‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 21 sur 110 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Comment le duc Philippe de Bourgogne conquit la ville et pays de luxembourg.

Après que le bon duc Philippe de Bourgogne eut par grand' délibération de conseil, ordonné et envoyé gens au secours de la chrétienté, comme ci dessus avez ouï, et qu'il eut dépêché l'ambassadeur de l'empereur de Constantinoble,etluieut fait de grands dons, il se partit de sa cité de Châlons et prit son chemin vers Dijon, avec lui le duc de Bourbon, le duc de Clèves son neveu, les deux comtes de Nevers et d'Etampes, frères et cousins germains du duc Philippe. Eux là venus, furent faites grands fêtes et ébattements, et spécialement de joutes, où Jacquet de Lalain, avec son seigneur et maître le jeune duc de Clèves, se gouverna tellement et si bien que^ fut dedans ou dehors, le prix lui étoit donné et présenté par les dames ^ et de l'autre côté au seigneur de Waurin, lequel pour le temps de lors on tenoit pour un moult vaillant jouteur. Et quand eux deux se trou voient à la joute, certes pas ne se départoient sans y avoir rompu grand'foison de lances: et souventes-fois se tenoient tant et si longuement sur les rangs, qu'il convenoit les ramener aux torches: et toujours eux deux, quand ils joû-

t, ne failloient point d'avoir le prix, l'un as, l'autre dehors. Puis après les joutes, comme accoutumé de faire, on venoit au banquet: aux danses et ébattements, où Jacquet de n au dessus de tous autres se gouvernoit si renient, que de toutes dames et damoiselles il limé et prisé. Et tellement se conduisit et gou-

en tous lieux et places où il se trouvôit, qu'il ni en la grâce du duc de Bourgogne et de son i le duc de Clèves, qu'en plusieurs lieux, et ux (conseils) privés^il étoit appelédevant beaude barons et chevaliers assez plus âgés de lui. >^ il se trouvôit en aucune question où son avis oit demandé, tant et si modérément en répon- (jue souventes-fois sur son avis on s'arrêtoit,en mt conclusion sur la cause mise avant; dont ttirs voyant son âge, ne se pouvoient assez veiller ;ear pour lors n'avoit que vingt ans d'âge.

advint qu'en cette saison, ^'^ le duc Philippe ourgogne, pour aucuns grands droits qu'il sur la duché de Luxembourg, lesquels on lui it extordre et anihiler, qui étoit chose que s il n'eut voulu souffrir, poui* y pourvoir et à rencontre, fit grand amas de gens d'armes et lit, tant de Bourgogne, comme d'Artois et de ^e, et lie partit de Dijon accompagné de son lie duc de Clèves et des comtes de Nevers et mpes, ses cousins germains, et de plusieurs liers et écuyers de ses pays; et prit son che^»

nPunuée i^^d. J. A. B.

44 CfJRONIQUE DU BON CHEVALIER

rain vers Luxembourg et pays d^environ, où il parvint. Là y avoit aucunes villes que le comte de Yernembourg, lieutenant commis de par lui au dit pays, et niessire Simon de Lalain, qu41 avoit devant envoyé avec lui , accompagné de plusieurs nobles chevaliers et écuyers, et grand nombre de gens d'armes, avoient mis en l'obéissance du dit duc Philippe de Bourgogne^ et avec ce plusieurs nobles chevaliers et écuyers dudit pays, par lesquels la chose fut tellement conduite, que le bon comte d'Ëtampes, cousin germain du duc, et eux avec lui, se départirent du duc, ensemble avec lui grand' foison de chevaliers et écuyers j comme le seigneur de Saveuse, ledit messire Simon de Lalain seigneur de Montigny, le seigneur de Créquy son beau- frère, et autres plusieurs chevaliers et écuyers, garnis d'échelles et autres habillements de guerre. Si vinrent en grand arroy les dresser au plus secrètement qu'ils purent, environ trois heures devant le jour : et tant firent que, sans être aperçus, montèrent contremont la muraille de la ville et entrèrent dedans. Puis eux dedans, démenants grand bruit, criants: NotrfeDame! Bourgogne! vinrent jusqucs en la place de la ville, qui étoit devant le châtcl; et les gens de plusieurs rues et places de la ville s'assemblèrentjet les bourgeois de la dite ville cuidauts (croyant) résister et les débouter dehors, vinrent armés et embâtonnés. Alors le comte d'Ëtampes et ceux de sa compagnie, moult vivement les reboutèrent: auquel reboutement Jacquet de Lalain fit de moult belles appertises d'armes, tant de lances comme de

répée, qu'à le voir férir à dextre et à senestre, ceux qui le vojoient ne s^en pouvoient assez émerveiller. Finalement le comte d'Étampes,etceux qui avec lui étoient, eurent la victoire j et ceux de la ville furent du tout contraints de prendre la fuite. La en y eut assez de morts et de pris. Les aucuns d^ceux saillirent dehors par la muraille, pour eux sauver et mettre à garant (sûreté). La ville fut courue et pillée.!^ lendemain matin le duc deBourgogne entra dedans la dite ville de Luxembourg^ en grand triomphe^ et vint devant le châtel, auquel s'étoit retrait (retiré)le comte deClicq,capitaine de la place, commis pouret au nom du duc de Saxe, lequel, dedans briefs jours après la prise de la dite ville de Luxembourg, s'en issit (sortit) hors par la muraille du dit châtel et s'en alla où bon lui sembla. Ceux qui dedans le châtel étoient demeurés, rendirent le châtel au duc de Bourgogne; et par ainsi, sans guère de [perte, il fut seigneur de 1^ ville et du châtel de Luxembourg. Après qu'il eut mis léans gens en garnison, et y eut laissé Gornille son fils bâtard, il s'en |>artit en grand'gloire et louange et retourna en sa ville de Bruxelles, où à grand'liesse il fut reçu des bourgeois et communauté de la ville.

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