QUES
Quand l'accord et appointement fut fait de la hache, les cris et défenses faites et publiées, comnie ci-dessus est dit, messire Jacques de Lalain issit (sortit) hors de son pavillon qui étoit bel et riche et tout armoyé de trente deux bannières des armes des seigneurs dont il étoit issu, tant de par père comme de par mère, qui étoit belle chose à voir: armé de touties armes, sa cotte d'armes vêtue, la salarié en tête, sans gorgerin et sansbavière, sa hache en son poing pour tout bâton (arme). Lors l'Anglois pareillement issit hors de son pavillon, armé de tous harnas, grand bassinet à Bavière et visière fermée,
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cotte d'arme vêtue, sa hache en sa maixi et son épce ceinte: eux, voyants et avisants Tun l'autre, enconimençerent tous deux à marcher l'un contre l'autre. Si encomra^ncèrent de férir et tout en combattant vinrent devant le hourt duMuc.
Messire Jacques de Lalain soi sentant armé à son aise et son haleine tout à délivre , encomçiença de donner de grands coups de hache sur la têtf) du jdit Ânglois et le frappoit si menu et si souvent, qu'il le faisoit démarcher et recu^ 1er tout à son bon plaisir. Et pour la vérité dire> celui Aoglois ne pouvoit plus guère darer que de coups de hache il ne fut porté par terre 9 et ne fai«^ soit plus autre chose que d'aviser de recevoir les coups d'icelui de Lalain: mais dame fortune, qui donne à i'iin et ôte à l'autre, se tourna à cette heure à rencontre de messire Jacques, car il se boutta de son coup même parmi la pointe de la hache de san aversaire et fut atteint entre l'avant bras et le gans teletettant qu'il eut le bras senestre percé tout outre et veines et nerfs coupés^ car la dague de la hache d^icelui Anglois étoit à merveille large et trancHante.
Quand messire Jacques se trouva ainsi navté, de grand vouloir et hautain courage qui étolti en lui^ si cuida (crut) encore combattre de sa hache; mais la main lui faillit Et alors il mit le bout d^en bas de sa h«che dessous son bras senestre et de la main dextv€(se Gombattoit: 9iais n'en fit guère de chose. Lors quand il vit ce, par grand fierté jeta sa hache par terre et moult vivement prit le dit Ânglois par .la
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coupe de son bassinet de Tune de ses mains ef de Tautre par le bras senestre, si le tira par terre par telle force, qu'il chut le visage dessous, si rudement que la visière d'icelui bassinet entra dedans le sablon, le derrière en haut et tout découvert, et tant que d'un bien petit coutel, si messire Jacques deLalain eût voulu, il étoit eu lui de Fôccire et mettre à mort: mais le noble courage qui étoit en lui pour rien ne l'eût voulue consentir. Lors, ssufts plus arrêter, le juge jeta le bâton en bas.
Les gardes à ce ordonnées, tdt et hâtivement, voyant le bâton du juge jeté en bas, vinrent devers l'Anglois, qui encore gisoit de tout le corps à telte; si le levèrent et l'amenèrent devant le duc 4ear )uge , où étoit icelui messire Jacques; car fknTôt qu'il eut poiié son adverse partie par teste^ille laissa illec gisant, sans à lui autrement . toucher. Et quand ils furent par devant le duc qui îtoit leur juge, il leur dit: <c Vos armes sont accompBès, soyez frères et amis et touchez ensemble. » Laquelle chose ils firent et en ce point prirent fis les dites armes et s'en alla chacun en soilr^ôtel.
En celui même jour le duc de Boui^^nefit grandement festoyer icelui écuyer Angloifemais messire Jaô^ues de Lalain n'y put être pour la blessure de sonKras, qui depuis lui fit moult grand'peine e^ grand destourbier (trouble). Or nous convient parler des chapitres d'icelui messire Jacques 4eXalain,qui devisoient ainsi et étoient tels , qoé îiiBelui messire Jacques, en faisant lesdites armes, portoit par terre chevalier ou écuyer, que celui serolt
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tenu d'envoyer son gantelet là où il lui ordonneroit^ par un officier d'armes, auquel ordonné seroit d'ainsi le Ëdra ; le dit Anglois répondit qu'il n'y étoit e<B sien tenu et qu'il n'étoit point chu de tout le corps à terré: et disoit que bien vrai étoit qu'il étoit chu, la |ête, les mains et lesîambes à terre; mais son corps n'y étoit point, comme il disoit et maintenoLt c[u'îl^«'étoit soutenu de ses mains.
'^ Lors messire Jacques de Lalain fit requérir au duc, qui étoit leur juge, qu'il lui plût à juger et appointer de ladite question; laquelle chose £ut taiKtôt mise en conseil,, là où furent assemblés, la pkipar^ des notables étrangers qui avouent vu lesdites armes, tant Allemands^ Espagnols, Écossois^ Italiens, comme autres là étant. Et là fut dit et ^ugCj^u'icelui écuyer anglc^ étoit chu de tout son corps; c'est à sçavoir de tête:, de ventre,, de bras et de jaml)es. Le jugement fait et la sentence donnée, le duc, (Jui en étoit juge, fit sçavoir à l'Anglcns la conclusion an conseil; à quoi îcelui Anglois ne sçut que répondre, fors tant qu'il dit qu'il étoit prêt de faire ce qu^il devoit Et quand messire Jacques de Lalaîn vit que ledit Anglois étoit jugé chu de tout le corps à terre , et qu'il accorda faire ce qu'il de vo^ comme es chapitres étoit tenu, il s'en déporta (dispensa) tant (alors) et de sa noblesse et franchise, quitta ledit Anglois d'envoyer son gantelet, ainsi que faire le devoit s'il eût plu à celui messire Jacques. Après ces choses faites , celui de Lalain envoya audit Anglois un très beau et riche diamant, disant qu'il étqit tenu de lui donner, à cause qu'il
ayoit jeté sa hache sur le sablon quandl il le tira par terre, comme devant est dit: mais à la vérité dire, je ne sçaîs point qu'il le prit^ et si étoit, comme il disoit, fort déplaisant de la blessure d'îcehii messire Jacques, en parlant moult honorablement de lui. En après m'a été dit, qu'icelui messire Jacques, qui étoit moult courtois et large en honneur, envoya à l'écuyer Anglois aucuns dons honontbies; c'est à sçavoir un très beau cheval et un harnas complet, dont lé dit écuyer en mercia fort messire Jacques de Lalain. Depuis içelles armes faites, l'écuyer anglois séjourna en la ville de Bruges l'espace de huit jours, durant lequel temps il fut tiès bien festojé à la cour du duc et aussi de la duchesse de Bourgogne, auxquels en les remerciant moult humblement, prit congé d'eux, et s^en retou^'oa au royaume d'Angleterre dont il étoit natif.
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