‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 7 sur 110 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Des PROUESSES des IîOBLES du pats de HaiNAUT ET DES PERE ET GRAND-PÈRE DE JagqUES DE LalAIN.

A. LA très sainte et bienheureuse louange et magnificence de notre Sauveur Jésus-Christ et de sa très glorieuse mère qui sont cause et mouvement de toute bonne opération et sans lesquels nuls biens ne peuvent être encommencés ni achevés, et aussi pour ce que la mémoire des hommes defiaut et passe par termination de vie, et que toutes choses se délaissent et oublient qui ne les rédige et met par écrit; doncques, afin que la gloire et louange que jadis acquirent nos anciens prédécesseurs ne soit éteinte, mais augmentée et ramenteue (rappe-

lée), pour donner exemple aux nobles et vertueux hommes du temps préseut, j'ai voulu mettre et écrire les hauts faits et emprises très vaillantes qu'en son temps fit et acheva messire Jacques de Lalain, aîné fils du seigneur de Lalain, lequel, pour acquérir gloire immortelle, mit grand' peine et labeur du. rant son temps, d'augmenter et accroître en tout honneur et bonne renommée la maison dont il étoit issu. Et pour ce que, moi auteur de ce présent traité, )'ai vu de ses hauts faits aucune partie; et aussi pour esche ver (éviter) wyseuse (oisiveté), mère de tous vices, j^ai pris le plaisir de les ramentevoir. Si prie à ceux qui cette matière liront, qu'ils aident à excuser mon petit et obscur entendement, priant notre seigneur qu'il me doint (donne) grâce de le pouvoir parfaire en telle manière, que la matière soit plaisante aux lisants et écoutahts.

Comme il soit notoire, que jadis au pajs de Hai* uaut et à l'environ étoit la fleur de chevalerie, autant que pour lors on sçut trouver ni querre: car coutume éloit en celui temps, que quand un noble homme venoit en âge compétent de porter armes, jamais ne cessoit, non doutant péril de corps, peines, ni travaux que advenir lui put, qu'il n'allât enqué' , rant les hauts faits d'armes et les beaux voyages d'outre mer et d'autre part, où ils acquéroient et faisoient tant par leur hautes prouesses, que leur renommée s'épandoît et fleurisssoit par tous règnes, et encore tait aujourd'hui, comme ci-après pourrez ouïr ainsi comme je l'ai trouvé es livres et histoires de ce faisants mention; et en spécial du très vaillant en son

temps nommé messire Gillon de Trasignies, natif du noble pays de Hainaut, lequel, comme en son histoire est contenu, fit tant par ses hautes prouesses, qu'il acquit gloire immortelle. Et aussi ne sont pas à mettre en oubli autres vaillants chevaliers de Hainaat»qui depuis ont régné et tant fait durant leur temps qu'à toujours en sera perpétuelle mémoire , dont l'un fut nommé messire Lion de Chin , et l'autre messire Jean de Verchin sénéchal de Hainaut^'l Certes, qui tous les voudroit nommer^ ni raconter leurs hauts faits et les prouesses et vaillances qu'ils achevèrent et mirent à fin, trop pourroit élonger notre matière en commencée,laquelle, moyennant la grâce de notre seigneur, j'ai intention de poursuivre et mettre à fin: car jamais ne doivent être éteintes, ni mises sous couverture, choses dignes de louange^ car comme ci-dessus vous ai dit, au pays et territoire de Uainaut a eu par ci-devant de grands hôtels, dont sont issus et partis de nobles et vaillants chevaliers , comme ci-après pourrez ouïr.

Au pays de Hainaut, pour le temps qu'en étoit prince et seigneur le très glorieux duc Philippe de Bourgogne ^'\ le très chrétien champion de la foi, le patron et l'exemple des vertuç, l'honneur de la chré-

(i) Le N*. 84T7» parmi les manuscrits de la bibliothèque du roi, renferme nn bon nombre des lettres de défi du sénëchal de Hainaut et la dernière partie du volume contient quelques prouesses chevaleresques de J. de Lalain écrites par le roi d^armes de la toison d''or et présentées au père de de Lalain. J. A. B.

(a) Philippe-le-Bon ,£!s de Jeam-sans-Pcur , dcviat duc de Bourgogne •a 1419» J. A. B.

tienté, le tremblement et effroi des marches (pays) infidèles, qui par son très grand et haut courage a entre les hommes vivants gagné nom immortel, avoit alors en Hainaut un baron nommé messire Othe seigaeur de Lalain; lequel en son temps eut trois beaux chevaliers à fils, de dame Yoland de Barbançon ^*\ nés et procréés en loyal mariage j c^est à sçavoir, messire Guillaume son premier et aîné fils fie second messire Sanche; et le tiers messire Simon. Ice< lui messire Othe seigneur de Lalain suivit et fréquenta les armes et fit de moult beaux voyages outre mer et autre part, en servant son souverain seigneur le duc Guillaume comte de Hainaut, et depuis le bon duc Philippe ci-dessus nommé.

Or advint qu'icelui seigneur de Lalain voyant et connoissant messire Guillaume son fils aîné être en âge compétent, il Fappela un jour et lui dit: « Guillaume, vous sçavez'et avez jà pieçà ouï dire, qu'en cette maison et seigneurie de Lalain, a toujours eu seigneur héritier et légitime, noble, venant de toutes ligiies,et procréé de droite lignée, comme de père à

(i"^ Suivant Chifflet, on trouve )i Lalain^ dans l'^lisR de Safnf* Aldegonde, chapelle de Saint Jean, k droite du cœur ^ le tombeau d'Ottc et de sa femme. Voici leurs deux épitaphes :

Cbygist liault et nobles bornes, monseigneur Otte, seigneur de Lalain, chevalier, qui trespassa en Pan de grâce M. CCCG et XLI, ou mois de janvier le X1II«. jour: priez, k Dieu pour son âme.

riijr gist haulte et noble dame, dame YoUens de Barbenchon, dame de Lalain, sa compaigne et espouse, qui trespassa en Pan de grâce M. liil ceos et XXIIIL IX jours du mois de janvier. Priez k Dieu pour

son âme.

£t vcsqui le dit seigneur cent et trois ans. J. A. E>

BIESSIRE JACQUES DE LALÂIN. 7

fikEt pour cette cause, moi qui suis votre père,Toudrois voir, ainçois (avant) que je terminasse vie par mort y que en vous ne prit fin , jaçoit-ce-que (quoique^ ayez encore deux frères, c'est à sçavoir Sanche et Simon) mais toutes fois vous êtesFainéjsi est raison que vous soyez le premier .marié. Et pour ce 9 je veux et vous commande > qu'avisez et enquérez ei mettez peine, sur au taut que vous m'aimez et désirez complaire à moi, de Jrouver femme à vous propice et de bon lignage» laquelle vous prendrez à femme: et je vous promets aider et tant donner du mien, que par raison devrez être content: car de tout mon cœur je désir^ qu^avant mon trépas je voie qu'ayez enfaats légitimes» qui après vous succèdent en cette seigneurie de Lalain. »

Mcssire Guillaume oy^nt la volonté et le commandement de son père le seigneurlcte Lalain, moult humblement répondit et dit: a Mon très cher et redouté père, [e suis prêt de faire et obéir à tous vos bons commandements, sans vouloir aller au contraire: mats toutefois,sivotre bon plaisir étoit,jesuis assez jeune, et voudrois bien que ce fut votre volonté que je demeurasse ainsi une espace ,jusqnes à ce que j'eusse plus vu et fréquenté les armes ,^ et allé outre mer^ou en aucun bon voyage, pour acquérir los et bonne renommée, comme jadis ont fait nos anciens prédécesseurs, comme fit monseigneur mon grand-père et vous: mais nonobstant ce, monseis» gneur , je veux faire et obéir à tous vos bons commandements. »

Lors le seigneur de Lalain très content de la rc-

ponse de son fik, lui dit: ¥ Guillaume, la réponse que vous in'aTez faite tous sera valable, car je met^ Irai peine de vous allier eij lieu, dout moi, votre mère, et vous,, serez content. » Et atj^nt (alors) le seigneur de Lalaûi et son ^Is cessèrent de plus avant parler de cette matière.

t Le seîgneui; deLàlain non ajant.mis en oubli rUuibble réponse que lui avoit faite messire Guillaume son fils, laquelle lui avoit été moult agréable^ fit de tout son pouvôii^^parlout eqquerre pour ho* norablement allier son dît fils: et l«i7même demanda^ à aucuns de ses plus prochains parents et amis, en eux racontant son intention qu^il aypit de faire: et avec ce, en leur priant aussi qu'ils voulsissent (vou* lussen()chercher et enquerre aucune jeune dame, ou damoiselle de bonne extràptiou , qui à leur se^nblant fut telle commd^ il appartenoit d'être pour Guillau^ met de Lalain son aîné fils, pour le prendre en mariage» Adoncques y eut aucuns de ses dessusdits amis qui répondirent; et entre les autres, y en eut un qui dit :(r Monseigneur deLalaiti^jà abonne espace que moi, et autres vos parens, avons avisé et fort euq«iis^à notre pouvoir, de trouver dame, ou damoiselle, qui fut telle comme vous désirez. Je sçais une dame de haute et noble extraction, et belle, par dessus toutes autres; laquelle est sage, courtoise^ débonnaire, bien morigénée et remplie de toutes bonnes vertus: certes , à mon avis, elle esixligne d'é-i tre louée. Si d'elle on pouvoit finer, comme j'espère qu'on n'y faulra (manquera) point, vous. en pourrez faire sentir par aucun, af ant qu'on voise (aille") plus

avant et si sitftt on la voudroit remarier, car n'a guère que son mari fut mort à la piteuse IjKitàillc d'Azincourt Si n'avoit été mariée ladite dame, ni été avec son mari, plus haut de six semaines.

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