‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 46 sur 109 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

CoÎNMElIT àPRÈS TOUS PESTOIEMEIITS MESSIRE JacQÙBS

dle Lalain prit congé du roi et de tous les PRIircfSÀ^ ET s*Eir partit et vikt en Castillb^ ou le roi tE Castille le reçut moult honorablement en sa '

YILLÉ DE VaLDOLIT (VaLLADOLId).

(juAfïï) méssire Jacques de Làlain ouït ainsi parler lë roi, et tant àmiablement, il se mit à un genouit et le remerciai de Thonneur qu'il lui faisoit» en lui offrant son corps; ses biens ^ son service et ceux de son tigtiage, si par lui en étoit fequis, pour faire et obéir à tous âes bons commandements. Le roi le prit par la main; si le leva, et luidit: « Messiîë Jacques^ levez vous sus, trop d'honneurs ni de biens ne vous peuvent être faits; je prie à Dieu, qu'en Vous du demeurant il veuille parfaire. » Et ainsi pHt congé messire Jacques de Lalaîn du roi et de la reine de Portugal, des princes, princesses^ chevalier^ et ét;uyërs; damés et damoisclles de la cour. Plusieurs pi*és)ihts lui furetit présentés, comme gietie^ beaux t:oul*sierâ, mulles et muUets; mais oncques il ii'eti Voulut rieii prendre, fors seulement , du roi et de Tinfânt doh Petre, et de la reine de Portugal , ub riche collier d'or de Fordre de Portugal garni de diatnailtSj rubis et perles, duquel dbn il remercia moult grandement le roi, la reine et les princies. Après lé congé pris, et que les

liBSSIRE JACQLES DE LâLAIN. i5i

Tins et épices eurent été apportés, il se départit lui et sa compagnie, et vint en son hôtel accompagné comme toujours avoit été par les gens du roi. Si furentpar les maîtres d'hôtel du roi pajés et contentés Fhote et l'hôtesse de messire Jacques ; et furent tous deffrayés, et que là et ailleurs hii et ses gens pourvoient avoir dépendu. Si furent baillés àcelui Jacques de Lalain de par le roi, gens pourle conduireet gui^ derpar tout son royaume. Cette nuit les gens dcroessire Jacques s'apprêtèrent, troussèrent et baguèrent pour le lendemain matin partir; laquelle chose ils firent; car quand ce vint le lendemain , après ce que messire Jacques eut ouï sa messe, lui et ses gentilshommes se partirent de la \ille de Eure (Evora), et se mirent à chemin, et avec eux gens commis de pmr le roi de Portugal, qui les conduirent et guidèrent, jusquesàce qu'ils entrèrent en Çastiile,et illec (là) prirent congé de messire Jacques qui le.s remercia moult grandement, en leur priant très instamment qu'en la grâce du roi et de la reine ils le voulsissent (voulussent) avoir pour recommandé, laquelle chose ils promirent de faire.

Après le département d'eux, messire Jacques et ceux de sa compagnie chevauchèrent tant par Castille, qu'ilarriva en la ville de Yaldolit (Yalladolid) en Castille,oii la journée lui étoit assignée à faire armes et accomplir le contenu de ses chapitres» à TeDConlre de messire Diego de Gusman; et lui étant arrivé en son logis, le roi de Castille envojra par devers messire Jacques de Iialain, plusieurs chevaliers et écuyers, et entre les autres il envoya

1 5a CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

un baron nommé raessire Jean de Lune^ et yidtent devers celui messire Jacques, et lui dirent qu'ils étoient là venus pour raccompagner à venir par devers le roi de Castille. Quand mèssira Jacques eut ouï par eux la cause de leur venue, il leur répondit qu'il étoit prêt de faire et obéir au bon' vouloir du roi. Lors lui et ses gens tous prêts montèrent sur leurs chevaux, et tous ensemble vinrent devefs le palais du roi, aiusi accompagnés comme vous avez ouï.

Quand il fut là venu , il fit la révérence au rO(i, et le roi à lie chère le reçut, et lui fit grand recueiliotte (réception) en lui disant? « Messire Jacques de Lalain, vous nous soyez le très bienvenu: je cuidè (crois) qu'assez sçavez, que de long temps a. été accoutumé quand un chevalier d'étrange paj» vient en aucuns royaumes, ou lui baille, comme rai^ son est, gens notables pour le conduire et conseiller; nonobstant que nous vous sçavons être bon et sage, et avec ce être bien introduit, sachant le métier des armes; si vous baille pour vous accompagner, Jean de Luiie, qui est ici, pour du toutvotisj servir, comme en tel cas appartient en toutes les manières qu'il pourra; car ainsi nous plait-ilêtre fait, et voulons qn^il soit. » Lors se mit messire Jacques à un genouil à terre, si remercia le roi, puis furent apportés vins et épices: si prit tantôt ïtprès icelui messire Jacques congé du roi, et fut conduit jusques en son hôtel , où il fut l'espace de trois semaines avant ce qu'il sçût le jour que les armes se dévoient faire: niais à la fin le roi lui manda

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^ar aucuns de ses chevaliers le jour qu'ils devoieni faire leurs armes, et que pour ce il s'apprêtât

Quand messire Jacques ouït ceut qui venus éloient de par le roi lui signifier le jour, il leur répondit et dit: « Seigneurs, sachez que pour ce faire j*ai pieça été prêt , et désirant de faire et accomplir la cause pourquoi je suis ici venu. » Là étoient plusieurs rois et hérauts d'armes auxquels il dit: « Seigneuts, vous sçavez, et avez vu mes chapitres, lesquels contiennent qu'on ne me pouvoit, .ni devoit retarder plus haut de six semaines: no-^ nobstant ce, je veux faire tout le vouloir et bon plaisir du roi, et serai prêt au jour que vous m'avez assigné. » Quand les rois et hérauts d'armes eurent ouï la réponse de messire Jacques de Lalain^ils prirent congé de lui, et retournèrent devers le roi pour faire leur rapport de la réponse que messire Jacques leur a voit faite, de laquelle réponse le roi fat moult content; et disoit en la présence de ses barons, que si celui messire Jacques pouroit vivre! longuement, les apparences étoient en lui de parvenir à haut honneur, et exaltation de ses parents tet amis.

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