‹ Chronique de Grégoire de ToursChapitre 4 sur 25 · O DO · texte numérisé non relu

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Allemands, il leur livra une grande bataille. *Les deux armées combattaient avec le plus grand acharnement; le carnage était affreux; les Francs ne reculaient pas, mais ils étaient taillés en pièces , et ils étaient sur le point de succomber. Clovis h cette vue lève les yeux au ciel, et, le cœur déchiré de douleur , les yeux pleins de larmes , il s'écrie : « O Jésus-Christ , toi que Clolilde appelle le fils du Dieu vivant , toi qui , dit-on, portes secours aux affligés, toi qui accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi , j'implore avec ferveur ton appui glorieux. Si tu daignes m'accorder la victoire sur ces ennemis , et si j'éprouve les bienfaits de cette puissance que ton peuple t'attribue, je croirai en toi , et je me ferai baptiser en ton nom. J'ai invoqué mes dieux , mais je vois bien que je n'ai point de secours cl attendre d'eux. Je les crois donc impuis-^ sants puisqu'ils ne viennent point en aide a ceux qui les invoquent. C'est toi maintenant que j'implore , c'est en toi que je veux croire , pourvu seulement que tu m'arraches du danger où je me trouve. »

Pendant qu'il fait cette prière , les Allemands commencent h tourner le dos et à prendre la

' En 49G, à Tolbiac, aujourd'hui Zulpich, près de Cologne.

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fuite. Bientôt leur roi est tué ; alors ils ne songent plus à résister, ils jettent leurs armes, se rendent àClovis, etle conjurent de les épargner, comme étant désormais , non ses ennemis , mais ses sujets. Le roi fit aussitôt cesser le combat, et il revint triomphant à la tête de son armée raconter U Clotilde comment, pour avoir invoqué le Christ , il avait obtenu la victoire.

La reine transportée de joie fit venir secrètement saintPiemi, évèque de Pteims, pour le prier de parler au roi et de l'instruire. C'était un prélat rempli de science et d'éloquence , et orné de tant de vertus qu'il égalait saint Silvestre en sainteté. Il existe encore un livre de sa vie où l'on raconte qu'il a ressuscité un mort. Dès qu'il fut arrivé, il s'entretint en particulier avec le roi. Il lui parla du vrai Dieu et de sa puissance infinie, et l'engagea h croire en lui et h renoncer aux idoles qui ne peuvent rien ni pour elles-mêmes ni pour leurs adorateurs. Clovis répondit ; • « J'écoute avec plaisir vos paroles, ô mon père; mais une seule chose m'inquiète , je crains que mon peuple ne veuille pas abandonner ses dieux; mais je vais lui parler , et lui répéter ce que vous m'avez dit vous-même. »

Aussitôt il rassembla les Francs ; mais au moment où il allait leur adresser la parole , par un effet de la puissance divine qui l'avait prévenu, tout le peuple s'écria d'une voix unanime : a Nous ne voulons plus de nos dieux mortels, et

' c^/i-i^^pz^^ a:!^cy û^i^T^'ici ^

nous sommes prêts à écouter la voix du Dieu immortel qu'annonce Pvemi. )>

A cette nouvelle, le saint prélat, rempli d'une vive allégresse, fît préparer les fonts baptismaux. L'intérieur de l'église est orné de tentures d'un travail admirable, et de voiles éclatants de blancheur. On répand dans l'eau des fonts l'huile sainte et le baume, et le temple, éclairé par la lumière des cierges odoriférants , est rempli du parfum céleste qui s'exhale du baptistère. Tous les assistants, pénétrés de la grâce de Dieu, étaient comme ravis au ciel , et croyaient respirer l'encens qui fume devant le trône de l'Eternel.

Le roi demanda le premier h recevoir le baptême de la main du Pontife. Il s'avance, nouveau Constantin , vers le bain sacré pour se laver de la lèpre ancienne qui le couvrait, et faire disparaître dans cette eau salutaire toutes les taches dont il était souillé. Au moment où il entra dans le baptistère , le saint lui adressa ces paroles d'une voix grave et solennelle : « Abaisse humblement la tête, fier Sicambre; adore ce que tu as brûlé , brûle ce que tu as adoré. » Le roi ayant confessé qu'il reconnaissait un seul Dieu tout-puissant en trois personnes, fut baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit , et reçut l'onction du saint chrême avec le signe de la croix.

Après lui , plus de trois mille hommes de son armée reçurent aussi le baptême. Sa sœur Albo

flède, qui fut baptisée le même jour, mourut peu de temps après. Cette perte causa au roi une affliction profonde; saint Rémi lui écrivit pour le consoler une lettre qui commence par ces mots : (c Mon cœur est accablé de douleur, et cette douleur a la même source que la vôtre, la mort de votre bonne sœur Alboflède. Mais ce qui doit être pour nous un grand motif de consolation , c'est qu'elle est sortie de ce monde de manière h exciter plutôt notre admiration que nos regrets , et que nous devons plutôt l'invoquer que la pleurer. «

Une autre sœur de Clovîs, nommée Lantilde, qui était tombée dans l'hérésie d'Arius, revint h. la foi catholique , et reçut l'onction sainte.

Gondebaud et Godégisile, fdsduroiCondeuch, régnaient alors dans les contrées qu'arrosent le Rhône et la Saône, (la Bourgogne, le Dauphiné) et dans la province Marseillaise, (la Provence). Ces rois ainsi que leurs peuples étaient Ariens. Une guerre s'étant élevée entre les deux frères , Godégisile qui connaissait la bravoure et les exploits de Clovis , lui envoya secrètement une députation pour lui demander du secours contre son frère , lui promettant que s'il l'aidait à le détrôner, il lui payerait chaque année le tribut que Clovis fixerait lui-même. Le roi accepta cette proposition , et promit de le secourir quand il réclamerait son appui.

Au temps convenu, Clovis s'avança avec son armée contre Gondebaud. A cette nouvelle, celuici, qui ignorait la ruse de son frère, lui manda de venir à son secours, « car, disait-il dans son message , les Francs marchent contre nous , pour s'emparer de notre pays; cessons nos dissensions et unissons-nous pour repousser l'ennemi commun qui nous menace ; autrement nous succomberons comme les autres nations que les Francs ont vaincues. » Godégisile répondit qu'il irait le secourir avec son armée.

Les trois armées de Clovis , de Gondebaud et de Godégisile se rencontrèrent auprès d'un château-fort nommé Dijon. La bataille s'engagea sur la rivière d'Ouche, et Godégisile ayant joint Clovis , les deux armées réunies écrasèrent sans peine celle de Gondebaud. Celui-ci voyant la trahison de son frère, qu'il n'avait pas soupçonnée , prit la fuite , gagna les bords du Rhône et parvint à Avignon.

Après cette victoire , Godégisile promit à Clovis une portion de son royaume; ils se séparèrent paisiblement , et Godégisile fit une entrée triomphante h Vienne, comme s'il eut déjà été maître de la totalité du royaume dr^ Bourgogne.

Clovis, après avoir encore renforcé son armée, poursuivit Gondebaud , résolu de l'arracher de sa retraite et de le faire mourir. Gondebaud instruit de ces dispositions, tremblait pour sa vie. II avait à sa cour un homme célèbre , remarquable

par son adresse et sa prudence. Son nom était Arédius. Le roi le fit venir, et lui dit : « Je suis entoure d'embûches, et je ne sais quel parti prendre ; les barbares s'avancent sur nous à grands pas pour me faire périr et ravager tout le royaume. » Arédius répondit : « Il faut adoucir la cruauté de cet homme , pour vous sauver la vie. Si vous le permettez , je feindrai de vous abandonner, et j'irai le trouver comme transfuge. Arrivé auprès de lui, j'agirai de manière à ce qu'il ne fasse de mal ni à vous ni au pays. Ayez soin seulement d'accorder tout ce qu'il vous demandera d'après mes conseils, jusqu'à ce qu'il plaise au Seigneur de rendre votre situation plus prospère. » Gondebaud promit de suivre son avis, et lui souhaitant un heureux voyage, il le congédia.

Arrivé auprès de Clovis, Arédius lui dit : «Je me prosterne à vos pieds , ô roilrès-ciément, et je viens me soumettre à vous ; abandonnant ce misérable Gondebaud. Si votre clémence daigne m'accueillir, vous trouverez en moi , vous et vos enfants, un serviteur fidèle et dévoué. » Le roi le reçut avec empressement, et le retint auprès de lui. Cet homme était enjoué dans la conversation , habile dans les conseils, judicieux et fidèle à exécuter les commissions qu'on lui confiait.

Enfin, quand Clovis avec toute son armée assiégeait la ville où était renfermé Gondebaud, Arédius lui dit : « Puissant roi , si votre grandeur daigne écouter les paroles de son humble servi-

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leur, quoique vous n'ayez pas besoin de conseil, je vous en donnerai un que je crois réellement' salutaire , et convenable pour vous et pour le pays que vous devez traverser. Pourquoi retenir dans l'inaction votre armée , tandis que votre ennemi occupe une forteresse imprenable ? Vous ravagez les campagnes , vous détruisez les prairies , vous arrachez les vignes , vous coupez les oliviers , enfin vous anéantissez toutes les productions du pays; et cependant vous ne causez aucun mal réel à Gondebaud. Envoyez-lui plutôt une députation, imposez-lui un tribut qu'il devra vous payer tous les ans ; de cette manière le pays sera délivré , et vous aurez acquis un droit perpétuel de souveraineté sur votre tributaire. S'il refuse , vous serez libre alors de faire ce qu'il vous plaira. » Le roi goûta cet avis , et laissa le faux transfuge retourner chez lui. Gondebaud paya sur-le-champ le tribut qu'exigea Clovis, et s'engagea aie payer de même à l'avenir. Quelque temps après, Gondebaud ayant rétabli ses forces, dédaignant de payer le tribut qu'il avait promis à Clovis , marcha avec son armée contre son frère Godégisile, et vint l'assiéger dans Vienne. Mais quand le menu peuple commença à manquer de vivres , Godégisile craignant d'être atteint lui-même par la famine, fit sortir de la ville toute cette classe d'habitants. Parmi ceux qui furent ainsi expulsés, se trouvait un ouvrier qui était chargé de veiller à

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l'entretien des aqueducs. Furieux d'être chassé de la ville , il va trouver Gondebaud et lui indique le moyen de pénétrer dans l'intérienr de la cité, et de se venger de son frère. Lui-même il conduit une troupe de soldats par l'aqueduc, se faisant précéder de plusieurs hommes armés de leviers et de barres de fer , pour ouvrir le soupirail de l'aqueduc , qui était fermé par une pierre énorme. Arrivés à ce soupirail , ils enlevèrent facilement la pierre avec leurs leviers, en suivant les conseils que leur donnait l'ouvrier. La troupe pénètre alors dans la ville, et attaque par derrière les soldats qui se battaient sur le haut des murailles. A un signal que donne la trompette du milieu de la ville , les assiégeants s'emparent des portes , les ouvrent et entrent sans difficulté. Tandis que le peuple de la ville se trouvait ainsi attaqué et taillé en pièces de tous côtés, Godégisile s'enfuit dans l'église des hérétiques où il fut tué avec l'évêque arien. Enfin les Francs, qui se trouvaient auprès de Godégisile, se réunirent tous dans une tour. Gondebaud défendit de leur faire le moindre mal; mais les ayant l'ait prisonniers, il les envoya en exil à Toulouse auprès du roi Alaric. Ensuite il fit mettre h mort les sénateurs Bourguignons qui avaient suivi le parti de Godégisile, et il réunit sous sa domination tout le pays qui s'appelle aujourd'hui la Bourgogne. 11 donna aux Bourguignons des lois plus douces, et leur défendit de maltraiter les Romains.

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Alaric, roi des Gotlis, voyant Clovis soumettre tant de nations , lui envoya des députés chargés de lui porter ce message : « Si mon frère le trouve bon , je désirerais, avec la grâce de Dieu, avoir une entrevue avec lui. » Clovis y consentit, et vint à la rencontre d'Alaric. L'entrevue eut lieu dans une île de la Loire, non loin du bourg d'Amboise, dans le territoire de Tours. Ils s'entretinrent assez longtemps, et, après avoir bu et mangé ensemble, ils se séparèrent en se promettant une amitié réciproque.

Déjà un grand nombre de Gaulois désiraient ardemment des Francs sujets des Francs. Pour ce motif, Quintianus, évêque de Pihodez, fut chassé de sa ville épiscopale , car on l'accusait de souhaiter la domination des Francs Dans une violente contestation qui s'éleva entre les habitants de la ville de Rhodez et leur évéque, les Goths, qui demeuraient dans la ville, entendant qu'on reprochait au prélat de vouloir se soumettre aux Francs, résolurent de le faire périr.L'évêque, ayant appris leur dessein, s'échappa de Rhodez pendant la nuit, et, suivi de ses dévoués serviteurs, il se retira à Clermont où il fut accueilli avec bonté par saint Euphrase , évêque de cette ville.

Vers ce temps , Clovis dit à ses fidèles ( à ses Icudes ) : « Je souffre avec impatience de voir les Ariens occuper une partie des Gaules. Marchons

contre eux, et avec l'aide de Diea nous soumettrons leur pays. )) Tous approuvèrent cette pensée, et l'armée se mit en route pour le Poitou, où Alaric faisait alors sa résidence. Mais, comme une partie de l'armée des Francs était obligée de traverser le territoire de Tours , le roi , par i^spect pour le bienheureux Saint-Martin , défendit par un édit de rien prendre dans ce pays que de l'herbe et de l'eau. Un soldat de l'armée s'empara par violence du foin d'un pauvre cultivateur, en disant qu'il ne contrevenait pas à l'édit du roi , puisque ce foin n'était autre chose que de l'herbe. Ce fait étant parvenu à la connaissance du roi, il fit sur-le-champ punir de mort le soldat , en disant : a Comment pouvons-nous espérer la Victoire, si nous offensons Saint- Martin? » Cette exécution suffit pour empêcher le reste de l'armée d'enlever quoique ce fût de ce pays.

Le roi envoya quelques-uns de ses serviteurs à la basilique de Saint-Martin , avec des présents, pour en obtenir quelques présages sur le succès de son expédition, a Seigneur, disait-il, si vous me protégez , et si vous avez résolu de livrer en mes mains cette nation incrédule, et qui fut toujours votre ennemie , daignez me faire connaître dans l'église de Saint-Martin que vous êtes favorable h votre serviteur. «Les envoyés se hâtèrent d'accomplir les ordres du roi , et au moment où ils entraient dans le saint temple, ils ênten-

dirent le primicier qui entonnait cette antienne: (Seigneur, vous m'avez ceint de courage pour le combat; vous avez renversé sous mes pieds ceux qui s'élevaient contre moi, vous avez mis en fuite mes ennemis, et vous avez dispersé ceux qui me haïssaient. » * Les envoyés du roi entendant ces paroles remercièrent Dieu , adressèrent des vœux au bienheureux confesseur, et vinrent pleins de joie raconter au roi ce qu'ils avaient entendu.

Lorsqu'il arriva avec son armée sur les bords de la Vienne, il ne savait comment passer cette rivière, que des pluies considérables avaient fait déborder. Pendant la nuit, il pria Dieu de lui indiquer un gué pour faire passer ses troupes. Le matin , une biche d'une taille extraordinaire traversa le fleuve en présence de l'armée , et lui fît ainsi connaître où elle trouverait un passage.

Clovis rencontra Alaric, le roi des Goths, dans la plaine de Vouglé, à dix milles de Poitiers **, Après quelques instants de résistance , les Goths tournèrent le dos, selon leur coutume, et Dieu accorda la victoire à Clovis. Parmi les alliés de ce dernier, se trouvait un fds de Sigebert-Claude, nommé Clodéric. Ce Sigebert avait été blessé au genou, en combattant les Allemands à la bataille de Tolbiac , et il boitait depuis cette époque , ce

'.Psaume 17, v. 39. 40.

*' En 507, à Vivonne, selon l'abbé Lebeuf.

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qui lui avait fait donner le surnom de boiteux ( Claudus ) .

Après avoir mis en fuite les Goths , Clovis venait de tuer leur roi Alaric , lorsque deux ennemis s'élancèrent tout li coup contre lui , de chaque côte, lui portèrent un coup de lance dans les flancs. Mais sa cuirasse et la rapidité de son cheval lui sauvèrent la vie.

Dans ce combat, périrent un grand nombre d'habitants de l'Auvergne qui étaient venus sous la conduite d'Apollinaire , ainsi que les principaux sénateurs de cette nation.

Après la bataille, Amalaric, fds d' Alaric , se sauva en Espagne , où il occupa avec habileté le trône de son père.

Clovis envoya son fds unique en Auvergne , en le faisant passer par Albi et par Rhodez. Ce prince soumit h son père toutes les villes qui se trouvaient entre les frontières- du royaume des Goths et la Bourgogne. Alaric avait régné vingtdeux ans.

Clovis passa l'hiver a Bordeaux, et après avoir enlevé de Toulouse tous les trésors d' Alaric , il se rendit à Angouléme. Le Seigneur le favorisait tellement , que les remparts des villes semblaient tomber à son aspect. Les Goths furent donc chassés d'Angouléme, et le roi s'empara de cette ville. Après celte victoire, il revint à Tours, et offrit de grands présents h l'église de Saint- Martin.

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Il reçut dans cette ville des lettres de l'empereur Anastase qui lui conférait le titre de consul. Il se revêtit dans la basilique de Saint-Martin de la tunique de pourpre .et de la chlamyde, et plaça le diadème sur sa tète. Ensuite, étant monté à cheval, il parcourut tout le chemin qui se trouve entre la porte du vestibule de la basilique et l'église de la ville , en distribuant largement à la Ibule assemblée, et de sa propre main, une grande quantité de pièces d'or et d'argent; ^ès lors il reçut le nom de consul ou d'Auguste. En quittant Tours il se rendit à Paris , dont il fit là capitale de son royaume. Théodoric vint le trouver dans cette ville.

Pendant que Clovîs résidait a Paris , il envoya secrètement auprès du fils de Sîgebert un affidé 'qui lui dit : « Votre père commença j| vieillir^ il -boite d'une jambe; par ^^ ^,,^,.^ ^.^„, ^^^^^ ^^ sure de son royaume et de notre amitié. « Séduit par le désir de régner, ce fils résolut de tuerie roi son père. Sigebertsortit un jour de Cologne, 'et passade Rhin pour aller se promener dans la forêt de Buconie. Tandis que , vers le milieu du jour , il dormait dans sa tente , des assassins envoyés par son fils l'égorgèrent. Celui-ci se croyait déjà maître du royaume de son père ; mais Dieu permit qu'il tombât dans le piège qu'il avait tendu h l'auteur de ses jours.

Clodéric envoie aussitôt des ambassadeurs au-

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près de Glovis pour lui annoncer la mort de sOn père , et les charge de lui dire : (( Mon père est mort, son royaume et ses trésors sont h ma disposition. Envoyez quelques-uns de vos gens aujSrès de moi , je leur remettrai volontiers ce qui pourra vous plaire dans ces trésors. )) Clovis lui répondit : « Je vous remercie de votre bonne volonté , et vous prie de montrer à ceux que je vous envoie toutes les richesses que vous possédez. » Quand les envoyés du roi furent arrivés, il étala h leurs yeux tous les trésors de son père. Pendant qu'ils les examinaient, il leur dit : «Mon père avait l'habitude d'entasser dans ce petit colTre différentes pièces d'or. » «Portez la main jusqu'au fond, lui dirent les envoyés de Clovis, pour les trouver toutes.» Au moment où Clodéric s'incline dans le coffre pour chercher ces pièces, un d'eux lève sa hache , et lui fend la tête. Il reçut ainsi, comme il le méritait, la mort qu'il avait fait souffrir a son père.

Clovis , instruit que Sigebert et son fds étaient tués, se rendit h Cologne, y assembla le peuple, et dit : « Ecoutez ce qui est arrivé. Je naviguais sur l'Escaut, lorsque Clodéric, fils de mon parent , poursuivait son père , et disait que je voulais le tuer. Pendant que le père fuyait dans la forêt de Buconie, son fils envoya contre lui des voleurs qui le tuèrent. Ce fds ensuite , en ouvrant los coffres qui renfermaient les trésors de son père, a été tué par je ne sais qui. Pour moi.

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je n'ai participé en rien à tout ce qui s'est passé. Je suis incapable de faire répandre le sang de mes parents, ce qui serait un crime. Mais, après de tels événements , je vous demande, si vous le trouvez bon , de vous unir h moi , afin que vous soyez sous ma protection. «Le peuple applaudit par des cris et des battements de mains; on l'éleva sur le pavois, et il fut proclamé roi. C'est ainsi que le royaume et les trésors de Sigebert tombèrent en son pouvoir.

Il tourna ensuite ses armes contre le roi Chararic. Dans le temps que Clovis faisait la guerre à Siagrius, ce même Ghararic que Clovis avait appelé h son secours, se tint éloigné du champ de bataille , sans prendre parti pour aucun des combattants, mais attendant l'événement pour se joindre au vainqueur. Clovis , que cette conduite avait indigné, résolut de s'en venger. Il se saisit par trahison de sa personne et de celle de son fils , les chargea de chaînes et leur coupa la chevelure. Puis il commanda que le père fut ordonné prêtre, et le fils diacre. Chararic, indigné de son état d'humiliation , se répandait en plaintes et en gémissements ; son fils lui dit : « Ce ne sont que des feuilles coupées sur du bois vert; elles peuvent promplement renaître et repousser. Puisse noire ennemi périr dans aussi peu de temps qu'il en faut pour que notre chevelure soit redevenue ce qu'elle était ! » Ces paroles par-

vinrent aux oreilles de Clovis ; alors il leur fit i'ouper la tète à tous deux , et s'empara de leur <Hat , de leurs trésors et de leurs peuples.

Ragnachaire, roi de Cambrai, avait des mœurs si déréglées , que ses parents et ses proches n'étaient point h l'abri de ses passions effrénées. Il avait pour favori et pour confident un nommé Farron , souillé des mêmes vices que son maître ; quand ou apportait au roi un mets, ou un présent quelconque : « Cela suffira, disait-il, pour moi et pour mon Farron. » Cette conduite avait soulevé au plus haut degré la colère et l'indignation des Francs. Clovis, qui était instruit de leurs dispositions, fit présent aux leudes de bracelets et de baudriers d'or en apparence, mais qui n'étaient que de cuivre doré , afin de les déterminer à trahir Ragnachaire; puis il marcha avec son armée contre le roi de Cambrai. Celuici envoya des éclaireurs pour savoir ce qu'était celte nombreuse troupe qui s'avançait vers la ville; ils revinrent bientôt lui annoncer que c'était un renfort considérable qui arrivait pour lui et pour son Farron.

Bientôt Clovis commence l'attaque ; mais voyant son armée n'opposer aucune résistance, Ragnachaire veut prendre la fuite. Alors ses propres soldats l'arrêtent, ainsi que son frère Richaire , leur lient les mains derrière le dos , et en cet état les livrent l'un et l'autre à Clovis.

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En les voyant, Clovîs dit a Ragnachaire : , <( Pourquoi as- tu déshonoré notre famille en le laissant ainsi garrotter? IHaudrait mieux que tu fusses mort. «Alors il lève sa hache, et lui fend îa tête. Puis se tournant vers Richaire : « Si tu avais secouru ton frère, il n'aurait pas eu l'humiliation d'avoir été conduit les mains liées. » En disant ces mots , il lève sa hache , et le tue de même.

Après la mort de ces deux princes, ceux qui les avaient trahis reconnurent bientôt que l'or qu'ils avaient reçu pour prix de leur crime était faux; ils vinrent s'en plaindre au roi, qui se contenta de leur répondre : i Ceux qui volontairement livrent leurs maîtres à la mort ne doivent être récompensés qu'avec de l'or faux,» ajoutant qu'ils devaient s'estimer heureux de conserver la vie , et de ne pas expier dans les tourments leur infâme trahison. Cette réponse leur imposa silence , et ils regardèrent comme une grâce iju'on leur laissât la vie.

Ces deux princes dont nous venons de parler étaient proches parents de Clovis. Ils avaient encore un frère qui était roi du Mans. Clovis le fît assassiner. Les trois frères étant morts , il s'empara de tout leur royaume et de leurs trésors.

Clovis, ayant fait mourir plusieurs autres rois, €t ses plus proches parents , parce qu'il redoutait leur ambition , étendit sa domination sur toutes les Gaules. Un jour ayant rassemblé ses

fidèles, on rapporte qu'il leur dit, en parlant de sa famille , qu'il avait lui-même fait périr : « Que je suis malheureux ! Me voilà réduit à l'état d'un voyageur au milieu d'une nation étrangère; je n'ai pas un seul parent dont , en cas de malheur, je puisse attendre des secours. )> Ce n'était pas qu'il fût fâché de la mort de ses parents , mais il parlait ainsi par ruse , pour engager ceux qui l'écoutaient à lui découvrir quelque parent dont il eut ignoré l'existence , afin de le faire tuer.

Toutes ces choses s'étant passées ainsi , Clovis mourut à Paris *. Il fut enterré dans la basilique des Saints-Apôtres (saintPierre et saint Paul, depuis Sainte-Geneviève) dont il avait été le fondateur , de concert avec la reine Glotilde. Il mourut cinq ans après la bataille de Youglé. Il avait vécu quarante-cinq ans, et régné trente.

Après la mort de son mari , la reine Glotilde se retira à Tours. Elle fit de grands présents h la basilique de Saint-Martin. Elle passa tout le reste de sa vie dans cette ville , se signalant par la pratique de la vertu et des bonnes œuvres; elle n'allait que rarement à Paris.

* Le 27 novembre .M 1.

Fiy DU PREMIER CHAPITRH.

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