‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 45 sur 109 · CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLL

Comment messire Jacques de LàLAiir fut PBSTOvé lvi

ET SES GEJN'S DU ROI DE PoRTUGÀL, EN SON l'iLàlS, OU ÉTOIENT PLUSIEURS PRINCES DE SON SANG ET LIGNAGBt

Quand deux jours furent passés après ce que messire Jacques de Lalain eut été à cour, volonté prit au roi de Portugal de tenir état, et tenir salle, en intention de festoyer messire Jacques de Lalain. Si commanda à ses maîtres dM^ôtel qu'ils fissent et ordonnassent un très beau et splemnel dîner, auquel

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dîner rinfant don Pedro duc de Coïmbre bailla Teau au roi à laver. Les maius lavées, le roi s'assit au milieu de la table, et à la dextre du roi fut assis le duc de Coïmbre, et au coté séneslrc du roi, fut assis messîre Jacrjues de Lalain. Si fut à ce jour servi le roi de Portugal moult hautement et richeroent^ car à chacun des mets qui étoîent apportés à la table venoient au devai^t des plats, sonnans et menants grand bruit, trompettes et menestreux ,]roi,s d^armes, hérauts, et poursuivants, chacun la cotte d'armes vêtue des armes du roi, et des princes qui là éloientprésients, tant du sang royal comme d'autres, qui étoit moult belle chose à voir j et n'étoit nal de ceux de l'hôtel du roi, de quelque état qu'il fût, qu'il ne s'eflTorçât et mît peine de festoyer messire Jacques de Lalain et ses gens: des mets et entremets, de quoi le roi fut servi, ne vous ferai long

conte. •

Le dîner accompli, le roi se leva de table, grâces furent renduesà notre Seigneur, puis leroi prit mesure Jacques de Lalain par la main^ si se tira vers Tone des fenêtres du palais ^ là eut le roi plusieurs tlevises à messire Jacques, lequel tant arréement fit ses réponses au roi selon ses demandes, que|e roi étoit moult content de lui, et le louoit et pri^oit fort en son cœur , et moult se contentoit de lui. Après toutes devises, le roi et chacun se retrait (retira) Puis <{iiand ce vint ainsi comme à heure de vêpres après situer, le roi se retira vers les dames, où messire Jacques de Lalain vint, et fit la révérence au roi i^tà la reine, comme bieu le sçavoit faire. Lors eu-

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commencèrent les danses; le roi dansa, et mena la reine; puis après ce qu'il eurent accompli cette danfie, le roi prit la reine par la main, appela messire Jacques de Lalain,et dit: « Messire Jacques, li vous convient mener danser la reine. » Messire Jacques remercia le roi, et aussi fit-il la reine de Tbonneur qui par eux lui étoit fait. Si encommença la danse de toutes parts parmi le palais; là étoient méuestreux jouants de plusieurs et divers instruments mélodieux^ tant que grand' joie étoit à les voir et ouïr. Moult grandement fut festoyé messîre Jacques de Lalain, du roi, de la reine ^ des princesses , dames etdamoiselles qui à ce jour étoient au palai Puis aplrès toutes danses et festoyemens, vins et pices furent apportés à la manière accoutumée, prit messire Jacques congé du roi, de la reine, et des dames, et s'en retournèrent chacun en son logis. Ainsi mo^sire Jacques fut festoyé du roi et de la reine de Portugal si grandement, lui et ses gens, que plus il n'eut sçu souhaiter. Si aviut que volonté prit au roi et à la reine d'aller chasser, et eux ébattre aux champs; si mandèrent messire Jacques de Lalain, lui et sa compagnie, poury venir, comme par plusieurs fois il avoit fait «durant le temps que messire Jacques avoit là séjourné, où. il fut environ treize ou quatorze jours; et tout ce fut pour le festoyer et faire honneur, tant polir l'honneur du duc de Bourgogne comme pour l'amour de lui, tellement que le roi, la reine, princesses, dames et damoiselles s'eiTorçoient tous et toutes à leur pouvoir d^ lui faire honneur et fcte; et tant lui en £ajsoieDt,

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qu'icelui messire Jacques de Lalain ne sçavoit assez remercier le roi, la reine, princes, princesses, barons, chevaliers, dames et damoiselles de ce que fait lui avoient,et s'efibrcoient de faire chacun jour. Sî avisa messire Jacques, que plus ne pouvoit Élire séjour en Portugal, selon le jour et terme qui lui avoit été baillé de par le roi de Castille, pour retourner faire et accomplir ses armes. Si vint un jour devers le roi de Portugal et la reine, et les remercia moult humblement des grands honneurs et réceptions qui faits lui a voient été par lui, la reine, princes, princesses, barons, chevaliers, dames et damoiselles, et de tous les nobles de son royaume, et des grands chères qui faites lui avoient été en passant parmi son royaume; laquelle chose il n'attribuoit point à lui, mais le tenoit être fait pour Famour de son souverain seigneur, monseigneur le duc de Bourgogne, auquel, moyennant la grâce de notre Seigneur, à son retour, il Fen reroerderoit grandement. Lors le roi répondit et dit: « Messire Jacques, croyez certainement que pour Famour de notre bel oncle le duc de Bourgogne, et notre tante la duchesse son épouse, nous et les nôtres voudrions à notre pouvoir complaire, et faire service et honneur à tous ceux qui en leur nom viendioient par deçà; et après eux, devant tous les chevniers, qn^avons vu en notre royaume , vous voudrions faire plaisir, et bien voudrions que plus en eussions sçu fiùre. Vous êtes gentil chevalier, vous prendrez en patience ce qu'avez trouvé par deçà, car nous voyons qu^en vous a tant de vertus, que digne êtes dt les avoir. »

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