‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 3 sur 110 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

Bourgogne.

Voulant amer là où point nem'asseure N*ose esloigner ce qu'au çueur m est contraire 9 Ainsi, sans tost verai nul lez me relraire, Fronjt entre deux èonvient que je demeure.

XX NOTICE

Frivce.

Lyon, les bras n'as {lâs si au desseurè Qu'à part toy seul puisses ung monde feîre. Branle où tu veulx « mais pense à ton affaire. Cent ans, creu atout se paye en une heure.

Ahgleterrk.

Peu de TOUS d'eux m'est-il qui r^e ou pleure; Vers nul ne suis fort en grand de complaire ; Mais pour vous veoir ensemble entre deSaire ^ Me joindre à Tun pour l'autre courre seure.

BOURGOOITE.

S'amour tenoit la voïe de son eure, Là oà bon sang lui monstre son repaire, Ung cueur, ung corps demourroit Tune paire Auquel le tiers ne parroit une meure

Prince.

Boute où tu veulx feu, en paille ou en feure^ fiien peu je crains ton fier bras sagittaire , Car je vivrai roy régnant solitaire^ S'il plaît à Dieu qu*en vain je ne labeure.

Angleterre.

Secrette envie ensemble vous desveure; Grant gloire àVun, à lautre est Iraversaire, Par quoy moy neutre^ à tous deux adversaire, Toujours m'attends d'y ravoir ma demeure.

(N*. 768$ et supplément toO)

SUR GEORGES CHASTELLAIN. xxi

Le même volume renferme un petit traité intitulé: Ze^ épitaphes de Hector fils dePriam roi de Trojre et de Achilesfils de Peleus roi des Mjrrmydons. Et est contenu au procès de cestujr traicté les complaintes d^iceux chevaliers^ pré^ sent Alexandre le grand ^'\

PROLOGIE.

Après ce prologue, composé de loo ver» de lo syllabes à rimes masculines et féminines qui se suivent indistinctement, vient le poème. Je me contenterai dé donner les titres des chapitres.

Comment Alexandre, le grand conquérant passa par Troye la grant cité destruile où. il visita les sépaltores de Hector et Acbiles. ûimment il leut leurs épitaphes dont la teneur s'ensuyt.

Gomment Alexandre 9 soy émerveillant de la glorieuse ëpitaphe de Hector, vint à la tombe de Aebiles et commença à lire son tiltre.

Exclamation d'Alexandre sur la gloire d'Heetor et de Achiles désirant le demy tiltre du dit Achiles pour la victoire qu'il avoit obtenue sur bs dit Hector. — ( Ce morecau est en prose. )

La glorification que Alexandre donne a» vaillant Grégeois Acbiles comme victorieux sur Hector.

Le complainte que fait Hector le fils ainsnéde Troye, sa mort vilainement procurée par Acbiles, et comment il sémond les princes du monde è garder son droit et bonneur toucbant sa mort glorieuse.

Ck)mment Hector parlant à Alexandre l'incite de non donner si grand'faveur au titre de la tombe d' Achiles mais

(i) Cet ouvrage a été imprimé k Paris ea 15^5 par Jean St. Oenit .

xxii NOTICE

que souTerainement â vueille avoir regard à raison et honneur.— (Ce morceau est en prose.)

Comment Hector continuant son propos fait remontrance à Alexandre que Âçhiles le tua par aguet et non par vaillance.

La forme de Fhonnesfe excuse d'Alexandre envers Hector touchant l'honneur par ïuy exhibé à son intermineur Achiles.

Comment Heclor content de l'excuse d'Alexandre Tadvertit de la mode de son interminement précipité par son ennemy Achiles.

Gemment Hector , par exemple d*Anlipater montre à Alexandre que Achiles ne doiht avoir gloire sur luy non pIusqueicelluyAntipater sur Alexandre, et que, si Antipater aestétraistreà Alexandre, Achiles aeslé meurtrier d'Hector.— (Ce mofceau csl en prose.)

Comment Alexandre continuant son excuse vers Heclor luy impélre que Achiles vieigne par devant eulx soy justifier de son crime*- — (En prose.)

La complainte que fait Achiles pour son reprochable exploit, priant auxroys et'aux princes qu'il leur plaise de le supporter.

Comment Alexandre incite Achiles à soy excuser vers Hector et comment Achiles après plusieurs difficultés s'y accorde. — (En prose.)

Comment Achiles devant le siège des preux, présent Alexandre, ïâi\ ses excuses à Hector en condamnant sa faute; et comment Hector réconciliant Achiles le renvoyé à paix — (En prose.)

La conclusion de Fauteur est en vers et me semble assez bien écrite pour mériter d'être citée: la voici.

Seigneurs royaulx, et vous tous nobles hommes A qui les loz et les gloires sont prosmes,

SUR GEORGES CHASTELLAIN. xxiii

Par les records escripts en cestuy livre , A ung chacun selon son estre et vivre , Vous estbiallé en petite matière Cas de baultpris etdetresgrantmistère; Le quel^ qui veult le bien en soy comprendre, Grant bien^ grant fruits en peult tirer et prendre. Si le doibt bien savourer et luy plaire. C'est ung; mirouer de nobles exemplaires* Rour* en honneur vivre et vertu tenir Chascun de vous mette peine à r'tenirj Car plîiff sera Thommede haultestage Plus digne-en terre, de plus grant parentage, Plus fortunéet plus noble en nature, PllK enrichi de grâce ou d'aventure, V Tant plus fiiy peult servir en advertence Et plus donner d effort et de sentence. Entendez bien la chose si est telle Que quand estât de noble psnrentelle Qui de ses droits devoirs, noblesse abuse^ Ge n'est pas cas dont se doibt prendre excuse^ Ains, d'autant phis se rabaisse en sa faulte Quand plus appert sa gloire estre haulte. Et n'est si hauU glorieux nom ne tiltre Que, par le ray d'un vicieux écliptre, Foullé ne soit et à terre abattu.

Et retiré du siège de vertu Sur quoy honneur couronne les parfaits.

Vueille ou non, il en sera cy faicts.

Seigneurs, pensez à ce quecy expose, Car vrai honneur est une digne rose Qui si petit ne prent' de vitupère Qu'incontiiient la tache n'y appert; Par quoi plus est précieuse en cbuleur r Quant orde elle est plus doibt estre douleur.

ïxir NOTICE

Vous en avea exemple de mémoire Pour à jamais en la présente histoire.

Si prie à Dieu qu elle soit bien voulue Prenez en gré» Georges ( i ) vous en salue.

On y trouve aussi une ballade assez médiocre qui commence ainsi:

Lyon rampant en croppe de montaigne etc.

La strophe suivante m'a paru assez bien«

Lyon, Lyon, veuille fortune ou 4aigne, Soubz son effort mourrez resplendissant* Mais il n'est feu que par eau ne s'esteigne Lors que plus est espois et flamboyant. Car Dieu ne fait homme niU si puissant» Ne roy ne duc> qu'il ne soit transitoire Et soubs sa main en bail exécutoire A qui lui plaiit; ainsi le fault entendre. Mais par raison serez mis en hystoire Second Hector et derrain Alexandre

Le K 800 5, i3 est un hymne à la Vierge. Mais comme je Vai déjà dit, tons les ouvrages où .G. Chastellain cherche à se montrer homme d'esprit plutôt qu'écrivain simple et naturel sont ceux où il réussit le moins.

Le N° 9887, i4 renferme un ouvrage jen pro^e et un autre ouvrage en vers de G. Chastellain, L'ouvrage en prose est intitulé:

La déclaration de tous les hauts faits et glo^ rieuses adventures du duc Philippe de Bour-

(t) Georges Chastellain a T habitude de terminer ainsi presque tous ses ouvrages eu y plaçant son nom.

SUR GEORGES CHASTELLAIN. xxt

gognCyCeluj qui se nomme le grand duc et le grand Ifon par messire Georges Chastellain son indiciaire. Je le donnerai à la tête de ses chroniques de Bourgogne.

Le morceau en vers a i)our titre : Le Lyon bandé: œu^re poétique adressée à la per-^ sonne de Philippe le bon, duc de Bourgogne. Ce sont des louanges rîmées en assez mauvais vers arrangés en 6i octaves de 8 syllabes.

Le N"* 76552 ne contient qu'une seule pièce de G. Chastellain depuis le feuillet Sai jusqu'au feuillet 358. C'est une espèce de poème en quatre parties intitulé: Le nouveau chevalier délibéré y contenant la mort du duc Philippe de Bourgogne qui trépassa devant Nancy en Lorraine.

Les premières strophes sont élégamment versifiées.

Ainsi qu'à Farrière saison Tant de nos jours que de Tannée, Je partis hors de ma maison, Par une aouldaine acboisoQ, Seul à part moy, pleiu de pensée Qui m'acompaigna la journée; Et me vint en remambrance Le premier temps de mon enfance.

Celle qui moult estoit m'amye Preist ung propos de vérité Et me dist: r< Celui qui s'oblie Fuit honneur*, et si Tame miei Je le tiens pour déshérité - Soil d'avoir, oa soit de santé»

xxYÎ NOTICE

Ou d'espoir de gprâce divine

Que chascun n'est pas d'avoir dig[ne.

« Tu vois sur la saison passée Herbes, terres et tout iierl)aig;e, L'un tout mort, l'autre sans ramée.

Fleur et odeur tost est casséer Plus n*est fleur, ne fruit ne umbraige^ Tout tend à froideur et à neige^ Tout est mort sans nulle vigueur Et n'a plus force ne challeur.

c( Ainsi est de toy clèrement Qui le printemps de ton enfance As despendu entièrement.

Et jeunesse pareillement, Mis tes œuvres en défaillance:

Et si, tu n as telle espérance Qu'ont les arbres pour reverdir, Car jamais ne peux revenir.

« Dois-je oublier où que je soie Ce traicté qui tant poinct et mord Que feit Aymé de Mont Gesoye , Plus riche que d'or ny de soie Au merveilleux pas de la mort.

Savoir fault qui est le plus fort De tov Accident ou Débille Chascun d'eux en a tué mille.

« Ces deux chevaliers très crueulx, En la grand forest d'Atropos, Tinrent le pas trop périlleux Trop horrible, trop merveilleux,

SUR GEORGES CHASTELLAIN. xxv»

Sans avoir pour an nuyt repos f

En continuant leurs propos

De tant combattre et de férir

Qu ils firent tout homme mourir* •

a Messire Accident le terrible Tornist les jeunes et les jors.

Et Débille le trèç horrible, Mect à fin par coups invisibles Ceulx dont la vigueur en est hors Terribles sont les leurs efiorts 1 Leurs membres sont si à doubler Que nul ne les peut éviter.

u Sçais tupas bien que le. hérault, Ta pieça porté leurs espîstres?

Tu scaisbicn quepoiseet que vaulf^ Accident t'a livré Tassault; Tu as oy de ses chappitres; Il est temps que tu te chappitres'^ Car tu as marché à Temprise Depuis ta première chemise.

« Es tu plus fort que n'est Samson Ou à craindre que Hercules, Plus saigeque n'est Salomon, Plus beau que le grand Absalon, Plus subtil que Diomedès?

N'as tu peur, quand tu passe Adés, Cils qui n'ont peu les coups rabattre De ceulx quil te convient combattre?

<(Plus vis^et plus le temps s approche Qu'il te convient en champ entrer*

xxviîi NOTICE

Tu sens déjà un fer qui hoche.

Maladie sonne la cloche, Au lieu de trompette sonner..

Qui te sémond de toy arnter Et de défendre ta querelle Contre la bataille mortelle. »

Ainsi pensif se m'enhortoit De ce que m'estoit nécessaire, Dont la merciai bien estroit, Et^ui dis: « Puis qu'il faut qu il soit Je ferai ce que je dois faire. »

Lors mon harnoiz jefeis trousser Et comme un chevalier vaillant M arniay et Montay tout errant.

Une fois armé il se met en chemin pour. arri« ver au pas de la mort défendu par Débile (faiblesse) et Accident. Tandis qu'il passait dans une prairie agréable il rencontre Lutin (désordre) avec lequel il est forcé de jouter, mais grâce à Jeunesse il échappe aux coups de son ennemi et se réfugie chez Entendement qui vît en hermite et se décrit ainsi lui même :

Mon pain est molu de sobrease,

Mon vin trempé de bonne vie>

Mon repos se fait en liesse,

Et suffisance est ma maiitresse; J'ai repos sans mélancolie ,

Céans ne peut entrer ennuis.

Et s'appelle cette maison

La demourance de raison.

Entendement enseigne au ehevalîer errant la manière dont il doit s'y prendre pour triompher deDébile et d'Accident, et lui montre des reliqui»*

SUR GEORGES CUÀSTELLÂIN. xxix

parmi les quelles se trouvent : Le soc de la charrue avec lequel Caïn tua son frère j la obemise donnée par Déjî^nire à Hercule; la lance avec laquelle Achille tua Hector; l'arc avec lequel Achille fut tué par Paris jl'épée dont le roi d'Egypte Ptolémée se servit pour tuer Pompée,- le glaive avec lequel le roi Marc de Cornouailles lua Lancelot; le badelaîre de Judith; le clou de Sisara; la fronde de David, etc.

L'auteur quitte l'hermite et continue sa route. Il combat à l'encontre d'Age, duquel il se rend prisonnier; celui ci le tient en prison courtoise, en lui prescrivant certaines limites; telles que de ne pas mettre le pied en terres amoureuses, de ne pas traverser le bal de mariage, de ne pas se rendre aux tournois. L'auteur promet; la vue du palais de l'Amour l'égaré cependant un instant, mais il retrouve son chemin et arrive tout doucement à Vieillesse. Mémoire l'accueille et le console. L'aureur lui demande si jamais personne n'a triomphé des deux chevaliers. Débile et Accident, qui gardent le pas d'Atropos.

Quand Franche Mémoire enfendit A quel fin tendre je vouloye *

Moult doucement me resiiondit:

tt J'ay ouy ce que tu m*as dist.

Où volontiers conseil donroye De parler je Vabuseroye^ Mais à l'œil je te monlreray Ce que j'entends et que je sais

Franche Mémoire lui montrealors les sépulchres des anciens trépassés et lui fait voir par écrilure ceux qui ont été déconfits par Débile et Accident.

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