‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 87 sur 110 · CHAPITRE ULXXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE ULXXl

Du BON CONSEIL <^UE MESSIRE SIMON DE LALAiN i>ONNi » À CEUK d'ÂUDENÀRDE , ET COMMENT X«ES GANTOIS T MIRENT LE SJÉGE.

A.ii^si comtne ci-dessus est déclaré, le duc dt^Bour- ^[ogtie,qui assez connoissoit les Gantois, pour obvier a leurs tdcMnnables entreprises «et aux grands maur ^aifietés dont ils étoient remplis ordon^iaen certaines ses villes de Flandre, capitaines pour la sûreté 4^iceux nobles seigneurs du pays; et entre-les aur ires ordonna au dit lieu d'Audenarde le seigneur <de la Gruthuse et le seigneur d'Escornay; et environ çn la semaine devant Pâque fleurie^ pour cd •que ceux de Bruges requéroient d'avoir pour capir taine le seigneur de la Gruthuse, et aussi que le seigneur d'Escornay s'étoit retrait (retiré)en sa maison à Escomdy , par ce que lui, et le dit de Gruthuse ne se pouvoient bien accorder, le duc de Bourgogne envoya le Seigneur de la Gruthuse à Bruges, pour en être capitaine. Et pour ce que le duc sçavoit être messire Simon de Lalain un sage et vaillant chevar lier, l'ordonna à aller en la ville d'Audenarde, afin de mettre peine que le seigneur d'Escornay et ses amis y retournassent, et aussi pour a paiser les différens, si aucun en y avoit j ce que le dit de Lalain fit Et retournèrent le seigneur 4'Esc<^nai et s^

^)o chroniqul; du bOx\ chevalier

amis: mais pour lors la ville d^Audeuarde étoiten grand' division, pour ce qu'on leur avoit donné à entendre qu'on y vouloit bouter grosse garnison de^Picards et autres gens étrangers ,ce que tous en général n'eussent pour rien voulu souffrir; et pour y obvier, avoient par cri public fait commandementà tous leurs fauxbourgeois qu'ils se retirassent dedans la ville atout (avec) leurs biens.

Alors messire Simon deLalain qui étoit sage€t imaginatif, voyant et connoissant que c^étoit la destruction de la ville, fit assembler la loi, les notables hommes et les doyens des métiers, et leur remontra^ que si les dits fau\bourgeois entroient dedans la ville, ils y viendroient bien dix mille paysans, tous d'environ la ville de Gand, qui n'avoient nulle provision qu'amener pussent avec eux; et si les Gantois leurs ennemis venoient devant leur ville, les uns par crainte qu'iceux Gantois n'ardissent lenrs maisons, et aussi que le peuple de pays se tourneroit plutôt avec les dits Gantois, qu'avec le princ^j et aussi que plus désirent par pauvreté d'aller au pillage qu'à garder la ville; et pour ce faire se pourroient mettre en peine de livrer la ville aux Gantois.

En outre eux remontrant qu'ils étoient forts assez pour garder leur ville, et ne leur étoit nul métier ni besoin d'avoir garnison de leurs fauxbourgeois, s'ils n'étoient ricbes et puissants, et qu'ils amenassent provision assez pour eux vivre: elceuxpourroient ils bien recevoir et non pas le menu peuple. (c Et quant à ceux qui disent et vous dpnucnt à en<

' MESSIRE JACQUES DE LALAïN. 291

lendre, disoit messire Simon, qu'on vous veut mettre garnison d'étranges gens, ils t'aillent: car monseigneur le duc de Bourgogne ne le pensa oncques:mais c'est pour vous décevoir et pour vous mettra en suspicion contre votre prince. Et soyez sûrs qù^ monseigneur le duc de Bourgogne ne vous a' ordonné que monseigneur d'Escornay et moi tant seulement, qui sommes vos voisins et amis. »

Les bons et les nobles conçurent incontinent que messire Simon de Lalain leur disoit toute vérité: mais le peuple et partie des notables ne s'y pouvoient assurer, et dirent à messire Simon de Lalain , qu'ils sçavoient bien qu'il n'étoit point là venu pour demeurer avec eux, et si le fort venoit, qu'il iroit à l'Écluse dont il avoit la charge. A quoi messire Simon leur répondit et affirma, qu'il démettreroit avcc eux^ et afin que de ce ils en fussent mieux acertenés (assurés), il envoyeroit quérir sa femme et son fils aîné, ce qu'il fit. Et ainsi les rassura et entretint en douceur le mieux qu'il put, et tint tou* jours ces termes, disant qu'il ne leur falloit point de garnison , pour obvier à ce qu'ils ne reçussent point de bourgeois forains. Et bien étoît besoin de l'ainsK faire, carie jeudi cinquième jour après Pâque, comme paravant est dit, que les Gantois se partirent de la ville de Gand et des villages d'environ pour mettre le siège devant la ville d'Audenarde, les dits bourgeois forains montrèrent et apperteraènt clairement leur grande déloyauté: car ils entrèrent dedans la ville d'Audenarde, sous couleur qu'il étoit jour de marché^ et étoient armés le plus

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anjis: mais po" ]^x/iJre, et Guidèrent (cru-

grand' divi? '. :',je Ja dite ville, espérants

entendre ' . ^'^ît avec eux. Lors messire

de^Picar»' ^. "^j^j/e volonté et faux courage de

en géné^ „t" ''*^^^^ soudainement et tôt alla d'iiô-

pour ' *,/.'''^/)i!>'Aouta dehors, et se saisît et se fit mand ln^ iti^ Alors le peuple de la ville connut

rasF iV'^tfT'*?*'" forains les avojent voulu tra-

.i//»*^j^i« en avant furent tous unis et bons i' t"^'^^rp^^^' ™^^^ aucuns de la ville en petit

^'^Le s'eofuirent, les quels pouvoient avoir été "[ggfltants queles dessus dits bourgeois forains de- \Zfn5sent ce dit jour et la nuit logés es faahour^y et assemblèrent avec eux les gens de tous les Wl'«''gcs d'environ. Et si messire Simon de Laj^jneût bien vonlu, illes eût tous ruéjus: mais il i,e vouloit point qu'on pût dire que par lisi ni sa ^usc aucune œuvre de fait eut été encommcncée.

Cette même nuit issirent ceux de Gand à puissance atout(avec)graude artillerie, et environ douze heures du jour se logèrent devant la ville d'Audenarde, de l'autre cote vers le côté d'Alost, et écrivirent à ceux d'Audenarde qu'ils n'étoient point là venus pour nul mal faire: mais avoient entendu qu'étrangers vouloicnt venir au pays, à quoi ils vouloicnt obvier, et leur prioient que pour argent ils pussent avoir vivres et être reçus comme leurs amis, si besoin étoit. Lors messire Simon ojant le messager et la requête qu'il faisoit à ceux de la ville de par ceux de Gand, répondit tout en haut au messager, qu'ils étoieut forts assez pour garder

\MESS1IIE JACQUES EE LALAIN. • 293 ville ^ et ce qu'il requéroit de par ceux de Gand , avoir \ivres$ dit qu'il n'en y avoit que pour ceux de la ville, et que c'étoit pour leur provision; et dit encore outre au messager, qu'il sçavoit bien qu'ils ctoient venus, cuidants (croyants) queceux de la ville fussent en division, pour par ce moyen avoir la ville; et dit au messager , qu'il dît à ses maîtres que du plus grand jusques au plus petit ils étoient tous unis, et étoient conclus de garder la ville pour le prince. Tantôt après cette réponse faite, les dits Gantois firent guerrç à ceux de la ville d'Audenarde, et y mirent le siège par terre et par eau tout autour, tellement que ceux dedans ne pouvoient faire issir nuls de leurs gens, ni avoir nulles nouvelles du duc deBourgogne, ni d'autres de dehors: et quatre jours aprcs que les dits Gantois eurent mis le siège et approché la ville de bien près d'un coté et d'autre, ceux de la dite ville saillirent par deux côîés et ardirent tous les faubourgs, parquoi iceux Gantpis furent contraints de reculer leurs approches, et battirent de leurs bombardes, canons et veuglaires ^*^ la dite ville, et entre les autres, firent tirer de plusieurs gros boulets de fer ardent du gros d'une tasse dargent pour cuider (penser) ardoir la ville; et sans faute c'étoil un très grand danger, car s'ils fussent chus en inenuboissec,ouenfeurre(paille),la ville eut été en péril d'être arse: mais raessire Simon de Lalain, qui étoit sage, et imaginatif en Éait de guerre et expert, ordonna deux guets sur deux clochers, qui crioient

(f ) Sorte d'armes )i ^ea. J. A. B.

/agi CHRONIQUE DU BON CHEYALlER

et montroient où les dits boulets chéoient; et pour à ce remédier fit mettre dessus les rues, grandes cuves pleines d^eâu, et furent femmes ordonnées à fciire le guet: et lors qu'elles véoientoù iceux boulets chéoient, ces femmes hâtivement couroient cette part atout (avec)pelles de fer oud'airain,de(juoielle prenoient les dist boulets, et portoient hors de danger de feu. Et d'autre part chacun y accouroit pour éteindre le feu.

Or advint qu'une matinée messire Simon de Lalain en revenant du guet, chut dedans la rivière de l'Escaut, son épée ceinte, son petit chaperon en gorge, son paletot ^'\et son manteau dessus vêtu, et ses goussets à armer; et fut en moult grand aventure de noyer, car il ne sçavoitriennoer (nager): mais radeur(vitesse)de l'eau l'emporta jusques à la herse, etlà le retint,et sembla que ce fut. chose miraculeuse de ce qu'il échappa sans mort: mais Dieu quisçavoit que ceux delà ville d'Âudenarde avoient encore bien affaire de lui, le sauva et garda; et aussi fit-il tous ceux de la ville. Et eût été grand' pitié et dommage d'avoir perdu un tel chevalier: car tant honorablement lui et ceux de la ville se gouvernèrent et si vaillamment, que Gantois ne les purent oncques grever, et rendirent bon compte au duc de Bourgogne de leurs corps et de la ville, comme ci après pourrez ouir.

(i) Espèce de pourpoint. J. A. B.

MESSIRE JACQUES DE LALÀJN. agS

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