‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 60 sur 109 · CHAPITRE I.V1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I.V1I

Commeut vinrent nouvelles qu'un gentil-romme d'Angleterre étoit passé là mer en intention de

FÂIHB ARMES k l'enCONTRB DE MESSIRE JàCQUES DE

Lalain.

Le duc et les barons de sa cour , et inancroent messire Jacques de Lalain, furent moult joyeux de ce que celui écujer angloîs avoit récrit et mandé, que son Yoaloir étoit de faire et accomplir les armes devant le duc, ainsi et par la manière comme il étoit contenu es cbapitres d'icelui messire Jacques; c'est k sçavoir qu'un chacun sera armé de tels harnas qu'il est accoutumé de porter en lices, et de combattre débâche, etd'épée, tant et si longuement que Tun des deux soit porté par terre, comme plus ^ plein est déclaré es dits chapitres. Si vint, etarri\a celui écuyer angloîs dans la ville de Bruges, et vint descenilre au logis qui pour lui étoit ordonné. Pour laquelle venue messire Jacques de Lalain fut jojeux de tout son cœur, désirant de tant faire, qu'il fut mémoire de lui et de ses hauts et vertueux faits, et afin que tous nobles Tensuivissent, et prissent exemples à lui et à ses œuvres. Si pria et requit au duc son seigneur, en lui demandant licence et congé, que son bon plaisir fut qu'il pût faire et accomplir ses armes à Tenconlre de TcGuyer anglois, se*

aro CHRONIQUE DtJ BON, CHEVALIER

Ion le contenu en ses chapitres: car celui Anglois étoit venu en son pajs à la requête d'icelui de Lalain. Le duc libéralemetit lui accorda, et promit d^êtreleur juge, et leur fit assigner jour, et aussi leur fit faire et ordonner les lices où leurs armes se dévoient (aire, bien et honorablement

Quand le )our^ qui assigné leur étoît, fut venu, les deux champions se préparèrent chacun <le son coté, pour faire et accomplir leurs armes; en spécial messire Jacques de Lalain fut le premier entrant èslices,pour ce qu^à son emprise celui Anglois devoit faire les dites armes à Fencontre de lui Lors le duc, moult grandement accompagné, monta dessus le hourt (échafaud)^ qui pour lui étoit ordonné et appareillé, ensemble avec lui plusieurs grands seigneurs, chevaliers etécuyers: et auprès, tenant à son hoart, étoit la duchesse de Glèves, la comtesse d^Étampes, et autres plusieurs grandes dames et damoiselles; et es dits hourts et fenêtres des maisons d'entour les Uces étoient plusieurs étraagers. Puis tôt après, messire Jacques de Lalain sçachant le duc ctie venu, entra dedans les lices grandement accompagné de cbevaliers et écuyers, tant de ceux delà cour du duc, comme d'autres; c^esti sçavoir ses deux oncles le seigneur de Créqui et le seigneur de Montigny nommé messire Simon de Lalain, par lesquels et autres notables seigneurs étoit conseille. Quand celui messire Jacques fut entré dedans les lices, il passa devant le hourt du duc, si lui fit la révérence et aux dames et damoiselIes,qui là

MESSIRE JACQUES DE LALAIN. a 1 1

êtoient: puis passa outre et vint en son pavillon pour soi armer. ^

Assez tôt après entra l'écuyer Anglois, qui pareillement en passant par devant les hourts fit la révérence au duc et aux dames^ puis marcha outre et entra dedans son pavillon lui et aucuns de ses vens^ accompagné de deux chevaliers à lui baillés et délivrés de par le duc pour le conseiller, ainsi que long-temps est accoutumé de faire. Après ce qu'ils furent armés et ordonnés à leur bon plaisir, que les ordonnances de lices furent faites et les gardes drdonnées pour garder le champ et aussi pour les prendre sus, quand la chose le requerroit et quand besoin seroit;y furent mis plusieurs nobles hommes, dont les aucuns avoient autrefois combattu et fait armes , comme Hervé de Mériadec, qui en leur temps avoient assez vu. Les cris et les défenses faites comme il appartient, les bâtons (armes) des champions furent visités, et furent tenues paroles de la hache de Vécujer Anglois, qui n'étoit pas telle comme pour lors on avoit accoutumé porter en lices, et étoit celle hache à taillant et à martel et à longue et large dague devant: si étoit le taillant d'icelle hache long et aigu. Messire Jacques de Lalain par gens notables le fit remontrer à celui Anglois: mais pour rien ne la vouloit ôter ni en prendre une pareille comme avoit messire Jacques de Lalain. Si en fut parlé au duc leur juge; si fut la chose mise en conseil et sembla à tous quUcelui écujrer Anglois devoit combattre de telle hache que le dit de lalain: mais toujours prioit celui Anglois qiie sa

a 1 a CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

liacbe lui demeurât et le duc, qui étoit leur juge ne le vouloit accorder sans le consentement de sa partie. Lors quand messire Jacques de Lalain vit qu'icelui Anglois prioit si fort de combattre de sa hache quHl ayoit apportée de son pays d'Angleterre comme il disoit, messire Jacques de Lalain, qui étoit courtois sur tous hommes par sa débonnaireté lui accorda qu'il en combattit; de quoi il fit folie, comme ci après orrez (entendrez).

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