CHAPITRE LV
COlOCeilT MESSIRE JACQUES 1>E LàLAlN» MESSIRE SlMO^ DE LaLAIH son OBCLE, ET HERVé BE MÉKIÀDECQ COM- BÂTTIBEST ES LICES TROIS CHEVALIERS EcOSSOIS DE-
TINT LE ROI d'Ecosse > et en partir ekt k leur très
CRIND HONNEUR.
Quand les six champions furent prêts et appareillés d'issir hors de leurs pavillons, en attendant les criSy défenses et ordonnances accoutumées de faire au champ clos» incontinent furent faites et publiées aux quatre cornes des lices, Its défenses de par le roi d'Ecosse, à son de trompe, par trois fois; en la fin duquel son, issirent hors de leur pavillon les dits de Lalaiu et Mériadecq, armés, embâtonnés de tous leurs bâtons, et cottes d'armes vêtues; et étoit messire Jacques de Lalain entre son oncle roessirc Simon et Mériadecq. Lors les Écossois issirent hors de leur pavillon, armés et embâtonnés, chacun d'eux sa cotte d'armes vêtue; et étoit messire James de Douglas entre compagnons : et ainsi moult fièrement et de grand pas marchèrent les uns contre les autres; qui étuit moult belle chose et plaisante à voir. Et quand ce vint à rapprocher, pour ce que le seigneur de Haguet étoit du coté de messire Simon de Lalain, le dit Mériadecq voulut croiser par devant messire Jacques de Lalain pour aller com-
battre le seigueur de Haguet, quand messirc Simon de Lalain dit tout haut; «Chacun se tienne ainsi qu'il est ! d Et en ce point s'approchèrent pour combattre. Lors les dits de Lalaiin et celui de ]\f ériadecq jetèrent leurs lances derrière eux, ainsi que *Gonclu avoient. Puis prirent leurs haches, et de grand' puissance encommencèrent de combattre, et férir sur les Écossois, lesquels se défendii*ent de leurs lances.
MessireJamesde Douglas secombattoitde sa lance; mais elle ne lui demeura guères au poing: si prit sa hache et en combattit un peu et non guères, car messire Jacques lui fit tantôt perdre, comme ilavoît fait sa lance. Et celui messire James, mouh irê et troublé de soi ainsi voir désarmé de sa lance et de sa hache, moult vivement et tôt prit sa dague, si en cuida férir messire Jacques au visage, qui se coidbattoitsans visière et à visage découvert: mais messire Jacques, le voyant venir et approcher de loi, moult vivement de sa main senestre le bouta arrière et le fit reculer. Nonobstant ce celui messire James s'efforçoit de tout son pouvoir pour le cuidier férir au visage. Lors messire Jacques jeta jus sa hache, et de sa main senestre prit celui messire James pat le vuide de la pièce, et le tenoit si fort qu'il ne pouvoit approcher de lui; et de sa main dextre tira son épée qui éloit un étroit estoc, et le prit au plus près de la pointe pour en cuider (croire) faire dague, car il avoit perdu la sienne et ne sçavoil comment; etdient les aucuns, que celui qui lui devoit bailler ne lui bailla point. Et ainsi comme il cuidoit (croyoll)
Taire dague de sa dite épée, commç dit est, il en cuida férir ledit messire James par le fond de la main de laquelle il tenoit la banière; et en cuidant férir, le dit estoc lui coula hors de la main, et demeura sans bâton (arme). Et quand il se vit débâtonné, mouh tôt et vivement il prit le dit messire Jamc^ à deux mains, par le vuide de sa pièce, et de puissance de bi*asle(ît démarcher et reculer jusqucs devant le hourt du roi d'Ecosse^ et par deux fois le leva eu haut, le cuidant(croyant) porter par terrc,et de fait le mit à la grosse haleine^ et y eut bien raison, car celui messire Jattes combattoit en bassinet, la visière fermée; et ledit de Lalain étoit sans visièie, parqaoi il avoit son haleiue tout à délivre, et celui mesrire James avoit tout le contraire; et bien y parut, après que le roi eut jeté le bâton, quand on lui leva sa visière.
Or doncques lairons ester ^'^ la bataille des deux champions et retournerons aux autres. Si dirons comment messire Simon de Lalain se gouverna à rencontre du seigneur de Haguet, et comment, comme par ci devant est dit, celui seigneur de Haguet assembla (attaqua) et commença à combattre de lance, où il se fioit moult: mais guères ne lui demeura, car messire Simon, qui étoit chevalier adroit, fort et hardi, et très expert en armes, tôt et vivement lui fit perdre sa lance; puis eux deux vinrent aux haches, dont ils férirent de grands coups Tun sur Tautrc^car tous deux étoicnt grands «
(i) Sai)& iious eH occuper . de Stitic J. A. B
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bien fournis de corps et de membres, etbiensembloientà les voir, chevaliers de haut affaire; et bien le montrèrent à celui jour. Le seigneur de liaguet avoit grand' force, et bien le montroit ani grands coups qu^il ruoit sur messire Simon de Lalain, lequel messire Simon les sçavoit bien recevoir de sa hache, et au frapper de grands et horribles coups, quand il véoitson coup etquMl étoit heure decc faire: car sur tous hommes étoit atlempré, duit (élevé) et appris de bien sçavoir faire écbaufier son homme.
Moult longuement et en grand espace se combattirent, et moult vaillamment Tun contre Tautre: mais ne demeura guères; de grand' bâte et ardeur que le seigneur de Haguet avoit de férir et outrer messire Simon de Lalain, si s'ençommença à lasser» et perdre force et haleine. Messire Simon, qui étoit imaginatif, froid et attempré (calmé), voyant que temps et heure étoit de soi montrer, encomraença moult vivement et moult rudement à férir d'estoc et de taille, et à pousser de grand' force de la hachequ'il tenoit; et tant coitta (presse) et oppressa le seigneur de Haguet, que par le pousscment de sa hache le fit reculer et démarcher au long des lices. Et si la bataille d'eux deux eut eu plus de durée, celui seigneur de Haguet, comme chacun pouvoit voir et connoîtrc, en eut eu du pire; et ainsi lui en fut avenu, si par le roi n'eussent été pris sus.
Ores nous convient parler du vaillant et noble écuyer Breton Hervé de Mériadecq, lequel à ce jour s'aborda, etcombatlit messire James de Douglas, cousin prochain du comte de Uonglas, lequel étoit très
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grtitil chevalier, bon corps et habile;ils assemblèrent et abordèrent Tun à Tautre. Le chevalier écossois baissa sa lance ,^et cuida (crut) férir le dit Mériadecq, dV'Stoc au visage^maisil faillit, et l'atteint (atteignit) sur la manche de la cotte d'armes, au bras senestre; et en soicuidant appujer sur son coup, salancccoula sur Tavant bras, et le dit Mériadccq eutra vivement dedans lui, et d'un coup de hache lui donna sur la joue du bassinet, et le porta jus tout étourdi et étendu, le visage dessous. Lors le dit Mériadecq voyant son adversaire par terre, pour ce que par les chapitres chacun pouvoit aider ses compagnons, il regarda devers eux en intention d'eux aller aider, si mestier (besoin) eut été. 11 perçut que messire James de Douglas,qui étoit vite et habile, é toit déjà sur ses genoux etprès relevé. Lors il retourna sur lui, si pritsa hache àdeux mains,etdel'ance(manche)d'icelle1e rebouta derechef la tête en terre, et de ce coup lui donna de la peine parmi son derrière, et le fît cheoir tout étendu; et est vrai que s'il eût contendu à le détruire de son corps, il en étoit bien en lui; et légèrement Teût pu faire, car les armes étoient à outrance: mais nulle desdeux fois qu'il le vit par terre, il n'y voulut toucher; qui fut noblement fait, et lui dcvoit être réputé à grand honneur. Derechef le dit Mériadecq regarda après ses compagnons, et marclia pour eux aller aider, ce que point n'a voient besoin; et aussi vitement messire James de Douglas se releva .sur pieds, sa hache en sa main, et le dit Mériadecq retourna contre lui, et combattirent longuenieut depuis, et furent pris en combatiant par le;
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assez longue espace, où ils furent très petitement reçus, et ne voulut le roi d'Angleterre donner congé à nul de son royaume pour faire armes à Pencontre d'icelui messire Jacques et ses compagnons, lesquels quand ils virent la petite recueillotte (réception) qui faite leur avoit été, ils se partirent de Londres et se mirent en mer au portdeGravesans (Gravesend), où ils eurent bon vent: parquoi en peu d^espace de temps il arrivèrent au port de PÉcluse en Flandres, où ils séjournèrent et se rafraîchirent une espace: puis après s'en partirent, et vinrent en la ville de Bruxelles, où pour lors étoit le duc de Philîppe de Bourgogne, qui les reçut moult joyeusement et leur fit très bonne chère, comme raison étoit, car bien leur étoit due. Si furent long temps à deviser avec le duc, et racontèrent de leurs avantures, ainsi et par la manière comme par ci-devant avez ouï. Le duc moult joyeux de les avoir ouï, leur fit moult grandVhère, et recueillotte (accueil), et ainsi firent tous lesprinces, comtes, barons, chevaliers et écuyers desacour; etpareillement furent reçus delà duchesse de Bourgogne en très grand^joie et liesse, et de toutes les dames et damoiselles de sa compagnie. Après tous festoiements, et aucuns jours passés, vinrent nouvelles en la cour du duc, quMI s'étoit parti du royaume d'Angleterre un gentil hommes natif d'icelui pays, nommé Thomas ^'^ lequel venoit à intention de faire armes à Pencontre de messire Jacques di^ Lalain.
(3) Cette joùtr est égaJement rédigée d'après les procès-verbal ai Saint Bemy parmi If s manuscrits du roi ^.\\5. J. A. B.
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