‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 71 sur 109 · CHAPITRE LXVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVIll

CoMMmT LB PSBMIBIt fOUR d'oCTOBBB BN CELVI Al, VIRENT SEPT HOBLES HOMMES QUI FIRENT TOUCHBft AUX JDITES TARGES , POUR FAIRE ARMES A l'eICCCHTIK DU CHEVALIER «ARDANX LE PAS DE LA FONTAUffi DIS PLEURS«

Quand le premier jour d^octobre fut venu, vinrent auprès de la fontaine des pleurs et touchèrent aux targesles sept qui s'ensuivent: premièrement, uo écuyer nommé Claude Pitois seigneur de Saint*BoBnet, et par le poursuivant d'armes du seigneur dé Pémes nommé Vallay,fit touchera la targe blaiu che» Toulongeon, héraut du seigneur de Toulongeon, fut le second qui toucha à la targe blanche, ppur un chevalier nommé le chevalier Méconno, et depuis fut sçu^ qu'il avoit nom le seigneur d'Espiri. Lembourg, héraut du duc, toucha le tiers & la targe blanche pour un ccujer nommé Jean de Villeneuve dit Pasquoy. Puis après vint toucher en per- CQune lui mémo à la large blanche un nommé Cas-

liEssiBE Jacques de lalaiiï. :^4g

par de Durtain, qui fut le quatrième. Puis Piémont > héraut du duc de Savoje, fut le cinquième qui toucha à la targe blanche, à la violetle et à la noire^ pour un nommé Jacques d'Avanchier ^ et fut par le congé et licence du chevalier gardant le dit pas de la Fontaine des pleurs, car autrement nepouvoit toucher qu'à l'une. Le sixième fut Guillaume d'Amangc écuyer de Bourgogne lequel fit toucher à la targe noire. Le dessus dit Yallaj poursuivant, toucha encore pour un écuyer nommé Jean Pitois à la targe blanche, qui fut le septième et dernier pour le dit jour. Or pour revenir au fait de Claude Pitois seigneur de Saint-Bonnet, qui premier fit tou^ cher, le chevalier gardant le pas lui fit bailler jour à lendemain, qui fut le second jour du dit mois d^octobre, lequel fut par un vendredi, pour faire et accomplir leurs armes.

Quand celui jour fut venu, le chevalier du pas se partit des Carmes, environ onze heures du matin ^ et entra en son bateau, et alla es lices devant Toison-d'Or le juge, quiétoit retourné de l'ambassade où il avoit été envoyé de par le duc de Bourgogne son seigneur; et là étoit accompagné du seigneur de Créquy oncle du chevalier gardant le pas, lequel venoit du Saint Sépulclire de Jérusalem, et arriva au dit lieu environ deux heures avant que les armes s'encommençassent j et depuis fut à toutes les armes ciaprès déclarées. Lors que le dit chcyaher dupas eut fait sa présentation devantle juge,il retourna et vint en son pavillon. Totiaprès celuide Saint-Bonnet vint aux lices tout à pied, désarmé et vêtu d'une longue

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robe noiref et à Tentrée des lices, lui fut présentée une verge d'or émailléede la couleur de la targe qu'il a voit fait toucher. Et après eutra dedans les lices, et alla tout droit devant le juge en soi présentant et disant: « Très noble roi d'armes de la Toison-d'or^ juge commis de par mon très redouté et souverain seigneur, je me présente pour faire armes au chevalier gardant ce présent pas par devant vous. Et combien que je pourroi^ mettre juge adjoint avec vous, selon le contenu des chapitres, mais pour le sens et loyauté que je sens être en vous, je m'en déporte: (dispense) car je sai que bien vous garderez le droit des parties, et que à un chacun ferez raison et jutice.»

^ i^S^ V^^ ^^^ ^^"^ ^^^^^ sachant, répondit et lui dit qu'il fût le bien venu, en le remerdant humblement de l'honneur qu'il lui faisoit; et après ce s'en retourna en son pavillon pour soi armer. Tôt après le chevalier gardant le pas envoya devers le juge, pour ce que le dît de Saint-Bonnet n'avoit point dit ni déclaré le nombre des coups de hache^ ainsi que les chapitres le déclarent et disent: mais voulcHt combattre, tant que l'un ou l'autre fût porté par terre de tout le corps, ou désarmé de sa hache des deux mains. Et alors sans arrêter, le juge envoya devers lui, eu lui faisan t dire, qu'il pouvoit demander si grand nombre de coups de hache qu'il vouloit; mais il y devoit avoir nombre. Si fut content et demanda de nombre quarante trois coups de hache.

Lors après les cris et ordonnances accoutumées à faire es dites lices, le chevalier gardant le pas,issit hors de son pavillon, tout ainsi qu'il avoit fait au^

MESSïRE JACQUES DE LALAIN. 25 1

irefois, c'est à sçavoir ea cotte blanche semée de larmes bleues, la salade en la tête, tenant sa bâche eu sa main; et d'autre partie seigneur de Saint- Bonnet étoitvétu de sa cotte d^armes,s^iade/en tête, ajant bavière, sa hache en ses mains; et étoient ses armes écartelées, le premier quartier d'azur à une croix d'or ancrée, et le second quartier, chevronné d'or et d'azur avec une bordure de gueules. Si marcbèrentl'un contre l'autre jusquesdevant le juge,et là s'assemblèrent et prirent à eux combattie moult merveilleusement: mais guères ne combattirent; car le chevalier du pas, qui étoit duit (habile) et appris des armes^ prit la hache decelui de Saint-Bonnet de sa main dextre,et de sa hache qu'il tenoit en voulut férir le diit de Saint-Bonnet au visage, et tant que le dit de Saint-Bonnet fut contraint de prendre la hache du chevalier du pas; et lors le dit chevaUer laissa la hache de celui de Saint Bonnet et le prit par le ool, mais celui de Saint-Bonnet s'en défit par deux fois; et à la tierce fois le chevalier du pas le tint par la têle dessous son bras, à la façon de ialottequ'on appelle Coi ne-muse, et de la dite prise le chevalier du pas par sa grand' force tira à terre le dit chevalier de Saint-Bonnet, et chut sur son dos, et le chevalier du pas chut le visage dessous, moitié de soncorps sur le dit deSaint-Bonnet,et l'autre moitié à terre couchée. Promptement se mit de tout soncorps sur le dit de Saint-Bonnet, et le tenoit dessous lui Lors celui de Saint-Bonnet sentant le chevalier être sur lui, l'embrassa parmi le faux du corps, si fort, que le dit chevalier du |>as ne se pouvoit lever de dc^slls lui.

aSa CHRONtQUE DU BON CHEVALIER

Alors le juge voyant que les deux champions étoienten cet état, il jeta le bâton» et lors les gardes s'approchèrent pour les lever: et di^oit Vuu des gardes nommé Machaut de Sardeaue au dessusdit chevalier, pour ce quUl ne se levoit point jus du seigneur de Saint-Bonnet: « Messke Jacques, c'est assez, il vous doit suffire. » Lors le chevalier da pas répondit: « A moi ne tient pas, car il me tient si fort que je ne me puis lever. » Alors tes gardes regardèrent, et virent que le dit de Saint-Bonnet avoit embrassé le dit chevalier du pas, si kd défirent les mains et levèrent le dit chevalier du pas de dessus le dit de Saint-Bonnet; et tenoient enetwe tous deux leurs haches, ni pour chose qu^ils fissent ne les perdirent oncques. Lors Je juge les fitveoir devant lui et leur dit: « Vos armes sont aocomplies selon le contenu des chapitres: si vous prie qae vous touchez Tun à l'autre et soyez amis: » La« quelle chose ils firent, et s'en retourna chacun en son logis. Or est vrai que les dessus dits chapitres contenoient, que quiconque seroit porté parterre de tout le corps, il devoit porter un bracelet d^or; et à cette cause le chevalier gardant le pas dessus dit, envoya devers celui de Saint-Bonnet un notable chevalier nommé messire Piètre Yasque, pour sçavoir à lui, par qui il lui plaisoit que le dit bracelet lui fut apporté j à laquelle parole le dit de Saiot Bonnet répondit et dit: qu'il lui sembloit qu^il ne le devoit point porter, et qu'il n'étoit point chu sans le chevalier du pas: parquoi il ne le devoit pas porter non plus que le dit chevalier: car posé qu'il

Tût chu, aussi étoit le dessusdit chevalier, et bien :royoit, que si c^eût été à outrance, qu'il en avoit iu pire: mais à cause des dites armes, il ne le deroit point porter j et autre réponse n'en fit.

Quand le dessus dit chevalier du pas vit les termes que le dit de Saint-Bonnet tenoit,et qu'il étoit toutclairqu^il avoit été de tout le corps par terre, comme dessus est dit, fit faire et apprêter le dit bracelet pour lui envojrer: laquelle chose venue à la ooonoissance d'aucuns des amis du dit de Saint- Bonnet, voyants qu'il étoit certain et bien prouvé, qnU! avoit eu le corps du tout à terre, et du chevalier du pas ne se pou\oit à la vérité dire, si non qu'il avoit en bras ou jambes à terre. Si se mirent à parler au dessus dit chevalier en disant qu'ils étoient tous deux à un prince, et qu'ils dévoient tous deux garder l'honneur l'un de l'autre; si fut conclu et avisé que le seigneur de Saint-Bonnet diroit au clievalier du pas les paroles qui s'ensuivent: «r Messire Jacques, j'ai désiré d'avoir votre accointance, vous •caves que avons fait armes l'un contre l'autre,et depuis vous m'avez fait demander par messire Piètre Vasque, par qui je voudrois que le bracelet me fût apporté. Or vous sçavez assez que tousdeux sommes à un seigneur. Si devons désirer et garder l'honneur l'un de l'autre: parquoi je vous prie que soyez content de vous en déporter (dispenser). En outre j'ai entendu qu'on vous a rapporté aucunes paroles que je dois avoir dit de vous; je vous assure que je ne voudrois avoir dit de vous chose qui fût contre votre honneur. » Et ainsi la chose demeura en ce point, et plus n'en fut parlé pour lors.

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