CHAPITRE LVII
CôMMEKT VINRENT NOUVELLES Qu'uN GENTIL-HOMME D'AKGLETERRr ÉTOIT PASSÉ LA MER EN INTENTION DE
FAIRE Armes a l'encoJstre de messire Jacques de Lalain.
Le duô elles barons de sa cour, et ïnêraementïnessîre Jaôques de Lalam, furent moult joyeux de C6 crue celui écuyer anglois avoît récrit et mande, que son voaldir étoit ïfe faire et accomplir les armes devant le duc, ainsi et par la Inânière comme il étoit coiitenu es chapitres d'icelui messire Jacques^ c'est à sçavoir qu'un chacun sera armé de tels harnas qu'il ëK aecoutumé de porter en lices^ et de combattre dé-^bÉche etd'épée, tant et si longuemetit que l'un des deux soit porté par terre, comme plus à plein est déclare es dits chapitres. Si vint, et arriva celui écuyer anglois dans la ville de Bruges, et vint descenilre au logîs qui pour lui étoit ordonné. PoUr laquelle venue messire Jacques de Lalain fu t jojeux xle tout son cœur, désirant de tant faire, qu'il fût mémoire de lui et de ses hauts et vertueux faits, et afin que tous nobles l'ehsùivissent, et prissent exemples à lui et à ses œuvres. Si pria et requit au duc son seigneur, en lui demandant licence et congé, que son bon plaisir fût qu'il pût faire et accomj)lir ses armes à l'cnconlre de l'écujrer anglois, se-*
iio CHROHIQCE DU BON , CHEVALIER .
Ion le contenu en ses chapitres : car celui Anglois étoit venu en son pajr« à la requête d'icelui de La- , lain. Le duc libéralement lui accorda, et promit <l'être leur juge, et leur fit assigner jour, et aussi leur fit faire et ordonner les lices où leurs armes se dévoient faire, bien et honorablement
Quand le jour, qui assigné leur étoit, fut venu, les deux champions se préparèrent chacun de son coté, pour faire et accomplir leurs armes; en spécial messire Jacques de Lalain fut le premier ent4*ant es lices, pour ce qu'à son emprise celui Anglois devoit faire le« dites armes à rencontre de lui. Lors le duc, moult grandement accompagné, monta dessus le hourt (échafaud), qui pour lui étoit ordonné et appareillé, ensemble avec lui plusieurs grands seigneurs, chevaliers et écuyers: et auprès, tenant à sonhottrt, étoit la duchesse de Clèves, la comtessed'Étampes, et autres plusieurs ^aindes dames et damoi&elles; et es dits hourts et fenêtres des maisoBs d'entour les lices étoient plusieurs étrangers. Puis lot après, messire Jacques de Lalain sçachant le duc être venu, entra dedans les lices grandement accompagné de chevaliers et écuyers, tant de ceux de la cour du duc, comme d'autres; c^està sçavoir ses deux oncles le seigneur de Créqui et le seigneur de Montigny nommé messire Simon de Lalain, par lesquels et autres notables seigneurs étoit conseillé. Quand celui messire Jacques fut entré dedans les lices^ il passa devant le hourt du duc, si lui fit la révérence et aux dames et damoiseIles,qui là
étoient: puis passa outre et vint en son pavillon pour soi armer.
Assez tôt après entra l'écuyer Anglois, qui pareilïement en passant par devant les hourts fit la révérence au duc et aux darnes^ pais marcha outre et entra dedans son pavillon lui et aucuns de ses gens, ^om|>aghé de deux chevaliers à lui h^tUés etd^irré^de par le duc pour le conseiller, ainsi qtie long-temps est accoutumé de faire. Après ce qu'ils furent arnvés et ordonnés à leur bon plaisir, que les ordonnances de lices fut ent faites et les gardes ordonnées pour garder le champ et aussi pour les prendre sus, quand la chose le requerroit et quand besoin sêk)itjy furent mis plusi^rs nobles hommes, dont les aucuns avoient autrefois combattu et fait armes, cotnme Hervé de Mériadec, qui en leur temps avoient assez vu. Les cris et les défenses faites comnte il appartient, les bâtons (armes) des champions furent visités, et furent tenues paroles delà hache de l'écuyer Anglois, quin'étoit pas telle cQnâme pour jbrs on avoit accoutumé porter en lices, et étoit îÀ^Ile h^4ieà taillant et à martel et à longue et large- daguédfevant: si étoit le taillant d'iceUe hache long et aigu. Messire Jacques de Lalain par gens notables le fit remontrer à celui Anglois: mais pour rien ne la vouloit ôter ni en prendre une parelnb comme avoit messire Jacques de Lalain. Si en fut parlé au duc leur juge j si fut la chose mise en conseil et sembla à tous qu'icelui écuyer Anglois devoiticombattre de telle hache que le dit de La4ain: mais toujours prioit celui Anglois que sa
tiia CHRONIQUE DU BON CHEVALIER
baclie lui demeurât et le duc, qui étoit leur juge ne le vouloit accorder sans le consentement de sa partie. Lors quand messire Jacques de Lalaio vit qu'îcelui Anglois prioit si fort de combattre de sa hache qu'il avoit apportée de son pajs d'Angleterre comme il disoit, messire Jacques de Lalaîn, qui étoit courtois sur tous hommes par sa débonnaireté lui accorda qu'il en combattît; deqQoiilAtfolie, comme ci après orrez (entendrez).