CHAPITRE XIÏI
Cy fait MEfiTION D^tTHB AMBASSADE QUI VINT A ChALONS
SUR LA Saône, de par l'empereur, de Grège, devers
LE pue DE BOURGOGKE. i
^i^szz avez ouï et entendu par ci-devant, comme Jacquet de Jjalajn yipt à cour pour servir et accom-
MESSIRE JACQUES DE LALAIN. Sg
pagner le jeune duc de Clèves, lequel, par les biens qui en lui étoient, fut si aimé et privé du jeune duc, qu'il le tenoit alors à compagnon^ et comme dessus est dit, ne yêtoit habit, ni portoit joyaux, ni riches bagues, que pareillement Jacquet de Lalain ne fui habillé comme lui de chevaux, harnois, et parures, fut en armes, tournois, joutes et autres ébattements: et si bien et tant sagement se coûtenoit^ que des princes, seigneurs et dames, par dessus tous autres, il étoit moult fort recommandé^ ni jamaisne separtoitdes fêtes ou joutes, que pour le mieux faisant il n'emportât le prix, fut xledans ou dehors. Et quant est d'être entre damés et damoisellés, il jr sçavoit son être plus qu'homme de son ^e. Or, advint au temps qu'il étoit en la cour du duc de Bourgogne avec son maître le duc de Clèves, que nou* velles vinrent au duc, que pour aucuns affaires lui Convint aller en ses pays de Bourgogne, où par devers lui vinrent son beau-frère le duc Charles de Bourbon, et plusieurs autres chevaliers et nobles hommes en sa compagnie.
A la venue du duc de Bourbon, le duc Philippe de Bourgogne lui alla au devant j et aussi firent ses neveux le duc de Clàves, et Charles comte de Wevers, et plusieurs barons, chevaliers et écuyers^, natifs des pays de Bourgogne, Flandre, et Artois; et vinrent à Dijon, où le duc de Bourgogne les fêtoya moult honorablement, et depuis les amena avec lui àChâlons sur Saône, où pareillement leur fit grand'fête. Le duc Philippe tint grand cour^et là y arrivèrent grand' foison de barons et chevaliers
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de Bourgogne, de Savoie, et autres plusieurs d'étranges pajs 2 et entre les autres y arriva un chevalier ambassadeur de par l'empereur de Grèce et de G)nstantinoble^'\ accompagné jusques à douze personnes atournées (parées) et vêtues à la mode grégeoise; lequel, à Fissir de l'oratoire du duc, après que les deux ducs eurent ouï la messe, commença devant lesdeux ducs de dire etproposer lalégation et charge qu'il avoit de par son seigneur l'empereur,, laquelle seroit longue à réciter: mais pour venir à l'effet de sa légation, il requéroit avoir secours de gens d'armes, poitr mener par mer sur galées et na^ vires de guerre, afin de pouvoir résister à l'encontre des infidè^s, desquels étoit conducteur le grand Turc qui journellement s^efforçoitde faire entrepri- , ses, grands guerres et destructions de chrétiens de l'empire de Grèce, Et disoit que, si par le duc de Bourgogne n'étoit secouru et aidé, il ne véoit nul prince chrétien qui eut volonté de bailler secours*, pour aider à défendre la chréMenté, laquelle im
(i) Constantia PalécJogue, dernier empereur de ConstantiDople, presse de toutes parts par Mahomet II, avait envoyé demander de& secours H toutes les puissances chrétisnnes. Les unes furent sourdes k ses demandes; les autres n^ envoyèrent que de trop foibJçs secours et CoQStiintinople tomba sous les coups de Mahomet II, le tig mai i^S^» La perta.des provinces du Péloponése etdçs iles suivit de près celle de la capitale, Âpres près de quatre cents ans de servitude, 1» Grèce se relève enfin seule et sans appui. Comme au montent de sa chate les peuples sympathisent avec elle sans rien faire pour la secourir. (Voyez sur la pris^ de Constantinople par les Turcs le volume intéressant publié par sir Charles Stuart à Pavis et qui contient les récits de Léonard de Chios,de Godefroi Lan^e et plusieurs morceaux détachés (nur le même sujet. J. A. B,
chacun jour le Turc s'efForçoit de tout son pouvoir de vouloir détruire et anéantir.
Après ce t[ue celui ambassadeur eut fait et proposé sa légation de par l'empereur de Conslanli- Doble, le duc lui répondit qu'il avoit bien ouï et eatendu tout ce, qu'il avoit dit et proposé, et que sur ce il auroitbriève réponse; comme il eut: car le duCy après qu'il eut parlé à son conseil, conclut d'envoyer au secours de la chrétienté vers l'empereur de Constantinoble certain nombre de gens d'armes et de trait ^'l Et fut élu, pour de cette armée avoir la conduite, le seigneur de Wauîin, le-» quel avec ses gens d'artnes, montèrent sur galées à Venise; et avec lui et en sa compagnie étoit messiré Vascq chevalier espagnol, et un moult vaillant et expert chevalier aux armes nommé messire Gauwain Quieret, natif des pays de Picardie; lesquels exploitèrent tellement de nager, qu'ils vinrent à Modon^ où ils trouvèrent le cardinal do Sainte Croix , pour lors légat de notre saint père le pape, et avec lui quatre galées armées aux dépens de notre dit saint père. De leur armée et de ce qu'ils firent, ne veux faire ni tenir long conle, mais comme j'entendis pour lors ils ne profitèrent guère à la chrétienté; ni aussi ne fut faite chose, qui fut à leur profit, dont à prenant veux cesser d'ea
(i)Le duc de Bourgogne envoya même Jean de G>ijcj et Jacques de Lalain, chevalier de la Toison d^Or et ambassadeur auprès des rois de France et d^Arâgon en x45i pour les prier de se joindre h lui afin de secourir iVropire d'Orient (Salazar , bist. de la Toison d'Or introduction.] Voyez aussi daus Pappendice la description faite par Olivier (le la Marche des banques allégoriques données a cette accasiou. J. A. B.
4^ CHRONlQlîE DU BON CHEVALIER
plus parler, mais parlerons des cboses qui puis advinrent.
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