CHAPITRE PREMIER
SOMMAIRE
Iiicerlilnde sur les premiers rois francs. — Ce qu'en raconte Sulpke Alexandre. — Division de la Gaule à répo(îuo de l'invasion des 1 rancs. — Expédition de Clodion. — Ciiildéric chassé de ses étals, — Son rappel. — Il épouse Basini'. JVaissance de Clovis. — Expéditions de Childéric contre Orléans et Angers. — Euric, Evarix , rois des Golhs. — Clovis succède à Childéric. — Défaite de Syagrius. — Le vase de Soissons. — Clovis épouse Clolilde. —Baptême el mort de leur premier eni'anl. — Reproches de Clovis à Clotilde. — Bataille de Tolbiac. — Clovis embrasse la religion chrétienne. — Saint Rémi , évéque de Reims. — Baptême de Clovis. — Guerre de Bourgogne. — Stratagème d'Arédius. — Gondebaud défait son frère Godégisile. — Entrevue de Clovis el ri'Alaric auprès d'Amboise. — Les Gaulois désirent la domhialion des Francs. — -Guerre contre les Golhs. — L'armée de Clovis traverse la Touraine — défense du roi de toucher aux propriétés des habitants de ce pays. — Passage de la Vieime. — Bataille de Vauclade. — Concpn'Me de l'Auvergne et de Bordeaux. — L'Eïnpereiu- Anasiase nomme Clovis consul. — Clovis se défait snccossivement de plusieurs rois francs , et s'empare de leurs royaumes. — Mort de Clovis.
On ignore généralement quel fut le premier roi des Francs , car Sulpice Alexandre *, en par-
" Cet historien n'est connu que par ce passage de Grégoire de Tours.
lant souvent de ce peuple dans son histoire , .ne nomme nulle part son premier roi. Il se contente de dire que les Francs avaient des chefs ou ducs^ et voici ce qu'il en rapporte : 'f »^
« A l'époque où Maxime se trouvait à Aquilée , et où le désespoir d'avoir perdu l'empire lui avait en quelque sorte ôté la raison , les Francs, sous la conduite de Genobald , Marcomer et Sunnon , firent une irruption dans la Germanie *, et passant la frontière, ils massacrèrent un grand nombre d'habitants , ravagèrent la contrée qui est très-fertile , et firent trembler la ville même de Cologne. Dès qu'on eut appris cette nouvelle k Trêves , Nanninus et Quintinus, généraux romains , à qui Maxime avait confié l'enfance de son fils et la défense des Gaules , rassemblèrent une armée, et se rendirent à Cologne. Mais les ennemis, chargés de butin, s'étaient retirés au-delà du Rhin, en laissant, toutefois , sur le territoire romain un assez grand nombre des leurs prêts à renouveler le pillage. L'armée romaine les défit sans peine et en fit un grand carnage , dans un combat qu'elle leur li- Tra auprès deCarbonaria (dans la forêt des Ardennes).
» Après cette victoire , les généraux délibérèrent entre eux pour savoir s'il fallait entrer dans le pays des Francs. Nanninus , persuadé que les
* Par Germanie , on entend ici la province romaine de ce nom, siluée sur la rive gauche du Rhin.
Francs ne seraient pas pris au dépourvu, et qu'ils auraient l'avantage dans leur propre pays, refusa de prendre part à cette expédition. Cet avis déplut à Quintinus et aux autres chefs. Nanninus se retira àMayence, et après son départ, Quintinus passa le Rhin avec son armée , dans le voisinage de Nuitz; il campa, non loin du fleuve, et ne trouva que des habitations vides et de grands bourgs abandonnés. Les Francs , feignant d'être frappés de crainte , s'étaient retirés dans des forêts plus éloignées, après avoir eu la précaution de fermer par des abattis d'arbres l'entrée de ces forêts. Toutes les maisons furent brûlées, et les soldats, qui regardaient cet acte d'une lâche sottise, comme la consommation de leur victoire, passèrent sous les armes une nuit qui n'était pas exempte d'inquiétude.
» Dès le point du jour, Quintinus voulut pénétrer dans la forêt. Les Romains, pendant une partie de la journée , errèrent au hasard au milieu de détours inextricables. Enfin , ne trouvant partout qu'une enceinte fermée par cette espèce d'énormes palissades, ils arrivèrent dans un terrain marécageux contigu à la forêt. Pendant cette marche pénible, ils ne rencontrèrent qu'un petit nombre d'ennemis qui , placés sur des amas de troncs d'arbres ou de branchages coupés , lançaient des flèches comme on le fait du haut d'une tour avec des machines de guerre. Ces flèches étaient trempées dans des herbes vénéneuses, et
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ce poison était si violent , qu'nne blessure qui n'aurait fait qu'elïleurerla peau, même dans des parties du corps où les coups ne sont pas mortels, était toujours suivie de la mort.
» L'armée, se trouvant alors entourée d'un bien plus grand nombre d'ennemis, se répandit avec empressement dans les plaines que les Francs avaient laissées libres. Les cavaliers arrivés les premiers furent engloutis dans les fondrières , et écrasés par les hommes et les chevaux qui tombaient pêle-mêle dans ces gouffres. Les fantassins , eux-mêmes , que les chevaux n'avaient pas foulés aux pieds , ou écrasés de leurs poids, s'enfonçant dans la vase , avaient bien de la peine à se dégager, et le petit nombre qui y parvenait, s'empressait en tremblant de regagner la forêt pour s'y cacher.
» Le désordre devint général ; la légion fut taillée en pièces; Héraclius, tribun des Joviniens^ et presque tous les officiers périrent; quelquestms seulement parvinrent à s'échapper à la faveur de la nuit et de l'épaisseur des forêts. » Voilà ce que raconte Sulpice Alexandre au troisième livre de son histoire.
Dans le quatrième , après avoir parlé du meurtre de ^ ictor , fils du tyran Maxime , il dit ; « A cette époque, Carietton et Syrus, qui avaient remplacé ^anninus, étaient campés en Germanie avec une armée destinée à combattre les Francs. » Un peu plus loin il ajoute que, les Francs ayant
commis des déprédations en Germanie, Arbogaste, sans vouloir attendre plus longtemps, engagea l'empereur h punir sur-le-champ les Francs comme ils le méritaient, s'ils ne s'empressaient de rendre tout ce qu'ils avaient enlevé l'année précédente , après le massacre des légions , et s'ils ne livraient les auteurs de cette guerre pour recevoir le châtiment du h la perfidie avec laquelle ils avaient violé la paix. Cela se passait, à ce qu'il rapporte, quand les Francs avaient des chefs. Il dit ensuite , que peu de jours après , Arbogaste eut une courte entrevue avec Marcomer et Sunnon, princes * des Francs, qu'il en obtint des otages , selon la coutume , et qu'il se retira à Trêves pour passer l'hiver. Mais en leur donnant ce nom àc princes, on ne sait s'ils étaient rois, ou s'ils en tenaient la place.
Le même écrivain, après avoir parlé de la situation critique où se trouvait l'empereur Valentinien, ajoute : « Tandis que ces divers événements se passent en Orient dans la Thrace, le repos public est troublé dans la Gaule. Le prince Valentinien était enfermé dans son palais auprès de \ienne, et réduit à une condition inférieure à celle d'un simple particulier. Le pouvoir mili-^ taire était livré aux soldats francs , et les magistrats civils avaient aussi pris parti pour Arbogaste; et de tous ceux qui lui étaient attachés
* Regales. M. Guisot traduit ce mot par officiers royaux.
par le serment militaire , le prince n'en pouvait trouver aucun qui osât obéir à ses ordres, ou même à une simple demande de sa part.
Il rapporte ensuite que la même année , Arbogaslc , qui était animé contre Marcomer et Sunnon , petits rois des Francs, d'une haine nationale, se rendit h Trêves au pkisfort de l'hiver. Il était persuadé qu'on pouvait, sans danger, pénétrer dans le pays des Francs et brider leurs retraites, parce que, dans cette saison, les forêts dépouillées de leurs feuilles, ne pouvaient plus cacher les embuscades des ennemis. Ayant donc réuni son armée , il passa le Pihin , et ravagea le pays des Bructères, voisins du fleuve, et le bourg d'Aëtia, habité par les Chamaves. Il ne rencontra personne; seulement un petit nombre d'Ampsuares et de Cattes , conduits par Marcomer , se montrèrent sur le haut des collines. Notre auteur, abandonnant encore ces noms de chefs et de princes , donne à entendre clairement que les Francs avaient un roi, mais il ne le nomme pas. « Ensuite le tyran Eugène , dit-il , après avoir tout préparé pour une expédition, gagne les bords du Rhin, pour renouveler, selon l'usage, les anciens traités avec les rois des Allemands et des Francs, et étaler aux yeux des barbares une nombreuse armée. »
Quelques autres écrivains parlent encore des Francs, mais sans nommer leurs rois. Beaucoup d'historiens croient ces peuples originaires de la
Pannonie ; d'abord ils habitèrent les bords du Rhin , ensuite ils passèrent ce fleuve , et s'établirent en Thnringe. Là, chaque bourg ou ville se choisissait un roi 5 longue chevelure , pris dans la première, ou si je puis m'exprimer ainsi, dans la plus noble de leurs familles. Nous montrerons plus tard comment les victoires de Clovis assurèrent ce titre à sa famille.
On lit dans les Fastes consulaires , que Theodemer, roi des Francs, fils de Richimer, autrefois roi , et Ascille sa mère , périrent par le glaive. On y voit encore qu'il y avait alors auprès de Dispargum , à l'extrémité de la Thuringe , un roi des Francs , nommé Chlogion ou Clodion , remarquable par sa bonté et sa noblesse dans sa nation.
Les Romains occupaient le pays situé au midi de la Thuringe jusqu'à la Loire. La contrée audelà de la Loire était sous la domination des Goths , et les Bourguignons , qui étaient ariens, étaient fixés au-delà du Rhône , fleuve qui passe à Lyon.
Clodion, précédé d'un certain nombre d'éclaireurs dont il suivait la marche, s'avança sur Camaracum (Cambrai) , écrasa les Romains et s'empara de la ville *. Après s'y être arrêté quelques jours, il se rendit maître du pays jusqu'à la Somme. Quelques personnes prétendent que
* Vers l'an 445.
c'est de Clodion que descend Mérovée , qui fut père de Childéric. Tous ces rois francs et leurs peuples étaient alors ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie.
(^Jîildéric, en Tan 456, était roi des Francs. Sa conduite et ses mœurs dissolues soulevèrent contre lui la nation qui le chassa du trône. Craignant même pour sa vie, il se retira en Thuringc, après avoir laissé dans son royaume un ami dévoué qui devait tâcher par ses discours de calmer l'irritation des esprits. Ils convinrent ensemble d'un signe au moyen duquel Childéric apprendrait quand il pourrait revenir dans sa patrie. Ils partagèrent une pièce d'or en deux. Le roi en emporta avec lui une moitié, et laissa Faulre à cet ami fidèle, qui promit de la lui envoyer aussitôt que son retour n'offrirait plus de danger.
Childéric se retira en Thuringe, auprès du roi Basinus et de sa femme Basine. Après son départ, les Francs élurent unanimement pour leur roi Eii;idius , chef de la milice romaine dans les Gaules.
Depuis huit ans Égidius régnait sur les Francs; mais enfin apaisés par l'éloquence persuasive du confident de Childéric, ils désiraient et demandaient même son retour. Ce serviteur fidèle s'empressa alors de lui envoyer la moitié de la pièce d'or restée entre ses mains. Childéric ins-
Iruit de cette manière des heureuses dispositions des esprits à son égard , quitta la Thuringe , «t fut replacé aussitôt sur son trône.
JSur ces entrefaites? la reine Basine, dont nous avons parlé , abandonna son mari , et se rendit auprès de Childéric. Celui-ci lui demanda avec empressementquel motif l'avait décidée h quitter un royaume avissi important que le sien pour venir le trouver : «Je suis venue, répondit-elle, parce que je vous ai connu pour un homme rempli de qualités et d'une bravoure à toute épreuve. Sachez que si j'avais connu, même au-delà des mers, un homme plus accompli et plus brave que vous , je serais allée le trouver et lui offrir ma main. » Le roi transporté de joie l'épousa, et en eut un fils qu'il nomma Clovis , et qui fut dans la suite un grand prince et un vaillant guerrier.
Childéric lit la guerre aux Orléanais. En même temps Odoacre vint dans l'Anjou avec une armée de Saxons. A cette époque une grande peste exerça ses ravages sur le peuple. Egidius mourut, et laissa pour successeur son fils Syagrius. Après la mort d'Egidius , Odoacre reçut des otages de l'Anjou et d'autres pays. Les Bretons furent chassés de Bourges par les Goths qui en firent un grand carnage auprès du bourg de DoL Le comte Paul, à la tête des Romains et des Francs, attaqua les Goths et leur enleva du butin.
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Odoacre se rendit à Angers ; mais le lendemain le roi Childéric arriva, et ayant tué le comte Paul , il s'empara de la ville. Ce jour-là , l'église fut consumée par un violent incendie. Les Saxons prirent la fuite , et les Romains en tuèrent un grand nombre en les poursuivant. Les Francs s'emparèrent de leurs îles et les ravagèrent. Au mois de novembre de cette année-là, il y eut un tremblement de terre. Enfin Odoacre fit un traité avec Childéric , et réunissant leurs forces , ils soumirent les Allemands qui avaient envahi une partie de l'Italie.
Euric roi des Goths , avait confié le gouvernement des sept villes * à \ ictorius : arrivé à Clermont, il voulut augmenter et embellir cette ville. C'est lui qui fit creuser l'église souterraine qu'on voit encore au-dessous de la basilique de saint Julien , et qui fit élever les colonnes qui sont placées dans cet édifice. Il fit aussi construire l'église de saint Laurent et de saint Germain , dans le bourg de Saint-Germain-de-Lambron. Il resta neuf ans dans son gouvernement; mais sa conduite licencieuse lui attira la haine des habitants de l'Auvergne; craignant alors pour sa vie , il se retira à Rome ; mais ayant voulu s'y livrer aux mêmes désordres , il fut
* La preraière Narbonnaise , qui comprenait les villes de Narbonne , Toulouse , Beziers , Agde ,îMmes , Maguelonne et Lodève.
lapidé. Euric régna encore quatre ans après la mort de \ictorius. Il mourut dans la vingtseptième année de son règne (485). Il y eut alors un grand tremblement de terre.
Vers ce temps, Evarix, roi des Goths, franchit les frontières de l'Espagne , et vint exercer ime cruelle persécution sur les chrétiens des Gaules. Il faisait périr indistinctement ceux qui n'étaient pas partisans de ses erreurs ; il jetait les clercs dans les prisons , exilait ou égorgeait les prêtres. Il avait fait même fermer l'entrée des temples sacrés avec des épines, afin que la difficulté d'y pénétrer , fît tomber la foi en oubli. La Novempopulanie, et les deux Aquitaines furent surtout exposées h. cette calamité. Mais bientôt ce persécuteur périt , frappé par la vengeance divine.
Peu de temps après cette persécution , saint Perpet, évêque de Tours, après trente ans d'épiscopat , s'endormit dans le Seigneur. On choisit pour le remplacer un sénateur nommé Volusianus. Après sept ans d'épiscopat, il devint suspect aux Goths, qui l'emmenèrent captif en Espagne, où il mourut bientôt. Son successeur, nommé Virus , est le septième évêque de Tours depuis saint Martin.
Pendant les événements que nous venons de raconter, Childéric était mort (48 1) et son fils Clovis occupait le trône à sa place. La quinzième année de son règne, Syagrius , fils d'Egi-
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(lias, roi [ou gouverneur) des Romains, r»*sidait à Soissons, dont son père Egidius s'était autrefois emparé. Clovis , accompagné de Regnachalre, * son parent, qui possédait aussi un royaume, marcha contre Syagrius et lui présenta le combat. Celui-ci 1 accepte à l'instant, et ne craint pas de se mesurer avec lui. La bataille s'engage (486), mais bientôt Syagrius voyant son armée taillée en pièces , prend la fuite , et se retire en toute hàtc auprès du roi Alaric, h Toulouse.
Clovis envoya aussitôt demander k Alaric qu'il lui livrât le fugitif, sinon qu'il allait lui déclarer la suerrc. Alaric, cflravé de ces menaces, caries Gollîs sont sujets à la crainte, remit Syagrius enchaîné entre les mains des députés de Clovis. Quand son prisonnier fut arrivé auprès de lui, Clovis en confia la garde à un esclave, et après s'être emparé de son royaume , il donna l'ordre de le faire périr secrètement.
Pendant celte guerre, un grand nombre d'églises furent pillées par l'armée de Clovis , parce que ce prince était toujours plongé dans les ténèbres de l'erreur. Un jour, ses soldats enlevèrent d'une église , avec les autres ornements servant au culte , une urne d'une grandeur et d'une beauté magnifique. L'évêque envoya des députés au roi poiu' lui demander au moins
* Roi des Francs de Cambrai.
DE GREGOIRE DE TOURS. l3
cette urne , s'il ne voulait pas lui rendre les autres vases sacrés de son église. Le roi répondit aux envoyés: « Suivez-moi jusqu'à Soissons , parce que c'est là que doit se l'aire le partage de tout le butin. Si le sort me donne ce vase, je satisferai à la demande du Père. » *
Quand on fut arrivé à Soissons, et que tout le butin eut été réuni sur la place, le roi prit la parole : « Braves guerriers, je vous prie de vouloir bien m'accorder ce vase, dit-il en montrant l'urne, outre la part qui me revient dans le butin. » Chacun s'empressa de lui répondre qu'il était maître de tout ; qu'eux-mêmes lui appartenaient, et qu'il pouvait bien faire tout ce qui lui plairait, sans craindre l'opposition de personne. Mais un guerrier, à la tête légère, moins calme, ou moins courtisan que les autres , lève sa francisque , en frappe l'urne, en disant d'une voix forte et retentissante : « Tu n'auras rien ici que ce que le sort t'aura légitimement donné. » Tout le monde fut saisi d'étonnement d'une telle audace. Le roi se contint, et ne parut point ému de cette insulte; mais il en garda le ressentiment au fond de son cœur. Il prit l'urne et la rendit à l'envoyé de l'évêque.
Un an après , il ordonna à toute son armée de se réunir au Champ-de-Mars, pour examiner si les armes étaient propres et en bon état. Quand
* Grégoire de Tours fait employer à Clovis le mot de papa.
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il fut environné de toute la troupe , il s'approcha du soldat qui avait frappé l'urne, et lui dit. (( Pas un guerrier n'a apporté ici des armes aussi mal propres que les tiennes. Ni ta lance , ni ton épée , ni ta hache ne sont en bon état. » A ces mots il prit la hache du soldat et la jeta à terre. Au moment où celui-ci se baissait un peu pour la ramasser, le roi, levant sa francisque, la lui abattit sur la tête^, en disant : « c'est ainsi que tu as frappé l'urne à Soissons. » Le soldat tomba sans vie, et l'armée, sur l'ordre du roi, se retira en silence. Cet exemple remplit de crainte ces guerriers indisciplinés, et il sut en profiter dans la suite pour les conduire à de nombreux combats et à de grandes victoires.
La dixième année de son règne, il attaqua et soumit la Thuringe.
Gondeuch, roi des Bourguignons, avait eu quatre fils : Gondebaud, Godégisile, Chilpéric et Godomar. Gondebaud fit périr son frère Chilpéric par le glaive, et fit jeter dans l'eau sa femme avec une pierre attachée au cou. Il condamna ses deux filles h l'exil; l'aînée se nommait Mucuruna et la plus jeune Clotilde. Elles vivaient toutes deux dans la retraite , et avaient changé les vêtements de la cour pour des habits de deuil.
Des ambassadeurs que Clovis avait envoyés en Bourgogne eurent occasion de voir la jeune
DE GRÉGOIRE DE TOURS. l5
Clotîlde; ils admirèrent sa grâce et sa sa2;esse; et apprenant qu'elle était de race royale, ils firent part de leur découverte à Clovis. Aussitôt celui-ci envoya demander a Gondebaud sa nièce en mariage. Le roi des Bourguignons n'osa refuser; il remit la jeune fille aux envoyés de Clovis, qui s'empressèrent de la conduire à leur maître. A la vue de Glotilde, Clovis fut ravi de joie^ et bientôt il lapritpour épouse. Il avait déjà, d une concubine, un fils nommé Théodoric (plus connu sous le nom de Thierry ).
La reine Clotilde eut pour premier-né un fils qu'elle désirait faire baptiser. A cette occasion , elle ne cessait de faire à son mari les plus vives instances pour l'engager à renoncer au culte des idoles , et h embrasser celui du vrai Dieu ; mais Clovis n'était point touché des discours de sa femme, et il se contentait de lui répondre que ses dieux étaient plus puissants et plus nobles que celui des chrétiens.
Cependant la reine disposa tout pour le baptême de son fils; elle fit orner l'église de tentures et de guirlandes, espérant que l'éclat de cette fête religieuse toucherait plus facilement le cœur de son mari que n'avaient pu le faire tous ses discours.
L'enfant fut baptisé et nommé Ingomer ; mais il mourut tandis qu'il portait encore les vêtements blancs qu'il avait reçus pour cette céréîaonie. Le roi, vivement ému de cet événement,
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adressait d'amers reproches à la reine. « Si notre enfant, disait-il, eût été consacré h mes dieux, il aurait certainement vécu ; mais c'est parce que vous l'avez baptisé au nom de votre Dieu que nous l'avons perdu. « Pour moi, répondit la reine, je rends grâce h mon Dieu, le souverain créateur de toutes choses, qui ne m'a pas jugée indigne de compter parmi ses élus, appelés à partager son royaume, un enfant à qui j'ai donné le jour. Aussi la douleur que me cause sa perte est bien adoucie et bien effacée , par cette pensée consolante que tous ceux qui meurent dans la grâce du baptême , et encore revêtus de la robe d'innocence, jouissent de la vue de Dieu, et de la vie éternelle. »
Elle mit au monde un second fds qui fut également baptisé, et reçut le nom de Clodomer. Quelque temps après il tomba malade, et Clovis dit à la reine : ce II est impossible qu'il n'en arrive pas autant à celui-ci qu'à son frère, et qu'il ne meure bientôt , puisqu'il a été baptisé au nom de votre Christ, n La reine ne répondit rien ; elle adressa de ferventes prières h Dieu qui lui accorda la guérison de son fils.
Cependant la reine redoublait ses instances auprès de son mari pour le déterminer h reconnaître le vrai Dieu et h abandonner les idoles. Tous ses efforts furent inutiles , et ne purent l'ébranler; mais l'événement dont nous allons par-
Jer, le força enfin de reconnaître la puissance suprême qu'il avait niée jusqu'alors.
Dans une "uerre où il était en2:a2:é contre les