DU PÉCHÉ DE LUXURE
« \J^ SUS doncques, mon dis, il vous convient sça-^ voir parler de ce septième péché, qu^oD nomme luxure. Sachez que ce péché do^j être au cœur da vrai amant bien éteint, tant sont grandes les doutes quesa dame n'en prenne déplaisir, qu'un seul penser n'en est en lui. Donc par ainsi il ensuit le dit du saint Apôtre, qui dit: Ami, fuis luxure, afin que tu ne sois souillé en deshonnête renommée; ne crois point aussi ta chair, afin que par péché tu ne blesses Jésus-Christ Et pour ce, mon fils, je i^ous admo? neste, prie et commande, que vous vous absteniez des délits (plaisirs) charnels, car ils bataillent jour et nuit contre l'âme; et encore vous dis-|e plus, que homme qui hante les folles femmes, perd six choses; dont la première est l'âme; la seconde,^ l'entendement; la tierce, les bonnes mœurs; la quarte, la force; la] cinquième, la clarté; et la sixième, la voix. Et pour ce, mon fils, fuyez ce péché et toutes ses circoustauces. Cassiodore dit que vanité fit l'ange devenir diable et au premier homme donna la mort, et le priva de ta debonnaireté dont il étoit orné : et que vanité est nour-«. rice de tous maux^ la fontaine de tous vices, et la veine d'iniquité, qui met l'homme hors de la gloire et grâce de Dieu. Et si au long )e vous vou-^ lois dire et raconter ce que les philosophes et les
oëtes et les autres sages payens, qui encore n'a-
oient senti par vraie connoissance la très sainte
t la très amoureuse grâce de notre vrai Dieu, du
Saint Esprit, ont dit de ce péché tant blâmé, les
récritures en seroient trop longues à réciter. Si vous
^is, mon fils, que luxure est ardeur, enflammée,
-pulentease, au départir brève délectation, et de
l'âme destruction^ et pour ce, mon fils, que ce péché
est si très deshonnête, le vrai amoureux le fuit,
pour doute que sa dame n'en prenne déplaisir pour
acquérir sa grâce: afin aussi qu'il n'en perde la grâce
de Dieu, par qui tous biens vous viendront. Si vous
ensuivez et faites^ou mettez peine de faire, ce que je
je vous ai ci dit et remontré soyez assuré que tous
biens vous en viendront.
«Et vous suffise atant (maintenant), jaçoit-ce^que (quoique) )e ne vous ai point dit ni remontré les dix commandements par ordre, ainsi qu'ils vont, car )e sçaisde certain que vous les savez; et pour ce je vous prie et commande que les teniez et accomplissiez à votre pouvoir. Aimez et cra^nez Dieu sur tontes choses: ne faites ni dites d'autrui,- non plus que vous voudriez qu'on fit de vous. Et quant çst de vous plus en dire, je le remets en vous et en la dis^ crétion de votre confesseur, qui le vous saura mieux dire que moi. Je vous ai dit et remontré ce que c'est des sept péchés mortels, et quels biens vous ponvez acquerre de les fuir; et aussi le mal qui vous en. adviendroit, si vous y enchéyez (tombiez).
tf Mon très cher fils, je vous envoyé à la cour de mon sonvigfain seigneur Philippe duc de Bdurgo-
3o CHRONIQUE DU BON CHEVAl 1ER
gne, pour servir et accompagner le jeune duc de Cièves, lequel vous a fait tant d'honneur et à nous de vous requérir, que je crois, si à vous ne tient^ que ne pouvez faillir de parvenir à un grand bien. Si ainsi le faites, à moi et à votre mère ferez plaisir. Et je vous promets d^ vous entretenir si honnêtement, au casque vous le deserviez (méritiez), qu'entre les autres enfants des barons et cheva^ liers, vous vous pourrez montrer, et y être entre les grands. Mon fils, sur toutes choses je vous défends que ne hantiez varlets, et que ne leur pré^ tiez vos oreilles pour les ouïr, si ce n'est de chose qui vous touche pour le service en quoi ils seront entour de vous. Croyez les bons. Je ne veux pas dire qu'il n^en soit de bons, mais je le dis pour ceut qui voudroient ou feroient chose qui vous pût tourner à deshonneur; oyez les bons; n'écoutez pas les mauvais et vicieux. Ne battez, ni malmenez vos servie leurs. S'ils font chose qui ne soit à faire, remontrez leur courtoisement leurs fautes; et si ainsi est qu'amender ou corriger M se veulent , payez les do service qu'ils vous auront fait et leur donnez congé : car à nul homme de bien n'appartient de férir ni battre ses varlets ou serviteurs. Battez et corrigée, vos enfants quand les aurez : car de battre ou férir autrui sont aucunes fois grands mescheÊ avenus. Fuyezles mauvaiscomme le venin et suivez les bons; et hantez souvent ceux dont vous puissiez mîietkx valoir. Et sur toutes choses, mon fils, je veux et vous commande que vous soyez toujours au coucher et au lever de votre maître, et soyez diligent
de lui complaire et servir; car on dit communément <iue diligence passe prudence. Mon fils, étudiez et mettez peine de connoître les bons, et ensuivez leurs œuvres, et tout bien vous en aviendra. )i