CHAPITRE XLIX
2k>MMEIiT LA REINE d'ArRAGON NE VOULUT CONSENTIR A
MESSIRE Jacques de Lalain de faire armes, pour
L^At^LlANCE QUI ÉTOIT ENTRE LE ROI d'ArRAgON SOIT MARI ET LE DUC DE BoURGOGNE.
(juANDce vint le lendemain matin, plusieurs chevaliers et écujers vinrent vers l'hôtel de messire Jacques, et lui dirent que par eux la reine d'Arragon Penvoyoit quérir. Messire Jacques, comme courtois, leur répondit qu'ils fussent les très bien venus, et qu'il étoit prêt de faire et obéir aux commandements de la reine. Tous ensemble montèrent à cheval et vinrent par devers la reine. Messire Jacques moult humblement lui fit la révérence , en mettant le genou à terre. Lors la reine le voyant agenouillé, le reçut moult bénignement, en lui commandant qu'il se levât. Puis lui fit dire par un sien ancien chevalier. «Messire Jacques de Lalain,
vous s'jyez le très bien venu es marclies de pavdcd La reine est bien avertie de la cause pourquoi vous êtes ici venu, comme bien est apparu par un officier d'armes, lequel a apporté et déclaré certains chapitres d'armes par vous signés et scellés^ et pour ce, messire Jacques, la reine me fait dire qu'elle n'est pas contente, que nul de quel état qu'il soit, toucU^à votre emprise, pour faire armes en quelque manière que ce soit; non point pour vous blâmer, mais de tout son pouvoir vous exaucer en toute noblesse: elle le fait, pour ce qu'elle veut de tout son pouvoir entendre à entretenir la grand^ amour et grand' alliance qui est entre son très cher et bien aimé cousin de Bourgogne et elle: car ainsi plaità son seigneur et mari le roi d'Arragon. » Et atant (alors)rcessèrent de cette matière à parler, si parlèrent d'autres besognes : puis après toiiitot devises, messire Jacques prit congé de là reine et s'en retourna en son hôtd, et avec lui plusieurs chevaliers et écuyers qui le convoyèrent.
La nuit se passa, et quand ce vint le lendemain matin, messire Jacques et ses gens ouïrent la messe. Puis environ entre six et sept heures du matin, la reine d'Arragon envoya deux nobles chevaliers, accompagnés de plusieurs écuyers,par devers icelui messire Jacques, lesquels lui prièrent de parla reine, qu'il se voulait (voulut) déporter (dispenser) de plus porter son emprise, pour cause qu^aucuns étrangers la pourroiept v^nir toucher; laquellechose jamais elle ne voudroit souffrir, ni bailler place pour accomplir leurs armes; et qu'aux dames n'apparie-
Tioit si avant connoître en telles matières, et que mêmement eHc en avoit le commandement du roi son mari, et aussi Taverlissement durci de Navarre son beau frère. Surquoi fut répondu par messire Jacques de Lalain, qu^il avoit envoyé un officier d'armes, notable homm€ et de bonne renommée, par une partie des royaumes et provinces chrétiens, dont il ^voiteusohlojral rapport, non point faisant mention que ce fût à la déplaisance de la reine, ni de nuls princes, chevaliers et écuyers , qu'il ne portât son emprise: et à proprement parler il pourroit sembler à aucuns qu'il le fit pour aucune chose, dont il ne se «entait en rien coupable; priant et requérant la reine en faveur d'hpnneur, qu'elle ne lui voulsist (voulût) faire ce commandement: car aucuns chevaliers ouécuyers,ou autres pourroient penser qu'il le fit par couardise ou autrement, pour laquelle transe son honneur y seroit grandement blessé; Et que si aucun chevalier ou écuyer vouloit touchera son emprise, et qu'il fût des conditions contenues en ses chapitres, il seroit content qu'il eût td jugeque bon lui sembleroit, fût le roi de France, ou d'Espagne, ^u d'Angleterre, ou autre prince chrétien, où bon lui sembleroit : et étoit prêt et appareillé de le fournir et accomplir à l'aide Dieu , selon le con^ tenu en ses chapitres.
1 8o CHRONIQUE DU BON CHEVALIER