BANQUET ALLÉGORIQUE
DOKNÉ PAB LE DUC DE BOUHGOGPfE PHILIPPE LE BO?f , A rocMiion do It priie de Cooslantiiiople par les Tnros, en 1453;
▼oici ce que raconte à ce sttjét Olivier de la Marche dans ses mémoires.
« Pour ce que grandes et honuorables œuvres désireui loiiigtaine renommée et perpétuelle mémoire, et mêmement quand les dictes œuvres sont faietes en bonne intention, je me suis entremis démettre par escrit et enregistrer par ordre, aU plus près de la vérité et selon mon petit sentiment > une feste, faicte à Lille, le dix septième jour de février. Van 1453 par très excellent, très haut, et très poissant prince, monsieur le duc de Bourgongne, de Brabant, etc. Et commença icelle fesle par une joustè, cedict joor: laquelle jouste avoit esté criée, k un très beau banquet, que monsieur de Clèves donna en la dicte ville, ta* viron dix huict jours paravant : auquel fut mondict signcur, ensemble la signeurie, dames et damoyselles de sa maison: et fut le cry tel, que le chevalier au cigne> serviteur aux dames, faisoit sçavoir à tous princes, che^ valiers, et nobles hommes, que le jour, que mondict signenr feroit son banquet (lesquels banquets se faisoyentrun après Tautre) Ton le trouveroit en la dicte ville, armé de harnois de jouste, en selle de guerre, pour jousterà la toile, de lances de mesure, et de courtois roquets, à rencontre de tous ceux, qui venir y voudroyent: et celuy qui
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pour ce jour feroit le mieux , au jugement des tigoeurs et des dames > sans ce qu'il s'en exceptast en rien, gaigne« roit un riche oigne d'or, enchaîné d'une chaîne d or> etaa bout de celle chaîne un riche rubiz; que les dames présenteroyent à celuy^ qui Tauroît desservy. Tel fut le cry, . par Tordonnance et aveu de monsieur Adolf de Qèves: le- ' quel estoit celuy, pour qui la criée se faisait: et^ à ce que je vey, la criée et jouste se faisoit au propos d'un entremets, qui conteuoit^ à cedict banquet, la pin-part delà longueur de la principale table.
(c Ce fut une nef à voile levé, moult bien faicte: en laquelle avoit un chevalier tout droit, armé: qui U corpi avoit vestu d'une cotte-d'armes, des plaines armes de C^ ves: et devant avoit un cigne d'argent, portant en soo col un coller d'or : auquel tenolt une longue chaîne d'or: doot le dict cigne faisoit manière de tirer la nef: et au bout de la dicte nef séôit nn chastel, moult bien faict, et richement: au pié duquel flotoit un faucon, en une grosse rivière: et me fut dict que ce signifioit, et monstroit, comme jadis miraculeusement un cigne amena dedans une nef, par la rivière du Rin, un chevalier au chasteau de Clèves: lequel fut moult vertueux et vaillant: et l'épousa la princesse du païs: qui pour lors estoit veuve, et en eut lignée: dont les dits ducs de Clèves, jusques à ce jour, sont issus: et pour ce il me semble que la manière de la ariée ensuivoit Teffect de l'entremets.
(( En celle nuict fut présenté le chapelet à monsieur le comte d'Estampes: lequel fit son banquet environ dix jours après. Ce banquet fut moult plantureux et riche, et garni de plusieurs entremets nouveaux: dont je me passe, pour abréger, et pour venir à mon intention. En ceste feste fut le chapelet présenté à monsieur le duc, en telle façon que, quand les entremets furent levés, d'une chambre saillirent grande foison de torches: puis vint un officier d'ar-
mes, serviteur de mondict sig;near d'Estampes, nommé Dourdan , vestu de sa colte-d'armes: et après vindrent deux chevaliers, chambellans de mon dict signeur d^Estampes (c'est assavoir monsieur de Miraumont^ et monsieur de Drueul) vestus de longues robes de velours, fourrées de martres: et n'avoyent rien sur leur chef: et portoyent cha* cun, d'une main, un gentil chapelet de fleurs: et apr^s eux venoit une ti*ès belle dame, jeune, de Vaàge de douze ans, vestue d'une robe dcsoye violette, richement bordée, et estofée d'or.: et luy partoyent unes manches, outre la robe, d'une moult déliée soye, escriptes de lettres grégeoises: et esloit son chef paré de ses cheveux, beaux et blonds, et, par dessus^ une tocque, affulée d'un volet, moult enrichi de pierrerie: et esloit montée sur une haquenée, houssée de soye bleiie: et l'amenoyent trois hommes à pié, vestus de manteaux de soye vermeille^ portans chaperons à cornette de soye vcrde: et aloyenl ces trois, chantans une chanson, faicte à propos: et en telle ordonnance passèrent par devant les tables: et vindrent jusques devant le lieu où estoit assis mon très redouté signeur, monsieur le duc: et, quand Tofficier d'armes et les deux chevaliers luy eurent faict la révérence, le dit officier dit -ce, qui luy estoit enchargé, en ceste manière.
Tr^s excellent , baut prince , et redoute, A vous venons en toute nSvërence.
Pour charge avons, qui vous soit présenta Ce clia|)elct: lequfi est aporté Par la dame, que voyei en présence.
Le comte d^ Estampes en son absence La vous transmet eu ce Jieu, et envoyé: Et la nomme on la princesse de joye.
« Quant loiBcier d'armes eut ce dit, les deux chevalien Tindrent à la dame: et luy baillèrent le chapelet en ses mains: et lors les autres trois, qui l'amenoyent, la descendirent de sa liaquenée.
A Silos! qu'elle fut descendue» les deax cheTaliera 1 •« dextrèrent: et adpnc elle fit la révérence à mon dict sir gneur: et paruns petis deg^rés. faicts à ceste cause» elle monta sur la table, et s^ag^enouilla une fois sur le bord de la dicte table: et puis se mit à genoux devant mon did sig^neur^ et là demoura^usques elle eust baisé le dict chajl^let, et mis sur le chef de mondict signeur: qui à foa relever la baisa: et s'en retourna la dicte dame, son eeiprise achevée. Ainsi fut présenté le chapelet à mon ditf signeur le duc. Parquoy il détermina le jour de son buquet: et lit moult grans préparatoires. Au jour de ce bsor quet, donques, monsieur Adolf (qui s*estoit fait crier le chevalier au cigne) vint après disner» de très bonne beore sur les rangs: et fut accompaigné, du lieu où il s'estoit armé, par mon dict signeur le duc> par nnonsieiir de Charolois, par monsieur le bastard de Bourgongne, vestos tous trois de robes de velours sur velours noir: et avojenl chacunun colier d'or^ moult enrichis depierreries^ comme diamans, balais, et perles: et portoit mondict signeur nue eornetteà son chaperon, si«riclie de picrreric, que je ne sçay autrement extimer, fors habillement de prince puissant. Monsieur Atlolf , acompaigné comme dict est de mondict signeur, de monsieur de Charolois, et de monsieur 1^ bastardy et, en ou}re, de monsieur d^Estampes, partit df sonhostel, à grand compaignie de gens, vestus de ses robes: etaloyent devant: et, api'ès eux aloyent tabourins: et après aloit un poursuivant d'armes, vestu d'une cotle d'armes pleine de cignes: et après aloit un grand cigne, mprvci}leusement et sublikmcnt faict, ayant une couronDC d'or aucoIT à quoy pendoit un cscu, des plaines armes d« Clèvés: et à celle pouronne pcmloît une chaîne d'or: qui d'un bout tcnoit à la tresse de l'escu du chevalier, et estoil ce signe adexlré de deux sagittaires, moult bien faitcts: qui tenoyent arcs et flèelies en leni^s mains, et faisoven»
semblant de tirer à rencontre de ceux, qui rouloyeut aproeber le cigne.
a Ledict chevalier, tenant à la cbaine d^oTf suyvoitle d^e armé tres^ichement de toutes armes: et estoit son cheval couvert de drap de damas blanc, et bordé de franges d'or 9 et son escu de mesnie: et à dextre, et à seueslre« et derrière, avoit trois jeunes enfans, pages, habilles de blanc, en manière d'angels, montés sur beaux coursiers,^ enhamachés de drap blanc, bien découpé: et après venoit an palefrenier, vestu de blanc, sur un petit cheval: qui menoit en main un destrier, couvert de drap blanc, brodé de grandes lettres dor, et frangé d or, h la devise dudict dievalier: et après venoit monsieur le dnc de Clèves, frère dudict chevalier, et monsieur Jehan de Coïmbres, fils du roy Jehan de Portug;al, avec grand nombre de chevaliers et nobles hommes, tous vestus de blanc, à là pareore du chevalier; et portoyent les lances en belle oidonnance.
« En tel estât et compaignio fut mené ledict chevalier devant les damés: et fut présenté par Toison dor, roy d'armes, à tresexcellente, treshaute, et trespuissante prin* cesse, madame la duchesse de Bourgongne, et aux autres princesses, dames et damoyselles: et puis il fut amené es lices: et lors le cigne, qui Tavoitamené, avec les sagittaires fut mis sur un hourd,qui leur estoit préparé.
« Gérard de Rossillon fut le premier^ qui se présenta h Vencontre du chevalier: auquel le chevalier donna unjigradd coup, de la première course, qu'il luy per(|;a et fendit son escu tout outre: dont ledict Gérard eut grand drtourbier. Après vint mossire Jehan de Monfort, moultgentcnient housse de soye et de brodure. Assez tost après ▼int monsieur le comte de Sainct-Pol, housse de drap d*or: dont la moitié estoit gris, et Tautre cramoisy. Après vint monsieur de Fiennes, rouvert de velours noir, a larmes
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noires, moûslrées d'un peu de blanc.TaDtots après, monsieur de Charolois, el nionsiear le bastard (qui s'en alèrent armer, quand ils eurent convoyé moudict aignear AdoU) vindreut sur les rangs, housses de velours violet, bordéde franges d'or et de soye,et leurs escus de mesmes, cstaat chargées les dictes housses de campanes d'argent: et otoyent bien accompaignés de grands signeurs: et, entre antres, monsieur d'Estampes servoit, de lanœvmonsiear dt Charolois. Les dessus nommés joustèrent| et plusieurs antres chevaliers bien en poinct: comme monsieur de Gmthuse, couvert de velours cramuisy, monsieur de Hoarcourt de vdours cramoisy« fourré de martres, messîre Chrestien de Digoine, enharnaché de drap, chargé decampanes dorées , messîre Evrad de Digoine ^ couvert d*orbverie, messire Jehan deGuistelle, couvert de meno vair» meisire Philippe de Lalain, couvert de velours noir, à larmes d'or, aveques plusieurs autres jousteurs, trèsbien en poinct: mais de leurs coups ne sçayje point Textime. Tontesfoisjesçay de vray, que le chevalier au ci^e et Loms du Chevalant s'entrerencontrèrent si-rudement, quêtons deux s'entreportèrent par terre^ les chevaux sur leurs corps tel atournés^ qu'il fut force à Tun, et à 1 autre, d'abandonner la joustepour cejour.DudemouranIjemetay. Chacun fit son mieux de lajouste:qui faillit partraictde temps: et, quand elle fut faillie, chacun se retrait.
« Puis à heure convenable se trouvèrent en une sale: en laquelle mondict signeur avoitfait préparer an très riche banquet: et là vint mondict signeur, acompai^rnéde princes et chevaliers, dames etdamoiselies: et, trouvans ledit banquet à servir, ils se prirent à regarder les entremets, quiediiiés y estoyent. Lasa]e,oii sefaisoitce banquet estoit grande, et bien tendue d'une lapicerie, en quoy estoit feicte la vie dllercules. Pour entrer en ceste dicte sale, il y avoit cinq portes, gardées d archers^ vestus de robes de
APPEDNICE. 4oi
drap gris et noir: et dedans la sale avoit plosieurs cheva* Uers et escayers, condaisans le dit banquet: desquels les chevaliers estoyent vestus de drap de damas, et lesescuyers de satin des dictes couleurs de noir et ^b. En celle •aie avoit trois tal>les couvertes^ Tunemoyenne^ l'autre grande^ et l'autre petite: et sur la moyenne avoit xvaé église^ croisée > verrée^ et faicte de gente façon: où il y avoit une cloche sonnante, et quatre chantres. Il y avoit un autre entremets^ d'un petit enbnt toutnu^ sur une roche: tpà pissoit eaue rose continuellement. Un autre entremets yavmt^ d'une caraque> ancrée^ garnie de toute marchandise» et de personnages de mariniers: et ne me semble point qu'en la plus grande caraque du monde ût plus d'ouvrages» ne de manières de cordes et voiles» qu'il en y ,.avoit en ceste* Vn autre entremets y avoit» d'une moult belle fontaine: dont une partie estoit de verre» et l'autre de plomb de très nouvel ouvrage: car il y avoit petis arbriceaux de verre> feuilles et fleurs» si nouvellementfaictes, qu'à merveilles: et l'espace de l'artifice estoit ainsi comme on petit preel» dos de roches de saphistrins et d autres estranges pierres^ et au milieu d'iceluy» avoit un petit lainct Andrieu, tout droit» ayant sa croix devant luy: et par Tun des bouts de la croix sourdoit la fontaine, un grand pié de hauteur: etrecheoit dedans le preel, par sisubtile manière^ que l'on ne sçavoit queTeaue devenoit. « La seconde table (qui estoit la plus longue) avoit premièrement un pasté: dedans lequel avoit vingt huit personnages vif8»jouans de divers instrumens» chacun quand leur tour venoit. Le second entremets de celle table estoit un cha8teau»àla faconde Lusignan: et sur ce chasteau^ au plus-haut dé la maistresse tour» estoil Melusine, en forme de serpenté: et par deux des moindres tours de ce chasteau sailloit» quand on vouloit» eaue d'oran;;e:qtti tomboit es fossés. Le tiers estoit un moulin à vent» haut sur unemote: et sur le plus haut volant avoit une perche»
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au bout de laquelle estoit une pie^ et gens àTentour^de tous estats^ ayans arcs et arbalestes: et tiroyent à la pie, à demonstrer que toutes gens tirer à la pie est mestier oommun. Le quart fut un tonneau mis en un vignoble: où il yavoit deux manières de breuvages: dont l'un estoit bon et douX; et Tautre amer et mauvais: et sur le dict tonneau avoit le personnage d'un homme^ richement resta: qui Vtnoit en sa main un brief: ou il estoit escrit^Qiui en veut^ si en prenne. Le cinquième estoit un désert, ainsi que terre inhabitée*, auquel avoit un tygre, menreilleusemeot vivement fait: lequel tygre se combatoit à rencontre d'oo grand serpent. Le sixième estoit un homme siuvajfe, monté sur un chameau: qui faisoit semblant et manière d'aler par païs. Le septième estoit le personnage d'un homme j qui dune perche batoit un buisson, ^ein de petis oyseaux: et près d'eux, en un verger, dos de treiOes de rosiers, faicl tresgentement» avoit un chevalier et uns dame, assis à table: lesquels mangeoyent les oistUons, dont Tun batoit le buisson: et monstroit la dicte dame, an doigt, qu'il se travailloit eu vain, et follement perdoit son temps. Le huictième estoit un fol> monté dessus un onn: et estoil entre plusieurs estranges montaigncs de diverses roches, chargées de grésil, et de glaces, pendansdc bonne Façon. Le neufième estoit un lac, environné de plusieurs viles et chasteaux: auquel lac avoit une nef, à voile levêe^ tousjours vagant par Teaue du lac, à par soy: et estoit ceste nef gentement façonnée, et bien garnie de choses appartenantes à navire.
« La tierce table (qui estoit la moindre des deux autres) avoit une forest merveilleuse, ainsi comme si ce fust uneforest d'Inde: et dedans celle forest estoyent plusieurs bestes estranges et d'cstrange façon: qui se monvoyent d'elles mesmes, ainsi que si elles fussent vives. Le second entremets de celle table estoit un lyon mouvant, attaché à un arbre, au millieu d'uu preau: et là avoit le ^lersonnage
d'anhomme^ qui baloitle chien devant lelyon. Le tiers et dernier entremets estoit un marchand, passant par un vilage> portant à son col une hotte de tontes manières de merceries pleine.
a Or^ pour deviser la manière du service et des viandes, ce seroit merveilleuse choseà racompter: et aussi j'avoye tant autrepartà regarder ; que deviser au vray n'en sçauroye: mais de tant me souvient que chacun plat fut fourny de quarante huict manières de mets: et estoyent les plats du rost chariots étofés d'or et d'asur. En celle salle, au plus près de la table» avoit un haut buffet» chargé de vaisselI^ d'or et d'argent» et de pots de cristal, garnb d'or et de pierreries: et n'aprochoit nul ce buffet, plus avant des gardes de bois» qui estoyent là faictes: si non ceux, qui ser^ voyent de vin.
« Ainsi comme au milieu de la longueur de la sale^ asses près de la paroy, à l'opposite de la longue table, avoit un haut pillier: sur quoy avoit une image de femme nue: qui les cheveux avoit si longs, qu'ils la couvroyent par derrière, jusques aux reins: et sur son chef avoît un chapeau ti'èsriche: et estoit envelopée » ainsi que pour musser où il appartenoit, d'une serviette^ à manière de volet bien délié > escritte» en plusieurs lieux, de lettres ^^geoises: tt gettoit cest image» par la mammelle droite, ypocras , autant que le souper dura : et auprès d'elle avoit un autre pillier, large» en manière d'unhourd: surquoy estoit ataché» à une chaisne de fer, un lyon vif» en signe d'estre garde et deffense de cest image: et contre son pillier estoit escrit» en lettres d'or, en une targe: N^e touchez à ma dame.
« Mondict signeur doncques, madame la duchesse» et toute leur noble compaignie mirent asses longuement à visiter ces entremets. Toute la sale estoit pleine de nobles gens: et peu en y avoit d'autres. Là estoyent cinq hourds bien ordonnés» pour ceux qui ne voudroyent point seoir
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à table: qai tantost forent pleins d'hommes et de femmn: dont la pins- part estoyent dégrisées: et tant en açay, quil y avoit des chevaliers et des dames de grand'maisoo, et qui là estoyent venns de loinç, les uns par mer, et ki antres par terre, pour veoir la fes le, dont il estoît grande renommée. Pour le faire brief , après que chacan eut asia regardé les entremets, les maistres»d'hostel> qni la besoo* gne conduisoyent, vindrent faire Tordonnanoe de l'ai-
siette.
a Au milieu de la moyenne table s'assit mondît^ signeur le duc: et à sa dextre s'assit madamoiselle» fille de monsieur le duc de Bourbon: après elle monsieur de Qè- Tes, madame de Ravastain, nièce de madame la ducbesK, et femme de monsieur Adolf : et madame la duchesse ht assise à la senestre du duc, avec madame de Chamy, vu^ damoiselle d*Estampes^ monsieur de Sainct-Pol, madame de Beures, femme de monsieur le bastard de Bourgongne, monsieur de Pons, et madame la chanceliére. A la grande et seconde table fut assis monsieur du Charolois, monsieur d'Estampes, monsieur Adolf, monsieur de Fi^mes^ monsieur le bastard de Bourgongne, et monsieur de Bornes, meslés avec grand nombre de dames et de damoiselles, et aussi tant d'autres chevaliers, que les tables estoyent pleines, d'un costé et d'autre : et pareillement à la troisième table furent assis escuyers et damoisellas ensemble, en telle façon que les tables forent fournies.
«Quand chacun fiit assis, ainsi que dicte8t,en l'église ( qui fut le premier entremets ) sur la principale table, sonna une cloche, tresliaut: et, aprè? la cloche cessée, trois petits enfans, et une teneur, chantèrent une lre&douce chanson: et, lors qu'ils l'eurent acomplie, au pasté ( qui estoit le premier entremets de la longue table, comme dessus ) un berger joua d'une musette monlt-nooreilement. Apres ce, ne demoura guérea 4[ue, par la parle
APPENDICE. 4o5
de l'entrée de la sale, entra un cheval à recalons, richement couvert de soye vermeille: sur lequel avoit deux trompettes, assis dos contre dosj^ et sans selle, vestus de joomades de soye, g;rise ou noife, chapeaux en leurs testes, et faux visages mis: et les mena et remmena ledict cheval; tbut au long de la sale, à reculons: et tandis ils jouèrent une batture> de leurs trompettes: et y avoit, à conduire cest entremets, seize chevaliers, vestus de robes de la livrée. Gest entremets accompli, en l'église fust joiié des orgues: et au pasté fust joiié d'un cornet d'Alemaigne, moult estrangement: et lors entra en la sale un luyton, ou un monstre tresdefiguré: qui, du iSetax du corps en bas avoit jambes et pies de grifon velus, et grans ongles: et, depuis le faux en amont, avoit forme d'homme: et, avoit vestu une jaquette juste, de soye blanche, rayée de verd, et chaperon tenant en sus. 11 avoit eatrange barbe et visage. 11 portoit en ses mains deux dards, et une large. 11 avoit sur sa teste un homme, les pies dessus: qui se souslcnoit par ses deux mains sur les espaules du monstre: et ledict monstre cstoit monté sur an sanglier, couvert richement de soye verde: et, quand il eut fait son tour parmy la sale, il s en retourna, par où il estoit venu. Quand le luyton s'en fut retourné, ceux de Féglise chantèrent: et au pasté fut joiié d'une doucine, avec un autre instrument: et tantost après sonnèrent » moult-haut, quatre clairons: et firent une joyeuse bature. Ces clairons esto^ eut derrière une courtine verde, tendue sur un grand hourd, faict au bout de la sale.
«Quand leur bateure finit, soudainement fut tirée la courtine: et là fut veu, sur le dict hourd, un personnage de Jason, armé de toutes armes: qui se prommenoit en celle place, regardant au tour de luy, comme s il fust venu en terre estrange. Puis s'agenouilla, et regarda vers le ciel:et lisit un brief que Medée luy avoit baillé, quand il se partît d'elle, pour la Toison d or conquerre: et, à son
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relever ; il veit venir contre luy » g;rands et horribles benfs, «lai luy vindrent courir sus: et tantost ledict Jason eoncha sa lance, et s'apoincta pour combatre ces bestes: qui lassailloyent de merveilleuse force, et si-vivement que e*e»toit effrayante chose à re{j;arder: car ils gettoyent feu et flambe par les narines, et par la gorge: et ledict Jasoo se deffendoit et combattoit par si-belle façon, que tous disoyent qaH avoit une contenance d'homme-de-bien. La bataille dura km£;uement, et tant que le dict Jason geXtà sa lance^ contre les bœufs: et mit la main à Tespée: et, en soy oombatant, luy souvint que Médee luy aycit donné une flole^ pleine d'aucune liqueur^ ayant telle vertu, qu'au moyen de ladicte liqueur il pouvoit lesdicts bœniii malter, et subjuguer, et esteindre leur ardent feu: quiloy nuisoit fort. Si prit la fiole: et gelta la liqueur contre lei muse aux desdicts bœufs: et prestement ils se rendirent domptés^ veincus, et mats: et à tant fut la courtine retirée: et cessa ce mistére, pour celle fois. Apres ce mistére fut joué des orgues, en 1 église, par le long et espace d*an motet: et tantost après fust chanté au pasté, par trois douces voix, une chanson tout du long: laquelle se nomme La saui/e- garde de ma vie.
(( Puis par la porte, dont les autres mets estoyent Tenus, après ce que Téglise et le pasté eurent chacun joîié quatre fois, entra dedans la sale un cerf, merveilleusement grand et beau: lequel estoit tout blanc, et portoit grandes cornes d or: et estôit couvert d'une riche couverte de soye vermeille, selon mon ad vis. Dessus ce cerf estoit monté un jeune fils, de Taage de douze ans, habillé d'une robe courte de velours cramoisy, portant sur sa teste un petit chaperon noir^ découpé: et estoit chaussé de gents soidiés. Ce dict enfant tenoit, à deux mains, les deux cornes dodict cerf. Quand donqucs il entra dedans la sale, lors il commença le dessus d'une chanson, moult-haut et dair* et ledict cerf chanta la teneur, sans y avoir autre per-
sonne, sinon Tenfant, et Tartifiec dadict cerf: et nommoit on ladicte chanson, qu'ils chanloyent, Je ne \fey onques /a /Mir^///e, etc. En chantant, comme je vous racomple ils feirent le tour par-devant les tables: et puis s'en retournèrent: et me sembla bon cest entremets, et voulontiers Yen. Apres ce bel entremets du blanc cerf et de Tenfant, les chantres chantèrent un motet dedans i'eglise: et au pa^é fut joiié d un lut, aveques deux bonnes voix: et faisoyent ainsi tousjours Teglise et le pasté quebiue chose entre les entremets.
«Après ce, quand ceux dndict pasté eurent fait leur devoir, sur le hourd, auquel Ton monsti*oit l'histoire de Ja- 800, sonnèrent une bateure les quatre clairons, qui para- ▼antavoyent joiié: et^ après cdlc bateure aehevée. Ton tira la courtine, dont devant est faicte mention: et à tant fut veu Jason: qui se promenoit, tresrichement embal^ tonné, comme à Vautre fois. Si luy a vint > à cest heure ^ que tout soudainement luy vint courir sus un treshideux et epouventable serpent. Ge serpent donques avoitla gorge et la gueule ouverte, les yeux gros et rouges, et les narines enflées: et estoit composé et édifié en telle façon, que par sadicte gueule, et par la plus-grand part de ses conduits, il gettoit venin trespuant, et feu et fumées merveillables. Quand Jason regarda ce serpent, et le veit venir et tirer vers sa personne, il se mit en deffense moult bien, et tresordonnémenl: et là se commencèrent àcombatrc ledict Jason et le serpent: et en ce feirent si-bon devoir, que ce ne sembloit pas mistére, ainçois sembloit trop mieux une tiesaigre et mortelle bataille: et, pour rassouvissement de leur personnage^ Jason luy getta sa lance: puis le combattit de son espée: et tint manière de soi remembrer d'un anneau, que Medée lui donna, servant à ceste bataille. Si lemonstra au serpent: et prestcmment il fut vincu: et lors Jason le ferit tant de son espée, qu*il lui coupa la leste devant tous: puis luy arracha les dents, et les nieit en une
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gibecière ; qu'il portoil: et à tant fat la oolirtiiie retirëe. k tant fat joné des orgues en Feglise: et au paslé jouàreat de flustes quatre ménétriers.
« Puis par le haut de la sale partit y d'un bout, un àn-^ gon ardant^ qui vola la plus-part de la longueor de la sa* le: et passa outre* tellement que l'on ne sceatqa*il deviat: et lors chantèrent ceux de l'église: et au pasté jcaèreal de vieilles les aveugles. Après, à un des bouts de la sale, en haut, partit tout en l'air un héron: qui fat escrië de plusieurs voix^ en guise de fauconniers: et tantost partit, d'un autre bout de la sale^ un faucon qui vint toupier et prendreson vent: et d'un autre cosfé partit un autre hacou: qui vint de si-grande roideur, et ferit le hérui si rudement 9 qu'il l'abattit au milieu de la sale: et, apte la criée faite» ledict héron fut présenté à mondiet signenr: et alors fut encores une fois chanté en l'église: et au pailé jouèrent trois tabourins ensemble.
tt Après ce, sonnèrent les quatre clairons sur le hourd: et, leur bateure achevée, fut tirée la courtine: et là fut veu Jason, armé et embattonné: qui les beufs avoit aiachés à une charrue, qu*il tenoit et gouvernoit à guise de laboureur: et faisoit les beufs aler et tirer. Quand il eat labouré la terre, il abandonna les beufs: et prit les dents, qu'il avoit arrachés au serpent: et les sema parmy la terre, qu'il avoit labourée: et, selon ce que ledict Jason aloit avant, en employant la semence desdictes dents, sourdoyent et naissoyent gens armés et embattonnés: et regardèrent l'un l'autre, et s*entrecoururent sus sifiérement, qu'ils se firent le sang couler, et à la fia s'entretuérent, en la présence de Jason (qui les r^^arda, quand il eut semé les dents ) et, prestement qu'ils se furent tons abatus et occis devant luy, la courtine fut retirée.
Le mystère accomply^ l'on joua des orgues en Téglise: et au pasté fut une chace, telle qu'il, sembloit qu'il y cnri petits chiens glatissants , et braconniers huans, et sons de
trompelteties, comme s'ils fussent en one forest: et par celle chaœ finit Tentremets dndict pasté. Tels furent les entremets mondains de celle feste: et laisseray à tant à en parler, pour compter d*an entremets pitoyable: qui me aemUe le plus espécial des autres: et fut tel.
Par la porte, où tous les autres entremets estbyent passés, et entrés^ vint un géant plus-grand, sans nul artifice, qui je visses onques, d un grand pié^vestu d'une robe longue de soye verde, rayée en plusieurs lieux: et sur sa teste avoit une tresque, à la guise des Sarrasins de Grenade: et en sa main senestre tenoit une grosse et grande gnisarme, à la vieille façon: et à la dextre menoit un éléphant^ couvert de soye: sur lequel avoit un chasteau: où se tenoit une dame, en manière de religieuse, vestue d'une robe de satin blanc: et par dessus avoit un manteau de drap noir: et la teste avoit afulée d'un blanc couvrechef» à la guise de Bourgongne, ou de recluse: et^si-tots qu'elle entra dans la sale, et elle vcit h. noble compagnie qui y estoit, lors 9 comme nécessairement embesognée, elle dit au géante qui la menoit.
G«aot , je Tenil cy arrester:
Car je voy uoble compaignie:
A laquelle me faut parler.
Geaotyje veuilcy arrester.
Dire leur Teuil et remonairer Chose, qui doit bien estre onya.
Géant ^ je reuil cy arrester:
Car je Toy noble compaignie.
Quand le géant ouy la dame parler, il la regarda monh effrayément; ettoutesvoyes il narresta, jusques il vint devant la table de monsieur: et là s'assemblèrent plnsieurs gens, eux emerveillans que celle dame pouvoit estre. Parquoy, si-tots que son elepBantfnt arresté> elle oommenfa une oompleinte, tdfe, que ey-«près est escrite.
4iO APPENDICE.
HeJas, helas, moj douloureuse, Triste, déplaisante, ennuyeuse, Désolée , las ; peu- heureuse
La plus, qui soit.
Chacun me regarde, et me ?oyt.
Mais ame ne me recognoit: ^t oie laisse on, sur cest endroit^ Eu teU* langueur, Qu^ame vivant n'eut onques teir douleur. J'ay cueur pressé d'amertume et ligueur , Mes yeux fondus, flestrie ma oouleur ,
Qui bien y vise, Oyez mes plaints, vous tous, ou je ravise. Secourez moy, sans le mettre en feint ise. Plourez mes maux: car je suis sainete Eglise,
La vostremére, Mise h ruine, et h doulenr amére, Foulée au pié , par aspre vitupère:
Et mes griefs maux porte, souffre, et compère»
Par voz dessertes.
Petitement vous souvient de mes pertes:
Lesquelles sont si cléres et apcrtes:
Mes manoirs ars y et mes places désertes.
Et mes enfans Mors et noycs, et pourris parles champs. Où sont chartiers , foiblement Dieu croyans. Mon dommaine est es mains des mécroyans.
J'en suis chacée Honteusement, comme pauvre égarée, Mussant , fuyant, par dure destinée , Si lassée, siesteincte, et grevée.
Qu'a peine say Dire les maux, où je suis, et que j'ai. Plus me complains, et moins de secours j^ay. Ma pauvreté toutesfois maintiendray ,
Pour essayer Lesquels premier se voudront empleyer A secourir saincte-Eglise, et aider:
Qui ne requiers le travail sans mestier.
Ainsi je cours De lieu en lieu, et puis de tours en tour&, Criant premier TEmpereur au secours:
Et puis-après je gette cris et plours,
A toute oatrance^ Pour estre onie, et lYOïr allégeance Devant le tresehrëtieo ro^ de France, Victorieux: oùjUj bien ma fiance.
Et 6oy aToir.
Puis cbemioe , sans guère» remanoir , Aux autres roys , pour leur faire saveir Le grand mëchef . oik me faut remanoir:
Et puis rerien Aux ducs f comtes , et puissans terriens. Princes , marquis , aux grands et aux mojren^ , Généralement k tous bons cbrestiens,
Pour remembrance Du Créateur ( qui est nostre espérance ) Que tout cbacuB s^appareille , et aranoe Pour le secours: qui est ma desirance.
Or suis joyeuse, Que puis faire ma complainte piteuse Devant toy, duc, dont je suis désireuse. Mets en mes mots entente sayoureuse:
£t je fen prie.
Aussi fay je k ceste compaignie.
Pour moy aider Pun k Tautre s'alie.
Car Dieu le veut: et nuls bien (aicts n^oublie.
Ainsi me va, par le divin vouloir, Qu^ ce banquet je me suis embatue.
Venant de loing par effrayé pouvoir, Cbercbant Les Lieux , ou cueurs sont k mouvoir A secours, moy doulenlv et éperdue.
Loué soit Dieu, que je suis cy venue:
Car avis m^est que j'ay fait le voyn .u Pour racheter mon ennuyeux do«ii;u.ig«.
O toy , 6 toy, noble duc de Bourgon ne Fils de PÉglise, et frère k ses enfans, Enten k moy, et pense a ma l>esongne.
Pein en ton cuenr la honte et la vergongne , Les griefs remords , qu^en moy je porte et sens. InfideUcs, par milliers et par cens , Sont triomphans en leur terre damnée:
Là ou jadis souloye estre hoonorée.
« sieur TefWiiie de Challoiii chaneelier d*iodle, propoia, « eu sernum gênerai, la grande déadatkm et raine, en « quoy TEglise militante estoit, en requérant les che?a- <( liers dudÎGt ordre, et autres, pour le omfiort d'iodle noi- « tre mère, désolée: et sur ceste matière par icenx dienh « liers furent prises de moultbelles oondosions, pour le m^ m, vioe de Dieu augmenter, et la foj^ maintenir: desqudlei « choses mondict signeur fut toujours joincipal émouveor, j( et le premier délibéré d'y emj^yer oorpa et dievanee. « Depuis lors ( comme il est certain ) luy est aoirenue h « rébellion de Gand: à la quelle subjuguer a de^endn à « temps et de l'avoir: et, la grâce Dieu, il en est yennà « si-bonne et honorable conclusion, que chacun sçaiL Or « est ainsi que, pendant ce temps, le Tnrq a £ait dtgniïï- « des choses sur la chrestienté: comme d'avoir (pûgné « Constantinoble ( qui jamais n'avoit en villenie si gnn» a de des mécreans ) l'Empereur mort, et l'Empire dei- « truict. Ces choses ont toujours entamé le coeor et le de « sir de mondict signeur, au service de Notre-Signenr Je- « sus-Christ: car au besoing est du secours. Dont, pour « conclusion; saches qu'il mesme a ceste besongne con- « duite et démenée de longue main, pour avoir temps de « pouvoir voiler, et monsferer le bon vouloir et le désir « qu'il a au bien-public, et général profit de la chres- « tien té. »
« Ainsi que ce chevalier et moy parlions 9Ê. devisions de la cause et principale occasion pourquoy ^ à son entendement, celle fesie et grande assemblée fut faicte, en la salle entrèrent, par la grande porte, grand foison de torches: après lesquelles venoyent plusieurs joueurs de divers instrumens, comme tabourins> luts, et harpes: é après eux vint une dame, veslue d une robe de satis blanc, moult-simplement faicte, à guise de religieux: et par-deAus elle estoit affulée d'un large manteau dedinias blanc: et avoit le chef atourné moult-simplemenldiia
APPENDICE. ^l'J
blanc coùvrechef 9 mis tont ainsi qu*à ode éhose saiticte et dévote appartenoitt et sur son espaule senestre portoit un roUet: ou estoit escrit en lettre dor, ghacb dieu, si* :^ifiant et monstrant le nom d'elle. Après vindrënt douze chevaliers^ chacun menant une dame par la main: et estoyent habilléi de pourpoints cramoisis, et de pallelotsii manches, la moitié gris, et Vautre noir, de satin brodé de feuillage^ et chargé d*orfaverie: et avoyent chapeaux de velours noir, orfaverisés comme lesdicts paletots: et lestlictes douze dames furent vestues de cottes simples, de satin cramoisi, bordées de leticet: et par-dessus avoyent en manière d'une chemise, de si-fine toile, qu'on voyoit la cotte parmy : et avoyent un atour tout rond, à la façon de Portugal, dont les bourelets estoyent à manière de rauces, et passoyent par-derriére, ainsi que pattes de chaperons pour hommes, de déliés 'volets, chargés d'orfaverie d'or branlant: et furent leurs visages couverts du volet: et, pour déclarer des dames, dont j'ay parlé par-avant^ que Grâce Dieu menoit) il fait à sçavoir que tantost que ladicte Grà-« ce se trouva devant mondict signeur^ elle parla, et dit.
Grâce Diea suis,! a diTÎae anmoiiière:
Qui des biensfaits de Paradis pourrojre. Ferme seureU , et esp<$rance entière.
Miséricorde est dessous ma bumiërè , Dieu ne permet nuls dons , que je n^y soy e.- Par son plaisir k toi droit cj m'enYoye, Pour toy bailler ce brief, et^ au sarpins. Te présenter ces dames de tertns.
« Pouroe que mon benoist créateur a oay le vœu, que « toy Philippe, duc de Boiirgongne, as n'agnéres fait en « la présence de ceste noble compagnie» et mesmet plo^^ « sieurs autres nobles hommes cy-presens, tous ensuyvans: « lequel ton vœu, ensemble iceuT, procedans de bonne « volonté, sont agréables à Dieu: à oeste cause il m'enyoye « par tonte chrestienté vers empereurs , roys, ducs,
4i8 '• APPENDICE.
c( comtes, et aatres bons chrestiens, leur présebter de par (( luy douze dames ( qne j*ay ici ) chascune portant le n nom de vertu: lesquelles si croire voulez, vous viendra « à.bonne et victorieuse conclusion de voetre emprise , et (( aquerrez bonne renommée jpar t ont le monde > et enfin (( Paradis. »
Le brief leu et et ouy » ladicte dame> Grâce Dieu, reprit sa raison: et dit à Monsieur^
hes dames^cy luûileront par escrit Leurs parlaicls noms: lesquels je tous liray. Qui bien les ro^t , moult plaist à Jesiis-Christ s Auquel je prie, et au Sainct-Esperit, Qu'en Yous sojent: si m^en rejouira j, Voicy la Foy , que tous présentera^ Tremiëremeot. Or je tous prie oyez De tous leurs briefs ce que lire m''orrez<
En ce language proposant > comme vous avez ouy, h dicte dame, Grâce Dieu^ présenta une de ses douze daines, et la première: qui a voit à nom, Foy. Geste dame portoil un brief en sa main. Tantots, donques, que Grâce Dieu l'eut présentée, et mise avant, elle (c'est à enteudre Foy) bailla son brief à Grâce Dieu, la guide, maistresse, et con^ duiseresse de ces douze dames: lesquels toutes. Tune après l'autre, pareillement que Foy, furent présentées eu ordre et baillèrent leur briefs: lesquels furent receus et leus de ladicte Grâce Dieu: et ces briefs signifioyent et demonstroyent ouvertement leurs noms, leurs vertus, leurs puissances, et trespleines et tresliantes authorités et prerogationi: et^ pour entretenir propos, le brief de Foy contenoitles mistéres, qui s'ensuy vent, sans adjonction^ ne
diminution.
Couplet de Foi,
Je suis la Foy , et divine espérance , Que chacun doit cognoistre sans erreur :
-Qui Tien k roaa , doc de ncble naistanoe , Et k tous cenx ,q«i sont cj en présence. Pour mercier l*empri«e de Yilenr, Touchent aux tosus de mérite d^lumneur.
Et an secours que tous me présentei:
^ui moult vaudra, ti yoqs ne m'oublies.
Couplet de Charité.
Charité, m^ère des bienfidcts Sois au palais de Dieu nommée:
Qui par yox hauts touIoîts parfiûcts.
Signes d'amours non cootrefaicts , J'espère la F07 confortée.
Si sub en ce Ken arrivée:
Afin qoe la guide je soje , Qui vos ceuvres vers Dieu conrojé»
Couplet de Justice.
Justice ay nom, la droicturiére.
Le refuge des moins- puissans.
Quoj que Ton me nomme aspre et fiére,
Si ren je par bonne manière
Les humains corps obéissans.
Or rien f k tous , d'heure et de temps,
Pour advertir que serrirex
Foiblemeot Dieu, quand ne m'anrei*
Couplet de Raison.
Je suis Raison, fille de sapieoce , Amie de Dieu, son affine et prochai ne. Guerre amortL Paix est ma nourrissanee.
Amour sonstieB,droîetmainlico en puissaact. A TOUS senrir je mettnj toute peine.
Je yicn dooqnes en la rostre demaine:
Et Dieu le rent: pouroe qu'en son serriee Surtouftc ricBS sais ralable et propiee.
Couplet de Prudence.
Pour TOQS parer, prioee de haut aHaire» i«is:qwDMh
4ao APPENDICE.
En espérant qae feres , pour Iny plaire, Et entendrez, pour le piuftttëoeseairey A secourir TÉglise, qui larmoyé.
Tant que m^aurez, «t serez où je soye^ Adversité nVura nulle puissance De TOUS oster foy , ut bonne espérance.
Couplet dAttrempance.
Attrempance, qui les hants frits mesure, Me nomment ceux, qui cognoissent mon estre. - Il n^est nui heur, qui sans moy guères dure. Mon faict est seur, noupas k Taventure. De vous servir je me veuil entremettre. Soudain vouloir ne peut estre mon maistre. j Si TOUS m^avez ( je le dy seurement ) Rien ne ferez, qu^à bon entendement
Couplet de Force.
Force, ou bien magnanimité, M'appelle on: pouroe que je pense ^ Par efibrt de benne équité, Pour tous en géoéralité , A livrer vive résistance.
' Je suis contre vices dcifense , Et puis moult en armes servir.
Pensez donc de moy retenir.
Couplet de Vérité,
A vous je viea en tell intention Que ne ferez rien contre mon vouloir.
Vérité suis, de tell' coudition^ Que je ne fais nulle part mansion, S'honneur de bouche ne m'y fait remanoir. Tenez voz mots , si me voulez avoir.
Par voz vertus faites crier Montjoye:
Et je seray la vostre, où que jrsoye.
Couplet de Largesse.
Grand faict sans moy nd db peut nehever, Ost acquérir , n'acquérir bon rvBom.
APPENDICE 4a i
Qui me reboute, il fait foit à blaimer. Par nmy peut on moalt assembler , Et avoir bruit: qui que le veut ou noo. A TOUS je yien. Largesse m^appelle on.
Je seryiray pour les porres aider, Qui serviront quand viendra le mestier.
Couplet de Diligence.
Diligence , la noble poursuîvande , Suis nommée: pource que tant travaille, Que maintes fois mes fortunes amande.
Dieu me transmet k voz jreux : et vous mande Qu^k le servir sans sommeiller on veille. Et que m'ayei: afin que je réveille Les lasches tueurs : qu^on ne peut émouvoir A travailler, pour tous les biens avoir.
Couplet dE'spérance,
Espérance, guidée de bon vouloir,
D^ardant désir k vous je me présente*
Le grand honneur, la richesse, et Pavoir
De ce monde , conquesterex pour voir.
Nul n^osera devant vous faire attente.
Requérez Dieu, et mettez ferme entente,
D^estre en brief temps prests pour le Torq combatre:
Et vous verrez son gnmd oxgueil abatre .
Couplet de Faillance,
Prince, enllambé de désir pitoyable.
Et vous , nobles , où tont honneur s^ayance ,
Gueurs, tous enflés de vouloir bonnorablt,
Aimans renom, querans œnvre louable,
A vous j^acour en grande ejouissance.
Fille d*honneur suis, et m^appelle on vaillance*
Je vous reqùier qu^on ne me laisse point*
Car, sans m''avoir, grand fiûct ne se £ût point.
Après les présentations de ces douze vertus, faictes par Grâce Dieu à mondict signeur, et nécessaires à la perfection de son emprise, quand les noms et leurs briefs fu-
Aaa APPENDICE.
rent leus, vues, et ouïs en pleine salle, et ea commune audience, atant elle, comme'ayant sa charge parfournîei. et son œuvre parach&vé, d*illeques se voulut retraire. Si prit congé, par la manière qui s'ensui:t^con8eiliant, et saluant mondict signeuf, ainsi ,
Puis ({tt'aiasi est qae je ?ous ai baillée* Gei filles cy, pour vostre parement, Je TOUS requier que soyent recaeillies Par tel moyen, que mieux apareillées Soyent dVntendre k vostro sauyement* A vous les laisse. A Oieu je vous command: A qui prie que brief tous voie faire Chose de nom, et qui luy poisse plaire.
A tant s en retourna Grâce Dieu: et laissa les ium^ qu'elle avoit amenées: et, pource que leur mistére fot achevé, leur furent ostés les brie£s, qu elles portoyentsar leurs espaules: et commencèrent à danser , en guise de mommerie, et à faire bonne chère, pour k feste pin joyeusement parfournir: et cy ensuyvent les noms des chevaliers et des dames de celle mommerie: et premièrement les noms des chevaliers, monsieur de Charolois, monsieur de Qéves, monsieur d'Estampes,, monsieur Adolf de Cléves, monsieur Jehan de Coimbres, monsieur le baslard de Bourgongue, monsieur de Bouchain> messire Anthoine> Bastardde Brabant^ messire Philippe, bastardde Brabant% messire Philippe Pot, messire Philippe de Lalain: et messire ChrestiendeDigoine: et pour les dames, madamoiselle de Bourbon ^ madamoiselle d'Estampes^ madame de Ravastin, madame d'Arcy^ madame de Commines, madame de Santers, madame des Obeaux, madame du Ghasteler, Marguerite: bastarde de Bourgoogne, Anthoh nette, femme de Jehan Bpudaut, et Ysabeau Constaio. Tandis quondansoiten telle manière, les roys-d'armes et heraux, aveques les nobles hommes qui furent ordonnes pour l'enqueste^ alérent aux dames et aux damoysellesi
savoir à qui Von devoit donner et présenter le prix> pour avoir le mienx jousté, et rompu bois pour ce jour: et fut trouvéque monsieur de Cbaroloislavoit gaigné etdesservy. « Si prirent lesoSBciera-d'armes deux damoyselles, princesses ( c'est asavoîr madamoyselle de Bourbon, et madamoyselle d'Estampes ) pour le prix présenter: el elles le baillèrent à mondict signeur de Gbarolois: lequel les baisa, comme il avoit acoustumé, et qu'il est de ooustume: et fut crié Montjoye, monlt-bautement. Tantots après fut aporlé le vin, et les espîces: lesquelles espices esloyent en sept dragœuers, dont la plus^parfestoyent de pierreries» et furent à celle heure criées unes jous|es> de-par monsieur de Cbaroloisy pour Tendemain; lequel s'acompaigua de monsieur le bastard, et de Benetru de Chassa: et se firent nommer, en la dicte criée, trois compaignons aventureux, portans escu violet, et noir.Lesquelle joustes furent trèsbien: et gaigna messire Adolf le prix de dehors: et mondict signeur le bastard le prix ifi dedans: et donna ce jour mondict signeur le duc le banquet à toutes les dames eu son hostd.
K Entre deux et trois heures après minuict, mondict signeuT et sa compaignie, se partirent de la place où ce banquet fut faict:et se retrait chacun en sa chacune. Or, pour ce que je sçai bien que plusieurs ont escrit de celle feste, et que chacun ne peut avoir tout veu, et pourroiton dire que j en parle bien largement, afin que l'on sache que la manière de mon récit et enregistrement est vray, je Tay fait visiter par monsieur de Launoy, et par Jehan Boudaat, principaux gouverneurs des choses dessus-escri^ ies^ et par les maistres^d'hostel de mondict signeur le doc: et, après leur Visitation laicte, et seelée de mondict sigrneur de Lannoy, je Tay osé communiquer. Si supplie Ires-hnmblement mondict tresredouté et souverain signeur, OMmsieur le dqc dessusdict, et à tous ceux qui liront, ou !>yront oeste chose, qu*ik veuillent mon ignorance p^r*
donner, et pa'ib presteut leurs oreilles à eocoater parties. 4e vcens, qui furent faicis à cause de cestuy banquet
Le vœu de monsieur le prince Philij^,
« Je voue tout premièrement à Dieu, mon créateur, et à la glorieuse Vierge Marie sa mère, en-apres aux dames, et au faisan, que^si le plaisir dutreschrestien et tresyictorieux prince^ monsieur le Roy, est de prendre croisée, et exposer son corps pour la deflTense de la foy chrestienne, et résister à la damnable emprise du grand Turq et des Infidelles, et si lors je n'ay loyale ensongne de mon corps, je le senriray, en ma personne, et de ma puissance, aadi^t sainct voyage, le mieux que Dieu m'en donnera la grâce : et , si les afEaiires de mondict signeur le Boy estoyent tels, qu'il n'y peust aler en sa personne, et son plaisir est d'y commettre aucun prince de son sang, ou autre sigoeor, chef de son armée, je à sondict commis obeiray, aodict sainct voyage, le mieux que je pourray, et ainsi que si luy mesme y estoit en personne. Et, si pour ses grans affaires il u'estoit disposé d'y aller, ne d'y envoyer, et qu'antres prineeschrestiens à puissance convenable eniprenuent le sainct voyage, je les y acompaigneray, et mHemplejeray aveques eux à la deffense delà foy chrestienne, le plusavaut que je pourroy: pouvu que ce soit du bon plaisir el congé de monsignenrleRoy, et que les païs, que Dieu m*a commis à gouverner, soyent en paix et seureté. A quoy je travailleray: et me n^ettray en tel devoir de ma part, que Dieu et le monde congnoistront qu'à moy n'aura tenu, ne tieqdra: et, si durant le sainct voyage je puis par qoelque voye ou manière que ce soit, ou cognoistre, que ledict grand turq ayt vpulonté d'avoir à faire à moy, corps à corps, je, pour la dicte foy chrestienne, le combattray, à l'aide de Dieu tout puissant, et de sa tresdouce Vierge mère: lesquels j'appe^e toujours en mon aide. Faict à risle^ }e dixseptième jour de février, l'an de l'incarnation de Xo6^ tr^ Signeur, 1453, signé de la main, Philippe.
Le vœu de monsieur de Charolois,
a Je voue à Dieamon créateur , et à sa glorieuse mé* re, aux daines, et au faisan, que, si mon tresredouté si* g^eur et përe va au sainçt voyage, ainsi qu'il entreprend, et le désire d'accomplir, et ce soit son plaisir que j'y voise aveques luy, que j'y iray, etl^ sçrviray au mieux que je pourray, et sauray faire. »
Le vceu de monsieur de Clèves.
« Je voue aux dames et au faisan, que je serviray moqsieur mon onde, s'illuy plaist, en cas que les afiaires de pion païs le puissent porter. »
Le vœu de monsieur d Estampes.
« Je voiieàDieu mon créateur, et à sa glorieuse mère premièrement, et après aux dames et au faisan, que, si le * plaisir de mon treshonnoré signeur et oncle, est que je voise en sa compaignie au sainct voyage de la deffense de la damnable emprise du giandlurq, et des Infidelles,je Tacompaigneray et serviray de ma puissance: et durant ledict^inet voyage, si je puis savoir, ou congnoistre^ qu'il y ait aucuns grans princes ougrans signcurs de la compaignie dudict grand Turq, et tenans saloy, qui ayent ▼onlonté d'avoir à faire à moy, corps contre corps, deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, ou cinq à cinq, je, pour la dicte foy clirestienne soustenir, les combatray, à laide de Dieu le tout-puissant et de sa tresdouce mère: les^ quels, j'appelle tousjours en mon aide, par* la manière dessusdicte.
Le vœu de monsieur de Ras^astain.
ft Je voue etc. si mon tresredouté signeur et oncle va en 1^ sainct voyage, si c'est sou plaisir, que je seray prest
d aler aveques lay, toat par tout où son plabtr sera. Et si tant est que mondict sig^eur ne puisse aler audiet voya^, et son plaisir iioit'à moy Eaire cest honneur, de moy y envoyer, je m'offire à le servir de mon corps et de ma che* vance^ tant et û-avant, qu'il me sera possible.
Le vœu de monsieur le Basiard.
« Je Anthoine, bastard de Bourgong;ne^ voiie aux dames et au faisan, que, si mon tresredouté sigoeur va en cesainet voyage, j'iray aveques luy, et le serviray de mon corps et cbevance: et, au cas qu*^if n'y voise, et il hiy plaise moj y envoyer, et commander aucune chose sur ce, en quelque manière que ce soit, je m'y empleyeray de tout mon pouvoir, comme tenu y suis: et, des le jour que je partiray, je prèndray une emprise , laquelle je porteray tout le voyage durant, pour combatre un Turq, en quelque manière qu'il voudra requerre: et ceferay sçayoîr en l'hostel du Turq. »
Le vœu de monsieur de Pôns.
« JevoUe premièrement à Dieu^ aux dames et au fai^aa, que, s'ilplaistàmon tresredouté signeur et puissant prîjice. monsieur le duc de Bourgongne, aler encontre le grand Tunf, et autre part sur les Sarrasins, et il me fait tel honneur que j aie en son service, je le serviray de mon corps, tant que ma vie durera, ou qu'il luy plaira. Item y si son bon plaisir n'est que je soye en son service^ je voile à Dieu comme dessus, en demy an prochain venant, qnejeue sejourneray en vile quinze jours passés, jusques à tant que corps à corps j ave combatu un Sarrasin diceluy Turq, ou, d'autre lieu, selon que je le pourray trouver première Taide Noslr '-Dmiic; pourTamourde la quelle jamais ne couchcray en licl le Scimedy jusquen j aye acompli ce i{ue dict est. Faict le dixseplicme de février, 1*53. »
£e vœi£ de monsieur de Charnj,
« Je voue aux daines et an faisan j» que, si mon tresredouté et souverain signeur, iponsienr le duc, entretient le voyage sainct sur les Infidelles,, je le serviray de mon . corps et de mes biens, au cas toutes-voyes que je n'auray maladie, on loyal ensongne de mon corps: et en ce cas, j'y envoyeray huict ou dix geutils^hommes, payés pour un an. »
Le vœu de monsieur de Crqj^^
K Je Anthoine, signeur deCrouy, considéré te vœu qu'a fait mon tresredouté signcur, monsieur le duc de Bourgongne, en ensuy vant icelay, voiie à Dieu mon crea^ teur, aux damesetau fai8an,qu'au casque mondict signeur le duc entretienne son voyage et armée, que sous les conditions contenues en sondict vœu, qu'il a voitéde faire sur les Sarrasins et mécreans, par ainsi que ce soit son plaisir ,^ j*yray avequesluy eten sacompaignie, et le serviray, pour l*honneur de Dieu, en son dict voyage, de mon corp», et à mesdespensy un an entier, sans pource prendre nedeluy^ ne d'autres Chrestîens, aucuns gages ou biensfaicts: et obèïray à luy, ou à eeluy qu*il luy plairra ordonner son lieutenant en ceste partie, en tout ce qn*il luy plaira à moy enjoindre et commander ; en renonçant a toutes vaines gloires, orgueil, et autres choses mondaines, qui en aucunes manières ponrroyent empescher on retarder ce que dessus est dict, et généralement à toutes autres choses, qui me pourroyent survenir, excepté mort^ prison, ou maladie, on anstre empeschement raisonnable, et tel qu'à mondit signeur, et autres princes, sembleroit estre digne et suffisant pour excusa tion, ;et tellement que ce sera au plaisir de Nostre-Signeur, à la salvation de mon âme, et à mon honneur. Tesmoing ceste cedule, signée de ma maini etc. A. de Croy. m
Le vœu de monsieur de Cymajr.
ti Je Jehan de Crouy> signeur de Cymay, foy autel et einblable vœu à Dieu mon créateur, et à sa g^brieuse mère 9 aux dames > et au faisan, qu'à fait monsieur mon frère, et tel que cy dessus est contenu: ety au cas que par maladie ou autre empcschement, qui fust si-^pparent que que chacun congnust que je n y pourroye aler, j'yenroyray huict gentils-hommes de nom, et d'armes > à mes des^ pens, payés pour un an entier, pour servir à l'honneur de Dieu, mondict sigtieur et prince, sous et par la manière dessusdicte. Tesmoing mon signe, cy mis. i. db Crot. »
Le vœu de monsieur de Santés,
<c Je voue à Dieu mou créateur et à la glorieuse Vier{[e Marie, sa douce mère, en présence de treshaute et très puissante princesse, des nobles damoisefies;, qui cy sont, et à ce faisan, que, si le Boy, ou mon tresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne, prendent la croisée, pour résister à la puissance, et contre l'empereur des Turqs, ennemis de la saincte foy chrestienne, je les y setviray en ma personne, l'espace d un an: et, si à l'occasioa de ma vieillesse et foiblesse de corps je a*y pouvoye aler, si y envoyeray je, pour gagner les pardons, et satisfaire aux péchés et deOautes que j'ay par cydevant commises, et moy aquiter de Tobligation que je doy à la fioy de Jesus- Christ à cause du sainctbaptesme^deux hommes-d'armes et deux archers, suffisamment montés et armés: lesqaek jepayeray et soudoyeray, par l'espace d'un an, âmes despens. »
Le vœu de monsieur de Creçuî.
K J'ay ouy et entendu la pitoyable complainte de nostre mère Saincte-Eglise: dont mon cueur a reçu améreet
douloureuse déplaisance: mais, quand jay sceule Tceu de mon tresredouté signeur, celle douleur .8*esl ainsi comme cessée où adoucie, pour le grand espoir que j'ay , qu'aucun bon et sainct fruit s*en ensuyrra: et, combien que chose, que faire puisse, pourroit peu profita et valoir à lalressourse et grande désolation d'icelle, neantmoins pource qu'aveques les grands princes de la chrestienneté> raison est qu'elle soit secourue et servie à sa nécessité, de» moyens et des petis, je voue aux dames et an faisan, que» moyenant la grâce de nostre benoist créateur et de sa benoiste mère, au cas que les besongncs et afEaires de mondict très redouté signeur pourront souffrir qu'il entreprende le sainct voyage dont en son vœu est faicte mention, et il luy plaist moy recevoir en. sa compagnie, je me mettray en son service, à mes despens, en tel estât et compagnie de gentils-hommes^ et autres, que bonnement &ire porrray , selon les biens que Dieu m*a donnéset m'y empleyeray en telle façon, à mon pouvoir, que j'espère que Dieu et le monde seront de moy contens: pourveu toutésvoyes que lors ne soye empesché de mon corps: et, s'il avenoit ( que Dieu ne veuille) j'y envoyeray ,tant de gentils-hommes, comme autres^ en tel e1 si grand nombre, que la figM^ulté de ma chevance pourra porler. »
Le vœu de monsieur de Haubourdin*
« Je voue à Dieu mon créateur, et à sa glorieuse mère, aux dames, et au feisan^ que, si mon tresredouté signeur prend la croisée et va en ce sainct voyage, je le serviray de mon corps et de ma pui^ sance, tout le mieux que je pourray: et, si .mondict signeur avoit ensongne, parquoy il n'y peust aler en sa personne, et il y envoyé aucun de son sang en son nom, je lui serviray et obeîray, comme je ieroye il mondict signeur: et nelaisseray que je ne
43o APPENDICE.
veîse audict saÎBct voyage, en la manière dicte, A mé* haing, on prison, ne m'en détonment: et ne m en retourneray , qne je ne m'y soye empleyé un an dn mmns, si ce n'est poor aucuns grans biens, ou profits, pour h «hrestienté, et par l'exprès commandemoit on ordonnance des princes^ avec qui je seray: et, 8*ii avient que pendant le temps que je seray audict sainct voyage il y ait journée de bataille, je feray tant, au plaisir de Dieu, que Chrestfens et Turqs auront congnoissance de mon nom: et me mettray en mou loyal devoir, sans passer, toatesfois, n'aller hors Vordonnance, faicte et commandée par les princes, si je suis à la bataille on eschelle, à l'endroit où le Turq soit, qae j'aborderay le jour à sa personne: et, si Dieu par sa grâce donne victoire aux efarestiens, et que je puisse veoir que le Turq parte de la bataille pour aoy sauver ( quelquechose qu'il m'en puisse avenir) je ne laisseray la chacc de Iny (si je ne suis mort, ou si fort navrée que je ne le puisse parfoumir, ou que mcm cheval me faille en chemin) jusques je Taye mort, ou prisonnier:», devant que je l'attaigue, il ne se sauve en fortresse, oo par si-fort passage, qu'on ne le puisse passer. )>
Le vœu de monsieur le chancelier de Bourgongne
(( Pource que je j Nicolas Baoulin, obstant mon ancienneté et foiblesse, ne pouroye bonnement aller en personne, an sainct voyage que mon tresredouté signenr, monsieur le due de Bourgongne, entend faire, pour ladeffen» de la foy chrestienne, et ainsi et par la manière qui décbirée est en son vœu sur ce faict, je voue à Dieu premièrement, et après aux dames, et au faisan, qu'en mon lien j*envoyeray, avec mondict tresredouté signeur, en son service, audict sainct voyage, un de mes enfans, acompaigné de vingt-quatre gentils-hommes, armés et montés suffisamment: et les entretiendray à mes despens, tant fC si-longuement que mondict signeur le duc y aéra* ^
Le vœu de monsieur de Bergues.
a Je voile aux daines et au faisan qu'au cas que mon tresredouté signeur le duc voise en ce saincl ToyagCy et qu'il luy plaise que je le serve, je le serviray de ma personne^ en tdle façon que mondict sig^eur le m'ordon*nera:et9si par maladie>ou autre empeschement, je n'y puis aler, j'y enyoyeray et entretiendray douze gentil»compai^ons crannequiniers, un an^ à mes despens. ^
Le vœu de monsieur de Commines.
a Je Jeban^ signeur de Commines, voUe à Dieu et à la Vierge Marie 9 aux dames et au faisan, que, si mon tresredouté signeur, monsieur le duc, va en ce sainct voyage, qu'il a intention de faire pour résister aux emprises du grand Turq et des mécreans, je le serviray par tout où bon luy semblera ( soit par mer, ou par terre ) de mon corps, et à mes despens: et, en cas de maladie» ou d'autre empeschement, si-apparent que chacun congnoisse que je n'y puisse aler, j'y envoyeray quatre gentils-hommes de nom, et à mes despens: lesquels je payeray tant et silonguement, que l'armée de mondict signeur s'entretiendra par-de-là: pourveu que ce soit le bon plaisir de mondict signeur. »
Le vœu de monsieur de Rochefort,
«je Charles, signeur de Rochefort, fay vœu à Dieu mon créateur, et à la glorieuse Vierge Marie, auxdames, et au faisan^ que, si mon tresredouté signeur, monsieur le duc, va au sainct voyage, sur les Infidelles, ennemis de nostre foy, si son bon plaisir est, j yray aveques luy, et l'acompaigneray et serviray de mon corps, et de ma puissance: et^ au cas que mondict signeur n'yra en oedict saincl
voyage^ et mondict iresredoaté signeur et maistre, mon^ sieur le comte d'Estampes^ y va, si c'est son plaisir, j'yray semblablement aveques liiy > et le serriray de mon corps et de ma chevance: pourveu qu'aucan accident de maladie, ou antre, ne me survienne, parqnoy je ne pnisse aler aa sainct voyage: auquel cas j'y envoyerayjûx gentils^iommes, armés et habillés: et les payeray pour un an entier Et si ainsi est que mondict signeur d'Estampes trouve lesdicts Infidelles/qui le fournissent pour son vœu ( c'estassavoir de combattre deux contre deux, trois contre trois, quatre contre quatre, ou cinq contre cinq ) et le plaisir de mondict signeur et maistre est que je l'acompaigne, en ce cas, je seray voulontiers de ceux, qui combatront aveques lajr lesdicts Infidelles, par la manière dicte, et ainsi quemoodict signeur l'entent. »
£« vœu de Jehan du Écisi
^ Je voiîe à Dieu, à Nôstre-Dame, aux dames, et au faisan, que, s*il est ainsi que mon tresrcdouté signeur, moDsieur le duc de Bourgongne^ entreprenne, et voise aa sainct voyage ordonné, pour la deffense de la foy cbrestienne , et que son plaisir soit que je voise en sa compaignie, je le serviray de mon corps et chevance^ et ne labandonneray tant qu'il y sera, ou que la vie me durera: et que, des le jour que parti ray, ne mangeray, par rciidredy, chose, qui ait receu mort, jusques à ce que me seray trouvé embesongné, combattant main à main à un, ou plusieurs ennemis, de ladicte foy./fem, et si mondid tresre douté signeur a bataille au grand Turq, et que la bannière de mondit tresrcdouté signeur, et celle de ses adversaires y soient déployées, et je soye en ma franchise et liberté, sans estre méhaigné, je m'aborderay à la bannière du grand Turq, si je la puis nullement congnoistre: et la trebucheray par terre, ou je mourray en la peine.
Et, au cas que les afTaires de mondict tresredouté signeur ne puissent porter d'y alei* en sa personne, ou il y commette monsieur son fils^ monsieur d'Estampes, ou autre , je le serviray en toute obéissance, comme la personne de mondict sig;neur. Et^ s'il avient que monsieur d'E^^tampes emprende bataille à aucnuprince^acompaig^né de certain nombre de nobles hommes^ et il luy plaise, de sa Qtkce^ moy faire cest honneur, que j'en soye Tun, je m'y empleyeray tellement, qu au plaisir deDieu,deNostre-Dame, et de monsieur Saint George ( ausquels je priequ'ils m'en donnent la gr&ce ) je luy feray honneur. »
Les vœus de monsieur de Boussu, et de messire Phi*
lippe de Lalain,
(( Monsieur de Boussu et messire Philippe de Lalain Touent à Dieu, à Nostre-Dame, aux dames, et au faisan, que, Simon tresredouté signeur^ monsieur le duc deBourgongne, va en .Turquie, à Tencontre des Infidelles, les de«susdicts le serviront bien et loyaument, si le plaisir de mondict signeur est quils y voisent:et du jour qu'ils partiront, ils porteront une emprise, pour en combattre deux: et, si les tiers y venoient, ils en prendront telle aventure, que Dieu et Nostre-Dame leur voudront envoyer. »
Le vœu de messire Claude de Toulong^n,
(( Je voile à Dieu , à Nostre-Dame, et à madame saincte Anne, aux dames, et au faisan, que je serviray mon tresredouté et souverain signeur, monsieur le duc et comte de Bourgongne, au sainct voyage qu il a intention faire à rencontre du Turq, ennemy de nostre fiiy: et le semray du corps, tout le temps qu'il y sera: et des biens, que Dieu m*a donnés, j*y empleyeray tout ce qu'il me sera possible: et, an cas que mondict signeur ait quelque empeschement, parquov il n'y peust aler, s'il y envoyé aucun de sou
sang^, je le serviray, et obeïray> durant le dict voyage, coitime je feroye la [lersoime de mondict sigaear: et; oatre-plus, encontînent que je seray hors des marchcB de pardeça,je porteray une emprise, pour faire atmes^à pie ou à cheval > à l^encontre d'un des gens dndict Turq: laquelle emprise je feray signifier ( si je pois ) en son ost: et tout par le bon gré et licence de mondict signeur : lequel j*en suppliray et requerray : et, si celny, qui voudra lever madicte emprise > ne me vouloit venir combatre devant mondict signeur, ou son commis, je l'iray comh^tre devant le Turq, moyennant que je puisse avoir bonne seurtê.
Les vœus de messire Chrestien et de monsieur Eçrard
de Digoi'ne.
* « Nous Chrestien et Evrard de Digolne , frères, chevaliers, vouons à Dieu, à la behoiste Vierge Marie, aux dames, et au faisan, que, si nostre tresredouté signeur, monsieur le duc de Bourgongne, va au sainct voyage contre les IdfidelleSj nous irons aveques, et le servirons de corps et avoir: et, sHl avient que nous nous trouvions en bataille aveques les Infidelles, nous ferons nostre pouvoir jus la première enseigne, qui apperra des ennemis: et de cèlerons si-grand devoir, qu'il ne sera point dit, que nous n'en ayons faict nostre possible. Et, s'il plaisoit à nostre tresredouté signeur, monsieur d'Estampes, 'de nous faire cest honneur, et grâce, que nous fussions deux de ceux dont il s'acompaignera pour fournir aux armes de son vœu, nous le servirons tellement, qu'au plaisir de Dieu, luy et tous autres devront eslre contens. Et, entre, je Chrestien de Digoine, voiie comme dessus, que, s'il plait à mon créateur et à sa glorieuse mère, moy faire tant de grâce que je retourne, je repasseray par trois royaumes chrestiens: dedans lesquels je porteray emprise, pour faire armes à piè et à cheval, (c
« Sur quoy finit ledict banquet, et lesdicts vœus.
APPENDICE. '43.'i
La destruction finale de l'empire grec par les Turcs excita alors une profonde douleur dans toutes les âmes généreuses, mais on se contenta de plaindre les Grecs sans rien faire d'etlioace pour les venger. Auj ourd'hui qu'après un pénible sommeil la Grèce se réveille enfin, et recouvrant le sentiment de ses forces a couru aux armes pour venger son ancien opprobre et reconquérir ses droits, les peuples sympathisent avec elle, mais les gouvernements chrétiens trahissent sa cause, et elle aura seule l'honneur entier jde son affranchissement. Tout ce qui peint le sentiment produit en Europe par la conquête de Constantinople on i453, reçoit un nouveau prix des événement présents. Je me contenterai de rapporter une des pièces de cîrconst^ces comjjosées alors par un homme célèbre à la fois comme chroniqueur et comme poète, maître Jean Molinet, dont j'ai cité l'épitaphe page IX et X de.ma notice sur G. Chastellain son maître en style historique comme en style poétique. Voici le morcaeii.
uGy commence la complaincte de Grèce.
œMPLAlNTE DE GRÈCE.
uQuerans consoler Vesperit de mes yeux, trop amusés lecture ancienne^ jectay mon regard au miroir du monde présent ou tant de glorieuses et haultes faces se mirea que les ymages y demeurent emprainctes a jamais donnant vif exemple aux regardans, dont moy voyant la fa^ çon du miroir tant estrange exemple et tant de divers et sumptueuxalours de multitudes dedames que se paroient Cboby entre les autres trois roynes de haoll pris de qui la renommée volloit par le monde univers. La première, qui les autres precedoit par excellence, sembloit être trèa
chrétienne en cueur^ prudente en ses faictz, paisible en vision, et courtoisie* en parler. Et sembloit bien que Dieu en elle seule trop plus que les autres avoit departy de sa grâce divine ; car elle avoit le chef sainctifié par miracle, couronne sacrée oinçte de précieux oiçnement, resplandissant en gloire et avoit vesture de couleur semblable au ciel, et ne sçavoit on sur elle que rëplîcqoer sinon que ses envieux murmurant en derrière disoyen^ que combien qu'elle f ust sage bien vestue au moins elle qui se nommoit Espaigne partout avoit la queue de sa robe bordée.
(( La seconde i*oine estoit belle de viaîre comme uug ange fort membrée, pleine de sang, ridie d'argent tt de vesture: mais sembloit fiere de courage^ prompte a tensons et a noyse, et pource Tavoit Dieu séparée arrière des autres en ung anglet déterre dentelle porte le nom en soi deshongnant loit a elle même comme fumée et très mal a sa paix. Et moy. voyant sa manière lunaticque, perceuz-cn elle de grant admiration ne scay si javoie la vue troublée ou si la glace du miroir en quov elle se polioit estoit doublée: mais elle n'avoit que ung seul corps et sembloit avoir deux chefs regardans et contredisans Tunga Tautre: car l'ungéloit (fe nouveau resours en gloire parle réal dyadesnie^ et lautre a Topposîte esloit trebusché au val de misère et plongé en amertume par les soufflans vens de fortune que lui ont reversé ses voilJes. «La tierce royne qui loingtaine des autres se tenoit, sembloit bien avoir esté de haulte auclorité jadis, car elle portoit les sept ars libéraulx eu la bordure de sa manche escri pt eu lettre grecque quideviso} eut comme elle avoit esté la mère de philosophie et nourrice de toute science, celle quiautresfois avoit assailly le tr^hault Lyon, enflembëla très noble cité troycunc, et depuis soubmis tout le mond»^ a son sceptre, et maintenant en ses vieilz jours étoil h plus reversée et toute comme désolé», en partie est faie e
serve à ung dragon ayant sept tètes abominables qui tout raby sifflant entour délies béant la gueule pour l'engloutir. L'avoit envetiimée de plusieurs membres et ravy de son chef a force de graux sa très noble couronne impérialle. Dont moi voyant û excellente royne en si ruineux estât flagellée, prins oongnoissance du mystère et conceuz tantôt que c'étoit lapovre Grèce oppressée des Turcs infidelles laquelle toute plongée en larmes gémissant douloureusement, respandit par les aers ses piteuses lamentations.