302 eurent vraisemblablement la même origine, la prébende que le chapitre voulait voir conférer à un Colmarien et qu'il refusait à un étranger. De là conflit entre l'offlcialité de Bâle et le chapitre; de là une première interdiction en 1299. Le chapitre avait obtenu, en 1281, comme nous l'avons indiqué, les mêmes privilèges que les habitants. H devait donc se considérer comme n'étant pas justiciable de l'offlcialité de Bâle, au temporel. Sa résistance à une juridiction étrangère fut suivie de l'interdiction que l'annaliste mentionne. La ville entière fut atteinte par l'arme spirituelle et peut-être l'avait-elle mérité avec le chapitre dont le magistrat a pu défendre une prérogative qui était commune à la ville et au chapitre. La même chose aura lieu en 1302, lorsque le clerc bâlois succombera sous les coups du clerc colmarien ou de ses instruments.

— A la fête de St.-Jean-Baptiste (24 Juin), les Colmariens

s'unissent aux villes de Tempire pour attaquer le seigneur de Horbourg.^ — Annales des Dominicains^ édil. cit., pag. 183.

Les éditeurs des Annales ont pensé qu'il faut lire cpowr (Utaqaer le comte de Fribourg. )> Le paragraphe qui suit, ajoutent-ils, confirme notre conjecture; il montre les Colmariens et les villes impériales unis pour Texécution de Texpédition qu'ils avaient projetée.

Cette remarque est inadmissible : elle jette une fausse lumière sur l'annotation de l'annaliste. Nous en expliquons le sens historique en môme temps que celui du paragraphe suivant auquel la note des éditeurs fait allusion.

— Après la fête des SS. Processe et Martinien (2 Juillet) les Colmariens et les autres villes de l'empire prennent les armes pour dévaster les domaines des Fribourgeois. — Guerre entre le comte de Fribourg et les habitants de cette ville. — Ibidem,

Après avoir réduit Thiébaut de Perrette à demander la paix -^ et à se démettre de la charge de landvogt au profit de Jean de Lichtenberg, il restait à l'évoque Conrad à dicter ses conditions aux seigneurs du voisinage de Colmar qui avaient pris part aux violences exercées dans la vallée de Soultzmatt, à Rouffach, Ste-Groix et autres lieux. C'est à cela que se rapporte incontestablement la première mention de l'annaliste. La tâche ne fut pas longue : commencée l& 24 Juin, elle fut accomplie le'2 Juillet. Conrad Werner de Hatstatt dut céder en fief à l'évêque son château de Hatstatt, avec toutes ses dépendances. Annales^ pag. 183 et Grandidier, tom.. /F, pag. 66. L'histoire ne nous apprend pas quelles furent les conditions faites à Walther-Sigmund de Horbourg ni à Conrad ou Cunon son frère. Mais ces conditions durent être faciles, car Conrad de Horbourg était gendre d'Eginon, comte de Fribourg, lequel était beau-frère de l'évêque Conrad qui allait, le 2 Juillet, avec

les Clolmariens, non pas attaquer le comte de Fribonrg comme le dit la note des éditeurs^ mais lui porter secours contre les Fribourgeois ou la ville refusant de se soumettre à son obéissance. Le 29 Juillet les Colmariens et ceux des autres villes assistèrent à un combat sanglant et leur défaite suivit de près le coup porté à Conrad par un jeune boucher qui, l'ayant reconnu à sa longue robe de soie, fendit les rangs pour l'atteindre mortellement par un coup de lance porté au défaut de la cuirasse. Le !««• Août l'évêque avait cessé de vivre.— Foy. Laguille, op. til., pag. 258 et Grandidier, (Euv. hisU inéd.^ tom. IVy pag. 68.

Frédéric de Lichtenberg lui succède. Il s'agit du frère de Conrad, le même qui commandait à Colmar sous Walther Rœsselmann et qui eut la bonne fortune d'échapper à Adolphe de Nassau, tandis que Walther et Ansehnede Rappolstem devinrent ses prisonniers.

Un acte public, reçu à Cobnar, concernant ladlmed'Ingersheim, perçue au préjudice de l'église de Bâle par Wemer, fils de Walther Kurzon, constate que le pléban (curé) de Colmar et archiprêtre du décanat uUra coUes Ottonis^ s'appelait Henri ; le notaire de la ville, Conrad, et que Walther Rotelin, Burchard Bonus homo, Immo de Lapide, Walther de Landoese, Albert ad Fossam, Luitfrid de Jebsheim et Egelolf de Brisach étaient membres du Sénat. — Trouillat, op. cit.^ tom. II, pag. 693-694.

Trouillat fixe approximativement la date de cet acte au 7 Janvier.

— Le VII des calendes d'Avril (26 Mars), le seigneur Alberl, roi, vient à Colmar et y est reçu solennellement parle clergé, les religieux et toute la population. — Annales des Dominicam de Colmar, édit. cit., pag. 185. Schœpflin, Als. Ulust.. tom. Y,

pag. m, Trouillat, tm. IIL pag. 13 et Hunkler, pag. 76 et i55y disent la même chose.

— Albert était encore à Coimar le 18 Mai, car il y donne une charte par laquelle il prend le chapitre de St.-Hartin sous sa protection spéciale et lui confirme les privilèges dont jouissent les bourgeois de la ville. — TrouilkU , op. ctï., tom, II, pag. 696-697.

On se rappelle que le chapitre était en jouissance de ce privilège depuis le 7 Novembre 1281, et qu'il lui avait été accordé par Rodolphe de Habsbourg. Son fils Albert le lui confirme dès qu'il arrive au trône. L'empressement d'Albert à confirmer la concession de son père semble prouver que le chapitre de St.-Martin était resté fidèle, pendant le règne d'Adolphe.de Nassau, à la cause de Habsbourg et que l'emprisonnement de son doyen, par le seigneur de Berckeim, schultheiss à Coimar, fut, comme nous l'avons dit précédemment, la conséquence de cette attitude du chapitre, même après la reddition de la ville et la mort de son précédent schultheiss, Walther Rœssehnann.

— Adélaïde, fille de Simon de Grand-Géroldseck et femme -^ d'Ulric V de Rappolstein, meurt au mois de Décembre. Elle

est enterrée dans l'église des Franciscains de Cohnar. — BUling, manuscrits inédits de M. Ignace Chauffour. On a vu que son mari, Ulric V, l'y a précédée en 1283.

— Deux chartes, semblables à celle de 1286, sont promulguées pour assurer l'achèvement de l'église St.-Martin de Coimar. — Schœpfiin^ Als. illust.y tom. F, pag. 188. Hunkler, pag. 168^ en porte le nombre à douze; l'auteur de la notice du Uusée pittoresque, pag. 118, mentionne également le fait, mais sans s'expliquer sur le nombre.

On pensera peut-être qu'étant arrivé à la fin du XIII« siècle, nous devrions, avant d'aller plus loin, résumer dans un aperçu d'ensemble les faits établis pour la période de 1214 à 1300. Mais il faut se rappeler que nous ne faisons que de la chronologie, c'est-à-dire une besogne ingrate et plus laborieuse que brillante. Nous devons donc la continuer honnêtement, sauf, bien entendu, le droit que nous nous réservons de tirer parti de ce labeur, lorsque la tâche commencée sera remplie.

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