‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 60 sur 110 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

La. KÉtOWSE QtlB MAITRE JàMES DE DOUGLAS FIT A ChàR- ROLOIS, ET AUSSI LA LETTRE Qu'iL LUI BAILLA ADRES^ SAUT A MESSIRE JacqUES DE LAlAIIî: ET DE LA VENUE DU DIT MESSIRE JaCOUES EN EcOSSE ^ ET COMME ILS

furent six qui combattirent es lices devant le roi d'Ecosse.

Quand maître James de Douglas vit Charrolois le héraut lui présenter les lettres, il s'ébahit moult fort» désirant de sçavoir ce que dedans étoit contenu; il £rpissa la cire et les ouvrit^ si lut tout au long ce que dedans étoit contenu, ensemble les cha^ pîir^ contenus en icelles, aimsi que par les autres royaumes et provinces avoient été autres fois publiés. Maître James les ayant lues, les montra au comte de Douglas et autres plusieurs bardas et chevaliers, qui illec(là)étoient présens. Les lettres lues et visitées, fut répondu à Charrolois qu'il fut le très bien venu, en lui priant qu'ileût patience, et que brief ilâçroit expédié et auroit réponse sur le contenu en ses lettres» Si se tira celui maître James devers le roi, qui lui donna licence et congé de répondre et accepter jour pour faire et accomplir les armes, ainsi et par telle manière que dedant» les chapitres étoit contenu. Si furent lettres de réponse ifaites et écrites, desquelles la teneur sensuit

iij\ CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

« Honoré seigneur, après entière salutation, \ ous plaise sçavoir que j'ai reçu vos bonnes et agréa- L!es lettres, par lesquelles tant à moi comme eu général, j'ai entendu et vu l'honneur que vous niV \ez montré et offert Quanta la compagnie e4 accoinlance que vous désirez avoir de moi et d'aucuns des miens» en l'exercice d'armes, selon le contenu de vos chapitres, je vous en remercie très chèrement: et touchant que vous vous ofirez de venir par deçà en ce royaume d'Ecosse, pour le dit fait d'armes être fait devant mon souverain seigneur, on en cas qu'il n'y voudroit ou pourroit entendre pour aucunes occupations, par devant mon tre$ redouté seigneur le comte de Douglaif-mon frère; veuillez sçavoir, que quanta la substance de vos dites lettres et des chapitres d'icelles; gi^emièrement touchant votre descente en ce pays, vous serez le très cordialement bien venu, et à l'aide de Diëà serez servi de moi , ou d'aucuns de mes parens selon vos désirs et le contenu de vos chapitres; et aurez mon dit très redouté et souverain seigneur, ou monseigneur mon frère, l'un ou l'autre pour juge, selon ce que vous désirerez; lequel, ou l'un deux vous assignera jour compétent^ et raisonnable tien et place, à faire et parfaire vos dites armes; et lequel jour sera écrit et mis environ la fin du mois de Janvier, selon votre venue, raisonnablement dedans l'espace de votre séjour, en telle manière que nuller ment n^en serez tardé outre votre quinzaine qui sera, ainsi qu'écrivez, environ la fin du mois de Janvie. £l après que votre dite emprise sera au plaisir de

MESSIRE JACQUES DE LALAIN. iqS

Dieu parfaite et finie, je pense que vous serez rec|uis pour avoir greigneur( plus grand) enseignement de vous du noble exercice d'artaes, de le parfaire à aucun gèntilshommie des conditions de vos chapitres, selon la guise de ce royaume d'Êcùise» Afin que à greigneur (plus grande) louange et honneur puissiez retourner en vos parties^ que notre seigneur veuille ôctjfeycr à tous vaillants et gentilshommes, et vous ddflt (donne) bonne vie et longue. En témoin de tout j'ai fait écrire ces lettres à Édin sous mon scel, le vingt quatrième jour de Septembre, l'an tîfe grâce util quatre cent quarante huit

CiCs lettres écrites, et scellées en la manière qu'avez ouï, furent baillées et délivrées à Charralois le béraut, lequel très diligemment , après ce qu'il eut pris congé d'eux , s'en partit et entra en un navire de marchands, qui venoit à i'Êcluse où le duc éloit pour lors, et ateclui messire Jacques et ses deux oncles^ c'qst à sçavoir le seigneur de Créquy, et le seigneur de Montigny. Quand Charrolois entra éh la cour du duc, assez y avoit chevaliers et écujprs, désirants scavoir Se ses nouvelles. Charrolois monta amont, et vint en la èbambre du duc, où à dette heure il trouva le duc avoir dîné} il le salua moult humblement; si bailla et présenta, ses lettres à messiie Jacques, lesquelles il ouvrit Si furent louées devant le duc et ceux qui là présents étoient. Après les lettres' lues et visitées , si s'encommencèrent layens (là) tous à deviser; et fut conclu et déUberé, par la volonté et congé du duc de Bourgogne, que messire Jacques^e Lalain passeroit en Ecosse, pour

accomplir ses armes; laquelle chose il désiroit plus que nulle antre. Si se prépara^ et ordonna moult honorablement et si bien que nul n'y eût sçu que redire. Et quand il fut tout apprêté pour partirai! viutà rËcluse en Flandres. Après ce qu'il eut pris congé du duc, il monta dedans son navire quiétoit sur mer, lequel étoit bien ordonné, et garni de vins et de tous vivres, aiusi comme il apparte&oit à £aire: mais pensez que moult grandement il fut accompagné de chevaliers et écuyers; entre lesquels jr fut fliessire Simon de Lalain seigneur de Montignj, oncle d'icelui messire Jacques de Lalain^ et un noble écuyer de nom et d*armes^ natif des marches et pays de Bretagne , nommé Hervé de Mériadecq, écuyer d'écuyerie du duc de Bourgogne; jaçoit-ceque (quoique) ils y allassent non cuidants y faire armes: mais toutes fois si ne délaisser en Irils pas à y porter leurs harnas, et habillements de guerre pour leurs corps, et aussi pour aucunes aventures qui sur chemin leur pourroient survenir. Et avec ce étoient tous moult richement parés et vêtus, et bien garnis de vaisselle d'argent et autres bonnes bague&

Eux prêts et entrés en mer, environ le mois de Décembre , messire Jacques de Lalain et ceux de sa compagnie se partirent de FÉcluse et nagèrent (naviguèrent) tant , sans grand'fortune avoir, dont gnères tinssent compte , qu'ils arrivèrent au royaume d'Ecosse , en la ville de ËdimlK>urg, en laquelle à ce jour étoient les gens du conseil de maître James de Douglas. Quand messire Jacques, et ceux de sa compagnie furent arrives en Ecosse, les

Écossois de parcelui maître James , vinreQt devers

messire Jacques; si le bien-Teîgnèrent (accueiliii

reot) et illec (là) tous ensemble eurent plusieurs pa-

rolesv, entre le$queltes enquirent et Toulurent savoir

pourquoi ni à quelle cause celui de Lalain avoit fait

adresser pour.faire armes au dit maître James de

Douglas; et bien aigrement» le demandoient, et de

prime face, au s^nblant et manière qu'ils faisoient et

montroient, n'étoient pas bien contents. Toutes fois

il leur fut répondu, que ce n'étoit, ni pour haine,

enyie» ni maltalent (mécontentement) quelconque ,

ains étoit pour lui faire honneur W plus grand que

celui messire Jacques lui pouvoit faire : car pour le

grand Heu, dont il étoit issu, ensemble de la grand' renommée et vaillance qui étoit en lui, lui faisoit

désirer Paccointance de lui, plus que de nul seigneur qui fut au dit royaume d'Ecosse. Si se contentèrent les gens d'icelui maître James de Douglas. Xiors que messire Jacques de Lalain, et le dit maître James de Douglas eurent parlé tout au long de cette matière, ils ordonnèrent et furent contents de chacun prendre deux compagnons gentils hommes de nom et d'armes; et ainsi le firent Et prit celui messire Jacques de son côté, son oncle messire Simon de Lalain seigneur de Montignj, et Hervé de Mériadecq; et celui maître James deDouglas prit pour l'accompagner, pour faire armes avec lui, deux nobles et puissants seigneurs, dont l'un étoit nommé le seigneur de Haguet, et l'autre aussi étoit nommé James de Douglas; lesquels par tout étoient renommés être vaillants et puissants che-

valiers, de corps et de membres. La chose ainsi conclue, le roi d'Ecosse s'accorda à être leur juge, et leur bailla jour et lieu^ et furent les lices faites et ordonnées à Estreliji (Stirling). Après ces ordon^r nances et le jour pris, chacune des deux parties se préparèrent, et ordonnèrent pour être, au jour qui mis leur étoit à être, dedans le&lices eux six ensemble, pour accomplir leurs armes. Moult honorablement furent reçus du roi d'Ëœsse; et ^ «près tous festoyements, le roi ordonna aux dits messire Jao ques, messire Simon de Lalaic son OQcle, et Hervé de Mériadecq, deux chevaliers notables, peur eux conseiller et accompagner, ainsi comme il est accoutumé de faire. Le dit jour venu^ le soiHFÉcosse vint monter son hourt: messire Jacques de Lalaiu, messire Simon son oncle, et Hervé de Mériadecq ^*^ entrèrent dedans les lices tous désarmés; et; étoieot celui messire Jacques et le dit messire Siàion soa oncle vêtus de noires robes de velours, longues,, fourrées de martres, et le dit Mériadecq étoit vêtu d'une courte robe de noir satin, fourrée de fines martres; et faisoient porter après eux leurs har» nas en deux coffres, couverts des armes de messire Jacques de Lalain très richement brodées. Et étoient moùft bien accompagnés des nobles hommes qui avec eux venus étoient, ensemble ceux qui de par le roi d'Ecosse leur avoient été baillés pour eux conseiller : et ainsi tous troi* ensemble allèreiLt descen*

(i) Cette joÀte est rapportée dans les procès- verbaux préseutÀ par Lefèvre Saint Hemy au père du chevalier de Lalain. J^. A. B..

MESaRE JACQUES DE LALAIN. a 99

dre devant leur pavillon où ils entrèrent. Puis allèrent fiwre la révérence au roi d'Ecosse.

A|>rè& s'en retournèrent eu leur pavillon où ils trauvè].*ent leurs harnas prêts et appareillés. Si s'en firent ai^mer tout à leijr aisej et en eurent bien le loisir, car leurs parties demeurèrent plus de trois jbeures avan| qu^ils vinssent. L'heure venue» le dit maître James de Douglas^ le seigneur de Haguet, et James de Douglas arrivèrent, et vinrent jusques à l'entrée des lices, moult grandement accompagnés ^du comte de Douglas et d'autres grands seigneurs, chevaliers et autres gens, lesquels étoient bien de quatre à cinq mille hommes, comme on disoit.

Lors 1^ trois champion» tous armés , leurs cottes 4^nnes ^tues, allèrent; descendre en leur pavillon fj|^uis tous trois ensemble allèrent faire la révérence an roi d'Ecosse, lui Requérants tous trois qu'il leur voulsit (voulût) donner l'ordre de chevalerie, laquelle chose libéralement il leur octroya. Si descendit de son hourt en bas et tous trois les fit chevaliers. Puis se partirent et entrèrent en leur pavillon, et le roi remonta en son bourt Meiisire Jacques de Lalain,son oncle mossire Simon esjtMérkdecq virent de leur piâ^illon les trois chevaliers dessus nommés revenir de devers le roi d'Ecosse, et chacun d'eux leurs cottes d'armes vêtues. Si les reconnurent par leurs annes; et là prirent conclusion ensemble que messire Jacques carabattroit messire James de Douglas,et Mériadecq le seigneur de Haguet, lequel étoit nommé être le plus puissant de corps; et messire Simon de Lalain besogneroit avec l'autre James de

Douglas. Et étoient leurs armes telles, qu^ils dévoient combattre de lance, de hache, d'épée et de dague, jusquesà outrance, ou à la volonté du roi: mais à la requête des dessus dits Écossois le jet de la lance fut défendu, car, moult se fioient en leurs lances. Si conclurent ensemble, Fonde, le neveu et Mériadecq, qu'ils ne combattroient, ni feroient jet de leurs lances sur leurs ennemis^ mais à l'assembler (choc) quMls feroient sur leur partie adverse, jeteroient leurs lances par derrière eux et combattroient de leurs haches. Or est ainsi que par Fordonnance de leurs armes, chacun pouvoit aider son compagnon: pourquoi messire Jacques de Lalain dit àMériadecq: « Je crois quevous semcelui qui le plutôt aura besogné à son homme, et pourtant w\is prie, tant comme faiie puis, que si le cas «vient, pour chose que vous me véez avenir, que vous oe m'aidez ni secourez en quelque manière que ce soil, et me laissez convenir dételle fortune, soit bonne ou maie, qu'il plaira à Dieu de moi envoyer et donner. « Et ainsi le dirent l'un à l'autre et conclurent ensemble de le ainsi faire.

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