‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 10 sur 109 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

CoifUIENT ME8SIRB GUILLAUME DE LàLAlN ET LA BAMB DE BuiGNICOUTy PÈRE ET MERE DE JaCQUET DB LaLAIH» l'iUTRODUIREUT et AMONESTàRElVT DE PLUSIEURS BBLLEi DOCTRINES AVANT SON PARTEMENT.

Assez avez ouï par ci-devant, comment le jeune

duc de Clcves viut au château de Lalain en Hainaut, "et comiirent à s'on département il demanda à afesfiire Guillaume de Lalaiu, Jacquet son fils aîné, lequel il lui octroya> et lui promit de lui envoyer, comme il fit Gir quand le jour fut venu, et que tous les habillements qui faits étoient pour son fils, tant serviteurs, comme chevaux et hamoîs à lui nécessaires furent prêts, messire Guillaume lui bailla quatre bons roncîns, un gentilhomme pour le servir, et un clerc bien lettré pour toujours lui montrer et apprendre^ afin qu'il n'oubliât son latin, et un varlet pour penser des chevaux. Et puis quand messire Guillaume de Lalain et la dame de Bttignicourt sa femme, le virent prêt et ordonné {NMf lendemain partir, ils rappelèrent et le meairen't en ûite chambre^ où ils ne furent que quatre tant seulement; c'est à sçavoir le seigtieur )el la dame qui étoient le père et la mère, Jacquet qui étoitainé, et Philippe son frère qui moult étoit jrune: et quant est de Voland et de Isabel, elles demeurèrent avec les demoiselles de léans.

(}uand le seigneur et la dame furent entrés en la clhimbre, ils firent clorrc les huis (portes), puis s'assirent sur un banc qui là étoit. Et lors le seigneur commença de parler et admonester son fils, en lui disant: «Jacquet, vous êtes mon aîné fils, et le plus apparent d'être le droit hoir de cette maison de Lalain. Et pource que de tout mon cœur je la désire augmenter et accroître, et la voir en mon temps être entretenue, non point anéantie, comme andennemititnos prédécesseurs ont mis grand'peine de l'éie-

i8 CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

ver afin de lui bailler nom immortel, et pour ce, je vous jure sur celui qui me fit et forma, que j'aimerois plus cher votre mort, que par vous y eût faute, et qu^elle en fût en rien amoindrie: laquelle chose jVspoire(espère) que non, si ce n'est par vos péchés ,qiii mènent et attrapent (attirent) les hommes et les femmesà damnation. Et afin que sachiez que c'est de vice, et que vous vous gardiez de cheoir en ce danger, Jacquet, beau fils, je vous dirai la manière, et comment vous en pourrez faire. De toute votre force et puissance mettez peine d'accomplir les commandements de Dieu: et tant qu'est au regard de notre âme, nous devons sçavoir que, qui se garde dépêcher mortellement, il est sauvé: car sachez, mon fils, que les autres péchés véniels sont éteints et annuités à (avec) bien peu de pénitence. Doncques pour vous garder de pécher mortellement, si faire voulez ainsi comme je vous dirai, faillir ne pouvez d'être sauvé.

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