BUREAU BK LA BIBLIOTHÈQUE CHOISIE
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Aujourd'hui que la littérature française, libre du cercle étroit où les pédants l'avaient emprisonnée si long-temps, a pris son vol vers sa source , pour y retremper son langage ; aujourd'hui que les arts et l'histoire de concert avec elle jettent un regard d'admiration et d'étude sur nos anciens monuments , insultés par le dédain de quatre siècles ; aujourd'hui enfin que l'épithète de gothique , ajoutée à un édifice ou à un livre , n'est plus une expression de mépris, c'est rendre service
au public que de mettre à sa portée quelques-unes de nos vieilles richesses littéraires dont la rareté, le prix commercial et les vénérables caractères sont des obstacles insurmontables pour quiconque n'a pas grande provision de patience et d'argent. Déjà MM. Brial, Pétitot, Buchon et avant eux Roucher en ont fait revivre les parties les plus importantes , et quoique leurs travaux , faits d'ailleurs avec la conscience qu'on leur connait , ne rappellent ceux de Du Cange que pour faire éclater la supériorité de cet érudit, ils méritent néanmoins tous nos remerciements. Mais dans leurs volumineuses collections , ils n'ont pas reproduit toutes les chroniques particulières des grands capitaines français du moyen âge , dont le monde connu alors vit briller l'épée et admira les vertus. Et cependant ces chroniques , la plupart écrites par des contemporains et des témoins oculaires , présentent l'agréable joint à l'utile, l'intérêt d'un roman de che-
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Valérie allié à la sévérité de l'histoire, et les mœurs , les croyances et les idées du temps dans toute leur intégrité. En nous faisant voyager dans la vie du preux qu'elles racontent, elles nous jettent en même temps quelques traits de la vie de l'écrivain lui-même, que celui-ci nous donne sans prétention aucune, sans vouloir le moins du monde parler de lui, et , pour ainsi dire, à son insu. En un mot, ce sont des chefs-d'ceuvre deprudhommie sérieuse , de grâce et de naïveté. Ce sont des chefs-d'œuvre par cela même que l'auteur, en les faisant , n'a pas pensé à faire de chef-d'œuvre.
Mais pour ne parler que de nos vieilles chroniques en prose , c'est dans leur lecture seulement qu'on peut étudier avec fruit la marche de la langue qui se laisse apercevoir bien plus difficilement dans les chroniques en vers. En effet, dans ces dernières, l'auteur, asservi à un système de versification presque complet, tantôt ,
pour les ployer à la mesure, dénature les mots, tantôt, pour ajuster une rime, emploie un archaïsme ou emprunte une expression à un patois provincial. Dans les chroniques en prose, au contraire, le naïf écrivain exprime à son aise sa pensée telle qu'elle lui vient avec la langue que l'usage lui a faite, sans se soucier d'éviter ces pléonasmes et ces redondances dont l'effet chez eux est si pittoresque , mais qui cependant les ont fait appeler Barbares par les partisans de l'euphuisme académique.
Toutes les qualités qui font lire avec un plaisir toujours nouvefiu, «ces titres i> sacramentels de notre littérature», se retrouvent dans la chronique en prose de Bertrand du Guesclin , dont les prouesses charmaient nos bons aïeux. Nous avons donc cru devoir la réimprimer; mais, avant de parler de notre léger travail d'éditeur, nous allons justifier l'épithète de bibliographique que nous avons donnée à
BIBLIOGUAPIUQUE. i>
cette notice, en dressant une liste exacte et aussi complète qu'il est possible de le faire, de tous les ouvrages en vers et en prose, manuscrits et imprimés composés sur la vie du bon connétable.