‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 105 sur 110 · CHAPITRE XCIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIX

CoHicinT LE Dire db Bourgogne se partit he Lille

POUR ALLER EU FlANDRES, ET ALLA METTRE US SIÉGB DEVAST ScANDERBECQUE.

XjE duc de Bourgogne se partit de la ville de Lille le dix-huitième jour de juin, l'an mil quatre cent cinquante-trois, et vint au gîte à Courtray où il séjourna cinq jours en attendant que son armée et sou

ariillerîe fut prête, c'est à sçavoir hommes d'armes, archers et arbalétriers, et artillerie grosse et menue. Son ordonnance pour la garde de son corps et de sa bannière, fut faite par la manière que l'année devant, excepté que le seigneur de Ternant qui avoît la charge de la bannière du^duc, étoit pour lors en Bourgogne, et fut commis en son lieu messire Jean bâtard de*Saint-Pol: et au regard de l'avant-garde au lieu du comte de Saint- Pol, qui pour lors étoit allé par devers le roi de France, le maréchal de Bourgogne y fut ordonné; et messire Jean de Croy, lequel durant les guerres, en fut toujours l'un des chefs; et avec eux messire Simon de Lalain et messire Jacques son neveu. Et le comte d'Etampes tnenoitet conduisoit l'arrière garde; et quant au seigneur de 'Croy comte de Porcien et gouverneur de Luxembourg, lui fut ordonné et expi'essément commandé de parle duc de Bourgogne à aller au pays de Luxembourg, pour cause de ce que plusieurs chevaliers écuyers, villes et forteresses s'étoient rébdlésà l'encontre du duc.

Or est vérité que le duc de Bourgogne se partit de la ville de Courtray le vingt-quatrième jour ensuivant du dit mois, et alla au gîte à Audenarde: puis se partit d' Audenarde, et s'en alla mettre le siège devant Scanderbecque, une forteresse ainsi nommée, que les Gantois occupoient et tenoient, où ily avoit gens qui moult de maux faisoient au pays de Hainaut et ailleurs es marches et pays du duc. L'artillerie fut appointée pour tirer de canons et de bombardes: mais iceux Gantois eurent les

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cœurs faillie, tellement qu'ils se rendirent à la volonté du duc, laquelle fut telle qu'ils furent tous pendus et étranglés. Et fut cette reddition faite le vingt-septième jour de juin et séjourna le duc^et demeura trois jours en son logis depuis la place rendue, et le troisième jours après, qui fut le dernier jour du mois de juin, se délogea le duc de devant la place de Scanderbecque, et se tira à Audenarde où il ne demeura qu'une nuit. Et le lendemain, qui fut le premier jour de juillet au dit an cinquante trois, le duc alla au gîte à Courtraj, jusques an troisième jour après qu'il se délogea et s'en alla mettre le siège devant la forteresse de Poucques où les Gantois avoient mis de leurs gens de guerre, qui moult de maux faisoient par le pays d^environ, et couroient tout jusques à Bruges et à Roullerset en plusieurs autres lieux du pays. Au département que fit le duc de devantla place de Scanderbecque, il ordonna à messire Jacques de Lalain, qu'il allât devant la forteresse de Audenone, que les Gantois tenoient; et aussi tenoient un fort moûtier au lieu nommé Wellesicq. Cette place de Audenoue étoit enclose d'eau, de fossés, de muraille et de ponts levis et barrières: mais des plus fortes n'étoit pas.

Toutes fois les Gantois la tenoient et faisoient des maux assez au pays d'environ. Si fut avisé que le vaillant chevalier messire Jacques de Lalain, atout (avec) sa charge de cent lances et ses archers iroit devant icelle place, pour y enddre les dits Gantois, «;t garder qu'ils n'ississent (sortissent) de la forte-

ressentant quaplusgrand'puissancedegensdu duc y fussent arrivés pour les prendre d'assaut ou autrement. Messire Jacques de Lalain emprit la charge que le duc lui a voit ordonné à faire, et pour la mettre à exécution, se mit en chemin lui et ses gens, et jr alla de nuit. Et assez loin de la place, messire Jacques fit descendre de ses gens à pied, et illec (là) laisser leurs chevaux, afin que ceux de la' place n'ouïssent le bruit. Et environ le point du jour il se trouva droit devant ]a place; et lui voyant qu'il étoit jouri fit par l'un de ses gens crier après le gaet; mais nul ne répondit, dont messire Jacques et ses gens s'ébahirent assez, et cuidoient (croyant) que les Gantois le fissent par malice, et qu'ils eussent sçu leur venue, parquoi ils eussent préparé leur artillerie pour les grever: mais autrement étoit; car les Gantois s'en étoient fuis et avoient fermé portes et barrières, et levé le pont; et à le voir, il semblmt qu'il y eut geny dedans la place. Lors messire Jacques de Lalain fit dépouiller de ses gens qui passèrent l'eau des fossés et allèi^ent avaler le pontet ouvrir la porte et barrières, et si entra dedans messire Jacques de Lalain et ses gens, et y trouvèrent la plupart des meubles des Gantois, lesquels^ de bâte qu'ils eurent de fuir, ils laissèrent Quand messire Jacques de Lalain eut la place parla manière que vous avez ouï, il envoya' devers le duc pour le faire sçavoir quelle chose il lui plairoit qu'il en fit. Le duc fut conseillé de la faire ardoir (brûler) et démolir, et ainsi le manda à messire Jacques, qui très enuis(avecpeine)et àgrand regret accomplit le commandement duthic: car jamais de feu bouter ne vouloit-il être consentant

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