‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 50 sur 109 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Comment les deux chevaliers, APaiss ce qu'ils fureat

PARTIS HORS DES LICES > ET CHÀCUH DEUX VENUS EN LEURS HÔTELS > EUX DÉSARMÉS DINERENT ENSEMBLE, PUIS ASSEZ TÔT APRÈS FIRENT PRÉSENTS l'uN A l/ AUTRE, QUI FURENT MOULT HONORABLES.

A.PKÀS que les deux champions se furent partis et allés hors des lices, le roi, la reine, et tous ceux qui es échafiauds étoient, descendirent en bas, et allèrent chacun en leurs hôtels^ et messire Jacques de Lalain alla descendre en son logis, accompagné de ses gens, et d^autres plusieurs chevaliers et écuycrs, tant de ceux de i'Iiôtel du roi, comme de ceux de Tambassade de France, lesquels à Feutrée il remercia moult de fois de Thonneur que fait lui avoient Puis quand ce vint que messire Jacques fut désarmé et rafraîchi en son logis, le connétable de Castille fit ordonner et faire un souper, où il fit venir les deux champions et grand^ foison d'autres barons et chevaliers, qui les accompagnèrent Des mets et entreraents desquels ils furent servis, ne quiers à parler^ car tout ce que pour ce jour on put trouver, pour or, ni pour argent, rien n'y fut épargné, le souper dura grand' espace Puis le souper accompli se levèrent tous de table, et après grâces rendues, se mirent tous à deviser. Après toutes devises faites, vin et épices furent

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apportées, et prirent congé du connélable^ mais toutefois quand messire Jacques se dut partir d'icelui souper, Diego de Gusman se passa assez légèrement de prendre congé à celui messire Jacques. Si revint en son hôtel, où il séjoui*na et demeura deux ou trois jours, sans s'en partir, pour ce que dit lui avoit été qu'il n'étoit pas trop bien content de lui; et la cause, il ne sçavoit pourquoi. Or advint que le lundi après en suivant, celui Diego deGusman envoj^a requérir messire Jacques, qu'il lui voulsit (voulût) fournirquatre lances, ainsique contenu étoit en ses chapitres. Sur quoi messire Jacques répondit, qu'il s'en altendoitàla bonne ordonnance du roi, et qu'il étoit prêt et appareillé de ce faire. De laquelle requête faite par celui Diego de Gusman à messire Jacques, le roi en fut averti, et lui fit dire qu'il n'en parlât plus, et qu'il fut content de ce que le roi en avoit dit le jour qu'ils firent les armes de pied: si n'en fut lors plus parlé. Et avec ce fat dit à celui de Gusman, que de ce qu'il en avoit fait, et le mal content qu'il avoit montré à messire Jacques, le roi ne l'en sçavoit gré. Pour laquelle chose et pour apaiser le courroux du roi, au bout de six jours ou environ, Diego de Gusman, accompagné de son frère le comte de Gusman et de plusieurs chevaliers et écuyers, vinrent par devers messire Jacques, et là firent très bonne chère. Tellement qu'icelui Diego de Gusman dit au dit messire Jacques: «Monseigneur mon frère et mon ami, quelque chose qu'il soit, ni qu'on vous puisse avoir dit, ou rapporté, mon frère et moi et tous nos parenis et

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amis sommes du tout à votre commandement, pour à vous et aux vôtres faire service et plaisir: car je vous sçais être si gentil chevalier et si bien renommé, que tous, chevaliers et écuycrs sont tenus de vous faire tout honneur^ et en ce Misant ne pourroient fors acquerre bonne louange. »

M essire Jacques de Lalain oyant ainsi courtoise ment parler celui Diego, le remercia moult humblement eu lui disant: « Monseigneur mon frère et mon ami, du grand honneur et plaisir qu'il vous à plu faire à la maison d'où je suis, de moi avoir délivré de mon emprise , je vous en mercie; si croyez certainement, que nous de notre maison de Lalain, ensemble nos parents et amis, et moi spécialement suis et serai tenu et obligé toute ma vie à vous et auï vôtres. » Après ces paroles, s'entrebrassèrent les uns et les autres par plusieurs fois, et firent moult grand' chère, et eurent plusieurs devises eux tous ensemble; et tellement se contentèrent tous de gracieuses devises, et de grand' humilité qui étoit en messire Jacques de Lalain, qu'assez n'en pouvoient avoir parié, tant étoient contents de lui. Lors furent apportés vins et épices: si en prirent et en burent l'un avec l'autre; et assez tôt après Diego deGusmanfit amener un beau courser couvert d'une couverture de satin cramoisi: si k donna et présenta à messire Jacques de Lalain, qui le reçut moult licment, et en remercia cehii IKego; si prirent congé l'un à l'autre. Puis quand ce vint le lendemain au matin, messire Jacques de Lalain qui étoit large et doiirtois, conuoissant la

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couttoisie que lui avoit fait Diego dé Gusman, fit appareiller un moult beau destrier, lequel il fit en* seller et couvrir d'une riche houssure de velours bleu, toute chargée d'orfèvrerie, et la selle de velours vi<ftet; lequel destrier fut présenté par Pun de ses écuyers, avec un héraut nommé LuxenJ)ourg, à celui de Gusman, qui le reçut moult liément, remerciant son frère et compagnon; duquel présent et don il fut moult joyeux*

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