CHAPITRE VII
DU PÉCBÉ d'AtARICB,
* \Jk^ mon cher fils, je vou| ai exposé que c'est da péché d'orgueiL, d'ire et d'envie. Maintenant convient que je vous expose que c'est du péché d'avarice. Certainement, mon fils, avarice ni vraie amour ne peuvent demeurer en un cœur ensemble. Et si l'avaricieux par quelque cause est amoureux , n'est point à croire que ce ne soit de méchante \ et vile chose, pour avoir cause de rien despendre, (dépenser); mais le vrai et loyal amoureux con tendra (rivalisera) en toute largesse honorablement servir sa dame et amour, par soi tenir bien habillé, bien
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monté, et toutes ses gens selon son état. Et qui plus en fait qu'il ne peut, il sera fol et malheureux. Car amour et dames d'honneur n'aiment nuls amoureux prodigues: mais aiment tels gens qui se montrent en armes, en tournois, en joutes et en toutes. nobles assemblées, honnêtement à leur pouvoir, sans faire fols dépens j et qui de leurs biens dopnent poujr Dieu aux plus disetteux,en ensuivant l'évangile, où notre Seigneur dit : Beati miséricordes y quQ^ niam ipsi misericordiam consequentur (Math, v* vu. cap. V. ) (c Mon fils, afin que soyez très clair et net, ne soyez pas convoi teux, ni avaritieux» et eussiez vous jà moult de ricliesses; car homme de telle condition ne peut être de nul aimé, ains (mais)" est de tous haï. Et à ce s'accoi'de le philosophe, qui dit: Mon ami, avarice est cause de larcin, de rapine , d'usure, de fraude, de simonie^ de barat (fraude), de parjurements, de batailles, et en conclusion, de tous maux. Et dit Saint Au-» gustin, que le cœur de l'avaricieux est semblable à enfer j; car enfer ne sçait tant eugloutir d'âmes, qu'il dise: C'est assez. Et ainsi est-il de l'avaricieux î car si tous les trésors du monde étoient en son pou^ voir, jamais ne diroit: C'est assez. Et pour ce,, mon fils, le vrai amoureux, pour acquérir la très-désirëe grâce de sa très belle dame et de toutes damesj^ doit fuir ce très déplaisant péché d'avarice, et s'accompagner avec cette très douce et très aùnable. V€rtu de largesse^ qui est amie de Dieu et honorée du monde; et par ainsi est-il $auvç.
MESSIRE JACQUES DE LALAÎN. a 5