X.Le voyage et conquête de Gueldre
XI. Le siège de Nuys, qui dura près d'un an, où il exposa chevance innumérable, et grande planté de vaillants hommes de guerre, et eut l'audace d'envahir l'empereur et la puissance de Germanie, son »îége de Nuys bien gardé.
Les Magnificences du duc Charles recueillies par
le même Chastellain.
L La première fut a Bruxelles, là où, lui assis en son trône, Fépée nue, que tenoit son écuyer d'écuyerie, fit convenir Gantois à compte et à genoux devant lui atout
XTxviiî NOTICE
leurs privilèges^ et en présence d'eux les coupa et déchira à son plaisir , ee qui est de perpétuel record , et non oncque vcu la pareille.
IL A Bruges en TÉglise die Notre-Dame, où il tint sa première fête de la Toison-d'Or^ en présence des ambassadeurs du pape, du duc de Guyenne^ du roi de Sicile , du roi d'Arragon, du roi de Naples, du roi d'Ecosse^ du duc de Calabre et du duc de Bretagne.
m. La solennité de ses nopces, en la même ville de Bruges; les riches et somptueuses joutes qui s'y firent 9 et les diverses excessives ooûtanges et pompes montrées en la salle durant ^la fôte.
IV. L audience qu'il mit sus en son nouveau venir 9 et comme il alla et repassa par diverses villes, où il se présenta en puhlic spectacle de tout îe monde pour ouïr toutes causes.
1^ Comme sa magnificence fut montrée en son grand navire, qu'il maintint sur la mer fort longuement contre les François et le comte de Warvic.
VI. Comme à St. Omer> devant lambassade du roy, son trône bas et haut, sur terre et par-tout, ëtoit éterni d'or à cinq degrés de haut tel que pareil n'àvoit été vu.
VIL Comme il montra sa magnificence à Trêves^ devant Fempereur Frédéric, en maintes et diverses manières bien hautaines.
VHL La tête de la Toîson-d'Or en Valenciennes, où il changea les manteaux d'écarlate en velours cramoisi, avec son entrée qui étoit pompeuse à merveilles, et joutes et tonrnoy» de même.
IX. La translation du corps de son père, le duc Philippe, par singulières cérémonies bien à recommander ^ dont il s'acquit los et gloire.
X. Comment il reçut à Gand Tordre de la Jarretière. XL Comme il se vint seoir en son parlement à Malines
SUR GEORGES CttASTELLAlN. xxx«
en habit ducal ^ et entra en la ville en ce même état, le chapeau en téte^ que multitude de gens jugèrent être couronne.
Le recueil imprimé des poésies du même Molinet ^'^ contient une pièce de vers de G. Chastellaifi que je n'ai vue dans aucun de ses manuscrits; c'est certainement la meilleure et la plus intéressante de celles qu'il a écrites. Elle a été réimprimée plus tard dans la Légende de maître Pierre Faifeu^^^; c'est une revue historique des principaux événements de son siècle. Elle a été complétée par Molinet. Les deux ouvrages dans les quels cette espèce de chronique en vei^s a élé imprimée étant devenus fort rares, je crois être agréable au public en la plaçant ici. Elle est écrite avec grâce et fait d'ailleurs partie nécessaire de l'histoire de ce temps.
Recollection des men^eîlles j advenues en nostre temps 9 commencée par très élégant orateur j messire Georges Chastellainj et continuée par maistre Jean Molinet,.
Qui veult ouyr nouvelles Etranges à conter ?
Je scay les nom pareilles Qu'homme ne sçait chanter Et choses advenues Depuis long-temps en ça; Je les ay retenues.
Et sçay comment il va,.
(i) Les faits et dits de feu de benne memoSfe matire Jehftn Molinet M. D. XL. Paris en la Rue-Neure Notre-Dame, k Tenseigue de Técu de France.
(a) La Légende de maître Pierre Faifeu mise en vers par Charles Bourdignë. Paris. De Pimprimerie d* Antoine Urbain Cot atelier MlDCCXXIIL ,
Il NOTICE
Les unes sont piteuse»
Et pour gens esbahir; Et les aullres doubteuses, De meschef advenir; Les tierces sont estranges Et passent sens hamain.
Aucunes en louanges, Aultres par aultre main.
En France la très belle^ Fleur de crestienté« Je veis une pucelle Sourdre en auctorité, Qui fit lever le siège D'Orléans, en ses mains; Puis le roi par prodiége Mena sacrer à Reims.
Saincie fut aorée Parles œuvres que fisl; Mais puis fut refncontrée Et prise sans prouffit, Arse à Rouen en cendres Au grand dur des François, Donnant depuis entendre Son revivre aultre fois.
J ai veu un petit moyne En Romme dominer Et en très grand enseigne De pape gouverner:
Dont depuis Tadventure Fat d'estre escartellé.
A honte et à lâidure Comme traistre appelle.
SUR GEORGES CHASTELLAm. ili
J'ay veu ung ypocrile Par le monde préscher , Soy disant Carmélite; Et fol, soy advancer De dire messe sainte Sans de prestrise adveu; Laquelle chose atteinte Fut eondampné en feu.
Depuis vek en Escosse Le roy David meurdrir D*espéé>et detalloce; Et lui convint soufErir^ Et prendre en pacience A sa noble moullier, ^ La roïne qui en oe Prîst peine à se venger.
J*ai un d|ic de Savoie Veu pape devenir^ Ce qui fiit hors de voye Pour à salut venir.
Si en vint dure playe En Véglise de Dieu, Hais il en reçeut paye A Hipailleson lieu.
rai veu à la grant Homme Meurdrir un cardinal Par un £eiu1x mauvais homme, Son barbier desloyal ^ Gisant en lict paisible , Quérant sa coyeté, Dont en tourment horrible Il fut exécuté.
NOTICE
J'ay puis veu Hurtlre en France, Par grant dérision , Lb racine et la brancbe De toute abnBioUf Clief de l'orgneil du monde El de lubriciië; Femme où tel mal habonde fiend povre utilité.
Puis ay veu par mister»
Monter ung arg^entier, Le plus ^and de la terre.
Marchand et financier, Que depuis la fortane Veiz mourir en exil, Après frauldes mainte une Faite au roi par cas vil
J'ay veu par excellence llng jeune de vin^ ans, Avoir toute science, El les défp^z monlans, Soy vantant sçavoir dire Ce qu'oncquesfut escript Far aeqéle foiz le lire.
Comme ung jeune autécrisL
Par fortune senestre Veiz k l'œil viviment Le granl duc de Glocestre Meurdrir pileusentent; En vin plain une cuve Failloit qu'estranglë fust, CuidanI par c^le esluve Que la mort n'y parus!
SUR GEORGES CHASTELLAIN. xliii
Ung Gilles de Bretaig;ne Nep>'eu au roi jCharlon, Veiz-je , par mode estraig^ne, Estrangler en prison.
Par Tadveu de son père, Dont cité, devant Dieu, Mourut de mort amère Tout soubdain comme sieu.
D'Espaigneung; connestable Haultainnement réglant, Grant maistre redoutable DeSainct Jacques le garant, D'or riche oultre mesure Celluy veiz-je mourir De mort confuse et dure^ Ce iist son demerir.
Le trésor de Venise, Où si grant apporta, Veiz-je embler par Temprise D'ung Grec qui remportai Depuis ung sien compère Fist accusation; Dont dommaige grant ère De pendre ung tel larron.
Depuis en ung province Trouvay ung accuseur, Qui me disoit qu'ung prince Coucha avec sa seur, Soubz une fausse bulle, Guidant dispense avoir, Dont honneur le reculle Et non a bon debvoir.
xliv NOTICE
J*ay vue Millan oonquerre Par ung povpe routier Et plus lo8 y acquerre.
Qu'une roy vrai héritier-, Se lui en est bien deuë La gloire de Varroy , Car sa vertu congneuë Vault couronne de roy.
J'ay voa de trois centaines Vieille possession, Exposer d'Acquitaine Angloise nation, Et Bordeaux et Bayonne Prise du roy françois, Louange à la couronne Qui fist si hault exploix.
J'ay veu la Normandie Et la noble Rouen, Submise à la mestrie Du roi et de son ban, Monstrant là ses banières Sur les vielz ennetnys, Lesquelz par armes fières Vainqueurs il a remys.
J'ai veu ung hault emprendre Pour advenir grands maulx.
De tuer et de prendre Beaucoup de cardinaulx, Et du pape ainsy faire, ] Si Dieu n'y eustpourveu*,
Estienne de Procaire A Homme en fut pendu.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. xlv
J'ay veu grand' invaincue Subjuguer à mes yeulx, D'ung prince soute la nue Le plus victorieux, Et d'espëe mortoire Vaincre ses habitans, Dont cas de telle gloire Ne fut 9 passé mil ans.
J'ai veu, extrême chose, Chevalier sous trente ans Combatre, en lice close , Vingt deux nobles gens, Par tant de foys diverses, Comme il y a de ndms, Sans fouUe et sans traverse; Ce qu'oncques ne fist homs.
La Cité oonstantine Depuis veiz envahir De la gent Sarrarane^ Qui la vindrent saisir, Et la teste coppèrent Au vieillart empereur, Sans ce qu'ailleurs nibnstrèrcnt Maint aultre grant horreur
J'ai veu une Lucrèce En Romme domitier,' De Napies non de Grèce; Pour le pape honnorer, Aller au devant d elle Cardinaulx et prélatz; Et sy n'estoit qu'ancelle Du roy pour son soûlas.
xlvi NOTICE
J'ay veu roy de Hongrie Faire préparement De haulte driierie, Très glorieusement, Qui atiendoit la chère ^ Du nuptial atour^ Trouvé fut mort en bière Ne sçait on par quel tour
Luy mort, prit la couronne Le fik d ung oompaignon, Vertueuse personne Et de très g^ant renom; Ainsi royal, racine Prist là son dernier plong, Et la basse origine Monta en royal tronc.
J*ay veu Taisné de France, Fuitif de son sourgeon Venir prendre umbroyance Soubzle duc Bourguignon, Et le mettre en couronne Non guères bien venu; Dieu congnoist en son throsne S'il là bien reeongneu.
J'ay veu peuple confondre.
Et royaulme trembler, Cha&teaux et villes fondre.
Et citez abismer, €raventer les églises Fendans toutes patmy, Es Naploises pourprises Ce fist ce grant ay my.
SUR GEORGES CHASTELLAÏN. xKii
J'ai yeu descendre en France Anglois encontre Angeles, Par contrainte et puissance Pour contendre au passes^ Pour Calés et pour Guines, Ce fut tout cest esmeu; Ce sont estranges signes Le cas bien entendu.
Passant par Angleterce, Je veiz en grand tourment Les seigneurs de la terre S entretuer forment, Avec ung tel déloge, Qui caeurs esbahissoit Qu'à peine y eat refuge Où mort n'apparmssoit.
Ung nouveau roi créèrent, Par des piteux vouloir, Le vieil en déboutèrent, Et son légitime hoir Qui fuitif alla prendre D'Escosse le garant, De tous siècles le mendre Et le plus toUerant.
J ai veu en grant fortune Une des fleurs de lys Tenir en prison brune En très povres delictz, Privé de seigneurie Et de royal honneur, Dont la gloire périe Est en sa prime fleur.
xWii lïbTiCE
De Cypre la couronne Ay-je veu emprunter Au chef de Babilone, Pour le roi en jecler; Bâtard est, et d'église Cellui qui le maintient, Et n'a compte à reprise, Ni à mal qui en vient
La royue veis descendre Dedans le marin coun Par ung ardant contendre Vers France pour secours; Qui depuis fut pillée Et mis au sacqueman.
Par piUars de Gallée Du port Venician,
J'ay veu de deux royalmes Deux roys contemporaint.
Confesser en leurs âmes Haulx motz et souverains 5 De tenir leur couronne Et leur pourpre vestu, D'une seulle personne.
Le grand duc de Vertu.
J'ay un roi de Cecille Veu devenir berger, Et sa femme gentille De ce propre mestier.
Portant la pennetière, La houlette et chappeau, Logeant sur la bruyère, Auprès de leur troppeau;
SUR GEORGES CHASTELLMN. xUx
J'aiveu de Géorgie^ Et du hault Orient, De Perse et d'Arménie»
Diverse estrange gent, Mesme d'ung infidelle Transmettre au roy Charlon, Pour lui donner querelle Contre le turc félon.
Le hault duc de Bourgogne Fort bien le recoeiUit, Dont Tœuvre assez tesmoigne Quel honneur il leur fist; L'honneur fut si profonde Et de si haultain faict, Que jusqu'au bout du monde La mémoire s'en fait.
J'ay veu deux, trois commettes Manifester au ciel; Etd'estranges planettes Plus amères que iiel, Dont les fins non congnues Sont d'esbahissemeot; Et de non advenues N'est nul vray jugement.
J'ay veu, chose inhumaine Et cruelle en la foy !
Tuer à force pleine Gens d'église à desroij La cité de Mayence En est tournée en feu Et a si grefve oultranc9 Qu'oncques tel mal ^e feu.
1 NOTICE
0! hault duc plein de gloire, Et vous son noble filz) Ceste brefvc mémoire De tant de divers dis Ay fait en vos louang^es D'ungcueur non vermolut II plaise att roi des ang^s 1}u'il vous tourne à salut^
J'ai veu dure vieillesse^ Qui me vient tourmenter, Si fault que je délaisse L'ôseripre et le dicter En rime telle quelle, Puisque je vais mourant^ Molinet mon sequeUe Fera le demourant (i).
J'ay veu ung petit conle, Seigneur de Charolois Qui bailla bien son compte A Loys de Vallois, Au Mont-Héry en France Son ost le poursuy, Mais l'ung; tint place franche Et l'autre s'en fiiy.
J*ay veu la chandrelière Orgueilleuse Dinant, Ville assez singulière> Mais toujours huttinant^ Pour sa grande arrogance Le Lyon très hardy En print dure vengeance Et en cendre Vardy.
(i) Ici se termint ce qu'a écrit Georges Chftstënain. T.ere Molinet. .
SUR GEORGES CHASTELLAIN. 1î
ï*ay veu les murs de Liège Destruictz et abbatas, Son Péron perdre siège.
Ses mutins combatus, Criant rive Bourgoignei Le roi vint de surcrois, <Jui porta sans vergoij^ne De Sainct Andrieu la croix.
J'ai veu duc magnifique Tant surpris de Gantois "Qu a dur trouva prsfcticque D'eschapper de leur toicts.
Ils furent pris aux pièges.
Dont ils furent honteux 9 Car leurs grans privillèges Déchira devant eulx%
Paulus sans faulle nulle , 'Qui d'argent eut maint marc^ Fist nouveau scel et bulle> Et le palais Sainct Marc, En or et pierrerie Mit son entendement Et en sa trèsorie Fina estrangemenL
J'ay veu, par forte glaive, Edouard roi Anglois, Expulsé, comme esclaive De ses royaulx Angletz^ En moins d onze sepmaines.
A Fespèe tranchait, Recouvrer ses domaines £t son throsne luysant,
lii NOTICE
J*ay vea porter soufirance A Werwic, qui cuidoit Trouver Anglois soobz France , Et France sur son doigt; Payé fut de ses galles^ Car il passa par là, El le prince de Galles Oncques puis ne parla.
Fortune qui couronne Les siens à son franc chois.
Donna double couronne . D*Anglois et de François A Henry 9 qui ses resnes Rompit sur le hault roc; 11 perdit ses deux règnes Se ne fut roy ne roc.
J'ay veu la Normandie Du lion trespercer*, Le roy, quoiqu'on eti die, NeTosoit approcher; L'ung demandoit la guerre^ Lautre plaisant soulas, L'ung vouloit bruitacquerrc, 'L'autre en estoit fort las.
J'ai veu cornette! horrible, Comme verge poindant, Bspouentable, terrible. Grande^ felle et ardant.
Sur le Rin vers Couloigne JjBCtoit son rayant dart.
Et )e duc de Bourgoigne Y mîstson estandart.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. liii
J ai veu soulfre, salpêtre, Ensemble batailler, Quant j*ai veu Fratrepétre, Cardinal cordellier, Plein de pompe mondaine Et d'immundieité Et à heure soudaine Estre à la mort cité.
L empereur d'Allemaigne Dedans Trêves entra, Charles qui laceompaigne Son triumphe y monâtra# Chascun tant ayme et prise Son excellent arroy^ Que la journée fut prise Peur le couronner roi.
Nus attendit l'espée Du plus fort duc des duc9y Sa rivière coppëe, Ses muretz pourfefndus*,' Près d*ung an assiégé Endura ses travaulx, De secours estrdngé> Mengeaut chair de chevaulx.
j'ay Veu un due combattre Le Rommain empereur, Tentes et gens abattre Par mortelle terreor?
Sans craindre haequebutes.
Sans estrebersandcy Retourner en cesbutes Son siège bien gardé.
Ivf NOTICE
J*ay veu roy d'Angleterre Amener son g^randost Poar la f rançoise terre Conquester bref et tost^ Le roi voyant lafiaire.
Si bon vin lui donna Que Tautre, sans rien faire Content s'en retourna.
J*ay veu Saint Pol en gloire Ravy jusques es cieulx.
Puis descendre en bas loire Mal en grâce des dieux*, Sainct Pierre s'en délivre»
Pas ne le respita, Et au prince le livre Qui le descapita.
Et si fault que je dise Ceulx qui ont eu mal an:
Meurdry fut à Téglise Le grand duc de Millan^ Par user des plus belles Femmes de son pays , Et mettre sus gabelles»
IJ fut à mort haïs.
J'ai veu le plus fort prince De la chrestienté En turquoise province Fort crainct et redoabté> Surmonter en bataille Par un petit ducquet; En gens de rude taille On n y a point d'acqucst*
SUR GEORGES CHASIELLAIN. Iv
Ainsi donc, loups saulvaîg^es Occirent le lion Gardant sur les rivaiges D'aig^neaul^ un million; Moutons loups et ouailles S accordèrent enfin Pour pillier les oreilles Au renard rouge et fin.
J ay veu citez et villes Ensemble mutiner > Yillains, meschans^ et viles Les nobles buttiner; Ce tourbe que j aléguis Oecist le chancèllier Et le comte de Megue De Tordre cbevallier.
En Gueldres qui prospère, J'ay veu grant mesprison Le fiU tenir le père En obscure prison, S*en fut bouté en selle, Puis mourut champion D'une noble pucellç Comme ung vray Scipion^
J'ay veu dedans Mallines Notable parlement, Pour faulses gens malines Corriger justement; Mais comme 1q prophète Par avant Taunnuca Le hault bruit de lafeste Tout à coup trçsiiucha.
Ul NOTICE
J'ay veu ^ans blez et paille Par les champs rapiner Tous biens à la haspaille, Sans pendre et sans traisner, Chetifzet misérables Devenir riches gens.
Et riches honnoral)les ^ Mendians indigens.
J*ay veu Juïfz séduire Ung petit enfançon , Le meurdrir et destruire Par est range façon; Miracles faire à Trente Comme font plusieurs saiucts, Plus de vingt et de trente Ku sont guéris tous sains.
J'ay véu tiri rdy dé France Accorder aux Angloy^ Âffiri que grànt souffrance N*ayt France éri ses angiclz; France franche et non serve, Sinon à ses amys; Et dure que Ton serve A tous seë ennéihys.
J'ay veu homme de gtierrc Sur cheval bon et fier, En Uaspre venir querre Ung très riche censier.
Le bon sainct de Tabbaye^ Acquaire,s'en vengea, Le cheval enrabie Et son maistre enraigea.
SUR GEORGES CH ASTELLAIN. 1t i i
J'ay Teu grant multidude De livres imprimez, Pour tirer en estude Povres mal argentez; Par ces nouvelles mode^ Aura maint éseoUier Décret, bibles ^ et codes Sans grant argent bailler;
J'ay vèu pucelle tendre Anthonias eut nom.
Toute science entendre, Logicque et droit canon^ Saige comme Sibille, En rage de dix ans, Et de rêspondre habille A touscontredisans.
J*ay veu gendarmerie Bigarrée à tous lez, Comme j uïfverie , RioUez, pioUez De diverses bigornes, Et d'estranges façons; Ne restoit que les cornes Pour estre limassons.
J'ay veu Tournay tdiirnee En ung mauvais tournant, Sans estre retournée, Ses voisins bestournant', Noz maisons, noz tourelles En cendre contourner, Es Flamens eutour elles Durement attonrncr.
Iviii NOTICE
J'ay veu par ces oraiges Des nobles corumpus, Et des loyaulx couraiges Qui leurs boys ont rompus^ Les villains sans richesse Furent trop plus loyaul?^ A leur dame et princesse Qu*aultres gens desloyaux.
J'ay veu chevalier nobh;.
En bruit et en valleur.
De vertu la vignoble^ De proesse la fleur, Espouser noble femme Et avoir beaulx enfaus.
De glorieuse famé.
En armes triumphans.
La dame mise en bière Le seigneur de vertu, Content de pain et bière Fustmoysne revestu, Prestre, abbé portant chappe.
Et évesque sacré, Fort digne d'estre pape Four son final degré.
J'ay veu nobles contrées Sans chefs et sans seigneur, Durement rencontrées D*ung terrible enseigneur^ Pucelle habandonuée, Grant desroy de commun , Et en moins d'une année Avoir deux ducz pour ung.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. lis
J'ayveu dedans FIoreDce Arcevesque pendu* Et fort grant apparence De cardinal perdu.
Trois abbés portans crosses Etceulx de leur partis Furent par dure approche Mutilez eloccis,
J'ay ^eu, chose inconnue t Ung mort ressusciter, Et sur la revenue Par milliers achapter; L'ung dit: il est en vie.
L'autre; ce n'est que vent.
Tous, bons cueurs sans envye Le regrettent souvent.
J'ai veu duc de Clarence Bouté en une tour Qui quéroit apparence De régner à son tour \ •
De mort préadvisée Le roy le fist noyer Dedans mallevisée Pour le moins ennuyer.
J'ay veu, comm6 il me semble, Ung fort homme d'honneur Luy seul chanter ensemble, Et dessus, et teneur:
Olbeken, Alexandre, Jossequin, ne Bugnois Qui sçayvent chantz espandre Ne font tclz esbannois^
Ix NOTICE
J*ay veu clerc de yillaig[e Meuger ung g;ros raton, Une poulie volaige, Cng quartier de mouton^ Du pain plein une mande Bouter en ses boyaulx; Ne sçay comme la panœ Ne luy rompt de morseaulx.
J*ay veu en Vallenciennes, Quand droit là metouraay, Ya-tost faire des siennes Et aller à Tournay, En moins d'heure et demie Sans cheval ou jument^ r/estoit chose ennemye, Fotce^ ou g;i*and radement.
Assiéger vindrent Rhodes Plus de cent mille Turcz, Vestus d'estranges modes.
Qui percèrent ses murs; La vierge glorieuse La cité secourut Qui fut victorieuse, Et le turc s'encourut.
J*ay veu felle besoigne Et cas de grant pitiés A Disjon en Bourgoigne Pleuvoir sang à planté*, Au roy Loys de France Fust le sang envoyé, Doublant avoir souffrance, Fut assez ennuyé.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Ixi
J*ay veu cinq personnaig^ D'ung triumphant hostel, En moins de dix lunaires, Payer tribut mortel', Marie rendit compte, François sou fils le bon > Saint Pol y ohymay le comte, Et Loys de Bourbon.
Loys d'un coup d'espée, Digne évesque et duc grant flutla gorge coppée Par ung mauvais tyrant.
Mais Liège en fut pugnie Par glaive et par arsin, Etla barbelionnie Qui brassa ce brassin.
Je veis devant Boulloigne Le filz de Ravestain Mettre gens en bêsoigne, Cinq mille, il est certain; Liégeois plus de dix mille, Par chevallereux faictz Furent, comme une pille^ Succombez et defiaitz.
Liégeois y apportèrent Cinq tonneauls de licolz.
Car pendre ils y cuidèrenl Bourgoignons par les colz; Mais de clères espées, Picques ei gaurelos Eureùt gorges coppées Sans y avoir grant los.
Ixii NOTICE
J*ai veu peuple en mes livres, De famine troublé, Et vendre quatre livre»
Ungseul mencault de blé*, En ceste propre année Avoir dessus VEscaull La chance retournée , Ungmuy pour ungmencault,
Pour chose assez précisé.
J'ay veu en nos tenans, Arras nommer franchise, Et changer les manans^ Comme infâmes et viles ^ Les hoirs en débouter, Et gens d'estranges villes Y venir habiter.
Et Cambray chaiiger armes Portans florons royaulx.
Forger pour les gens d'armes Chaisnes de ses joyaulx^ Meuge fut composée Du seigneur Marafin^ Et du roirembourée Avant quMl prensist fin.
J'ai veu oiseau ramaige, Nommé maisti*e Olivier, Voilant par son pluma^ige Hault comme un espervier-, Fort bien sçavoir complaire Au roi^maisjeveiz qu'on Le feist,pour son salaire Percher au Mont-Faulcou.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Ixlil
J'ai veu, estrange contel François accompagner De Richemont le comte.
Pour son règne gaigner^ Richard roi d'Angleterre En bataille périr, £t les hoirs de la terre Eslonger et mourir.
J'ai veula fiére barbe.
Qui tant se reharba, Douce comme Saincte Barbe Quant on le desbarba, Sans convrechief qui bue Atrect fut desbarbé De se barbe barbue, Car il vint à jubé,
JeveizGand qui prospère Sur Flamens Iriumphans, Au desplaisir du père Retenir deux enfans; Le père à force d*armes Les reconquist, s'en fu, Gant pour ses gros vacarmes En danger d estre en feu.
Comme paysans viles, Porta ns flesches et danb, Quirent aux bonnes villes Du vin pour leurs souldars.
Maint archer fit son hoste D'autour de Saint Bavon^ Porter vivres en hottes Comme povre Esclavon.
hiv NOTICE
J'ay veu seigneur des Cordes Aux Flamens accorder G>rdeller grans discordes, Pour pays descerder; Flamens se racordèi'ent Au duc que recordons', Et les François cordèrent De guerre les cordons
Aiguemont en Hollande Mena ses cabill^oiL, Armez d'escaille grande, Dure comme caillaux, Faindant gi^and marchandise Estre en un vaisseau freo Prindrent vaillantise La ville de Donlrec.
Puis ouys, chose amèrc Plus fière que devant !
Au ventre de sa mère Brayve un petit enfant.
Et au Quesnoy-lc-comtc Tant haull plaindre et gémir Que la mère, à bref compte, En laissa le dormir.
J'ay veu deux ou trois îsles Trouvées en mon temps, De chucades fertilles.
Et dont les habitans Sont d'estranges manières Saulvaiges et velus^ D'or et d'argent mynièref Voit-on en cespallus.
SUR GEORGES CHASTELLAIN. Iiv
Par mystère fort riche Où Diea presta les mains Veiz rareheduc d*Au8triche Esleu roi des Rossmains , A Aix en Allemagne Dignement couronné; Son père Taccompaigne Richement atourné.
J'ay yeu une Rommaine Dame de grant renom, Fille humble et fort humaine Du sénateur Zenon; Sept cents ans enterrée Fut sans corruption; Au peuple fut monslrée Par admiration.
J*ai veu frère NicoUe, Uog; Suisse dévot, D^abstinence Tescolle Fort bien tenant son vot, Vingt ans vivre en ce moAde, Sans manger peu ne point; Dieu en sa gloire munde Luy doiut viande à point.
J'ay veu yif saiis fantosme Ung jeune moysne avoir Membre de femme et d*homme Et enfant concepvoir; Par luy seul, en luy mesmes, Engendrer, enfanter, Comme font aullres femmes.
Sans outilz emprunter.
*3tTi NOTICE
De fort dore fortiuic Veiz BoulKDignons servir, Espërans de Betbane Les formaiges ravir; En lieu de fins formaiges Trouvèrent fa ulx baratz, Gueldres y eut dommaiges Nasso et Lassaras.
J'ay veu par mntinaige, Bruges mettre les mains Au digne personnaige Roi sacré des Rommains; Ses chevalliers 9 ses nobles^ Son mignon fort fringant, Pis loger qu'en vignobles Emprisonnez à Gand,
Les moutons détentèrent En son parc le berger, Les chiens qui le gardèrent Sont constraincts d'eslongcr; Le berger prist figure D'aigneau, mais ses brebis Dont il avoit la cure Devindrent loups rabis.
Bruges mist à torture Chevalliers et barons Sans raison etdroicturc, Comme on feroit larrons; Par gent rude et meschantc.
Fut lors sur le marché D'une espée trenchante Maint noble despesché.
SDR GEORGES CHASTELLAIN. Ixvii
Pourquoi Timpérialle Majesté accourut, Quison filz ia reyalle Dignité secourut; La noble Germanie Tellement huttina Que Flandres fut pugnie Et Bruges en saigna.
J'ay veu à bas descendre Ung fort jeune éléphant, Coulouré comme cendre, Aspre et fort remouvant; De sa grande narine Fort bien s'esbanoya, Et puis sur la marine Meschamment se noya^
J'ai veu paimy ung voire François et Bourgoignons^ Ensemble à Cambray boire.
Gomme bons compagnons; Puis aux champs, hors la ville, L'ung sur Ta utre charger Pour mettre en prison vile Ou en mortel danger.
J'ay veu haulte princesse D'Yorck de grant renom; De Bourgoigne duchesse, Marguerite a voit nom.
Perdre par dures glaves Ses frères, son mari, Ses nepveux, l'ung escltves L'aultre estaint et péri
livitt NOTICE
A Home ung de Viterbe, Pour ducatz amasser, Sceut d*eau et de viste herbe Plusieurs bulles casser, Faîre seconde lettre, Où la première fu ; Mieux que tison en Téstre En fut brusle en feu.
Quant Flandres eut souffrance, Jeveiz unç chauffeteur , Maistre d'hostel en France, Eslevé en hault heur ^ Par luy maint coppenoUe Au monde fut forgée, S'en eut col et canoUe Du hastrel deslogé.
J*ay véu grant vauderic En Arras pulluler, Gens pleins de rêverie Par jugement brusler -, Trente ans puis cesîe affaire > Parlement décréta Qu'à tort, sans raison faire > A mort on les traicta.
René duc de Lorraine Eut deux femmes vivans IVIais de la premeraine Ne peult avoir enfans; La seconde fut digne Delignie assembler^ Qui en bref «e fit royne de Cecille nommer;
SDR GEORGES CHASTELLAIN. Uit
Jay veu Louvaioi Nivelle, Brucelles, je m'en crois.
Pour chose fort nouTelle Porter la droicte croix; Brucelles fut humilie Par mort qui Taherdit.
De gens trente six mille Pour ung an y perdit.
J'ai veu les bonnes villes Âchapter larronceauix; Aux paysans servilles Pour pendre aux arbresseaulx ; Trop estoit la derrée Vendue aux bons marchons Pour estre délivrée Aux corbillons des champs.
J*ay veu louenges acquerra Au grant roy des Rommaius Austriche reconquerre, Et Hongrie en ses mains-, Vienne, Albe-regalle, Ont sentu les assaulx De majesté regalle Et ses nobles vassaulx.
J*ay veu dévotes vierges En dangereux perilz Vexées par le» verges Des mauvais esperis, Droit au Quesnoy-le-comte Advînt ce grand malheur; Piteux en est le conte Dieu doint qu'il soit meilleur.
In NOTIŒ
Jay vcu roy d'Angleterre Ung grant trésor coeillir,
Pour la Françoise terre
Conquerre et bataillir; n assiégea BouUongne:
Mais le grant Creveeneur Lui tourna bride et longue; Sy lui changea le cueur;
J'ay vea filz d'Angleterre Bichard dTorc uommé, Que l'on disoit en terre Ëstainct et consommé, Endurer grant souffrance; Et par nobles exploite Vivre en bonne espérance D'estte roy des Angloys.
Allemaigne^ Engleterre y Et Bourgoigne ont chargé Engins par mer et terre L'Escluse ont assiégé; Ceux qui le deffendirent Soubstindrent vaillamment; Mais enfin se rendirent Par bon appoinctement.
J'ay veu un roi d'Espaigne Pour la foy augmenter Et luy et sa compaigne Grenade conquester; Sept ans y tint le siégC; On y fit maint blocus; Et puis fut pris au siège Roy, et mores vaincus.
SUR GEORGES GHASTELLAIN. Ixxî
Marguerite d'Austriche Veiz-je royne nommer, Et du poyre et du riche En France et plus amer, Que d'or une montaigne; Mais ce bruyt s'accoisa Car l'Anne de Bretaigne Son amy espousa.
L'Anne.quî fut pourjutte Pour le roy des Rommains^ L'impérial Auguste , Ailleurs tendit ses mains^ En Françoise garite La couronne porta.
Et nostre Marguarite Bonne paix apporta
Mais le chef de vaillance Roy Maximilian Espousa dame Blanche Sœur du duc de Millau; Royne (ut couronnée En triumphant arroy.
D'honneur environnée La receupt le bon roy,
Jay veu en hault estaige Des Cordes le seigneur, Povre de son porlaîge Mais puissant gouverneur*) Il tint en sa demaine Des fleurs de lys le neud:
Puis le temps Charlemaine Homme si grand bruit n'eut.
kxii NOTICE
Les oyseaulx s'espantèrent, Son corps mis à Pestrain, Les fleuves en saultèrent Hors de lear commun train.
Les gros vents tant soufflèrent, Tant grésilla, et plut.
Que vignes engellèrent^ Dont fort il nous desplut.
Et à Paris sur Seine, Je vis un garnement Blasmant, de foy mal saine Le divin sacrement; Le sainct sang du calice ^ Voult pendre et pesteler; Se fut pour sa malice Condamne à brusler.
Et au Pont saincte Maxencc Veirent plusieurs marchans Feu degrant reluysancc Plouvoir avant les champs; Par grandes, grosses masses Le veirent descharger En ces régions basses Sans riens adommager.
Auprès de Vallenciennes; Veir ung jeune filz bon Qui les bras des mains saines Àvoit noirs que charbon; L'esperit de sa mère Morte, Tavoit blessé, S'en fut de peine amèrc Par son fils despeché.
SUR GEORGES ŒASTELLAlN. Uxiii
JTay vea et ka en livict D*une pierre pesant^ Deux cents cinquante livres Montaignes traversant^ Du ciel, par uug tonnoire* Comme il me fat compté Cheut ceste pierre noire En Ferret la Comté.
J'ay mis en retenues Ce qui n*advient souvent, Homme ravy aux nues, Par tourbillon de vent, .
De Bruges enZéelandé, Droit devant Cericsé, En moins d'nne heure grande, Vîf se trouva versé.
Jay ven Charles huytisme, Roy sacré des François Pour cause légitime Coeillir gens à son chois; Armes, lances et heanlme Dedans Romme porter , Et d'un train, le royaulme De Naples oonquester.
Princes qui Vappellèrent En passant, beau cousin, Rapassant lui baillèrent A muser d'ung ooussin; Yenise tint passaige Millau l'a combatu; Mais malgré leur visaige Retourna bien batu.
Ixxiv NOTICE
J'aj Tea»$e' qu'il me seoiUf Ung monstre fofi nouveau, Femmes tenans ensemble Par nuQ même cameau^ Qui deux oorpe et deux âmes Et deux ToulentesE wt Non de loingtains royaulmes, Mais d'Âllemaigne sont
J'ay veu venir en Boddes Le Grant Turc à garant; Sonfrère^unCsLulx Hérodes, Yonloit estre Turc Grant^ Qui donna graut richesse A. la chrestienté Pour le tenir sans cesse En grant captivité.
Roddes, quant j'y regarde Après luy proufita, Le pape leur en garde Qui bien s'en acquita^ Depuis le roi de France Pria de cueur humain, L'avoir en garde franche; Se mourut en sa main.
J. Â. DLCl
rm DE LA NOTICE SUA Georges Chàsteli