‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 11 sur 109 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU PÉCHÉ d'orgueil.

«Or doncques, mon fils, pour acquérir gloire et bonne renommée, vous qui allez demeurer à la cour de si haut prince, il vous convient suivre ceux lesquels vous verrez y être de bonnes mœurs. Mais premièrement,sur toute rien il vous convient fuir le péché d'orgueil, si vous voulez venir à bien et acquc-

rir la grâce de votre très désirée dame. Car sachez qoe peu de nobles hommes sont parvenus à la haute ferttt de prouesse et à bonne renommée, s*ils n'ont dame ou damoiselle de qui ils soient amoureux. Mais, mon fib, afin que sachiez de quel amour j'entends que devez être amoureux , je le vous dirai. Si ainsi advient que, en tout honneur^vous soyez amoureux d'aucune dame ou damoiselle qui rien ne vomssoil, et dont vous vous pourriez acointer, gardez, s«r tant que désirez de parvenir à la haute verhi de prouesse^ que ce ne soit de folle amour; carâ toujours vous seroit tourné à grand' vilainie et reproche. Et pour ce, beau fils, si vous voulez être tel comme je vous dirai, et que vous veuilliez faire mon conseil et ensuivre ma doctrine, il vous convient être doux, humble, courtois et gracieux, afin qne nulle deshonnête parole ne soit dite de vous. Car sachez j mon fils, que si vous aviez le trésor de Salomoif et sa grand' sapience, et la grand' noblesse du roi Priam de Trojre, et avec ce toute perfectioTi deoorps, le seul orgueil, s'il est en voiu , détruira <outes vos vertus. Et à ce propos dit le sage Socrates: Quanturncumque potes, fili^ non esta super- 1 iui E t tant d'autres autorités , des quelles , si les racoiitois,trop longue seroit l'histoire: pourquoi à présent, m'en veux déporter (dispenser). Et vous dis je, Ml fils,pour venir à mon propos, que le vraiamou- ^i,telque je vous dis, qui aura la vertu d'humilité sPencontrede ce seul péché d'orgueil, ne pourra Tailbrde parvenir en la grâce de sa très désirée dame. Et Y^f ainsi, bannissez et déchassez arrière de vous ce

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très déplaisant et abominable péché d^orgueil et toutes ses circonstances; et vous nepourrex failKr de venir à salvation et en la grâce de votre ttès désirée dame, en tout honneur.

CHAMTRE V.

nu PÉCHA n'iRE.

« Et quant est au second péché, qui est nommé îre (colère), certes oncques vrai amoureux nefutireux. J'ai bien ouï dire que aucunes déplaisances amours leur ont donné, pour les essayer: mais si n'étoient ils pas irés, s'ils n'étoient férus d'autre mal qne dV mour. Et pour ce, beau fils, que ce péché est déplaisant à Dieu, si Fest-il aussi à Fhonneur et au eoii^ de celui qui Fa, veuillez le fuir à votre pouvoir, et ensuivre le dire du philosophe: Tristitiam rnentis caveas plusquam mala dentis. Segnitiemfu^as. Numquampiger ad bona fias. Cest a dire, mon fils, fujez tristesse de pensée plus que le mal de dents; aussi fuyez paresse pour passer la douleur de votre cœur; et faites toujours bien fuir courroux et ire, afin qu'ils ne te baillent point leur cruelle pestilence; car ce sont les voies qui font fourvoyer du droit chemin , et sont nourrices de tous schismes et divisions. Mon fils, ne portez à nul, ire ni haine; mais pacifiez à chacun ; car quiconque hait son prochain il est homicide, comme dit l'évangile; et â ce propos dit saint Augustin en une de ses épîtres, qne

MESSIRE JACQUES DE lAULUf. 2 1

tout ainsi comme le mauvais vin gâte et corrompt le vaissel où il est s'il y demeure longuement, tout ainsi ire corrompt et gâte les cœurs où elle se tient Et pour ce, mon fils, sachez pour vérité, qu'ire et courroux empêchent et aveuglent le courage de la personne» en telle façon qu'elle ne peut regarder à ce qui est vrai Le vrai amoureux tel comme j'entends est toujours et doit être |ojreux; espérant ^que par bien et léalement servir, en amour et en sa très denrée dame il trouvera toute merci £t par ainsi il chante, danse et est joyeux, en ensuivant le dît du philosophe, qui dit: bene vivere et lœtarii c'est à dire, bien vivre et joyeusement Mais ce bien n?re ne sert point seulement pour manger bonnes îiandes» boire bons vins, dormir eh bons litsUmgnes matinées et vivre en toutes délices: mais s'entend vivre bien,, premièrement avec Dieu, soi maintenir honnêtement, véritablement et joyeusement. D(mc,par ainsi je dis que tous vrais amoureux, pour acquérir la très désirée grâce de leurs très belles dames, doivent fuir de tout leur pouvoir ce pédié d*ire très déplaisant à Dieu et au monde, et s'accompagner de cette très amoureuse vertu de patience. Donc, par ainsi seront de ce très déplaisant rt ennuyeux péché quittes.

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